‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idéesChapitre 70 sur 93 · Part. 1,1eç. vitr. Part. II, leç. xt · texte numérisé non relu

Part. 1,1eç. vitr. Part. II, leç. xt

Voilà la question posée ; et sa solution, loin d’être un mystère , est la chose du monde la plus simple.

Supposez, en effet, un principe antérieur au senti. ment, et demandez-vous ce qu'il peut être, avant sa transformation en sentiment , avant d’être devenu sentiment. N’est-il pas de toute évidence qu'avant cette transformation , avant d’être devenu sentiment, avant d’être sentiment , il ne peut être senti? il ne peut donc être aperçu. Qu'il existe ou qu’il n’existe pas, il est nul pour nous.

Les philosophes ont beau chercher l’origine, le principe , la raison du sentiment ; tous leurs efforts seront impuissans : notre existence commence, pour nous, au sentiment ; et toute modification connue de notre âme, différente du simple sentiment, lui est nécessairement postérieure.

S'il était possible de remonter plus haut que le sentiment, de s'élever jusqu’à la raison du sentiment, là serait le principe, le vrai principe de nos connaissances ; c’est de là qu'elles découleraient toutes comme de leur source. Celui qui ferait cette découverte aurait enrichi le système intellectuel d’un fait primordial. Sa gloire en métaphysique égalerait celle de Newton en physique. Alors, il ne faudrait plus dire que nos connaissances viennent des sensations ou du sentiment ; elles viendraient, de même que les sensations , de même que le,sentiment, de ce principe inconnu que Pon cherche, mais c'est en vain. Au-delà du sentiment, il n'y a rien pour nous, pour notre intelligence; et, dans le vrai, ceux qui lui cherchent un principe anté-

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rieur, ne cherchent rien ; mais ils ne s’en doutent pas.

J'avais démontré! qu’on ne saurait définir l'attention ; et vous voyez qu'on ne saurait non plus définir le sentiment. L’attention est le principe de toutes les facultés de l’âme ; le sentiment est le principe de toutes nos connaissances *. Or, les principes sont au-delà de toute définition ; ils expliquent tout, et rien ne.les explique. Si l'on parvenait à en rendre raison, ils cesseraient à l'instant d’être des principes pour devenir des consé— quences.

Je veux prévenir une objection qu’on pourrait me faire, mais que vous ne me feriez pas, car elle porte entièrement à faux.

Objection. Vous nous défendez la recherche des causes du sentiment, de la sensibilité; mais de quoi s'occupent les physiologistes et les métaphysiciens, de quoi doivent-ils s'occuper ? Si la sensibilité joue un si grand rôle dans tous les systèmes de philosophie ; si même tout se ramène à la sensibilité, suivant plusieurs philosophes, ne faut-il pas savoir ce que c’est que cette admirable propriété qui distingue les animaux entre toutes les créatures, et l’homme entre tous les animaux ? Et comment le saura-t-on , si l'on ne considère pas le sentiment dans ses causes ?

Je réponds que le mot cause n’a pas été prononcé dans cette leçon; ainsi l'objection est sans fondement.

Objection. Les mots origine, raison, principe, n'ontils pas souvent frappé nos oreilles ; et origine, principe,

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