‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idéesChapitre 73 sur 93 · Part. 1, leg. 1v; Part. II, lec. 171, vi et xunt · texte numérisé non relu

Part. 1, leg. 1v; Part. II, lec. 171, vi et xunt

326 DISCOURS SUR L'IDENTITÉ les âmes : il fait descendre la foudre à ses pieds, il lui

tracé la roùte qu’elle doit suivre, et dont elle ne pourra

s'écarter.

Une expérience incessamment renouvelée lui a fait sentir combien il était faible ; il s’entoure de machines et s’étonne de sa force.

Des impressions aussitôt effacées que reçues, lui donnaient à peine quelques idées fugitives; il attache ces idées à des signes, il les arrête et les fixe.

La simple connaissancé ne donne ‘pas un tel -empire. 11 fallait imiter l’action de la nature, modifier cette-action, l’augmenter, la diminuer, la hâter, la raléh{ir: fl fallait à la science unir loutes les ressources et-toutes les puissances de Part. |

* L’art, voilà donc l’attribut caractéristique de l’homme : à l'homme seul appartient de vérifier ses pensées, de les ordonner, de placer chacun de ses actes entre wà but et un motif ; à l’homme seul appartiént de corriger, de rectifier, d'améliorer, de perfectionner, et de pouvoir ainsi, tous les jours , se rendre plus habile, plus sagé ef plus heureux. Pour l’homrne seul enfin existe un art, uo art suprême, dont tous les. arts. les plus vantés ne, sont que les instruments, l'art de la raison, le raisonnement.

Il n’est pas permis de confondre ce que nous devons au raisonnement avec les instructions immédiates de la nature. Le raisonnement s'appuie sur l’expérience, sur les sensations, sur tous nos sentimens; mais il n’est ni l'expérience, ni le sentiment ; on peut sentir, garder quelque souvenir de ce qu’on a senti, et être privé de

signes du langage : or, sans aucune espèce de signes, comment la faculté de raisonner entrerait-elle en exercice ‘?

L'enfant qui ne parle pas encore, et les animaux dans beaucoup de circonstances, se conduisent, il est vrai, comme s’ils avaient raisonné, et l'on se hâte de conclure qu'ils ont raisonné en effet. On ne prend pas le temps de voir qu'ils trouvent dans le souvenir des affections éprouvées une sorte d’équivalent du raisonnement. Mais ce n’est pas là raisonner.

Raisonner, c’est d’un principe connu ou d’une conséquence connue, descendre ou s'élever à une conséquence ou à un principe inconnus; et qui se font connaître, la conséquence inconnue par son rapport avec le principe connu, le principe inconnu par son rapport avec la conséquence connue.

De telles opérations, des opérations par lesquelles on conclut du général au particulier, ou du particulier au général ; supposent des idées de genre et d'espèce, des idées qui ne sauraient exister sans le secours d’un langage*. L'homme donc ne raisonne que parce qu’il parle : homo ens rationale quia orationale.

Pour s'expliquer un tel phénomène, pour concevoir

dans ses causes la prodigieuse distance qui sépare l'être

qui ne parle pas de celui qui parle, ce ne serait pas assez d'observer l'esprit humain dans la jouissance de toutes ses facultés et dans les habitudes contractées par un long usage des sons articulés ; il est indispensable de

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