‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idéesChapitre 82 sur 93 · Leçons de philosophie, part, I, leç. 1. Part. 11, 1eç. x · texte numérisé non relu

Leçons de philosophie, part, I, leç. 1. Part. 11, 1eç. x

tous les vices des langues vulgaires : c'est ce mauvais choix qui enfante les systèmes absurdes que chaque siècle voit se reproduire, et qui sont la honte de l’esprit humain.

Disons donc que la première des conditions, que la condition la plus indispensable pour la perfection d’une langue de raisonnement, c'est la détermination des signes ; et, quoique rien ne contribue à en fixer la valeur aussi puissamment qu’une bonne analogie, ne croyons pas avoir caractérisé cette perfection d’une manière assez sûre en la réduisant à l’analogie et à la simplicité. L’analogie et la simplicité donnent au raisonnement de l’aisance et de la grâce, s’il est permis de le dire; la détermination des signes lui donne la force.

Si donc il est possible de déterminer les signes sans le secours de l’analogie, le raisonnement, pour être moins facile et moins élégant, n’en sera ni moins exact ni moins rigoureux. Or, on le peut, on l’a fait en arithmétique, où les noms des opérations et ceux des premiers nombres sont entre eux sans analogie : nous mêmes, nous venons sans le secours de l’analogie de déterminer, jusqu’à un certain point du moins, ce que c'est qu’une langue bien faite, expression souvent si mal comprise, et nous avons aperçu immédiatement ce qui donne tant de supériorité à la langue des calculs sur les autres langues de raisonnement; mais nous avons vu en outre que les démonstrations peuvent avoir la même rigueur dans toutes les sciences, quoique

aucune pe parle une langue aussi bien faite que l’algébre.

Et par quel motif le raisonnement ne serait-il pas aussi rigoureux dans les autres sciences que dans la science du calcul, puisque tout raisonnement est un calcul, et ne peut être qu'un calcul ?

Dans tout raisonnement, on conclut du général au particulier ; ou bien, d’un certain nombre de cas particuliers, on s’élève à une proposition qui les renferme tous ; ou enfin, on va de connaissance en connaissance, sans généraliser et sans particulariser. Dans tout raisonnement, on soustrait, on ajoute ou lon substitue ; or, l’addition, la soustraction et la substitution comprennent toutes les opérations du calcul. Calculer et raisonner sont donc une même chose !.

Rendons cette vérité plus évidente encore, s’il se peut. Le raisonnement consiste dans la substitution d’une expression à une expression différente, en conservant la même idée. Or, dans le calcul, les sommes, les différences, les produits, les quotiens, ne sont que des expressions abrégées qu’on substitue à d’autres expressions moins commodes, mais qui renferment le même nombre ou la même idée. Donc, raisonner n'est que substituer, et calculer n’est encore que substiluer. Raisonner et calculer, sont donc une seule et même chose.

Hobbes avait dit que le raisonnement est un calcul ;

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