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arithmétique, et surtout en algèbre ou l’on n’opère que sur les signes, et où l’on procède par des méthodes données, qu'il est rarement arbitraire de suivre ou de ne pas suivre: Quoiqu’en opérant sur les chiffres on opère en même temps sur les noms des nombres, ilne faut pas croire qu’on opère sur les idées ; ear les noms des nombres , si l’on en excepte les cinq ou six pre— miers, ne sont, ainsi que nous l'avons observé, que de simples signes.
Si le raisonnement est moins sûr dans les autres sciences , c'est que rarement il y est mécanique, et que, souvent même il ne l’est pas du tout. Il est bien vrai que les idées générales de la métaphysique ne sont pas, à proprement parler, des idées; qu'elles ne sont que des dénominations, que, des signes : mais la plupart de ces signes ayant été mal faits, et leur acception n'étant pas arrêtée d’une manière invariable, il doit nécessairement régner de l'arbitraire dans leur emploi. «On dirait que nous voulons avoir la liberté de juger, à notre choix, qu’une chose est ou n'est pas, et nous n’abusons jamais plus de notre libre arbitre, que lorslorsque nous croyons raisonner; nous n’en abuserions jamais, si nous raisonnions toujours bien *. »
On a de la peine à ne voir que des mots, que de simples dénominations, dans les idées abstraites et générales. Il suflrait cependant de se rappeler que ces ‘idées ne sont que des classes, des genres, des espèces ;
et que les classes, les genres, et les espèces n’ont pas d'existence réelle, Alors, malgré toutes les répugnances de l’imagination , qui s’obstine à leur rendre une réalité dont nous les avons dépouillées, on verrait que c’est par extension que l’on a conservé le.nom d'idée à des mots qui ont cessé d’être signes d’idée, comme on a conservé le nom de nombre à l’unité, quoique Punité ne soit pas un nombre.
Il ne faut pas confondre les idées abstraites avec les idées générales : ce serait confondre des idées avec de simples dénominations. Toute idée générale est abstraite, mais toute idée abstraite n’est pas générale. Ce n'est pas précisément parce qu’une idée est abstraite qu’elle cesse d’être idée ; c’est parce qu’elle est, tout à la fois, abstraite et générale. À l'instant où vous la généralisez, elle n’a plus d’objet réel, individuel ; or, si elle est sans objet individuel, elle est sans objet ; et une idée sans objet n’est pas une idée.
Tant que le nom désignait ua objet individuel, quoique abstrait, il était nom propre, et signe d’idée. En le rendant commun à plusieurs objets semblables, il est encore signe d’idée, toutes les fois que vous l’appliquez. Si vous le regardez comme applicable, mais
4. Sil’on nous objectait que, d’après nous-mêmes , l’idée de rapport , l'idée individuelle de rapport, est une idée sans objet ", nous répondrions que nous avons enseigné , non pas que l’idée individuelle de rapport fùt absolument sans objet, mais qu'elle n'avait pas d'objet qui lui fàtpropre. Ce sont deux choses bien différentes, Car, l'idée individuelle de rapport, qui n’a pas d'objet qui lui soit propre, a un double objet dans les deux termes du rapport.
1 Leçons de philosophie, Part, 11, leg, wii,
sans l’appliquer, il est évidemment sans objet actuellement présent à l'esprit, sans objet immédiat, sans objet individuel, et par conséquent sans idée.
Il semble que cette manière d'envisager les idées générales, devrait terminer les disputes auxquelles elles ont donné lieu. Les philosophes accorderont volontiers aux imaginations vives qui ne peuvent s'empêcher de tout réaliser, de tout appliquer, que, pour elles, idées générales, idées images, sont une même chose; mais ils voudront qu’on leur accorde, que l’idée perd sa généralité au moment qu’on l’applique, et que, si on ne l’applique pas, elle se trouve sans objet réel, et n’est, par conséquent, qu’une simple dénomination *.