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SENSATIONS ET JUGEMENT

coordonnées, qui auraieiil été perçues antérieurement.

. (e) Du souvenir des impressions d’étendue, de surface plate, etc., faites sur l’organe de la vue, quand ces sensations antérieures, tactiles et musculaires, étaient perçues.

De telle sorte que, dans cet exemple, les seules sensations simples sont celles de contact et d’action musculaire. La plus grande partie de ce que nous appelons la sensation est une masse complexe d’idées et de jugements actuels et de souvenirs.

4. S’il reste dans l’esprit un doute que nous confondions ainsi en un tout indistinct, nos sensations et nos jugements, fermez les yeux comme auparavant, et, au lieu de toucher la table avec un doigt, prenez entre les doigts un crayon de mine de plomb arrondi et promenez-le sur la table. La « sensation » d’une surface dure et plate sera aussi nette qu’auparavant, et cependant la seule chose que vous touchiez est la surface arrondie du crayon, et les seules sensations simples que nous devions à la table sont celles qui nous sont données par le sens musculaire. En effet, dans ce cas, notre « sensation » d’une surface dure et plate est uniquement un jugement fondé sur ce que nous rapporte le sens musculaire des mouvements de certains muscles.

Un exemple encore plus frappant de la ténacité avec laquelle nous admettons les jugements complexes que nous croyons être de simples sensations, et que nous ne sommes pas aptes à analyser autrement que par un raisonnement abstrait, nous est donné par la sensation de rondeur. Quiconque prend une bille de marbre entre deux doigts dira qu’il sent un corps rond unique; si on lui demande comment il sait que ce corps est rond, il serait probablement aussi embarrassé de répondre que si on lui demandait comment il sait qu’une odeur est une odeur.

Néanmoins, cette notion de rondeur est en réalité un jugement très-complexe, et l’on peut prouver qu’il en est ainsi par une expérience fort simple. Si l’on croise l’index et le médius, et que la bille soit placée entre les deux doigts, de façon à se trouver en contact avec les deux doigts, il est absolument impossible de ne pas croire qu’il y a là deux billes au lieu d’une seule. Même en regardant la bille et en voyant qu'il n’y en a qu’une, on n’affaiblit pas la preuve apparente, déduite du toucher, qu’il y en a deux *,

La conséquence en est que nos idées de simplicité et de rondeur sont en réalité des jugements très-complexes, fondés sur quelques sensations simples; quand les conditions normales du jugement sont renversées, le jugement l'est également.

Si l’index et le médius restent dans leur position ordinaire, il est assurément impossible que les côtés externes de chaque doigt puissent loucher les points opposés d’un même corps sphéroïde. Si, dans la position naturelle et ordinaire de ces doigts, leurs faces externes nous donnent simultanément l’impression d’un sphéroïde (jugement déjà complexe), il est dans la nature des choses qu’il doit se trouver à leurs contacts deux sphéroïdes. Mais quand les doigts sont croisés sur la bille, le côté externe de chaque doigt est réellement en contact avec un sphéroïde, et l’esprit, négligeant le croisement des doigts, juge, d’après son expérience habituelle, que deux sphéroïdes, et non un seul, donnent lieu à la sensation qui est perçue.

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