HALLUCINATIONS
les yeux, elle vit assis dans un grand fauteuil l’image de sa bellesœur qui était morte. Cette image était revêtue d’une robe que madame A... n'avait jamais vu à la défunte, mais qu’une amie commune lui décrivit comme ayant été portée par cette dame pendant son dernier séjour en Angleterre. Madame A. analysa exactement la toilette, l’aspect et l’apparence de celte vision tranquillement assise dans le fauteuil, un mouchoir à la main.
Madame A... chercha à parler, mais elle y trouva quelque difficulté et en moins de trois minutes l’image disparut. Une minute après, M. A... entra dans la chambre et vit sa lenune un peu nerveuse mais parfaitement convaincue du caractère illusoire de celte apparition. Quelques heures avant cette vision et d’autres du même genre, elle avait éprouvé une sensation particulière dans les yeux, sensation dont elle fut soulagée après la vision...
1). Le 11 octobre suivant, madame A... vil l image d’un autre ami également mort, qui de la fenêtre à un point éloigné du salon s’avança vers elle. Cette image s’approcha du feu et s’assit dans un fauteuil. Comme il se trouvait plusieurs personnes dans le salon, madame A... fut saisie de la crainte qu'on la crût folle si elle faisait part de son impression et elle franchit résolument l'espace qui la séparait du fauteuil qu’occupait l'image tictive ; elle s'y assit et l'apparition demeura parfaitement nette jusqu’à ce qu'elle fût assise; à ce moment elle disparut ’.
On doit dire ici que madame A... avait une imagination naturellement très-vive et qu’à l’époque où les plus imporlantes de ces hallucinations survinrent elle souffrait de bronchite et de mauvaises digestions.
Il est évident que, sans le courage exceptionnel et l’intelligence lucide de madame A. ., ces hallucinations eussent été une mine d’histoires de revenants du genre le plus
1 Le traducteur a eru pouvoir sans inconvénients abréger les observations qui sont citées in extenso dans le texte anglais. Mais il n'a omis aucun trait important.
parfaitement authentique. La valeur spéciale de ces observations est en ceci : qu’elles démontrent que les témoignages les plus positifs des plus irréprochables témoins peuvent être tout à fait insuffisants pour établir la réalité objective d’une chose que leur témoin aurait vue.
Sans aucun doute madame A... a vu ce qu'elle dit avoir ' vu. Le témoignage de ses yeux, quant à l’existence des apparitions, celui de ses oreilles, quant aux voix, est en soi aussi parfaitement fidèle que 1 si les objets avaient réellement existé. On ne saurait en effet douter que les parties de la rétine qui auraient été frappées par l’image d’un chat, les parties de sou organe de l’ouïe qui auraient été mises en vibration par la voix de son mari que les parties du centre nerveux avec lesquelles les organes des sens sont en relation, avaient été placées dans un état correspondant d’activité par quelque cause interne.
Ce que les sens nous affirment n’est ni plus ni moins que le fait de leurs affections propres ; les sens ne nous apprennent rien quant aux causes de ces affections ; ils laissent l'esprit se former un jugement propre sur cette question. A la place de madame A... une personne légère ou superstitieuse aurait établi un jugement faux et s’y serait retranché en s’autorisant de ce que « l’on doit croire à ce que l’on voit. »
8. Les erreurs de jugement qui ne sont pas produites par des conditions anormales de l’organisme, mais par des combinaisons exceptionnelles ou artificielles de sensations, ou par des suggestions d’idées, sont extrêmement nombreuses et parfois très-remarquables.
Nous avons signalé quelques-unes de celles qui proviennent de la sensation du toucher; j’ignore s’il en est qui