‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 44 sur 111 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

SOMMAIRE ; Composition chimique du suc pancréatique. — Des matières salines et albuminoïdes. — Principe actif ; ses réactions. ■ — La solution aqueuse du tissu pancréatique aies propriétés du suc pancréatique.— Réaction du chlore caractéristique du suc et du tissu pancréatiques.— Action du chlore sur le tissu et sur le suc : i ° à l’état frais, 2° lorsqu’ils ont subi un commencement d’altération, 3° lorsqu’ils sont complètement altérés.

Messieurs,

Nous arrivons aujourd’hui à l’examen de la composition chimique du suc pancréatique. Nous étudierons toujours comparativement ses propriétés chimiques et celles des salives, et nous verrous, en continuant ce parallèle, que le suc pancréatique se distingue encore de la salive sur beaucoup de points.

. IjCs analyses chimiques du suc pancréatique n’ont été seulement données un peu complètes que dans ces derniers temps. Les propriétés chimiques que lui attribue deGraaff ne le caractérisent aucunement, et l’on ne sait quel liquide il a voulu désigner, car il le définit : un liquide à saveur tantôt d’une acidité agréable , tantôt insipide, tantôt âcre, tantôt salé, etc.

Eu 1824, l’Académie des sciences mit an concours la question suivante : Etudier les phénomènes physiologiques et chimiques de la digestion. A propos de ce concours parurent deux ouvrages, l’un de MM. Tiedemann et Gmeliu (i), l’autre de MM. Leuret et Las-

(1) Recherches expérimentales, physiologiques et chimiques sur la digestion, considérée dans les quatre classes d’animaux vertébrés, Paris, 1827, 2 vol.

COMPOSITION DU SUC PâNCRÉAlTQUE.

saigne, dans lesquels on trouve les premières analyses chimiques correctes des liquides digestifs, au nombre desquels se trouve naturellement le suc pancréatique.

Les expériences de MM. Tiedemann et Gmelin ont été faites sur le suc pancréatique du chien et de la brebis. Voici leurs conclusions relativement à la composition de ce liquide organique.

Le suc pancréatique contient ;

i“ En parties solides, dans le chien, 8,72 ; dans la brebis, 4^5 pour 100;

2® Les parties solides sont :

a. De l’osmazome ;

b. Une matière qui rougit par le chlore ; on ne l’a trouvée que chez le chien , et non sur la brebis ;

c. Une matière analogue à la caséeuse, et probablement associée à la matière salivaire ;

cl. Beaucoup d’albumine , constituant environ la moitié du résidu sec (le suc pancréatique du cheval était aussi très riche en albumine) ;

e. Très peu d’acide libre, probablement acétique. Cette faible prédominance de l’acide acétique était sensible, mais seulement dans le suc pancréatique du chien et de la brebis.

L’analyse de MM. Leuret et Ijassaignea été faite sur du suc pancréatique de cheval; leurs conclusions diffèrent de’ celles de .MM. Tiedemann et Gmelin. Nous savons déjà que cela tient au procédé employé pour l’obtenir.

Voici quelle serait la composition du suc pancréatique, d’après MM. Leuret et Lassaigne;

suc PANCRKATJQUE.

Eau 99,1

Matière animale soluble dans l’alcool .

Matière animale soluble dans l’eau , . .

Traces d’albumine

Mucus

Soude libre

Chlorure de sodium

Chlorure de potassium

Phosphate de chaux • •

lies mêmes auteurs disent que ce liquide alcalin dont ils ont fait l’analyse ne se troublait que très léf)èrcment par l’addition des acides sulfurique, nitrique et cblorbydriqtie , ce qui indiquait qu’il n’y avait que des traces d’alhttmine.

liC suc pancréatique du cheval , qui a été obtenu par tin attire procédé par MM. Tiedemann et Gmelin, contenait, au contraire, beaucoup d’albumine. Voici les conclusions de ces derniers auteurs : k On obtint uti qramme destic pancréatique filant comme du blauc d’œuf dans les conduits d’im cheval assommé , qui précipitait considérablement par les acides. » Ils déduisent naturellement de cette expérience que le suc pancréatique est très riche en albumine.

Eu 1846, j’ai commencé mes recherches sur le suc pancréatique, recherchés dont les principaux résultats ont été publiés en 1848 et iSjq. J’ai surtout établi les conditions physiologiques dans lesquelles le suc pancréatique devait être recueilli pour être de bonne qualité. Si l’on ne tient pas compte de ces conditions, on est conduit à des résultats très discordants. C’est ainsi,

COMPOSITION CHIMIQUE

comme nous le savons déjà, que l’analyse des pTemières portions du suc pancréatique qui coule d’une fistule temjioraire sera souvent bien différente du suc qui coulera le lendemain.

Dans une expérience liien faite, suivant les conditions indiquées, voici ce qu’on observe successivement :

Les premières portions du suc panci-éatique qu’on obtient constituent un liquide incolore, visqueux, coulant par .crosses gouttes filantes, sans odeur particulière, avec une saveur très légèrement salée, analogue à celle du sérum du sang et offrant à la langue la sensation tactile d’un corps gommeux. La réaction est constamment alcaline; par la chaleur, le liquide se eoagule complètement comme du blanc d’œuf; ce coagulum offre une blancheur très grande. Les acides énergiques, azotique, sulfurique, de même que les sels métalliques et la noix de galle et l’alcool, etc., précipitent également le suc pancréatique ; tandis que les acides oi’ganiqnes faibles n’y déterminent pas de précipité et n’y dégagent pas sensiblement d’acide carbonique. Les alcalis, au contraire, empêchent la précipitation du suc pancréatique et redissolvent le précipité lorsqu’il a été formé.

La sécrétion du pancréas peut présenter les caractères que nous venons d indiquer pendant un temps plus ou moins long. Cependant le plus ordinairement on constate déjà, au bout de quelques heures, que le liquideest devenu plus aqueux et moins gluant; par la chaleur, la coagulation n’est plus aussi complète, et le précipité nage dans une certaine tjuantité d’eau en

T6k suc PANCKÉATIQUJi.

excès. La réaction alcaline persiste toujours et est même devenue plus intense. L’addition d’un acide détermine alors une effervescence prononcée, due au dégagement de l’acide carbonique. Cette diminution de coagulation peut dépendre de ce que la matière coagulable diminue, ou de ce que la proportion d’eau augmente; cette dernière supposition paraît très vraisemblable, parce qu’on voit la quantité du suc pancréatique sécrété dans un temps donné augmenter en même temps. L’intensité plus grande de l’alcalinité et de l’effervescence par les acides, qui se trouve aussi en rapport avec la diminution de la matière coagulable, semblerait indiquer qu’il peut y avoir aussi, avec l’augmentation d’eau, une destruction d’une certaine quantité de matière organique avec augmentation des carbonates.

Eu suivant ces modifications de composition, on arrive bientôt, et ordinairement le lendemain ou le surlendemain de l’opération, à recueillir du suc pancréatique qui diffère essentiellement, au point de vue physiologique, de celui qui a été recueilli au début de l opérafion, et qui s’en distingue par ses propriétés physico-cbiniiques en ce qu’il est très aqueux, a perdu toute viscosité, présente une odeur fade, nauséabonde, offre une saveur très manifestement alcaline; enfin ce liquide coagule à peine par la chaleui-, par les acides et les autres réactifs indiqués précédemment.

L’alcalinité est alors très intense et le dégagement d’acide carbonique excessivement abondant.

Enfin, la sécrétion du pancréas ne subit plus d’au-

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