MODIFICATIONS DE COMPOSITION
très altérations, si ce n’est que dans les derniers instants de la fistule temporaire il s’y montre des globules de sang, de pus, qui lui donnent une couleur rougeâtre. Quand le suc pancréatique recueilli dans la première période est abandonné à l’altération spontanée, il subit une série de modifications qui font disparaître la matière coagulable, augmenter la réaction alcaline, et lui donnent tous les caractères du suc pathologiquement altéré qu’on obtient dans les dernières phases de l’opération.
Quand on examine la composition chimique du suc pancréatique à ces diverses périodes, on voit qu’elle diffère surtout par les proportions relatives d’eau et de la matière coagulable. C’est du reste cette matière coagulable qui distingue réellement le suc pancréatique d’avec la salive ; car les matières salines sont à peu près les mêmes dans les deux sécrétions. On comprend dès lors que si le suc pancréatique a été recueilli dans de mauvaises conditions et qu’il soit dépourvu de sa matière coagulable, il puisse être regardé commeayant une composition chimique analogue à celle de la salive, ainsi que l’ont dit MM.Leuret , Lassaigne et quelques autres observateurs. La sécrétion pancréatique a, d’ailleurs, certaines analogies avec la salive, et les mêmes substances que nous avons vues passer avec facilité dans les glandes salivaires, telles que l’iodure de potassium, passent également dans la sécrétion pancréatique, tandis que d’autres substances , les sucres par exemple, qui ne passent pas dans la salive, ne passent pas non plus dans le suc pancréatique.
suc l’A^CriÉATlQUL:.
En résumé, le suc pancréatique est composé chimiquement par de l’eau, des matières salines et par une matière organique spéciale. Cette derniere le distingue de toutes les autres sécrétions de l’économie , avec lesquelles l’eau et les matières salines lui sont communes.
Nous allons examiner maintenant successivement et en détail ces différents principes, afin de nous rendre compte plus tard du rôle physiologique de chacun d’eux.
D’abord l’eau, qui existe dans le suc pancréatique, comme dans tous les liquides, y entre en très forte proportion. Lorsqu’on fait dessécher du suc pancréatique, il peut j)erdrede 90 à 99 pour 1 00 de son poids. L’eau se montre plus abondante, dans cette sécrétion à mesure qu’elle augmente de quantité et c[u’elle devient anormale; la matière coagulable y diminue en même temps.
Les matières salines qu’on rencontre dans le suc pancréatique sont des sulfates, des chlorures, des carbonates de chaux, de potasse, de soude, des phosphates de chaux, etc.
La quantité relative de ces matières est ordinairement dans un rapport inverse avec la matière coagulable. C’est ainsi que les sels sont généralement plus abondants dans les dernières portions du suc pancréatique recueilli que dans les premières.
Enfin le suc pancréatique ne présente jamais le sulfocyanure de potassium que nous avons signalé dans la salive mixte. En ajoutant un persulfate de fer dans le suc pancréatique, on n’y développe pas une coloration rouge.
COMPOSITION CHIMIQUE
Les différences qncTious aurons à observer porteront donc particulièrement sur la proportion des matières constituantes du snc pancréatique, et spécialement sur la détermination de la matière organique active de ce suc eu rapport avec beau, les matières salines, etc. Mais il faut encore que nous nous rappelions que, vei's la fin de la digestion, le suc pancréatique contient un peu plus d’eau et moins de matière organique. Nous ne rapporterons pas ici desanalyses particulières, comme on l’a toujours fait. Nous donnerons le résultat de toutes nos analyses du suc pancréatique normal, en indiquant en masse les variations que ses matériaux constituants peuvent subir sans que le suc soit anormal.
Voici la composition chimique du suc pancréatique dans les limites ou il est normal :
1" Eau De 90 à 92 p. 100
2“ Parties solides De 10 à 8 p. 100
TjCS parties solides contiennent :
1“ Matière organique précipitable par l’alcool et retenant toujours un peu
de chaux De 90 à 92 p, 100 du suc
desséché.
Matières salines
Carbonate de soude. \
Chlorure de sodium. fDelOà 8p. lOOdusuc Chlorure de potassium. ^ ^ desséché.
Phosphate de chaux. ;
sue PANCRÉATIQUE.
r^a composition du suc pancréatique que nous venons de donner d’une manière {rénérale, bien qu’elle ait été obtenue sur des chiens, doit cependant être considérée comme représentant la composition du suc pancréatique normal, non-seulement chez cet animal, mais chez les autres mammifères. Les analyses chimiques dans lesquelles on donne moins de matière organique que nous n’en avons signalé, sont faites sur du suc pancréatique anormal. L’analyse du suc pancréatique du cheval par MM. Leuret et Lassaigne est faite avec du suc pancréatique anormal ; aussi ces auteurs signalent 99,1 pour 100 d’eau et seulement 0,9 de matières solides. Nous savons d’ailleurs maintenant que le suc pancréatique du cheval recueilli dans de bonnes conditions est très-riche en matière coagulable, et l’analyse de MM. Tiedemann et Gmelin du suc pancréatique de cheval, qui a été faite sur du suc normal du même animal, est tout à fait opposée à celle de MM. Leuret et Lassaigne.
EjCs matières salines dn suc pancréatique ne donnent pas au suc pancréatique ses propriétés particulières; car, lorsqu’on a isqlé la matière organique, on trouve que c’est dans cette dernière que réside la propriété spéciale active du liquide pancréatique.
Les auteurs qui, avant moi, avaient vu la matière coagulable du suc pancréatique, n’avaient pas reconnu eu elle l’agent essentiel de ce suc animal ; ils l’avaient confondu avec l’albumine; mais, si elle s’en rapproche par quelques caractères , j’ai prouvé dès 1849, dans mon premier mémoire, quelle en diffère complètement
SOUS le rapport de ses propriétés physiolofjiqiies. Il est nécessaire d’entrer dans quelques détails sur cette matière importante.
La matière coagulable que nous avons rencontrée dans le suc pancréatique n’est pas de l’albumine, c’est une matière tenant le milieu entre la caséine et l’albumine proprement dite, car elle possède des caractères communs à ces deux substances, sans être un mélange de chacune d’elles. Nous avons examiné déjà les caractères de cette matière qui est la substance active du suc pancréatique, et nous allons vous les rappeler en quelques mots :
1“ Cette matière, coagulable parla chaleur, parles acides sulfurique, nitrique, se redissout dans un excès de ce dernier acide.
Précipitable en totalité par le sulfate de magnésie, comme vous voyez ici dans cette expérience, où l’on a mélangé du suc pancréatique avec ce sel ; le liquide qui passe est parfaitement limpide et ne se coagule plus par la chaleur. Si nous jetions, au contraire, sur un filtre un mélange de sulfate de magnésie avec de l’eau albumineuse, le liquide filtré se coagulerait encore par la chaleur; ce qui prouverait que l’albumine a passé.
Le charbon animal arrête égalementla matière organique du suc pancréatique. L’alcool la précipite, comme vous le voyez dans cette expérience que nous faisons devant vous ; ce précipité par l’alcool présente un caractère qui est particulier à la matière pancréatique ; c’est de pouvoir, lorsqu’elle a été séparée, se re-
2'jO suc PANcr.uATîOuc.
disso Il dre dans l’eau distillée ou dans l’eau ordinaire, ce qui n’a pas lieu pour d’autres matières albmninoïdes. Nous examinerons maintenant cette eau dans laquelle nous venons de faire dissoudre la matière organique du suc pancréatique. Nous verrous qu’elle a acquis les propriétés du suc lui-même, qu’elle se coagule par la chaleur et par les acides énergiques, comme le suc pancréatique avant sa précipitation par l’alcool. Nous verrons plus tard que cette eau possède non-seulement les propriétés physico-chimiques du suc pancréatique, mais qu’elle en a aussi fes caractères physiologiques. 11 y a donc dans le suc pancréatique une matière albuminoïde coagulable par l’alcool . et qui a la propriété de se redissoudre dans l’eau, pour former un suc pancréatique artificiel. Nous prouverons plus tard que cette matière précipitable par l’alcool est réellement le principe actif du suc pancréatique.
Cette substance qu’on isole ainsi par l’alcool n’est pas, il est vrai, à l’état de pureté parfaite, mais elle est séparée de la plusgraude partie des sels contenus dans le suc pancréatique ; toutefois il est impossible de séparer complètement cette matière des alcalis qui les accompagnent, et l’eau dans laquelle on la redissout présente toujours une très légère l éaction alcaline.
Ce qui prouverait encore que cette matière organique est bien la partie active du suc pancréatique, c’est qu’elle existe dans une [iroportion d’autant plus considérable que le suc paucréalifjue est plus actif et recueilli dans de meilleures conditions.
Dans le suc pancréatique anormal , dont les pro-
priétés physiologiques ont disparu, on ne trouve plus cettQ substance. Le précipité obtenu par l’alcool est ou nul ou très peu considérable.
C’est à la présence de cette substance, qui' joue le rôle d’un véritable ferment, que le suc pancréatique doit sa propriété d’être sans contredit le plus altérable de tous les liquides de l’économie. En effet, l’altération de cette matière a lieu sous les influences qui amènent les décompositions organiques en général, et elle se fait d’autant plus rapidement que la température est plus élevée; elle est quelquefois instantanée dans les chaleurs de l’été, et surtout quand l’atmosphère est chargée d’électricité.
Lorsque le suc pancréatique est décomposé, il ne se coagule plus et répand une odeur infecte. Le liquide alors, au lieu d’être légèrement visqueux et filant, comme à l’état normal, devient très fluide en même temps qu’il s’altère. J’ai, en 1848, signalé pour la première fois dans ce liquide, lorsqu’il s’altérait, la formation de cristaux dont voici la forme (fig. 28).
Nous reviendrons plus tai d sur la composition chimique de ces cristaux, que je mentionne simplement ici, paice qu’ils ne se forment que dans le suc pancréatique chargé de matière coagulable.
Lorsque le suc pancréatique est maintenu dans une température basse, sa matière organique se décompose beaucoup plus lentement et elle peut être conservée quelque temps. Seulement il arrive souvent que, dans ces circonslauces, à la température de -h 5“ à -f-6® cent., la masse se prend comme une gelée.
2Ù2 • suc PANCRÉATIQUE.
Enfin, nous devons encore nous arrêter sur le singulier caractère que possède cette matière organique du
Fiji;. A et R, sulfate de chaux tel qu’il se dépose du suc pancréatique lorsque la pancréatme entre eu putréfaction (d’après MM. Robin et Verdeil, Atlas de chimie anatomique, planche VI).
suc pancréatique, de rougir sous riufluence du chlore. Cette réaction a été trouvée par Tiedemann et Gmelin; mais ces expérimentateurs n’ont pas su à quoi attribuer ce phénomène.
Nous avons vu, dans les très nombreuses recherches que nous avons faites à ce sujet, que la coloration était produite par la matière organique pancréatique, mais seulement quand celle-ci était altérée ; de sorte que
c’est une réaction qui prend naissance lors de la décomposition de la matière du suc pancréatique.
Nous nous bornerons aujourd’hui à signaler seulement ce caractère. Mais , plus tard , quand nous étudierons l’origine de la matière qui donne lieu à la réaction dans le tissu même du pancréas, à propos du suc pancréatique artificiel, nous chercherons sa signification, et nous aurons à examiner si son existence est spéciale au pancréas ou si elle s’étend à d’autres organes.
Toutefois nous pouvons déjà constater que le suc pancréatique est le seul qui présente ce caractère parmi tous les liquides intestinaux que nous allons citer. Jamais la salive, à quelque degré d’altération qu’on la prenne, de quelque glande qu'elle provienne, même la salive mixte, ne possède la propriété de rougir par le chlore.
Le suc gastrique et la bile n’offrent pas non plus cette réaction. On peut en conclure que la matière du suc pancréatique n’existe pas dans ces liquides; car, dès qu’on leur ajoute un peu de suc pancréatique, ils prennent la propriété de rougir par le chlore.
Ce caractère que présente le suc pancréatique de rougir par le chlore à l’exclusion des liquides intestinaux précités , peut devenir de la plus haute importance en ce qu’il permet de l’econnaître la présence du suc pancréatique dans l’intestin, et qu’il peut faire savoir, par conséquent, s’il existe un pancréas.
Nous voyons par là que le point de vue physiologique est bien plus fécond et bien plus large que le
2/j/| suc PANCRÉATIQUE.
point de vue anatomique. Tandis que ce dernier ne reconnaît un organe qu’autant qu’il trouve en lui certains caractères de structure et de forme antérieurement constatés dans d’autres cas, le physiologiste, au contraire, sait retrouver un organe par des caractères bien plus généraux que ceux que peut donner la forme si éminemment variable des organes et des tissus. C’est ainsi que nous avons poursuivi le foie dans toute la série animale, et que nous l’avons retrouvé jusque chez les insectes à l’état de cellules disséminées dans les parois de l’intestin, mais reconnaissables à ce double caractère de produire la bile et le sucre.
Il en est de mên)e du pancréas : on sait que cet organe existe chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles ; mais, qnant aux poissons, la question pour les anatomistes était restée indécise.
Nous pouvons dire dès à présent que ce principe rougissant par le chlore, ainsi que d’autres caractères physiologiques du pancréas, se retrouve dans l’intestin grêle des animaux vertébrés ou invertébrés; et si nous arrivons à démontrer que cette matière est exclusive au suc pancréatique et au pancréas, nous arriverons à conclure que le pancréas existe chez tous ces animaux, qu’il soitsous forme deglandeconglomérée, sousforme d’une glande disséminée dans les parois de l’intestin, ou même sous forme de cellules tapissant la muqueuse intestinale. C’est à cause de l’intérêt des questions qui se rattachent à cette matière que nous avons fait une étude approfondie des caractères de la substance organique du suc pancréatique qui se rencontre éga-
SA matière organique. 245
lemeot dans le tissu pancréatique. Nous vous demandons la permission de nous arrêter quelque temps sur ce sujet.
D’abord quelles sont les conditions de cette réaction? Nous avons déjà dit qu’elle est due à la matière organique du suc pancréatique qui s’altère; et celle-ci, en s’altérant, cesse d’être précipitable par l’alcool.
Voici une expérience qui prouve que c’est bien à la suite d’une altération que le suc pancréatique acquiert la propriété de rougir parle chlore.
Sur un gros chien à jeun depuis vingt-quatre heures et ayant mangé depuis deux heures de la viande cuite, on pratifjua l’opération comme à l’ordinaire. On introduisit un tube dans le canal pancréatique, en aîtirantpar la plaie le duodénum, dont les vaisseaux étaient gorgés de sang et pi'ésentaient un grand nombre de vaisseaux chylifères pleins de chyle, comme cela a lieu, du reste, pendant la digestion. Aussitôt après l’opération, lesuc pancréatique commença à couler; il était alcalin, se coagulait complètement et avait tous les caractères du suc pancréatique normal, l.e lendemain, lesuc pancréatique coulait plus abondamment que la veille, mais se coagulait beaucoup moins, ainsi que cela se voit le plus habituellement; on constata que, au moment de son écoulement, le jour même de l’opération ainsi que le lendemain, le chlore donnait un précipité caillebotté blanc, sans aucune coloration rouge. On a ensuite gardé les deux liquides pancréatiques du jour de l’opé* ration et celui du lendemain, pour les examiner ulté»rieurement.
2/1.6 suc PANCRÉATIQUE.
Les sucs pancréatiques, abandonnés à eux-mêmes depuis vingt-quatre heures à une température assez élevée, rougissaient déjà d’une façon très évidente par le chlore. Le troisième jour, les mêmes liquides se coloraient en rouge d’une manière plus énergique. Mais on observa alors ce fait singulier, que les portions de suc pancréati(|ue qui avaient été traitées par le chlore au moment de l’écoulement du liquide, et qui alors n’avaient pas présenté de coloration rouge, étant restées pendant deux jours en contact avec ce chlore, donnaient la coloration très évidente quand j’ajoutais de nouveau du chlore ; ce qui montrait que la présence du chlore n’avait pas empêché la décomposition du suc pancréatique. Cette e.xpérience, que nous avons répétée sur d’autres chiens avec les mêmes résultats, prouve que le suc pancréatique frais ne donne pas lieu à la réaction, et que ce n’est que plus tard que cette réaction arrive par suite d’une décomposition spontanée.
Cette matière rouge produite par la décomposition du suc pancréatique persiste indéfiniment dans le suc pancréatique pur qu’on abandonne à lui- même. Seulement, au bout d’un certain temps, les matières alcalines, et probablement ammoniacales, qui se forment en grande quantité, masquent la réaction, et alors l’addition directe du chlore dans le suc pancréatique très ancien ne décèle aucune coloration rouge; de sorte qu’on a avec le suc pancréatique trois périodes, au point de vue de la formation de cette matière colorahle.
Première période. — Suc pancréatique frais ne
donnant aucune réaction rouge par l’addition directe du chlore.
Deuxième période. — Suc pancréatique altéré depuis peu de temps donnant une réaction rouge par l’addition directe de l’eau chlorée.
Troisième période. — Suc pancréatique très ancien et ne donnant plus la réaction rouge qu’il avait auparavant. Dans tous ces états le suc pancréatique reste toujours alcalin .
Mais nous avons dit que, dans ce dernier cas, la réaction n’était que masquée, et la [)ieuve, c’est qu’on peut la faire reparaître à l’aide de certains moyens, et particulièrement en précipitant les matières étrangères à l’aide de l’acétate de plomb.
Voici deux expériences que nous avons faites à ce sujet :
1*'® EXPÉRIENCE. — Un suc pancréatique très ancien, datant au moins de deux ans, et d’une odeur excessivement fétide, a été traité par lesous-acétatedeplomb qui y a produit un précipité abondant; on a filtré, et le liquide qui a passé a été additionné d’acide sulfurique pour précipiter l’excès du plomb; on a refiltré, et dans le liquide acide qui a passé on a pu constater dii ectement par le chlore la coloration rouge de la matière pancréatique.
2® EXPÉRIENCE. — On a recueilli du suc pancréatique frais et possédant une grande quantité de matière pancréatique ; on l’a laissé s’altérer jusqu’à ce qu’il présentât une odeur très putride. On y a ajouté alors du sous-acétate de [)lofnb qui a produit nn pré' ipité
248 ' suc PANCRÉATIQUE,
brun, à cause de la formation du sulfure de plomb par l’acide sulfhydrique existant dans le liquide; on a filtré et l’on a précipité l’excès de plomb par l’acide sulfurique : dans le liquide filtré de nouveau et devenu très limpide, on a constaté par le chlore la couleur rouge caractéristique.
Le suc pancréatique du même animal, mais recueilli à la fin de l’expérience, lorsqu’il était devenu morbide et qu’il ne contenait plus de matière organifjue, futtraitéde la même manière, et il ne donna pas de coloration rouge: ce qui prouve que lorsque le suc pancréatique est sécrété par un pancréas enflammé, en même temps qu’il ne contient plus de matière organique , il ne donne plus lieu à la coloration rouge. Ce dernier caractère est donc lié à l’existence de la matière spéciale à la sécrétion pancréatique.
Voici une autre expérience qui donna des résultats analogues :
Sur un gros chien on a retiré du suc pancréatique pendant deux jours, et l’on a constaté les px’opriétés suivantes. Le suc pancréatique obtenu pendant les premières heures de l’opération, qui était physiologiquement bon, donna seulement après son altération une coloration rouge très intense par le chlore. Cette coloration produite par l addition directe du chlore allait en diminuant d’intensité, à mesure qu’on recueillait le suc pancréatique dans des moments plus éloignés du commencement de l’opération, et déjà celui qui était obtenu à la fin du premier jour et le lendemain ne donnait plus de coloration par l’action directe du chlore.
Nous avons dit plus haut que la matière roii^^e du ^uc pancréatique pouvait être dissimulée dans certains cas, et ne pas se manifester par l’addition directe du chlore dans le suc pancréatique; qu’il fallait alors la démasquer par le sous-acétate de plomb ou par l’alcool, et qu’alors le liquide acide obtenu après la précipitation des matières organiques donnait par le chlore une coloration rouge très manifeste.
Mais il est intéressant de savoir par quoi pouvait être marquée cette réaction, et nous sommes parvenu à trouver que c’était la présence des carbonates alcalins qui produisait cet effet ; car nous avons pris du suc pancréatique très ancien, ne donnant plus de coloration par l’action directe du chlore; puis nous l’avons traité, comme il a été dit plus haut, par l’acétate de plomb, et nous avons obtenu la coloration par l’addition du chlore. De même si nous ajoutions préalablement dans le liquide du carbonate de potasse ou du carbonate de soude, il se formait un précipité blanchâtre par l’addition du chlore sans aucune apparence de coloration rouge ; ce n’était pas évidemment l’alcali seul qui empêchait cette réaction ; car si, au lieu d’ajouter du carbonate de potasse, on ajoutait de la potasse caustique, alors, malgré laréaction alcaline très intense du mélange, dans lequel il ne se formait pas de précipité blanchâtre, le chlore développait la coloratiou rouge.
Un autre fait qui semble prouver que c’est bien l'acide carbonique des carbonates qui empêche la réaction, c’est que si, dans le mélange citéplushaut, on
suc PANCRÉATIQUE, ajoute du carbonate de potasse ou de soude, on verse goutte à goutle de l’acide sulfurique impur, jusqu’à ce que l’acide carbonique soit dégagé, et qu’il y ait une réaction légèrement acide du mélange, on voit aussitôt apparaître la coloration rouge caractéristique de la matière pancréatique que nous examinons.
Avant d’aller plus loin, il importe que nous sachions ce qui se passe dans cette coloration ronge, afin de mieux comprendre la réaction. D’abord nous savons que cette matière n’est pas précipitée par l’acétate de plomb, ni par l’alcool ni par le charbon.
Nous savons de plus que cette matière n’existe pas dans le suc pancréatique très frais, et qu’elle est masquée dans le suc pancréatique très ancien par les carbonatesalcalinsqui s’y sont produits. Nous savons aussi que le chlore a la propriété de développer une couleur rouge plus ou moins intense, lorsqu’on l’ajoute dans des liquides qui contiennent cette matière colorante débarrassée des substances qui peuvent la masquer. Or, l’action du chlore est considérée comme oxydante, et, dans cette vue, nous pourrions expliquer la réaction en disant que le chlore s’empare de l’hydrogène de cette matière, l’oxvde de façon à faire manifester une coloration qui n’existait pas auparavant. On connaît un grand nombre de matières organiques qui se colorent par desphénomènes d’oxydation: telle est, par exemple, la matièi’e colorante de la bile, etc.
Nous devons ici ajouter que, pouremployer le chlore comme réactif, il faut verser l’eau chlorée goutte à goutte; car si l’on dépasse la limite, la couleur disparaît.
Cependant les substances qui ont une action analogue à celle du chlore ne pi oduisent pas le même effet sur le liquide pancréatique; l’iode, le brome ne font rien de semblable sur le suc altéré.
En recherchant comment il se faisait que les carbonates empêchaient le chlore d’agir, et surtout pourquoi l’acide sulfurique faisait apparaître cette coloration, il était difficile de concilier l’idée d’une oxydation avec l’action de cet acide. C’est pour cela que nous avons repris ces expériences, en les répétant avec des réactifs parfaitement purs, et nous avons vu alors que l’acide sulfurique pur ne produisait pas le même phénomène que nous obtenions avec l’acide sulfurique impur; nous avons vu ensuite que l’acide chlorhydrique impur produisait le même effet que l’acide sulfurique ordinaire, tandis qu’à l’état de pureté, il n'avait aucun effet semblable. Examinant alors quelles étaient les matières qui se trouvaient ordinairement dans ces acides, nous avons été conduit à penser que c’était l’acide azoteux qui agissait dans ces circonstances , et nous avons pu rapprocher l’action oxydante de cet acide de l’action du chlore. Nous avons ensuite essayé Faction de l’acide azotique, et nous avons vu que cet acide agissait parfaitement pour manifester la matière colorante rouge, et qu’alors on pouvait substituer l’acide azotique au chlore, avec d’autant plus d’avantage que l’acide azotique agissait dans certains cas où le chlore n’agit pas. Ainsi, quand le suc pancréatique est très ancien et que lescarbonates alcalins empêchent Faction du chlore, Faction a toujours lieu par Facide
suc PANCRÉATIQUE.
azotique , parce qu’il degaqe l’acide carbonique des carbonates. Ainsi voilà du suc pancréatique qui est très ancien, l’addition du chlore ne produit rien, tandis que l’addition de l’acide azotique produit un dégagement de gaz et l’apparition de la coloration rouge.
Il n’y a pas à craindre, avec l’acide azotique, de dépasser le point où se produit la coloration, comme avec le chlore.
Il est convenable alors d’avoir de l’acide étendu et mélangé avec un autre acide, tel que l’acide sulfurique. Dans l’étude que nous ferons plus tard encore de cette matière colorante, nous aurons recours aux divers réactifs, mais surtout à l’acide azotique, dont nous comprenons maintenant le mode d’action.
Mais la matière organique du suc pancréatique, et celle du tissu de cet organe, peuvent encore être caractérisées parleur action spéciale sur les corps gras qu’ils acidifient rapidement. Nous aurons à revenir sur ces derniers caractères après l’étude des propriétés physiologiques du suc pancréatique, dont nous commencerons l’examen dans la séance prochaine.