DE LA DIGESTION
lymphatiques du corps, leur contenu prend un aspect blanchâtre lactescent, tout à fait caractéristique, et, grâce à la transparence des vaisseaux, on peut suivre parfaitement des yeux le trajet de la matière grasse, depuis l’intestin jusque dans la veine sous-clavière gauche, où elle est déversée par le canal thoracique.
On doit penser, d’après ce qui précède, que, pour rester dans le sang et pour y être assimilées, les matières grasses n’ont pas besoin de traverser le foie; c’est, en effet, ce qui a lieu. J’ai bien souvent injecté dans la veine jugulaire, et en grande quantité, diverses substances grasses (beurre, huile, axonge), que j’avais préalablement émulsionnées avec du suc pancréatique obtenu chez des chiens, et jamais je n’ai vu, aprèscesinjections, les urines contenir de la graisse et devenir chyleuses.
Il semblerait donc qu’il faut, d’apres leurs organes d’absorption, distinguer les produits de la digestion en deux groupes : i'^ les malières sucrées et albumineuses absorbées exclusivement par la veine porte, et traversant nécessairement le foie avant de parvenir au poumon ; 2° les substances grasses absorbées par les vaisseaux chylifères et arrivant dans le système veineux général et dans le poumon, sans avoir préalablement passé par le foie.
Cette dernière proposition ne doit pas être prise dans un sens aussi absolu que la piemièie, car l inspection microscopique et les expériences démontrent que la graisse est absorbée, â la fois, par la veiue porte et par le système des vaisseaux chylifères. Quand on examine chez un chien en digestion de matières grasses.
ABSORPTION DES CHYLIFERES.
le coofemi du carml thoracique et le san^ de la veine porte, on voit que ces deux liquides contiennent à peu près autant de graisse émulsionnée l’un que l’autre; seulement elle est beaucoup moins visible dans le sang à- cause de sa coloration. Mais si on laisse le caillot se former et le sérum se séparer, on constate qu’il est rendu opaque et blanchâtre comme du lait, en partie par la subsiânce grasse émulsionnée qu’il tient en suspension.
Du reste, si chez les mammifères on peut attribuer au système chylifere une part très évidente dans l’absorption de la graisse, il n’en est pas de même chez les oiseaux, par exemple ; ainsi que nous le savons chez eux il est impossible de constater aucune espece de lymphatiques chylifères, c’est-à-dii’e de vaisseaux lymphatiques blanchâtres chargés de graisse émulsionnée. J’ai fait avaler de la graisse â des pigeons, à des coqs, à des émouchets, etc., et en sacrifiant ces animaux en pleine digestion, je n’ai jamais trouvé la moindre apparence blanchâtre ou chyleuse dans les lymphatiques intestinaux, tandis que le sang de la veine porte contenait de la matière grasse éimdsionuée.
Il n'y avait donc, en résumé, qu’une substance alimentaire, la graisse, pour l absorption de laquelle oh pourrait faire intei’venir, d’une manière évidente et réelle le système lyinphalique chv htere; et encoie cette fonction, (ju’il partage avec la veine porte chez les mammifères, est-elle complètement amndêe chez un grand nombre d’animaux, qui cependant digèrent et doivent sans doute absorber les substances
cuyLü.
grasses. D où je conclus que le chyle ne peut pas éire coi;sidéré comme un liquide qui résumerait en lui tous les principes nuîriiil's des aliments.
Toutefois la question du chyle demande encore de nouvelles études; car on a pensé que certains éléments du chyle étaient sécrétés par les glandes mésentériques et que le chyle pourrait existei- sans la présence de inatières grasses dans l’intestin. Moi-même j’ai vu [jarfois un liquide rendu opalin par de la graisse dans le canal thoracique des chiens qui étaient â jeun depuis jilusieurs joul’s.
Nous ajouterons, en terminant, une dernière expérience qui proiive encore que le chyle n’est pas, comihe on l’avait cru, la quintessence de l’alimentation, car on peut le produire sans introduire tous Tes aliments dans les voies digestives.
Voici ce cjne nous avons trouvé : si l’on prend un animal à jeun depuis plusieurs jours et meme depuis huit ou dix jours, et si on lui introduit de l’éther tenant en dissolution très jieu de graisse dans l’estomac avec une sonde œsophagienne, on constate cjue par cette voie les phénoinènes d’éthérisàtion se jjrbduisent assez dilficilement et si l’on sàcriHe l’ànimal (juelque tenqis après, les \ aisseaux chvliferes sciiit remplis d’un chyle parfaitement semblable à celui d’iin chien en digestion. t)ans ce cas, le chyle est formé par des matières grasses seules dissoutes par l’éther et rie représente certainement pas les éléments de nlitrîtion de l’animal.
Maintenant, messieurs, nous avons vu l’action phy-
o28 ACTION DU SUC PANCKÉATJQUE
siqiie et l’action chimique du suc pancréatique dans l’émulsion et l’acidification des matières grasses. Nous nous sommes demandé si cette action était spéciale à ce liquide et si d’autres fliddes intestinaux ne joui raient pas de la même propriété. Nous avons déjà comparé le suc pancréatique avec la salive, et vous avez vu que sous ce rap|)ort il n’y avait rien de commun entre eux.
Nous l’avons comparé de même avec le suc gastrique et la bile; nous avons laissé ces liquides pendant dix à quinze jours en contact avec des matières grasses, nous n’avons jamais constaté qu’ils s’acidifiassent.
On a dit, dans ces derniers temps, que le sperme pouvait émulsionner et acidifier les matières grasses. On ne s’est pas explitpté sur la nature du sperme employé. Nous avons essayé avec du sperme pris dans les vésicules séminales du cochon d’Inde, du chien et du taureau; nous l’avons mélangé avec de la graisse, soit directement, soit après avoir neutralise le sperme avec de l’acide acétique, et nous n’avons jamais observé ni une émulsion analogue à celle que donne le suc pancréatique, ni une acidification même an papier de tournesol. Du reste, pour prouver, comme on l’a dit, que le sperme saponifie les graisses, il aurait fallu prouver qu’il y a réellement dédoublement de la graisse en glycérine et acide gras, comme nous l’avons fait pour le suc pancréatique. Sans cela, ces expériences, qui ne signifient rien quant à la digestion de la graisse, restent sans valeur même au point de vue de la réalité du phénomène mis en avant