RÉACTIF DU TISSU PANCRÉATIQUE
bleu, et nous l’avons mise en contact avec une portion de tissu du pancréas. Il était évident que si la butyrine se trouvait décomposée en acide et en glycérine, la réaction acide devait se manifester par le changement de couleur de la teinture de tournesol, qui du bleu devait être ramenée au rouge, et servir par conséquent d’indice à la spécialité d’action qu’exerce le tissu du pancréas. L’expérience répondit à nos prévisions, et bientôt en effet le liquide bleu, mélange de butyrine et de tournesol, était ramené au rouge quand on y ajoutait un peu de tissu pancréatique. La meilleure manière de faire l’expérience consiste à prendre une lamelle de verre dans laquelle est creusé un petit godet; on place sur la lame de verre le tissu du pancréas avecle réactif, et l’on recouvre le tout avec une lamelle; bientôt on voit une zone rouge se manifester au point de contact du liquide avec le tissu pancréatique, et cette zone s’étend de plus en plus vers la circonférence, à mesure que la quantité d’acide formé augmente. Le réactif tel que nous venons de l'indiquer est très sensible ; mais il est naturellement très difficile à faire, à cause de la difficulté de préparer labutyrine; c’est pour cela que nous avons cherché à trouver un réactif d’une manière plus simple et qui réussît également. Nous obtenons le nouveau réactif en émulsionnant complètement du beurre avec un liquide visqueux que nous mettons ensuite en contact avec le tissu pancréatique.
Le liquide visqueux dont nous nous servons est l’émulsion de graine de lin, fortement colorée en blêti
RÉACTIF DL TISSl PANCHÉATIQüF. 353
avec du tournesol, tenant en suspension et eu émulsion parfaiie une petite quantité de beurre.
J’ai encore essayé d’autres mélanges, mais j’en citerai surtout un très bon, et qui, à raison de la facilité avec laquelle on peut se le procurer, lait que l’on y aura sans doute plus souvent recours qu’à tout autre.
" Voici comment on devra préparer ce réactif:
' 1“ On fera dissoudre dans de l’éther du beurre frais et aussi neutre que possible. îja proportion de beurre esta peu près insignifiante; il vaut mieux qu’il y en ait une proportion un peu forte qu’une trop faible quantité; on peut même eu mettre assez pour que l’éther soit saturé. Cette solution, conservée dans un flacon bouché, ne s’altère pas et peut servir longtemps.
Q® t)n aura, d’autre part, une dissolution aqueuse de tournesol, assez concentrée pour qu’une couche de ce liquide d’un demi-millimètre d’épaisseur sur une lamelle de verre conserve une teinte bien bleue.
3® Enfin, dans un troisième flacon, on aura de l’alcool ordinaire.
Pour appliquer les réactifs, ou procède ainsi qu’il suit: On prend un fragment de l’organe glandulaire que l’on veut essayer et on le pose sur-une lamelle de verre. On ajoutera ensuite sur ce tissu une goutte ou deux d’alcool ordinaire, en dilacérant le tissu avec la pointe d’une aigudle, de manière qu’il soit bien imbibé d’alcool. L’action de l’alcool, dans ce cas, a pour but d’enlever l’eau au tissu, de façon que l’imbibition parle réactif soit ensuite plus facile. L’alcool a encore 2' SEM. 1S55. 23
R i; ACTIONS
ia [iiopriéié c!e crisper rapideiuenl la maliere gluante que contiennent certaines glandes, telles que lesglandes sublinguales, cellesde Brunner,etc,, et d’empécbercette substance filante de se dissoudre dans le liquide qu elle rendrait visqueux. Cette viscosité du liquide est un obstacle à la réaction en ce que le contact du tissu et tie 1a graisse est rendu plus difficile, et fjue cette matièi'e, en se mêlant à la ti inture de tournesol, donne des variétés de teintes qtii peuvent en imposer et rendre la réaction acide moins évidente. L’ctber ajouté directement' au tissa gianduiaire ne change aucunement les proj)riétés de cette' matière gluante.
Quand le I issu giandnlaire a macéré pendant quelques instants, environ un quart d’heure, dans de l’alcool, on enlève Id^xccs d’alcool en plaçant le fragment de tissu sui>du papier brouillard; puis, api’ès avoir replacé le petit uiorceau de tissu sur une lamelle de verre bien propre, on laisse tomber sur lui, avec une petite pipette, une ou deijx gouttes d’élber tenant le beurre en dissolution. On malaxe aussitôt ce tissu avec la |rointe d’un scalpel, de manière à opérer un mélange bien complet avec l’éther, qui s’évapore aussitôt, laissant sur le tissu la matière grasse extrêmement divisée. Quand le tissu glandulaire est ainsi imprégné de matière grasse, on eu prend, avec la pointe d’un bistouri, un fragment que l’on place dans un petit godet d’un millimètre de profondeur, qui est creiisé sui' une lamelle de verre et qu’on avait préalablement rempli avec quelques gouttes de teinture aqueuse de tuurneso! bien bleue, et l’ou recouvre le tout d’une la;i:elle
DL: TISSU l'A^GIiÉA'nQU^•:
(le verre, en ayant soin de ne pas lais.ser d’air (Mitr(‘ les deux verres.
Le tissu glandulaire se trouve alors plongé dans un liquide ayant une teinle bleue intf-nse. Quelques instants après, à mesure que le tissu s’imbibe du réactif, on voit, si c’est le tissu du pancréas qu on a employé, une auréole louge apparaître autour du tissu et s’étendre vers la circonlérence, de manière à en-vabir, au bout d’un certain temps, tout le liquide.
Cette coloration rouge est d’autant plus intense què la teinture de tournesol est plus forte. C’est afin de rendre cette réaction plus évidente que nous employons toujours de la teinture de tournesol assez concentrée, que nous préparons eu mettant dans de l’eau un excès de tournesol en pains.
Avec ce réactif, comme avec les autres, le tissu du pancréas seul produit l’acidification du corps gras et le cbangement de couleur du bien au rouge dans la teinture de tournesol.
Nous avons dit qu’d fallait, pour obtenir convenablement la réaction, placer dabord les tissus dans i’alcool ordinaire pendant quelques instants. Il n’est pas nécessaire, toutefois, de faire celte immersion au moment même où l’on veut essayer le tissu. Ou peut conserver d’avance, dans de i’aicool, les tissus du pancréas et des diverses autres glandes. I^a matière spéciale du tissu pancréatique ne s’altère pas par un séjour prolongé dans lalcool ; elle est coagulée par ce réaclif et elle conserve la propi'iété de se reclissondre ensuite dans l’eau.
aÉACTIONS
Quand on veut comparer les tissus fjlandniaires relativement à cette réaction, il faut avoir soin de les traiter tous exactement de la même manière; d’en prendre des quantités égales et de les placer dans des godets d’égale capacité, afin que tout soit rigoureusement comparable et que l’appréciation des réactions par les variations de coloration soit plus facile à faire.
On doit aussi avoir le soin de nettoyer ses instruments toutes les fois qu’on cbange de tissu. Ijenr mélange donnerait aux réactions une confusion qu’il faut éviter.
Je désire beaucoup que les anatomistes et les physiologistes veuillent bien fixer leur attention sur ce caractère du tissu pancréatique d’acidifier lesgraisses, qui permet de distinguer cet organe des autres glandes de l’économie, J ai donné assez de détails, je pense, pour qu’on puisse facilement arriver à reproduire mes ex[)ériences. J’ai décrit la manière de procéder qui m’a paru la plus convenable; mais on pourrait la varier si l’on y trouvait de l’avantage. C est ain.'i que l’on pourrait employer d’antres matières grasses que le beurre, d’auties matières colorantes que le tournesol, etc. Si l’on n’avait pas de lamelles de verre avec des godets, on pounait se servir d une lamelle plate ordinaire, sur latpielle on verserait deux ou trois gouttes de tournesol, apres quoi on y placerait le fragment de tissu préparé et l’un l ecouvrirait avec une lamelle de verre. II resterait autour du tissu assez de teinture de tournesol pour voir la réaction s’opérer. Enfin, si l’on n’avait pas de teinture de tournesol, on
DU Tisse PAiNCR^ATIQUE.
pourrait pi-endre un morceau de papier bleu de tournesol, l’imbiber avec de l’eau dislillée, l’élendre sur une lame de verre el poser sur lui le fragment du tissu pancréatique préparé; on lecouvre ensuite le tout avec une lame de verre j)our empêcher le dessèchement du papier. Bicnlùt on voit le papier bleu rougir dans les points qui sont en contact avec le tissu et la couleur s’étendre autour de lui par imbibition. Je n’insiste pas davantage sur ces particularités; elles viendront naturellement à l’esprit de chacun une fois que l’on sait exactement le but que l’on veut atteindre.
En résumé, le tissu du pancréas possède seul la propriété de décomposer instantanément la butyrine et de donner naissance à la coloration rouge caractéristique; seul il acidifie le beurre émulsioniié avec de la graine de lin, de la ;;lycérine, ou dissous dans l’éther, et il se distingue j>ai' cela de tous les tissus glandulaires et autres de l’économie.
Ee mécanisme delà réaction qui se passe dans cette acidification paraît au premier abord facile à comprendre. On peut penser, en effet, comme nous le disions, que le tissu du pancréas, mis en contact avec la solution de tournesol chargée de butyrine, dédouble cette derniere substance et met en liberté de l’acide butyrique qui, immédiatement, manifeste sa présence à l’aide de la teinture de tournesol, qui de bleue devient rouge. Il y aurait là en petit ce qui se passe plus en grand quand on broie le tissu de la glande avec une matière grasse neutre.
Néanmoins j’ai observé plusieurs faits singuliers à
UliACriONS
propos de cette réaction. Le premier, c’est que le tissu pancréatique est plus actif que le suc sécrété par le même oifçane pour développer la coloration rouge de la teinture de tournesol ; en mélangeant une goutte de suc pancréatique avec le réactif, je n’ai pas vu l’acidiHcalion se manifester. Une autre circonstance curieuse a noter, c’est que cette acidification du réactif TOUS l’itifluence du tissu pancréatique se fait très bien sur une lamelle de verre à l’abri du contact dë l’air. Il arrive, lorsque le tissu de l’organe essayé ne fait pas rougir le liquide, que ce dernier devient jaune et se décolore, puis se recolore en Ideu si on enlève la lamelle, et si le li(juide se trouve exposé à l'air. Cela arrive avec des tissus glandulaires autres f|ue le pancréas. Le pancréas rougit le licpiide, mais celui-ci redevient bleu quand on enlève la lamelle et qu’on la pose à l’air. Elle paraît même sy manifester plus vite que lorsque le tissu n’est pas pressé par une lamelle qui le recouvre. Tonlefois cette acidification ne s’opère jamais que sous l’influence de la matière grasse; car on peut agir avec la même teinture de tournesol et le même pancréas, et la coloration du liquide reste bleue tant qu’on n ajoute pas de buiyrine capable de donner naissance à une réaction acide par son contact avec le tissu pancréatique.
A l’aide de ce réactif basé sur une propriété physiologique de l’organe, nous pouvons donc distinguer le tissu du jiancréas d’avec ceux de tous Icsautres organes glandulaires avec lesquels les anatomistes l’ont confondu, ce qui prouve encore la propositionquenous
DU SUC PA^CnÉATlQUE. avons si, souvent émise, que la physiologie conduit à des distinctions que Tanatoniie n’avait pas fait prévoir.
Mais à l’aide de ce même réactif, nous pouvons résoudre une autre question , celle de savoir si les glandes de Brunner sont ou non des glandes analogues au pancréas. Ces glandules sont placées dans le duodénum aussitôt après le pylore, dans l’épaisseur des pai’ois intestinales ; il nous faut donc prendre ces glandules, les mettre sous une lame de verre avec le réactif et voir comment elles se comportent. Nous avons vu que ces glandules ne donnent pas la réaction du pancréas, elles sont plutôt analogues aux glandes salivaires etfoin nissent un liquide très visqueux quand on le met avec de l’eau.
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Fig. 4*3. — Coupe de l'intestin d’un chien pour pn outrer les qlandes de Brunner, grossies cinq fois.
i,i, couche muqueuse, de la tunique intestinale; — didsOi îîl^hde de Brunner; — 6, fc, />, couche glandulaire située au-dessous de la couche musculaire; — m,m, couche musculaire; — p, p, couche pe'ritonéale; — c, tissu cellulaire lâche qui sépare la couclie glandulaire de la couche musculaire.
Nous avons, avec la même réaction, pu rechercher et localiser le pancréas dans les animaux où cet organe n’avait pas été nettement déterminé. Car nous devons dire d’abord que le tissu du pancréas possè de cette pro-
HliACTlüNS
priété d’acidilier le réactif graisseux chez tous les animaux; nous avons constaté cette réaction avec le tissu pancréati( jue de rhonime sain (supplicié) ou malade, des oiseaux, des reptiles et des poissons. INons avons coustatéen outre' que cette propi iélé de rougir en décomposant le réactil so manifeste avec d’autant plus d’intensité que les phénomènes de la digestion sont eux-mêmes plus intenses ; que chez les chie ns, cette propriété est })lu3 active au moment des digestions que dans riulervalle ; que généralement chez les oiseaux, cette propriété est plus active q ie chez les mammifères; que chez ces derniers, elle est plus rapide que chez les reptiles; et enfin, nous avons vu que pendant le sommeil hibernal où la digestion s’arrête complètement, le tissu pancréatique, chez certains animaux, perd cette propriété qui revient ensuite au moment où les phénomènes de la digestion se rétablissent.
Il existe donc dans le tissu pancréatique, la même matière active que dans le suc sécrété, matière qui communique a ce deiaiier liquide toutes ses pi oprictés; et l’on peut, en prenant le tissu du pancréas, en faire des espèces d’infusions qui ont tous les caractères du suc pancréatitjue lui-même.
Il résulte de cela que le principe actif des glandes intestinales n’est pas dans le sang, mais dans l’organe lui-même. !Nous savons déjà qu’on peut laire des salives artificielles, du suc gastrique artificiel ; nous venons de voir qu’on peut faire également du suc pancréatique artificiel ; tandis (pi on n’aurait pa.s de l’urine