DU TISSU PANCRÉATIQUE
artificielle en faisant macérer un rein dans de l’eau. C’est que le rein ne fait qu’t'liminer des principes qui se trouvent normalement dans le sang, l’acide urique et l’urée, tandis que les glandes dont nous venons de parler forment de toutes pièces les principes qu’elles sécrètent.
La propriété que possède le tissu du pancréas d’acidifier les graisses neutres , que nous avons précédemment examinée, est une pro[)i iété qui n’appartient au tissu du pancréas qu’.à l’état frais. Quand le tissu de l’oigane s’allere, et qu’il existe déjà un commencement de putréfaction , il cesse d’agir sur les matières grasses neutres pour les acidifier; mais alors on peut y constater un autre caractère qui n’existait pas lorsqu’il était frais. Ce dernier caractère consiste à développer, à l’aide du chlore, une coloration rouge particulière dans l’eau où a infusé le tissu du pancréas. Voici de quelle manière l’expérience peut être faite :
On prendra chez un animal eu digestion le tissu du pancréas, on l’isolera autant que possible des tissus et v.iisseaux environnants, on le coupera enmorceaux, on le broiera et on le laissera niacérer dans de l’eau ordinaire. Bientôt après on constatera que le tissu du pancréas a abandonné à l’eau une matière soluble, coagulable parla chaleur et par les acides énergiques. Le chlore précipite également cette matière, sous la forme d’un dépôt blanc, mais sans faire naître aucune coloration rouge.
Si ou laisse la macération du tissu du pancréas se prolonger davantage, on constate que le ti.ssu, en
KÉACTJÜ^S
s’altérant, prend une odeur nauséabonde, putride. On V montre toujours la présence d’une malière coagulable; mais quand on y ajoute du chlore? on voit se manifester une coloration rouge vineuse, plus ou moins intense. Pour que cetfe coloration se manifeste, il ne faut pas ajouter une trop gi’ande quantité de la dissolution de chlore, parce que cetie coloration caractéristique disparaît sous l’influence d’un excès de réactif. Par conséquent, quand on voudra constater le caractère dont nous par lons clans une infusion de panci’éas, on agira de la manière suivante :
(3n filti’ei’a l’infusion du pancr éas altéré et l’on agira sur elle directement, ou, api’ès l’avoir fait bouillir, ce qui est en généra! préférable, pour séparer toutes les matières coagulables par la chaleur. Aloi’s on ajoutera dans cette infusion, peu à peu, du réactif chloré et l’on apercevra successivement la coloration rouge se manifester dans le liquide, puis augmenter à mesure qu’on ajoutera du chlore, puis arriver à un certain degré d’intensité. Cette coloraliot) diminuera alors sous l’influence d’un excès de chlore et le liquide prend une teinte jaunâtre.
Quand on ne dépasse pas la quantité de réactif nécessaire, le liquide reste coloré en rouge, mais le plus ordinairement la matière colorée se précipite au fond du verre.
Ija coloration rouge que nous venons de mentionner n’existe pas dans les premiers jours de riufusion du tissu pancréaticjue ; elle se produit, comme on le voit, par une décomposition, sans doute, de la matière
Dl) IISSU PA.NCUBATlQüt:.
coagulable du suc pancréatique. Cette coloration arrive donc d’autant plus vite que la décomposition est pins rapide. C’est, en effet, ce que l’on observe : si l’on maintient le tissu du paiîcréas à une température basse, la réaction ne se manifeste pas; tandis qu’à une température plus élevée, la formation de cette substance rouge a lieu avec le même tissu. Une température basse arrête complètement la décomposition et suspend ainsi la formation de matière rouge. Mais, à mesure que la température s’élève, ia décomposition se faisant plus facilement, il y a lormation de la matière colorante spéciale. 11 ne faut pas cependant (jue la température soit trop élevée, car la cuisson du tissu pancréatique empêchant sa décomposition, le rend impropre à produire la matière colorante spéciale que nous signalons ici.
Si l’infusion du pancréas est très ancienne, qu’elle soit arrivée ci un état de complété décomposition, et ait acquis une odeur putride très forte, alors la matière colorante, que nous avons examinée plus haut, cesse d’étre sensible au chlore. C’est-à-dire que si l’on filtre, directement ou après l’avoir fait boinllir, l’infusion pancréatique ainsi décomposée et cpi on y ajoute du chlore, on ne voit plus apparaiii’e comme précédemment de coloration louge.
La raison de ce phénomène peut dépendre de deux < auses, soit que la matière coioi’ante qui s’était nécessairement développée à un certain degi é de la décomposition du tissu ait disparu, soit qu’elle se tiouve masquée par quelque substance qui s’est formée à un
RÉAGTIOIVS
degré de décomposition pins avancé du liquide. C’est à celte dernière raison qu’il faut s’arrêler. J’ai vu, en effet, que la matière rouge existe encore clans les liquides très dècomj)osés où le cLlore ne la fait plus apparaître. Un autre réactif doit être alors em[>luYé pour la mettre en évidence.
Lorsqu’on examine l’infusion très ancienne du pancréas, on constate qu’elle est devenue très alcaline. J’ai pu croire que l’excès d’alcali qui s’était produit empêchait le chlore de faire apparaître la matière colorante rouge. Cette supposition paraissait d’autant plus probable, que si l’on prend une infusion de pancréas à uii degré de décomposiiion moiudie, et sur laquelle le chlore agit directement, pour y faire paraître la matière colorante, on constate alors que si l’on y ajoute du carbonate de soude ou une autre substance alcaline, le chlore cesse de manitester son action. 11 faut, pour faire reparaître la matière colorante, ajouter à rinfusion un acide pour saturer l’alcali; apres quoi le chlore peut manitester de nouveau sa réaction.
On voit cependant quelquefois que la réaction ne se passe pas exactement comme nous venons de l’indiquer, c’est-à-dire que malgré fju’on ait acidulé la liqueur, la coloration ne re[)araît plus sous rinflueuce du chlore. Il m’est également arrivé de constater d’autres réa( lions sur lesquelles je ne m’arrêterai pas ici et qui semblent difficilement conciliables avec cette opinion que la manifestation de la matière colorante serait unifjuement empêchée par la présence des alcalis.
DU TISSU UANCRÉATlQüi;.
Quoi qu’il en soit, c’est en laisant des expériences d’après celte hypothèse qn’il fallait neutraliser l’alcali, que je suis arrivé à trouver que certains acides apjissent quelqiielois directement pour faire reparaître seuls la matière colorante que le chlore ne pouvait plus mettre en évidence.
J’avais d’abord cru que l’acide sulfurique était dans ce cas. En effet, en ajoutant dans une infusion de pancréas très ancienne de l’acide sulfuiique, je voyais apparaître la matière rouge qui, sous l’influence il’un excès d’acide ne disparaissait j)as, comme nous avons vu que cela a lieu pour un excès de chlore. Mais en variant les expériences avec divers acides à l’état de pureté, je pus acquérir la preuve que l’acide sulfurique qui avait donné la réaction n’était pas pur, et que c’était à de petites quantités d’acide nitrique qui s’y trouvaient mélangées, qu’était due rapparition de la matièie colorante pancréatique.
De sorte que le résultat de toutes mes expériences, qui furent extrêmement nombreuses pour séparer les incessantes c.iuses d’erreur qui s’y glissaient, me conduisirent à ce résultat: qu’il n’y avait qu’un seul acide capable défaire reparaître la matière colorante, et cet acide est l’acide nitrique, ou plutôt l’acide nitreux.
J’ai vu de plus qu’il convient mieux tl’employer un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique; on peut avec ce réactif faire apparaître la matière colorante ronge dans un licjuide pancréatique où le chlore avait cessé de la manifester.
KÉACri()i\S
Voici comment je prépare le réactil :
On mélange ensemble deux pai lies d’acide siiHuriqne et une partie d’acide nitrique. C’est ce mélange que l’on ajoute dans la dissolution pancréatique, pour faire apparaître la matière colorante. Tantôt on ajoute l’acide peu à peu, et en agitant le liquide, on remarque que la liqueur s’échauffe, et la coloration rouge apparaît successivement poui' ne pas disparaître sous l’influence d’un excès de réactif. Tantôt on ajoute l’acide tout d’un coup en le faisant couler le long des parois du verre, afin (ju’il tombe au fond du verre et ne se mêle pas avec le liquide; on laisse le mélange en repos, et on voit une coloration rouge se manifester d’abord au point de contact des deux liquides, puis cette coloration rouge se propage peu à peu dans le liquide.
Cette dernière maniéré d’agir convient généralement mieux quand la matière colorante qu’il s’agit de déceler est en petite quantité.
Cette matière colorée nenous occupe ici qu’à titre de caractère propre à faire reconnaître le tissu du pancréas ; nous ne nous arrêterons donc pas aux caractères chimiques de cette matière colorante. Nous dirons seulement que cette substance, qui a la propriété de se colorer, semble appartenir aux principes protéiques qui se rapprochent de la caséine. En effet, si l’on ajoute dans une infusion pancréatique un excès de sulfate de magnésie qui a la propriété de coaguler la caséine, on voit que la matièie colorante reste sur le filtre avec le sulfate de magnésie dont ou peut en-
DLi nssij rA:\CliÉATlQUE.
suite la séparer par une dissoiiiiion nouvelle; tandis que le sulfate de soude en excès, quia la propriéié de coaguler l’albumine et de laisser passer la caséine, laisse également passer la matière colorante pancréatique.
Quant à la réaction qui se passe lorsque cette matière se colore sous l’influence du chlore ou de l’acide nitrique, il est probable que c’est une action oxydante, analogue à ce qui a lieu pour d’autres matières animales, telle, la bile, par exemple.
En résumé, vous voyez, d’après tout ce qui précède, que le tissu du pancréas, lorsqu’il est abandonné dans l’eau à la décomposition spontanée, peut présenter trois périodes :
Dans la première période de décomposition, l’infusion du tissu pancréatique présente une matière coagulable par les acides énergiques, le chlore, la chaleur ; mais aucune matière colorante ne s’y manifeste ni par le chlore, ni par l’acide nitrique.
Dans la deuxième période de décomposition, la matière albuminoïde cesse en totalité ou en partie d’êti’e coagulable parles agents précédents; mais le chlore y décèle une coloration rouge vineuse très intense, coloration qui disparaît par un excès de réactif. A cette période de décomposition, l’acide nitrique ne fait apparaître aucune coloration rouge.
Dans la troisième période de décomposition, au contraire, le chlore cesse de faire apparaître la coloration roug,e et l’acide nitritjue seul peut la manilester.
Toutes les périodes de réactions, comme vous le peu'^cz, se succèdent par des [tassages insensibles; de
RÉACTION COMPARÉES
sorte qu’ii peut ari ivcr, dans certaines circonstances, que l’on ait des caiactères mixtes de deux périodes.
Il peut arriver, par exemple, que l’on ait une infusion pancréatifjue cpii manifeste une coloration rouge à la fuis par le chlore et par l’acide uitri(p:e.
Peut-on distinguer le tissu du puneréus des autres tissus de l' économie par lu production de la matière colorante rouge? — Nous n’avons étudié la matière colorante rouge du pancréas que pour y chercher un caractère propre à faire distinguer le pancréas des autres organes de l’économie dont on 1 avait rapj)roché. C’est le but que nous nous proposions, et pour l’atteindre il fallait nécessairement comparer, sous ce rapport, les infusions des autres tissus avec celle du tissu du pancréas.
Les organes que nous avons dû comparer d’abord sont les glandes salivaires, qui, de tout temps,ont été, comme on le sait, comparées au pancréas. Ici encore, nous aurons l’occasion de montrer cjue ce rapprochement est tout à fait inexact. En effet, si l’on prend des tissus de diverses glandes salivaires, parotide, sousmaxiliaire, sublinguale, on les tissus de la glande de Nuck ou des glandules de la joue ou des lèvres, etc.; que Ion broie ces tissus et (ju’on les fasse macérer dans l’eau ordinaire, on verra bientôt que. ainsi que je l’ai dit ailleurs, le li(]uide des glandes sublinguales, sousmaxillaire, glande de Nuck, glandules buccales, donnent un liquide excessivement viscpieux, tandis que la parotide donne un licpiide dépourvu de viscosité. Mais aucun de ces liquides de macération, à quelque
DES TISSUS GUANDULAIRES.
période de décomposition qu’on le prenne, et de quelque manière qu’on le traite, ne donne jamais le caractère dû à la matière colorante que nous avons signalée dans le pancréas. Nous sommes par conséquent amené à constater que sur ce point encore le tissu du pancréas diffère de celui des glandes salivaires.
Nous avons employé également ce caractère pour rechercher si les glandes duodénales ou de Brunner se rapprochent du pancréas ou s’en distinguent. Nous avons remarqué que les glandes de Brunner, qui sont immédiatement après le pylore, fournissent une infusion visqueuse comme les glandes salivaires sousmaxillaire, sublinguale, etc. ; mais qu’elles ne rougissent pas sous l’influence des réactifs précités, tandis que les glandes de Brunner, qui sont placées au-dessous de r insertion du conduit pancréatique, fournissent une infusion qui est dépourvue de viscosité et qui a la propriété de se colorer en rouge par le chlore. Donc nous sommes arrivé, à l’aide de ce réactif, à la même . conclusion que nous avions déjà formulée à propos de la propriété acidifiante du suc pancréatique; c’est-àdire que les glandes de Brunner, qui sont situées dans l’intestin grêle vers le niveau de l’insertion des canaux pancréatiques, sont des analogues du pancréas, tandis que celles qui sont au-dessus de l’insertion pancréatique et près du pylore sont des analogues des glandes salivaires.
Nous voyons d’après cela qu’on peut distinguer par ces caractères des tissus glandulaires les glandes pancréatique, salivaires et celles de Brünner. Mais on ne 2' SEM. 1855.
RÉACTIONS COMPARÉES
pourrait pasle différencier anatomiquement. C’est donc la matière chimique qui distingue les cellules, mais non leur forme qui est à peu près la même , ainsi qu’on le voit dans la figure suivante :
Fig. 5i.
a , cellules de la glande parotide ; — 6, de la glande sous-maxillaire ; — c , du pancréas ; — e, des glandes de Brunner ; — d , de la glande sublinguale.
Il s’agissait encore de vérifier si le tissu du pancréas se distingue également des autres tissus parenchymateux tels^que celui du foie, de la rate, etc.
Pour cela on a pris des tissus du foie, de la rate, des ganglions lymphatiques mésentériques ou autres, des testicules, du corps thyroïde, du thymus, des muscles, du cerveau, etc. Puis on a laissé macérer ces tissus dans l’eau et l’on a examiné, aux différents moments de la décomposition, l’ean de macération, soit directement, soit après l’avoir fait bouillir et filtrer pour obtenir un liquide limpide. On essaya si cette eau présentait la propriété de rougir avec le chlore. Dans toutes ces expériences, qui ont été excessivement nombreuses, j’ai pu constater que certains tissus tels que celui du foie, de la rate et des glandes lymphatiques, possèdent la propriété de rougir avec le chlore. Il y a d’autres tissus, tels que celui des reins,