‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 7 sur 111 · ORGANES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

ORGANES DIGESTIFS

terminé en raison de la diversité chimique des aliments ; car sous ce rapport il y a similitude entre les principes élémentairesirnmédiats véffétaux et animaux. Ces deux classes d’aliments renferment en effet des matières albuminoïdes, p,raisseuses et sucrées ou féculentes, et le règne végétal , aussi bien que le règne animal , peut parfaitement suffire à l’alimentation.

C’est donc à raison de la contexture purement physique de l’aliment que l’instinct de l’animal le guide dans sa détermination ; la preuve qu’on en peut fournir, c’est qu’en changeant la forme physique d’un aliment sans modifier sa composition chimique, on fait accepter à un animal une substance qu’il aurait repoussée auparavant. Que l’on donne, par exemple, du blé à un chien, il ne le mangera certainement pas, et il mourra d’inanition auprès de cette substance. Si maintenant on transforme ce blé en farine, et cette farine en pain, la nature physique de raliment aura seule changé ; et cependantalors l’animal s’en nourrira sans répugnance.

De même on peut faire manger de la viande cuite à des animaux herbivores. De même aussi ou comprend que l’homme, qui peut modifier à son gré la nature physique de ses aliments, ne soit arrêté à aucun d’eux et puisse être omnivore.

Mais, messieurs, à côté de ces agents mécaniques de la digestion, dont nous ne voulons pas nous occuper en ce moment, se trouvent, ainsi que nous l’avons dit, des agents chimiques constitués particulièrement par des glandes annexées au tube digestif, dans lequel elles déversent successivement leurs produits de sécj’étiou.

MÉCANIQUIiS El GÜIMIQUES. "25

Ces {{landes ou agents digestifs chimiques subissent généralement moins de variations que les agents mécaniques de la digestion. Toutefois, comme il y a un certain nombre de ces glandes qui sécrètent des liquides destinés à des usages physiques, ees dernières sont sujettes à des variations assez considérables; tandis que les glandes dont les produits de séerétion sont destinés à des usages purement chimiques ne subissent ordinairement que des modifications beaucoup moins sensibles.

En résumé, nous avons dans les matières alimentaires deux ordres de propriétés à distinguer, des propriétés physiques et des propriétés chimiques : les premières excessivement variables, les autres beaucoup plus fixes et pouvant se réduire à un très petit nombre de principes immédiats. En rapport avec ces deux états de l’aliment, nous avons à considérer dans l’appareil digestif deux ordres d’aetions ; les actions physiques ou mécaniques excessivement variables, ainsi que le développement des organes destinés à les accomplir; les autres, les actions chimiques, présentant une très grande généralité dans les phénomènes, et peu de variations dans les organes qui les effectuent. Ce sera surtout de ces actions chimiques que nous aurons à nous occuper. Elles sont l’effet de propriétés plus spéciales des organes glandulaires dont nous nous proposons de faire l’objet du cours de ce semestre, et dont nous allons commencer immédiatement l’étude.

Ees agents des phénomènes chimiques de la digestion se composent d’une foule d’organes glandulaires (jui lui sont annexés aux difféients points de sa hau-

GLANDES SALIVAIKES.

leur. Les premiers qui nous occuperont sont les friandes salivaires, qui se trouvent placées comme à l’entrée du canal intestinal.

Nous allons reprendre ce qu’on a dit de ces glandes depuis les anatomistes les plus anciens jusqu’à nos jours, afin de comparer leur histoire anatomique avec leur histoire physiologique. Vous pourrez ainsi constater par vous-mêmes que les connaissances physiologiques positives sur ces organes ne datent que,de ces derniers temps. Voici l’historique anatomique et physiologique des glandes salivaires, qui, bien que nous l’ayons abrégé autant que possible, est encore assez long. Vous verrez enfin que les connaissances un peu précises sur l’anatomie de ces organes ne datent guère que du xv® siècle.

Hippocrate parle dans quelques-uns de ses écrits des parotides (i) ; mais pour lui comme pour la plupart des anciens , ce mot signifie des tumeurs placées auprès et au devant des oreilles.

Galien, dans son remarquable traité /Je usa partium, indique la position des conduits sous-maxillaires et sublinguaux (2).

OribasE, de Sardes, décrit avec plus de soin que Galien le point où viennent déboucher les conduits sous-maxillaires.

En 1020, Alexandre Achillin décrivit les orifices des glandes sublinguales.

(1) Œuvres complètes, trad. par E. Littré, t. Vtll, p. 559, des glandes.

(2) OEuvres anaiomiques, physiologiques et médicales, trad. par Ch. Daremberg.

HISTORIQUE

En 1621, Jacob Berekger, qui le premier fit de l’anatomie humaine, présenta quelques données sur les conduits salivaires de Whartou, mais ces connaissances étaient encore pour la plupart empruntées à Galien.

1642. André Vésale, le premier des anatomistes de son siècle, donna dan"? son ouvrage De corporis humani fahrica, une bonne description de la parotide.

1609. Julien Casserius présente quelques considérations sur le conduit de Wharton ; il indique aussi la position du conduit de Sténon, mais il le prend pour un ligament.

1621. Gaspard Bauhin décrit avec soin la parotide, et paraît soupçonner le conduit de Sténon.

En 1666, Van Hoorne décrivit les conduits de Wharton sur l’homme et les animaux.

i656. Thomas Wharton fit avec beaucoup de soin l’anatomie de toutes les glandes du corps. Il en donna la figure, le poids, les conduits excréteurs, et indiqua la nature de la sécrétion.

N. Sténon fit la découverte, en avril 1660, sur la brebis, du conduit de la parotide, et l’annonça dans sa thèse inaugurale soutenue à Leyde en 166 1 devant Van Hoorne. Il décrit en même temps des petits conduits des glandes buccales et palatines.

1662. N. Hoboken et son ami Blasius réclamèrent la priorité de la découverte du conduit de Sténon.

1667. Gualtherus Needham réclame aussi l’antériorité de la découverte du conduit de Sténon, qu’il prétend avoir trouvé dans Tannée i658.

1678. Gérard Blasius (Blaes) décrivit le canal de

GLANDES SALIVAIRES

SténoD sur l’homme, il réclame ép,alenient la priorité pour la découverte de ce conduit. Les recherches anatomiques passionnèrent alors vivement les esprits.

1677. MuraltüS parla de la salive dans un Fadernecum d’anatomie, et s’attribua la découverte des conduits sublinguaux.

1 678. Aug. QuiriimüS RivinüS décrivit les petits conduits de la glande sublinguale.

A. Nuck indique déjà en 1682 les conduits de la glande qui porte son nom, mais il n’en annonce la découverte complète fju’en i685. Il donne déjà une ébauche d’analyse des propriétés de la salive, de sa quantité et de ses réactions.

i684- Gaspard BartholijN , fils de Thomas, donna la description anatomique d’un conduit salivaire qu’on n’avait pas décrit avant lui. C’est le long conduit qui, chez le chien, sort de la glande sublinguale, et va, à ce qu’il croyait, se jeter dans le conduit de Wharton.

i685. B. Albiinus parle des condniis molaires et palatins, et réclame pour sienne la découverte du canal de Nnck.

1698. Jacob Baier publia un traité assez estimé sur la séméiotique et la pathologie de la salive.

1699. Düverney traita des organes de la digestion et de toutes les glandes salivaires et intestinales auxquelles il attribue une action dissolvante sur les aliments. Il avance que la salive est acide, surtout chez les adultes.

1700. Baglivi donna une analyse de la salive, qu’il traita par le feu et par divers réactifs.

HISTORIQUR.

1 yoS. HEjSîn'INGER I firent quelques travaux peu

l'ÿoS. Deidier j iniportanls sur le même sujet.

lyog, Martin Lister fait venir du chyle toutes les sécrétions.

1720. A. Vater découvre le foramen cæcum, qu’il prend pour un conduit salivaire.

1724- G. CoscHWJZ décrivit et figura un conduit salivaire qui, né de la glande maxillaire, de la glande sublinguale et d’autres glandules, décrirait une arcade sur le dos de la langue auprès de l’épiglotte, d’où partiraient de nombreux rameaux qui iraient s’ouvrir à la surface de la langue.

1724. Mais KulmüS , eu disséquant les veines dorsales de la langue, montra que Goschwiz s’était trompé en prenant ces vaisseaux pour des conduits salivaires.

1724- Augustin Walther fit des recherches nouvelles sur les conduits salivaires et sui- les glandules dorsales de la langue. Il indiqua quelques autres ouvertures de glandes dans la langue; il crut que la glande sublinguale se continuait avec la glande sousmaxillaire.

1727. A. DE Haller réfuta de nouveau l’opinion de Goschwiz sur le prétendu conduit salivaire décrit par cet anatomiste ; il fit voir, comme Kulmus, que ce n’était qu’une veine.

1734. Ghr. Trew décrit de nouveau des glandules salivaires, leurs conduits, le réseau veineux du dos de la langue, les glandes muqueuses de la base de la langue, les amygdales et les petits conduits latéraux.

1742. Th. Bordeu rangea les glandules molaires de

GLANDES SALIVAIRES

Heister au nombre des glandules salivaires. Il nie que pendant la mastication la glande parotide soit pressée parle masséter. 11 pensait que la thyroïde avait un de ses conduits qui se versent dans la trachée-artère. Dans ses Recherches anatomiques sur la position des glandes et leur action^ il donne déjà quelques notions physiologiques sur les glandes, et enseigne que le pancréas doit être comprimé quand l’estomac est plein.

Santorinus publia une belle planche de la face, des muscles, des glandes parotide et sousmaxillaire.

lySo. I.-A. Weber fait l’analyse chimique de la salive. Il y trouve de l’eau, des matières grasses, de l’acide carbonique, de l’ammoniaque, des terres calcaires, du sel marin et du chlorure de calcium.

Messieurs, malgré toutes ces recherches si multipliées et d’autres que nous négligerons comme moins importantes , on ne connaissait encore, à celte époque, qu’une espèce de salive, la salive mixte ou buccale^ qui résulte de la sécrétion de toutes les glandes salivaires réunies, et qui s’obtient directement chez l’homme par l’action de cracher. Toutefois les anatomistes attribuaient à celte salive mixte deux origines distinctes,savoir: d’une part, \e% glandes salivaires proprement dites; et d’autre part, glandes rnucipares, Haller allait plus loin, et admettait en outre une humeur exhalée parla terminaison des vaisseaux artériels de la muqueuse buccale.

C’est pour la première fois, en 1780, qu’un expérimentateur, nommé Hapel de la Chenaie, obtint

HISTORIQUE

la salive pai’otidienne isolément par la section du canal de Sténon sur un cheval. Depuis lors, on connut deux fluides salivaires : la salive mixte et la salive parotidienne.

En 1827, Tiedemann et Gmelin (i) firent cette même distinction, en donnant le nom àe salive pure à la salive parotidienne, et celui de salive impure à la salive mixte ou buccale.

Plus récemment, en 1846, les expériences de MM. Magendie et Rayer (2) ont appris que la salive buccale du cheval se différencie de la salive parotidienne du même animal par sa propriété de transformer l’amidon en glycose.

Dans tous les travaux précédemment cités, la comparaison des fluides salivaires, ainsi que vous le voyez, était toujours restée limitée entre la salive buccale et la salive parotidienne, à laquelle on assimilait, par analogie, les autres salives non encore isolées que fournissaient les diverses glandes salivaires.

Il vous paraîtra sans doute surprenant, messieurs, qu’avant 1847, personne n’ait jamais songé à recueillir isolément et à l’état de pureté les liquides sécrétés par les glandes sous-maxillaire et sublinguale. Je crois en effet avoir le premier, à cette époque, obtenu les salives sous-maxillaire et sublinguale chez le chien , et avoir montré qu’elles différaient de la salive parotidienne du même animal par plusieurs caractères tirés

(1) Recherches expériment. sur la digestion. Paris, 1827, 2 vol. in-8.

(2) Recueil de mémoires sur l’hygiéne et la médecine vétérinaires militaires. Paris, 18Z|7, 1. 1.

GLANDES SALIVAIRES

de leurs propriétés physicjues et chimiques. Après moi, ces expériences ont été répétées, avec des résultats analogues, pai‘ MM. .lacubowilsch , Bidder et Schmidt ( i ), à Dorpat ; par M. Colin (2), en France, etc. , tant sur le chien que sur d’autres animaux.

Ainsi, messieurs, eu démontrant cette variété de propriétés dans les différentes salives d’un même animal, mes observations ne concordaient point avec les idées généralement reçues sur la nature des glandes salivaires. En effet, les anatomistes et les physiologistes, pour ainsi dire de tout temps, avaient admis dans la bouche deux sortes de glandes salivaires, ayant des usages distincts, savoir : 1® \e?, glandes salivaires mucipaies, destinées à sécréter le mucus, et qui ne sont autre chose que les glandules bucco-labiales et linguales; 2“ \e's glandes salivaires proprement dites, destinées à sécréter la vraie salive, et comprenant les glamles parotide, sous-maxillaire, sublinguale et la glande de Nuck, qui est spéciale aux carnassiers et à queh[ues animaux ruminants.

Depuis 1847» j’ai poursuivi mes recherches, et à l'aide d’expériences anatomo-physiologiques très nombreuses, je suis parvenu à une détermination plus rigoureuse du rôle fonctionnel des différents organes salivaires. J’ai suilout acquis la conviction qu’il faut renoncer complètement à cette distinction des glandes en mucipares et en salivaires, distinction très ancienne

(1) Archives générales de médecine.

(2) Traité de physiologie comparée des animaux domestiques. Paris, 185/1-1856, 2 vol. in-8.

STRDCTLIRE COMPARÉE.

que le temps semble avoir consacrée, mais que la •science ne peut reconnaître d’aucune façon. En effet, s’adresse-t-on à l’anatomie et s appuie-t-on exclusivement snr la structure intime des glandes, on arrive, dans l’éiat actuel de la science, à la négation absolue de tout caraetère distinctif, et conséquemment à l’impossibilité d’une classification anatomique des glandes salivaires. S’appuie-t-on, au contraire, sur la physiologie, c’est-à-dire sur les propriétés et les usages des liquides sécrétés, on y trouve alors les bases de distinctions réelles et fondamentales j mais les faits, loin de justifier cet ancien rapprochement des glandes parotide, sublinguale et sous-maxillaire, sous le nom de glandes salivaires vraies, démontrent justement l’inverse, et prouvent qu’au lieu d’être réunies, ces trois glandes doivent être bien soigneusement distinguées sous le rapport des propriétés et des usages de leurs produits de sécrétion.

Mais il est nécessaire à ce propos, et pour prouver la vérité de ce que je viens d’avancer, que vous me permettiez, messieurs, d’entrer dans quelques considérations anatomiques sur la structure comparée des glandes salivaires chez l’homme et chez les animaux.

Chez riiommeetles mammifères, la structure des glandes mucipares et des glandes salivaires proprement dites n’offre aucune différence réelle. Ramenées à leur texture microscopique, les glandes parotide, sous-maxillaire, sublinguale, les glandes bucco-labiales et la glande de Nuck, rentrent sans exception dans la catégorie glandes en grappe, et sont toutes 2' SEüi. 1855.' 3

GLANDES SALIVAIRES

•èh

constituées, en définitive, par des vésicules glandulaires ou culs-de-sac dans lescpiels se voient des cel-' Iules épithéliales contenant des granulations élémentaires et un ou quelquefois plusieurs noyaux.

Le diamètre des vésicules glandulaires et celui des cellules épithéliales peut varier de o.o3 à o,o4 de millimètre pour les premières, et de o,oi à 0,02 de millimètre pour les secondes ; mais ces variations peuvent avoir lieu dans les glandes parotide, sousmaxillaire et sublinguale, aussi bien que dans les glandes dites mucipares.

Voici, du reste, en tableau, mes observations sur le diamètre des cellules glandulaires et sur celui des cellules de la bouche dans différents animaux.

Raie. . . Grand diamètre des cellules de

la bouche 0““,06 — 0““,07

Lapin . . Glande sons- maxillaire , cellules de 0,01 — 0‘015

— Sublinguale 0,015

— Parotide 0,01 — 0.012

Chien . . Sous-maxillaire » — »

— Sublinguale . 0,012

— Parotide 0,01

Mouton . Massétérine 0,01 — 0,015

— Sublinguale 0,02

— Parotide 0,01 — 0,012

Rat . . . Sous-maxillaire. 0,01 — 0,02

Sublinguale 0,015 — 0,02

— Parotide 0,02 et plus.

Cochon . Sous-maxillaire postérieure . . 0,015

— Parotide Cellules très diificilenient

isolables.

Cheval . Sous-maxillaire. 0,02

— Sublinguale ; 0,015

STRUCTURE COMPARÉE

Cheval. . Glande parotide 0”’“',01

Dindon . Sublinguale 0,015 — 0,02

Homme. . Sous-maxillaire 0,01 — 0,015

— Sublinguale . 0,02 et plus.

— Parotide 0,015

Diamètre des culs-de-sac glandulaires.

Lapin . . Glande sous-maxillaire 0'““,03

— Sublinguale 0,03 — 0,üZi

— Parotide 0,04

Chien . . Parotide 0,03

WouTON . IMassélérine 0,0Zi

Cochon . .Sous-maxillaire 0,04

— Sublinguale 0,04

— Parotide 0,03

Cheval. . Parotide 0,035 ,

Homme. . Sublinguale 0,045

— Parotide 0,04

he joins ou moins de transjoarence des cellules, la joins ou moins grande facilité de leur isolement, le nombre des noyaux, ne sauraient, non plus servir'' de caractères distinctifs j parce que ces particularités anatomiques peuvent se rencontrer joour les mêmes glandes dans des animaux différents et pour les mêmes animaux dans des glandes différentes. C’est ce dont on peut se convaincre en comparant les figures que vous voyez ici.

a, cellules de la glande parotide; — b, de la soits-maxillaireS — e, le a sublinguale. , .

GLANDES SALIVAlliES.

Eli général, cependani , les cellules de la glande palülide s’allèrent plus facilement et sont plus difficile'^ à isoler que celles des autres glandes; toutefois ou parvient à les séparer au moyen de l’eau sucrée ou d une solution modérément concentrée de sulfate de soude.

Ij’immersion dans l’eau sucrée est également un bon moyen pour conserver ensuite sans altération les glandes desséchées; elles reprennent 1res bien leurs caractères quand on les remet pendant quelques instants dans l’eau.

De cette similitude de sti'ucture dans les organes salivaires résulte l’impossibilité de distinguer les diverses glandes les unes des autres par l’inspection microscopique. Avec mon ami M. le docteur Davaine, nous avons essayé bien souvent, mais toujours sans succès, d’arriver à ce diagnostic micrograpbiqne. Il est inq)ortant d’ajouter que les anatomistes les plus versés dans les études microscopiques n’ont pas été plus heureux. Ainsi M. Külbker, en parlant de la structure des glandes salivaires chez I bomme, s’e.xprime ainsi :

« I.es glandes salivaires, parotide, sous-maxillaire, sublinguale, et les glandules mncipares, ont une texture tellement semblable, que, lorsqu’on eu a décrit une, ou peut parfaitement se dispenser de décrire les autres. » f.es difféi’ences que M. Ch. Uobin a observées dans le volume des épithéliums glandulaires u’out pas pour but la distinction des glandes entre elles, mais se rapportent bien plutôt à la spécialité de l’épithélium des conduits excréteurs des glandes, qui doivent en effet être considérées comme des organes distincts de la

STlîüCTüRli COMPAllliK. 37

partie sécréianfe proprement dite. Sons ce rapport, la [)hysiolo^ie est d’accord avec l’anatomie, .l’ai pinsieurs fois apporté à la Société de biolo^^ie des pancréas que j’avais déti uits par des injections de "raisse dans les conduits; et l’on a pu voir cpi’après la destruction et la résorption de la pai'tie gland(daire, les conduits restaient intacts et isolés comme un arbre dépouillé de ses feuilles.

Fig. 2. unes des autres; — b, 6, prolongements par

a, glande sublinguale tant de cette cloison fibreuse; — c, centre de du dindon; — 6, b, la vacuole glandulaire, libre de prolongeglandules salivaires. ments de la paroi interne de la vacuole.

Chez \es oiseaux, les glandes salivaires offrent un tout antre type de structui’e que chez les mammifères.

fiLANDKS SALIVAIRI'S.

et l’on ne peut pas les faire rentrer clans la catéçijorie des ^«lancles dites en grappe. En effet, an lien de présenter, comme chez les mammifères, un conduit excréteur principal cpii se divise en branches de plus en plus grêles, portant cà et là des lobules glandulaires fixés, soit latéralement sur ces conduits, soit tout à fait à leur extrémité terminale, les glandes salivaires cies oiseaux offrent (fig. 2) an contraire l’aspect d’une petite masse comme spongieuse, adhérant à la face externe de la membrane mucpieuse et s’ouvrant habituellement dans la cavité de la bouche par plusieurs orifices punctiformes visibles à l’œil nu. Chacun de ces orifices conduit dans une espèce de réservoir ou de petit sac dont la cavité intérieure, très anfractueuse, est divisée par des saillies membraneuses en un nombre considérable de cellnles incomplètes, communicpiant les unesavec les autres (fig. 3). Quand on a débarrassé les cellules glandulaires du mucus épais qui les remplit, on reconnaît, à

Fig, 4- — Vacuoles glandulaires de la glande sousmaxillaire du fieux.

rt, a, a, cloisons incoinplètes séparant les v.icuoles salivaires les unes des autres; — l>, b, b, fond des vacuoles salivaires; — c, cellules épithéliales détachées.

STRUCTURE COMPARÉE

l’inspection microscopique, qu’elles sont tapissées intérieurement par des cellules épithéliales offrant par leur arrangement l’apparence de lignes onduleuses, qu’on peut suivre jiiscpie sur le bord lisse des saillies membraneuses des vacuoles les plus déliées de la glande. Vous pouvez voir(fig. 4) ces différents aspects de structure. J’ai constamment rencontré cette même disposition anatomique dans les glandes salivaires de différents oiseaux que j’ai examinés :1e coq, le dindon, le canard, la mouette et le freux.

Au milieu de cette texture en apparence si différente dans les organes salivaires des oiseaux et dans ceux des mammifères, on doit cependant remarquer que les cellules épithéliales c(ui constituent un des éléments anatomiques fondamentaux de la glande restent à peu près les mêmes. Par leur diamètre, qui est de o,oi5 à 0,020 de millimètre, etparl’apparencede leur contenu, ces cellules se rapprochent complètement de celles des mammifères, et il serait certainement impossible de les en distinguer par aucun caractère absolu et rigoureux. Seulement, au lieu d’être disposées en cul-desac sur un conduit glandulaire rameux accompagné de vaisseaux et de nerfs, comme cela a lieu chez les mammifères, ces cellules, chez les oiseaux, sont étalées sur les parois d’une utricule qui reçoit également des vaisseaux et des nerfs, et dont la surface intérieure est accrue par la présence d’une multitude d’anfractuosités. Au fond, les mêmes éléments anatomiques existent, seulement ils sont autrement disposés.

Mais l’espèce de rapport qui doit, pour l’accomplis-

GLANDES SALIVAIRES

sement de l’acte sécrétoire, exister entre les cellules épithéliales, les vaisseaux sanguins ou lymphatiques et les nerfs, est jusqu’à présent complètement ignoré des anatomistes et des physiologistes, aussi bien chez les oiseaux que chez les animaux mammifères. Toutefois il m’a paru que la communication des cavités glandulaires était assez facile avec les vaisseaux lymphatiques, parce qu’il m’est souvent arrivé, en injectant les conduits salivaires, de voir passer l'injection dans les vaisseaux lymphatiques voisins.

Chez les reptiles vivant dans l’air qui sont pourvus de glandes salivaires, tels que la tortue terrestre, j’ai retrouvé le même type de structure que chez les oiseaux, avec cette légère variante que les vacuoles de l’utricule glandulaire sont plus ténues, et que les cellules épithéliales, au lieu d’être simplement étalées sur des parois, sont disposées en sorte de mamelons festonnés proéminents dans la cavité glandulaire générale (fig.ô

Fig. 5. — Mamelon glandulaire faisant saillie à la face interne des vacuoles des glandes salivaires chez la tortue.

a, a, a, mamelon glanilulaire ; — cellules épithéliales.

Chez les reptiles qui vivent dans l’eau, il y a, comme chez les poissons, absence de glandes conglomérées.; mais une particularité singulière, et qui, je crois, n’a pas été signalée, c’est que, dans ce cas, la membrane muqueuse de la bouche, à peu près coin-

STRUCTURE COMPARÉE

plétement privée de ces larges cellules épithéliales caractéristiques qu’on rencontre chez riionime et chez les animaux qui vivent dans l’air, est seulement revêtue par des cellules qui, à raison de leur diamètre, de leur contenu et de leur apparence, sont analogues au'x cellules des glandes conglomérées. En résumé, chez tons les animaux, on pourrait retrouver les cellules des glandes salivaires, seulement disposées en culs-de-sac chez les mammifères, tapissant des cavités anfractueuses chez les oiseaux , et étalées à la suiface de la muqueuse de la bouche chez les poissons et chez certains reptiles.

Fig. 6.

a, cellules épiiliéliales de la bouche Je la raie; — /j, cellules épithéliales de la bouche de la carpe.

a , grandes cellules épithéliales de la bouche de la tortue terrestre; — b, petites cellules épithéliales en groupes ; — c, petites cellules épithéliales isolées chez le même animal.

GLANDES SALIVAIRES

Dans tous les cas, d’après ce qui existe, on pourrait dire que tous les anim'aux qui vivent dans l’air, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent, se distinguent par la présence des larges cellules épithéliales de la bouehe, tandis que les animaux vivant dans l’eau en seraient dépourvus, et de plus les animaux qui peuvent vivre à la fois dans l’air et dans l’eau présenteraient les deux espèces de cellules. .J’ai examiné ces diverses espèces de cellules épithéliales de la bouche chez la carpe, la raie (fig. 6), le brochet, la tortue, le crapaud, etc. (fig. '7), de même aussi que certaines papilles baignées d’une humeur gluante et visqueuse que j’ai rencontrées dans la bouche de quelques poissons, tels que la raie , mais plus spécialement dans la paroi inférieure de la cavité buccale des tortues terrestres et aquatiques.

Ainsi, messieurs, en résumé, on constate deux types de structure qui permettent de distinguer sans peine les glandes salivaires des mammifères de celles des oiseaux et des reptiles; mais l’anatomie ne peut fournir aucun caractère capable défaire discerner les glandes et les glandules salivaires entre elles chez le même animal ; de sorte que chez un mammifère, par exemple, toutes les .glandes et glandules salivaires se ressemblent, et la texture anatomique d’une parotide ne diffère en rien de la texture d’une sublinguale.

Il suffira de vous avoir prouvé par les détails anatomiques dans lesquels nous sommes entré que par cette voie nous n’avons pu acquérir aucune notion physiologique nouvelle; aussi abandonnerons-nous désor-

STRUCTURE COMPARÉE

niais le point de vue anatomique pour aborder l’étude de ces glandes par la voie de l’expérimentation sur ranimai vivant, la seule qui, ainsi que nous le verrons dans la prochaine séance, puisse nous permettre de distinguer les divers organes par la nature même de lei rs fonctions et la connaissance exacte des liquides qu’ils sécrètent.

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