‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 8 sur 111 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

SOMMAIRE ; CInssifications anatomiques des glandes salivaires. —

Classification des mêmes glandes au point de vue pliysiologique.

Du rôle des diverses salives. — Etude de la salive parotidienne au point de vue physique, chimique et physiologique, — Influence de la s.dive parotidienne sur la mastication; — sur la soif. — Expériences comparatives, tableaux. — Manuel opératoire pour pratiquer des listules parotidiennes chez divers animaux, — Caractères physiques de 1.1 salive parotidienne. — Sa composition chimique. — Influence du système nerveux sur la sécrétion parotidienne.

Messieurs,

JNous avons vu dans la dernière séance que toutes les glandes salivaires proprement dites avaient été assimilées les unes aux autres par les anatomistes, parce que l’aspect extérieur de ces glandes et leur texture microscopique ne permettaient pas de les distinguer entre elles, ni du pancréas , avec lequel on les avait également confondueSi

Ija physiologie seule va nous montrer que chacun de ces organes a des propriétés spéciales bien distinctes en rapport avec des fonctions bien déterminées.

On ne saurait, avec certains anatomistes, donner le nom de glandes salivaires à toutes celles dont le produit se verse dans la cavité buccale. Car chez les animaux dont les fosses nasales ne sont point séparées de la bouche par une cloison appelée voûte palatine, la glande lacrymale verse son produit directement dans la bouche; les glandes nasales sont aussi dans le même

CLASSlFICATIOlNS. Û5

cas, et cependant personne ne dira que ces glandes sont des glandes salivaires.

M. Duvernoy avait divisé le système salivaire en deux groupes : les glandes salivaires antérieures, et les glandes salivaires postérieures, d’après le point où elles viennent déverser le produit de leur sécrétion.

Selon une classification qui revient à la précédente, on les a encore distinguées suivant qu’elles versent leur fluide dans le vestibule de la bouche ou dans la cavité buccale proprement dite, en dehors ou en dedans des arcades dentaires.

Ces divisions n’ont qu’une valeur purement anatomique, et, à notre point de vue, nous ne devons pas nous y arrêter plus longtemps.

En considérant les usages de chacune de ces glandes, nous verrous qu’on peut les grouper autour des trois phénomènes physiologiques de gustation, de mastication et de déglutition; qu’à chacune de ces fonctions distinctes est annexé un appareil salivaire spécial que nous allons étudier actuellement.

Aux fonctions de mastication est annexée la glande parotide. E’histoire de cette glande est entièrement liée à celle de la mastication elle-même. Chez les différents animaux, nous voyons , en effet, son volume et son développement être constamment en rapport avec l’importance et l’intensité de la mastication.

Ainsi la parotide n’existe que chez des animaux qui ont des dents, pour broyer leurs aliments. Elle est d’autant plus volumineuse, que la trituration est plus difficile et plus lente; elle diminue chez ceux où la

GLANDES SALIVAIIiES.

mastication est moins énerf^ique. La parotide n’cxiste pas chez les oiseaux qui ne mâchent pas leurs aliments. T^a glande qu’on trouve chez ces derniers derrière la mâchoire ne saurait être considérée comme l’analogue de la parotide des mammifères, et nous verrons, en effet, que sa sécrétion est très différente de la sécrétion parotidienne.

Les animaux, au contraire, chez lesquels la mas(ication atteint sa plus haute intensité, ont aussi un développement bien plus considérable de la parotide. Il suffit, pour s’en rendre compte, de comparer le poids de cette glande chez le cheval et chez le chien. Ainsi, chez le cheval, le poids de la parotide est de 4oo grammes, celui de la sous-maxillaire n’étant que de 86 grammes; la première est donc environ cinf| fois plus grosse que la seconde. Chez un chien, an contraire, la parotide ne pèse que 12 grammes, la sous-maxillaire i3; celle-ci, dans le chien, est donc plus développée que l’autre, et vous savez, en effet, que la mastication est très incomplète chez les animaux carnassiers.

Les animaux qui vivent dans l’eau, et qui prennent des aliments constamment imprégnés de liquide, ont une parotide extrêmement petite, et quelquelois même n’en ont plus du tout. Le phoque est dans ce cas, mais la maxillaire n’est pas moins développée chez lui que dans les espèces voisines et terricoles.

I/examen comparé de la parotide et des modifications de la mastication chez les divers animaux peut donc déjà nous faire pressentir le rôle spécial de cette glande.

SALIVE PAROTIDIENNE.

kl

La physiologie va nous montrer qu’elle est le siège d’une sécrétion toute spéciale, et qu’elle se distingue, en outre, des autres glandes, par les influences nerveuses qui agissent sur elle,

La sécrétion parotidienne est remarquable en ce que elle a lieu spécialement quand il se produit des mouvements de mastication. On a fait cette observation non-seulement sur les animaux, mais chez l’homme lui-même , lorsqu’à la suite d’une blessure, le conduit de Sténon avait été divisé et que la salive parotidienne se versait au dehors. Les observations faites sur l’homme concordent avec les résultats obtenus chez le chien, le cheval , la brebis, etc., et l’on a constaté que la sécrétion salivaire parotidienne est complètement intermittente, qu’elle n’a lieu qu’au moment delà mastication, et qu’elle n’existe pas dans l’intervalle des repas.

M. G. Colin (i) a fait des observations intéressantes sur des chevaux et sur des animaux qui mâchent alternativement d’un côté et de l’autre. Si l’on place des tubes de façon à recueillir la salive parotidienne des deux côtés, et qu’on donne à manger à l’animal, on voit que la salivation parotidienne est constamment plus forte du côté sur lequel se fait la mastication, pour y devenir plus faible lorsque l inverse a heu. Il semble donc y avoir un rapport constant entre la quantité de salive parotidienne sécrétée par une glande salivaire et l’effort exercé par les dents du côté correspondant,

(1) Traité de physiologie comparée dès animaux domèstiquèSi Paris, 185/|.

GLANDES SALIVAIRES

I jR sécrétion parotidienne est la plus abondante de tonies chez les rnminanls; elle est du reste en rapport avec le volume de la glande chez les divers animaux : toutefois, chez un même animal, elle n’est pas également abondante à tous les moments où on l’observe. C’est au commencement de la mastication que cette Solive coule en [)lns grande quantité, surtout si l’animal a été mis à l’abstinence depuis quelque temps; peu à peu elle diminue , et à la fin elle finit par être très faible: il semble qu’il y a une espèce de fatigue dans l’élément sécrétoire, ou plutôt que l’impi’essionnabilité, très vive dans les commencements, s’éteint peu à peu lorsque l’excitation se continue.

La salive parotidienne a , comme nous le verions, des caractères physiques propres à jouer un rôle sjiécial dans la mastication des aliments quelle est surtout destinée à imbiber. Lorsque les aliments sont très thu’S et très secs, que les efforts des mâchoires pour les broyer doivent être ti es énergiques, la quantité de salive sécrétée est très considérable. H suffit, pour vous en convaincre, de mettre sous vos yeux un tableau qui indique la quantité de salive sécrétée suivant la dureté ou la sécheresse plus ou moins ."rande des substances alimentaires. 8i l’on change la qualité physique des aliments et si on les humecte, on voit la quantité de salive parotidienne devenir moins considéra h le.

Voici quelques expériences qui mettent ces faits en lumière. Sur un cheval les deux conduits parotidiens étaient réséqués déjà depuis quelque temps, et il exis-

SALIVE PAROTIDIENNE.

tail deux fistules parotidiennes. On donna divers alijnents à manger à l’animal , et l’on vit que pour le même poids d’aliments divers il s’écoulait par les deux conduits parotidiens des quantités de salive différentes, et que la quantité de salive devenait moindre à mesure que la mastication était plus facile. Ces résultats se trouvent consignés dans le tableau suivant :

Nature

de

l’aliment.

Quantité de salive Poids fournie

de Taliment par les conduits mange. parotidiens.

Durée de la

maslicatioi).

Foin

250 gr. 932 gram.

12 min.

Luzerne

Son

Pain frais

La mastication se trouve ralentie considérablement

par la soustraction dek

i salive

parotidienne,

et d’autant

plus que l’aliment est

de mastication plus difficile.

Les expériences suivantes ont été faites comparative-

ment sur deux chevaux

dont 1

’un avait toute sa salive

j)arotidienne , tandis (

|ue cette salive s’écoulait au

dehors chez l’autre.

Tepms emplo)

'c à manger.

Nature

de

ralimenl.

Poids

de

l’^liniont

mangé.

Cheval Cheval

possédant dont les 2 conduits !ou>e parotidiens

sa salive, ont clé réséqués.

Paille ... 1'' expér.

A5 min.

70 min.

Id. 2' —

Id. 3“= —

Foin. ... 1'" expér.

Id. 2' —

iSioo

Id. 3‘ —

Avoine. . . 1" expér.

Id. 2= —

GLANDES SALIVAIRES,'

La déperdition de la salive parotidienne par les conduits divisés doit amener une diminution des liquides de l’économie , et par conséquent un besoin de réparation de ces liquides qui se traduit par le sentiment de la soif. Aussi la soif est-elle très exaj^érée chez les chevaux dont les conduits parotidiens sont divisés , comme on peut le voir dans le tableau suivant, dont les résultats ont été obtenus sur deux chevaux placés dans les mêmes conditions d’alimentation, excepté que l’un était sain et que l’autre avait les deux conduits parotidiens divisés.

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