RÉACTION
mangé beaucoup de gelée de groseille. Toutefois, chez l’homme, ce changement de réaction m’a paru se faire assez difficilement , si j’en juge par une expérience que j’ai faite autrefois sur moi, et que voici :
Le 6 juin 1846, je me soumis à un régime de substances aussi peu azotées que possible, afin de faire varier la réaction dans mon urine. La veille, j’avais mangé à mon dîner du pigeon, des petits pois, de la soupe au lait, du fromage, du café. Les urines rendues après ce repas étaient, comme toujours, très acides, colorées, et déposant de l’acide urique par le refroidissement.
Le 6, je pris le matin, à huit heures, deu.x grandes assiettées d’une bouillie faite avec de la fécule de pomme de terre, de l’eau et du beurre. Mes urines, examinées à dix heures et à onze heures trois quarts, étaient toujours très acides, déposant de l’acide urique par le refroidissement, dépôt grisâtre qui, adhérant au verre du bocal, lui donne l’air dépoli dans toute la partie en contact avec l’urine.
A midi, je mangeai des chou.x-fleurs à l’huile, des carottes sautées au beurre, de la salade de laitue, du vin et du sucre, mais pas de pain; mes urines, examinées à deux heures et à quatre heures, étaient toujours acides.
A six heures du soir, je mangeai deux assiettées d’un potage à la julienne, des pommes de terre frites, des petits pois au beurre; eu guise de pain, des pommes de terre cuites à l’eau; enfin, de la salade d’oranges à l’eau-de-vie et du café. Le soir, à dix heures, mes urines étaient toujours acides;
DE l’intestin et DES URINES. 461
je les essayai de nouveau au moment de me coucher, à minuit; elles semblaient d’une acidité moins prononcée, bien que la réation fût encore très nette.
Le lendemain matin, 'j juin, je constatai en me levant, à six heures, que mes urines étaient bien nettement alcalines, moins colorées que la veille, limpides et nedéposant pas d’acide urique.
Versant au contraire de cette urine dans un bocal, aux parois duquel adhérait un dépôt d’acide urique, celui-ci se trouva dissous au bout de quelques instants. A huit heures, mes urines étaient très alcalines au papier de tournesol, et n’offraient pas de dépôt d’acide urique. .Te déjeunai alors de café au lait et de pain.
A midi, mes urines alcalines ne précipitaient plus d’acide urique et étaient peu colorées. Je déjeunai alors avec du veau rôti froid, des œufs, du fromage, du pain, du vin. A deux heures, mes urines étaient encore alcalines, et ne déposaient toujours pas d’acide urique. Elles bleuissaient moins fortement le papier de tournesol rougi. A quatre heures, elles étaient sensiblement neutres, mais ne déposaient pas d’acide urique.
A six heures, je pris un potage gras au riz, du bœuf, des petits pois au lard, une côtelette de mouton, du pain. Les urines, examinées au moment du repas, étaient peu colorées et ne déposaient pas d’acide urique; elles étaient cependant redevenues nettement acides.
I^e lendemain, 8 juin, lorsque je me levai, mon urine était colorée, très acide, laissant précipiter de l’acide urique par le refroidissement; elle était donc redevenue exactement ce qu’elle était avant l’expérience.