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PANCRÉAS DES OISEAUX

l autruche, par exemple, ee dernier s’ouvre beaucoup plus bas que le conduit cholédoque.

Fig. 74- — Pancréas du pigeon.

P, premier pancréas avec son conduit V'';

— P', P", deuxième pancréas avec deux conduits V, V ; — H,

conduit cliolédoque s’ôuvrant dans le duodénum D, non loin du gésier G ; après ces canaux pancréatiques il y a deux petits conduits biliaires /i,c/t, qui viennent s’ouvrir dans la partie ascendante du duodénum , entre le deuxième et le troisième conduit pancréatique.

Ces conduits m’ont paru vides de bile; cependant ils sont perméables et une soie a pu être passée dans le conduit h b.

F, foie; — S, partie inférieure du jabot; — G, gésier ; — P, P', P, pancréas ; — V, V V", conduits pancréati ques; — H, conduit cholédoque;— D, D, duodénum;—• c/i, il, conduits biliaires secondaires ;

— 6, soie sortant du conduit biliaire h par une ouverture faite à l’intestiti.

lilî'' \

.esp;! kiiéli !

Fig. 74-

La sti-ncture histologique du pancréas ne diffère pas essentiellement chez les oiseaux et chez les mammifères.

Les propriétés du tissu pancréatique sont iden- 2® SEM. 1855. 30

l’ANCllEAS DES OISEAUX.

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tiques avec celles que je vous ai signalées chez les mammifères. Nous ne ferons que les indiquer ici biièvement ; nous nous sommes largement étendu sur la manière de constater ces propriétés à propos du pancréas des mammifères.

1® L’infusion du tissu pancréatique dans un commencement de décomposition possède la propriété de rougir par le chlore. Cette matière colorable paraît même très abondante, et elle se comporte vis-àvis des réactifs exactement comme celle qui provient du pancréas des mammifères.

2“ Le tissu frais du pancréas possède, comme chez les mammifères, la propriété de fluidifier rapidement l’empois d’amidon, et de le transformer en dextrine et en glycose.

3” L’acidification des matières grasses est, chez les oiseaux comme chez les mammifères, le caractère essentiel ou exclusif du tissu pancréatique. Quand on traite ce tissu par l’alcool, et ensuite par le réactif éthéré et la solution aqueuse de tournesol, on voit très rapidement la réaction acide caractéristique se manifester, et cela à l’exclusion de tous les tissus glandulaires ou autres de l’animal.

Le caractère de l’acidification de la graisse est beaucoup plus certain chez les mammifères que la coloration par le chlore; il en est de même chez les oiseaux. Chez eux, comme chez les mammifères, des infusions de la membrane muqueuse intestinale prise dans le jabot, l’intestin grêle peuvent quelquefois, fournir la coloration rouge par le chlore. Chez les chiens.

l’ANCREAS DES OISEAUX.

kei

j’ai vu également les membranes stomacales intestinales infusées, et même celle de la vessie urinaire, donner la coloration rouge avec le chlore, quand ces infusions commençaient à se décomposer. Mais jamais ces diverses membranes, chez les oiseaux comme chez les mammifères, ne donnent la réaction qui résulte de l’acidification de la graisse.

.l’ai répété les expériences citées plus haut avec des pancréas de poulet, de pigeon et de canard, d’oie, etc.

4“ Le tissu du pancréas des oiseaux a la propriété d’émulsionner la graisse quand il est broyé avec elle, et de l’acidifier ensuite rapidement, ainsi que le prouve l’expérience suivante :

Des pancréas de poulets furent pilés et broyés avec de l’huile , il en lésulta immédiatement une sorte d’émulsion pâteuse. Une portion de cette émulsion fut portée à l’ébullition au bain-marie; alors une partie de l’huile se sépara, et il s’exhalait du mélange par la cuisson une odeur tout à fait identique avec l’odeur de poulet rôti.

Une autre portion dé la même émulsion fut laissée à une température de a5 à 3o degrés, dans une étuve, pendant vingt-quatre heures. Elle devint acide, et en ajoutant de la potasse dans une partie de ce mélange il se dégagea de l’ammoniaque en grande quantité, et l’on reconnut, en traitant convenablement raulrc partie du mélange, la présence d’un acide gi'as.

5“ Le suc pancréatifiue se présente aussi chez les oiseaux avec les mêmes caractères essentiels que nous

ll6S . suc PANCRÉATIQUE

avons observés dans les mammifères , ainsi qu’on va le voir :

Le 5 avril i85i, sur une oie adulte, bien portante, nourrie depuis quelques jours avec des pommes de terre cuites à l’eau et mélangées avec de la graisse, et étant en digestion, je pratiquai une fistule pancréatique. l/anima! étant placé sur le dos, je fis immédiatement, au-dessous du sternum, une incision qui intéressa successivement la peau et les muscles, et j’arrivai sur le duodénum après avoir déjeté le gésier à droite. Comme chez tous les animaux en digestion, le duodénum et le pancréas étaient rouges et présentaient une vive injection. Je cherchai les deux conduits pancréatiques principaux, et j’y introduisis, après les avoir fendus, des petits tubes d’argent de 8 à 9 centimètres de longueur et de 1 millimètre environ de diamètre intérieur, et je les fixai par une ligature. Les deux tubes étant serrés sur chacun des conduits, je replaçai le pancréas dans l’abdomen , et je fis une suture aux parois du ventre, eu ayant soin de laisser sortir au dehors les extrémités libres des deux tubes. Je laissai ensuite l’animal eu libei té, et il ne paraissait pas souffrant de Topéialiou , si ce n’est qu’il rendait très fréquemment des excréments, qui finirent même par être composés exclusivement par de l’acide uricpie. L’opération, qui fut assez rapidement faite, fut terminée à midi et demi.

Le suc pancréatique ne commença à s’écouler par les tubes qu’à deux heures trente minutes (deux heures après l’opération). On apercevait alors à l’extrémité

CHEZ LES OISEAUX

d’im des tubes, que nous nommerons Je tube une goutte seulement d’un liquide clair, transparent, gluant et alcalin. J’appliquai alors une petite vessie de caoutchouc pour recueillir le liquide qui s’écoulait; l’animal ne paraissait pas souffrant et mangea du pain. A cinq heures du soir (quatre heures et demie après l’opération), je trouvai environ ï gramme de suc pancréatique dans la vessie de caoutchouc; l’autre tube, que nous nommerons tube B, restait toujours sec et ne donnait lieu à aucun écoulement de liquide. Le suc pancréatique obtenu par le tube A était clair, visqueux et gluant, offrant tout à fait les caractères physiques de celui du chien. Une petite portion, chauffée dans un tube, se coagula complètement, à la manière du blanc d’œuf. Le suc offrait, au papier de tournesol, une réaction alcaline très marquée. Après avoir constaté ces caractères, la partie restante du suc pancréatique fut mélangée avec quelques gouttes d’huile d’olive; il opéra aussitôt par l’agitation une émulsion parfaite, qui persistait encore le lendemain dans le même état, et le mélange avait pris une réaction très manifestement acide au papier de tournesol. Le surlendemain, on examina le mélange acide au mi> croscope, et l’on y constata la présence de cristaux ressemblant à ceux de la stéarine ou de l’acide stéarique.

Le même jour, 5 avril, à dix heures du soir, je recueillis encore environ i gramme 1/2 de suc pancréatique dans la vessie A de caoutchouc. Il présentait les mêmes caractères que ceux déjà indiqués plus

470 suc PANCRÉATIQUE

haut; seulement il contenait c[uelques trumeaux de matière muqueuse. A ce suc pancréatique alcalin j’ajoutai un peu de beurre, et je maintins le mélange à une douce température. L’émulsion se fit avec facilité et d’une manière persistante. Le lendemain, le mélange était fortement acide au papier de tournesol, et j’y constatai au microscope la présence de cristaux ressemblant aux cristaux déjà indiqués plus haut. C’est à ce moment (dix heures du soir) qu’apparut seulement le suc pancréatique dans le second tube d’argent (tube B) auquel j’adaptai alors une vessie de caoutchouc comme au premier.

fie lendemain 6 avril , à sept heures du matin , je trouvai la vessie A remplie compléten^nt par 1 gramme 1/2 environ de suc pancréatique: c’était tout ce qu’elle pouvait contenir. La vessie du tube B ne contenait rien, parce que le bouchon avait été déplacé pendant la nuit, et que tout le suc sécrété s’était écoulé au dehors.

Le suc pancréatique recueilli le 6 avril présentait les memes caiactères que la veille : il était toujours alcalin, visqueux et coagulable; toutefois sa viscosité et sa coagulabilité avaient un peu diminué, et il s’en séparait, par le repos, quelques grumeaux muqueux qui présentaient au microscope un aspect filamenteux, en même temps que, parle refroidissement, ce licpiide se prenait en une masse gélatineuse, caractère que nous avons souvent observé chez le chien. lÉoie ne paraissait pas malade; elle mangea de la soupe qu’on lui donna. A dix heures trente minutes du matin, on

CHEZ LES OISEAUX

l’ccneiliit encore dans la vessie A environ i [jranime de suc pancréatique que l’onajoula à celui précédeninient obtenu, et qui servit aux expériences suivantes:

1“ L’acide azotique produisit la coagulation en masse du suc pancréatique; en ajoutant nn excès d’acide, la matière ne fut pas dissoute, mais elle se crispa et devint jaune; en faisant bouillir, cette matière fut dissoute complètement. On constata comparativement avec du suc pancréatique de chien l’apparition des mêmes caractères.

2® Par l’alcool le suc pancréatique de l’oie donna lieu à la précipitation abondante de flocons blanc bleuâtre; on laissa déposer ces flocons à la partie inférieure du tube. On décanta ensuite l’alcool avec précaution, et l’on ajouta de l’eau à la température de 3o à 4o degrés, qui opéra la dissolution de la matière préalablement coagulée, à l’exception de la substance muqueuse qui resta déposée et insoluble; mais on constata qu’il y avait en réellement dissolution de la matière précipitée par l’alcool, car si l’on reprenait le liquide filtré et débarrassé des parties muqueuses insolubles, on y retrouvait les caractères de l’albumine, c’est-à-dire coagulation par la chaleur et précipitation par l’acide azotique. Cette expérience démontre que la matière organique du suc pancréatique de l’oie, comme celle du même liquide chez le chien, a la propriété de se redissoudre une fois qu’elle a été précipitée par l’alcool.

Le même jour, 6 avril, à cinq heures trente minutes du soir, les deux tubes furent dérangés par l’animal,

/i72 suc PANCRÉATIQUE,

et récouiement du suc pancréatique s’arrêta. On enleva les tubes.

D’après l’expérience précédente, nous voyons que le suc pancréatique de Foie nous a offert tous les caraclères du suc pancréatique du chien. Alcalin, coaj^ulablc et visqueux, il agit de même sur les matières grasses avec une grande énergie. Nous devons remarqner que l’oie a supporté plus facilement cette opération que les mammifères, puisque, immédiatement après, elle a continué à manger, ce qui n’arrive que très rarement chez le chien. De même le liquide n’a pas paru s’altérer aussi rapidement que chez le chien, ce qui, du reste, s’accorde avec ce qu’on sait déjà sur le peu de gravité des opérations qu’on pratique dans l’abdomen chez les oiseaux. Après cette opération, l’oie a parfaitement guéri de sa plaie, et je constatai à l’autopsie, faite dix-neuf jours après, que les deux conduits ne s’étaient pas ressoudés de manière à permettre au suc pancréatique de reprendre son cours, mais qu’ils se trouvaient oblitérés de telle façon qu’ils étaient dilatéspar le suc pancréatique accumulé.

Puisque nous trouvons chez les oiseaux le suc pancréatique avec les mêmes caractères que chez les mammifères, nous devons être portés à admettre qu’il remplit les mêmes fonctions dans l’animal vivant, et qu’il doit servir également à produire l’émulsion des matières grasses et à favoriser leur absorption.

En effet, cette action spéciale d’émulsionner et d’acidifier la graisse appartient exclusivement , chez les oiseaux, au suc pancréatique de même qu'au tissu

PANCREAS DES REPTILES. /(75

du pancréas, de telle sorte que les caractères que nous avons donnés pour reconnaître le tissu du pancréas dans les mammifères s’appliquent aux oiseaux, ainsi que nous l’avons vérifié chez nn grand nombre d’animaux de cette classe soumis à des aiimenlations très variées.

Reptiles. — - Le pancréas existe chez tons les reptiles, de même que dans les mammifères et les oiseaux.

Dans la grenouille, la salamandre et dans la tortue, etc., le pancréas donne un conduit ti ès distinct ; mais dans beaucoup de reptiles, dans les ophidiens, par exemple, le pancréas forme autour du conduit biliaire, à son abouchement dans l’intestin, une sorte de virole qui quelquefois se confond avec la rate. Chez la couleuvre, j’ai vu le pancréas et la rate formant ainsi une masse qui, à l’aspect, paraissait constituée par une glande formée de deux portions distinctes.

lies conduits qui déversent le suc pancréatique s’abouchent dans l’intestin, dans les mêmes rapports avec le canal biliaire, après l’eslomac et au commencement de l’intestin grêle. Aucun observateur, à ma connaissance, "^n’a encore obtenu du suc pancréatique chez les reptiles, ce qui tient à la petite taille des animaux sur le pancréas desquels il est très difficile d’expérimenter. J’ai essayé une seule fois sur une tortue, je n’ai pas eu de résultat satisfaisant dans cette première expérience, mais il n’est pas impossilde de réussir ; je n’ai pas eu occasion de réitérer l’expérience.

Le tissu du panciéas des reptiles agit de la même manière que celui des mammifères et des oiseaux, il

PANCRÉAS DES REPTILES

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présente exaetement le même caractère de pouvoir acidifier et énuilsioimer la graisse. L’infusion du tissu du pancréas altéré rougit également par le chlore. Et ces caractères sont également propres au tissu du pancréas chez les reptiles, comme ils le sont chez les animaux précédemment cités, ainsi que le prouvent les expériences suivantes :

Sur une couleuvre prise depuis peu de jours dans la campagne (au commencement du mois d’octohre), j’ai examiné le pancréas, qui est chez cet animal absolument confondu avec la rate. Les deux organes réunis forment une masse arrondie qui se trouve placée vers le coude de l’estomac et de l’intestin grêle. Toutefois à la couleur on reconnaît ce qui appartient à la rate, qui a une teinte plus rouge, tandis f|ue le tissu du pancréas est plus pâle. J’ai pris un fragment du tissu du pancréas et de la rate, et je les ai mis en contact avec un mélange de monobutyrine et de teinture de tournesol. La coloration rouge de l’acidification de la monobutyrine s’est manifestée assez vite, tandis qu’elle ne s’est pas montrée du tout avec le tissu delà rate. J’avais placé comparativement une j)arcelle de tissu du pancréas du lapin dans le même réactif, et la coloration s’est manifestée beaucoup plus vite; ce qui montre que cette propriété acidifiante du tissu pancréatique est plus énergique dans le lapin que dans la couleuvre. C’est un fait général, ainsi que nous l’avons dit, qui paraît distînguer le tissu pancréatique des animaux à sang chaud de celui des animaux à sang froid.

ruir une autre couleuvre dans les mêmes conditions,

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Mb

j’ai obtenu des résultats semblables. .Vai placé des fragments de tissu du pancréas de la rate, du foie, du rein dans de l’alcool pendant deux heures environ ; puis je les ai soumis au mélange de monobutyrine et de teinture de tournesol : la coloration rouge s’est manifestée exclusivement avec le tissu du pancréas.

.T’ai constaté les mêmes propriétés du tissu pancréatique chez des grenouilles et chez une tortue. Mais pour obtenir ces résultats, il faut faire l’expérience sur des animaux en digestion et hors de l’état d’hibernation, ainsi qu’il sera dit bientôt.

A l’aide du tissu pancréatique, on peut constater également que le pancréas des reptiles transforme la fécule en dextrine et en glycose.

Bien qu’on n’ait pas encore extrait du suc pancréatique chez les reptiles, on doit cependant penser que ce fluide exerce les mêmes actions sur la digestion intestinale en se mélangeant avec la bile dans l’instestin. En effet, en mettant de la bile en contact avec du pancréas, ou bien eu prenant du liquide intestinal chez des reptiles en digestion, tels que des lézards, couleuvres ou salamandres, j’ai pu constater que ce liquide, de même que celui des animaux à sang chaud , possède des propriétés digestives capables d’agir sur les matières grasses, les matières féculentes et les matières azotées. Ija bile seule n’a aucunement ces propriétés digestives chez les reptiles. Chez ces animaux comme chez les oiseaux et les mammifères, elle les doit à son mélange avec le suc pancréatique.

TjCS phénomènes chimiques de la digestion devront

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im

donc s’effectuer très probablement chez les reptiles, comme cela a été dit pour les antres animaux, sous l’influence de l’action fermentescible du suc pancréatique. Mais l’absorption de ces matières alimentaires digérées semble devoir s’opérer chez eux comme chez les oiseaux, exclusivement par les rameaux de la veine porte. Il m’a été impossible, en effet, de démontrer l’existence de vaisseaux chylifères chez des reptiles, et je ne sache pas que personne en ait jamais constaté chez ces animaux. .T’ai expérimenté à différentes reprises chez des grenouilles on des salamandres soumises à line alimentation graisseuse, et il m’a été impossible de constater la présence de ces vaisseaux. Du reste, chez ces animaux comme chez les oiseaux, la graisse émulsionnée absorbée parla veine porte pourrait peut-être aussi parvenir dans le système circulatoire général sans passer par le foie, puisqu’il existe des communications entre la veine porte et la veine cave par le système veineux de .Tacobson.

En ingérant de l’éther tenant de la graisse en dissolution, je n’ai pas provoqué de chylifères chez les reptiles (grenouilles, salamandres, couleuvres), pas plus que chez les oiseaux.

.Te dois maintenant signaler un point intéressant de la physiologie du pancréas: c’est que chez les reptiles, les fonctions digestives éprouvent dans certains moments de l’année une espèce de suspension qui coïncide avec un ralentissement remarquable dans tous les autres phénomènes physiologiques. Pendant ce temps, auquel on donne le nom à' hibernation, j’ai observé

PANCRÉAS DES REPTILES

que le tissu du pancréas perd les propriétés d’acidifier la graisse et de rougir au contact du réactif que nous avons signalé plus haut. Ces propriétés du tissu du pancréas qui existent à leur summum pendant la période digestive, diminuent peu à peu à mesure qu’on s’éloigne du temps de la digestion et qu’on s’approche du moment de l’hibernation. 11 n’est pas moins remarquable devoir que cette propriété du tissu pancréatique revient au moment où les phénomènes de l’inbernation vont cesser. De sorte que, indépendamment des caractères de forme des organes, il existe des propriétés physiologiques qui sont mobiles et peuvent osciller et disparaître pendant un certain temps, pour reparaître ensuite lorsque l’accomplissement des phénomènes delà vie nécessite leur existence : telle est la présence du sucre dans le foie, qui disparaît lorsque les pbénoniènesdelanutrition s’éteignent ; telle est la membrane muqueuse de l’utérus qui s’atrophie quand la fonction de l’organe ne l’exige pas ; telle est aussi la propriété du tissu panci'éatique, etc. On pourrait citer encore les villosités de rinlestin qui tombenten quelque sorte et se dépouillent de leur épithélium chez des individus qui sont malades ou qui ont été soumis à une longue abstinence. Les culs-de-sac de la glande mammaire s’atrophient quand la glande cesse de sécréter, et se développent en bourgeonnant pour ainsi dire aussitôt que la sécrétion recommence à s’effectuer. Tels sont encore les testicules qui meuient et renaissent pour ainsi dire chez certains animaux, etc. Tous ces exemples prouvent une proposition que nous n’avons point

PAiNCRÉAS DES POISSONS.

à développer ici, mais qu’il nous suffira de signaler, h savoir qu’il y a une mobilité dans les caractères anatomiques spéciaux des organes en rapport avec les fonctions, et que, pour avoir une idée complète d’un appareil organique, il faut le surprendre dans le moment de sa fonction. Tous ces changements physiologiques sont liés à des modifications anatomiques qui oscillent comme la fonction elle-même.

Poissons. — Dans cette seule classe de vertébrés, il existe des animaux chez lesquels ou a nié l’existence du pancréas. Depuis longtemps on avait constaté, chez certaines espèces de poissons, la présence d’un pancréas très bien développé et s’ouvrant par un conduit dans l’intestin grêle, près du conduit cholédoque : tel est le cas de la raie, par exemple. Chez cet animal, le pancréas est volumineux, présente une structure glandulaire et vient s’ouvrir dans l’intestin, près du canal cholédoque, par un orifice ti ès fin placé au sommet d’une papille longue et flottante dans l'intestiu. J’ai trouvé que le pancréas de la raie est placé dans une espèce de muscle suspenseur qu’on observe dans le ventre, et (|ue je n’ai pas vu mentionné par les anatomistes. Ce muscle part de la partie antérieure de sa colonne vertébrale, et il se dirige vers l’estomac en embrassant le pancréas cjui y adhère. Les .vaisseaux mésentériques sont compris dans ce muscle dont la couleur est rougeâtre et qui est composé de fibres non striées. Le pancréas de la raie (fig. 70) est eu cpielque sorte formé de deux portions communiquant par un petit canal. J’ai injecté avec diverses matières colo-

l’AMCRÉAS DES POISSONS.

rées le pancréas chez la raie, après la mort, et l’injection a toujours passé facilement dans les vaisseaux sanguins et dans les lymphatiques, ainsi que cela a lieu

du reste chez les mammifères, même pendant la vie.

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Fig. 75. — Structure du pancréas de la raie.

a, b, c, culs-de-sac glandulaires ; — a, a', a', cellules glandulaires isole'es.

Mais les anatomistes n'avaient pu constater aucune trace de pancréas dans beaucoup d’autres espèces de poissons, tels que les cyprins, les saumons, etc. Cuvier divisa les poissons en deux catégories sous le rapport de l’existence du pancréas, et admit que le pancréas, chez les poissons, pouvait être représenté par des appendices pyloriqnes. Cette vue a été infirmée par l’anatomie aussi bien que par la physiologie, et aujourd’hui on sait parfaitement que ces appendices pyloriques, qui augmentent la surface de l'intestin et arrêtent la matière alimentaire, et qui sont probablement en rapport avec le mode de l’alimentation, ne sont pas les analogues du pancréas. Steller a dit le premier qu’on trouvait de vrais pancréas chez des poissons poui vus

PANCRÉAS DES POISSONS

d'appendicespyloriquesjce qui prouve que ces organes ne se suppléent pas. On rencontre en effet des poissons possédant à la fois des appendices pyloriques et des pancréas.

Ce qui avait été considéré comme le pancréas de l’esturgeon n’est que les appendices pyloriques agglomérés. J’ai constaté que le suc contenu dans cette espèce d’organe est gluant et acide, et possède toutes les propriétés du suc intestinal qui est dans les appendices pyloriques des autres poissons. Du reste, je considère cette doctrine qui regarde les tubes pyloriques commedes rudiments de glandes qui se perfectionnent et se ramifient, comme très difficile à appliquer pour les explications dont il est ici question, car la partie sécrétante réelle est la cellule glandulaire, souvent caduque, qui est à l’extrémité d’un conduit excréteur. Et d’ailleurs ne pourrait-il pas se produire un organe glandulaire sur une surface muqueuse, comme il se fait une vraie glande sur la muqueuse du jabot du pigeon, sans qu’il soit utile d’invoquer une forme en tube ou une forme quelconque de la membrane mu- (jueuse. Ce sont là au contraire des mamelons glandulaires, ce qui prouverait qu’il doit y avoir des glandes en saillie. Et, du reste, on comprend qu’il ne serait pas même nécessaire de l’existence de ces glandes en saillie ; il suffirait qu’à la surface de la membrane muqueuse il se formât des cellules ayant les propriétés des cellules du pancréas, pour que le mélange digestif intestinal pût se réaliser. Nous avons dit ailleurs que les cellules glandulaires du tissu pancréatique se dis-

PANCRÉAS DES POISSON^

tinguent des autres glandes en ce que la bile les dissout très vite. Les cellules épithéliales qui recouvrent les villosités intestinales peuvent aussi avoir la propriété de le dissoudre; et l’on sait que ces cellules se reproduisent dans chaque digestion pour tomber pendant l’accoinplissement de l’acte digestif; de sorte que ce seraient hà en réalité des pancréas sans cesse renaissants.

Stannius et ensuite Brockmann, qui a publié une thèse très importante sur ce sujet, ont confirmé l’opinion de Steller, et ont trouvé un certain nombre de poissons munis à la fois d’appendices pyloriques et d’un vrai pancréas. J’ai trouvé un pancréas s’ouvrant dans un appendice pylorique chez un poisson dont je n’ai pas pu savoir le nom (fig. 76) ; n’ayant pas eu l’animal entier, mais seulement ses intestins, je n’ai pas pu déterminer son espèce. J’ai fait représenter ce pancréas; l’animal était déjà altéré, je n’ai pas constaté les caractères chimiques du pancréas.

Il n’est pas douteux qu’à mesure qu’on multipliera les investigations, on finira par, trouver une plus grande quantité de poissons pourvus de pancréas, et rien n’autorise aujourd’hui à dire que le pancréas n’existe pas chez les poissons où il n’a pas encore été signalé, car il n’est pas nécessaire, ainsi que nous l’avons déjà dit, que le paneréas constitue un organe lobulé séparé; il suffit qu’il soit disséminé en glandules dans les parois intestinales pour cpie ses fonctions puissent s’exécuter, bien qu’il soit difficile de le voir extérieurement. En poursuivant des études sur le pan- 2' SEM. 1855. 31

Fig. 76.

O, cardia; — S, estomac ; — D, pylore ; — a, a' appendice pyiorique; — P, pancréas; — p, conduit pancréatique s’ouvrant dans un appendice pyloiique.

J’ai pris la moitié environ du pancréas d’une raie fraîche et en digestion ; j’ai divisé le pancréas et l’ai mis à macérer dans l’alcool pendant environ deux ou trois heures. Après ce laps de temps, j’ai pris un fragment du tissu de ce pancréas, et je l’ai soumis à l’éther contenant du beurre en dissolution, puis je l’ai immergé dans de la teinture de tournesol, sur une lame

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créas des poissons, il sera donc nécessaire de se servir de réactif pour distinguer le tissu du pancréas. Le réactif que nous avons indiqué, et qui nous a servi à caractériser le tissu du pancréas chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles, s’applique parfaitement bien au tissu du pancréas chez les poissons, ainsi qu’on va le voir.

PANCRÉAS DES POISSONS

de verre ereusée d’un petit godet, ainsi qu’il a été dit ailleurs. Peu à peu l’acidification s’est manifestée, mais plus lentement que pour le tissu pancréatique des mammifères et des oiseaux. Nous ayons déjà vu qu’il en est de même pour les reptiles. Les tissus du foie et

Fig. 77. — Même pancréas de la figure 76 un peu grossie.

P, pantréns; — p, conduit pancréatique; — a, n', appendice pylorique.

Fig. 77.

de la rate de la même raie, traités de la même manière, n’ont communiqué aucune acidification à la teinture de tournesol, qui n’a pas changé de couleur. .T’ai remarqué qu’il ne faut pas laisser trop longtemps, pas au delà de cinq à six heures, le tissu du panci éas dans l’alcool, car après il perdrait la propriété de rougir par le réactif éthéré, sans doute parce que la matière ne se redissout [)lus dans l’eau. Cette remarque s’applique au pancréas des reptiles et des poissons.

Le pancréas de la raie a également la propriété d’agir sur l’amidon pour le changer en sucre et en

PANCRÉAS DES POISSONS

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dexti’ine. Avec l’autre moitié du pancréas de la mémo raie, j’ai fait une infusion avec le tissu broyé et de l'eau d’empois d’amidon. Après quelque temps, il y avait transformation en sucre et réduction du tartrate de cuivre dissous dans la potasse.

Je ne sache pas qu’on ait jamais recueilli du suc pancréatique sur des poissons vivants pour en étudier les propriétés. Cependant nous sommes autorisé à le croire semblable à celui des animaux plus élevés, puisque le tissu de l’organe donne toujours lieu aux mêmes réactions sur la graisse et sur l’amidon -, et il faut ajouter de plus qu’il jouit aussi exactement de cette même propriété, qui consiste à donner une infusion qui, lorsqu’elle commence à se décomposer, prend une belle coloration rouge par le chlore.

J’ignore s’il existe pour les poissons un temps d’hibernation pendant lequel le tissu de l’organe perd ses propriétés : cela pourrait être, mais je ne l’ai pas constaté.

Le pancréas de la raie est volumineux ; mais chez beaucoup de poissons il est très petit, et chez d’autres il n’a pas encore été trouvé. On doit penser que chez ces derniers il est très petit; même ou peut se demander s’il n’est pas confondu avec quelque organe voisin, comme dans la couleuvre nous l’avons vu uni intimement avec la rate.

E.-H. Weber a indiqué chez quelques poissons une espèce de fusion entre le pancréas et le foie. Il a décrit particulièrement cette disposition chez la carpe, et il admet que les organes peuvent ainsi se suppléer

PANCRÉAS DES POrSSONS,

les uns les autres, et que chez le poisson dont il parle, on doit supposer que le même tissu organique sécrète à la fois la bile et le suc pancréatique. Je n’admets pas cette opinion en tant qu’elle suppose que le même tissu organique peut avoir des fonctions fort différentes. Mais il pourrait cependant bien se faire à la rigueur, dira-t-on, que les deux tissus du pancréas et du foie, bien qu’essentiellement distincts, anatomiquement et physiologiquement , fussent confondus dans une même enveloppe formant une masse commune. Cette supposition même ne me paraît pas fondée, car j’ai observé chez le turbot, où le pancréas existe bien réellement sous la forme d’une masse conglomérée placée sur le côté de l’intestin, un conduit nacré qui pénètre dans l’intestin, et qui ne m’a semblé être autre chose qu’un canal cholédoque double. Toutefois il y a ceci de particulier, que je n’ai jamais rencontré dans ce canal de la bile, tandis qu’il en existe une grande quantité dans l’autre conduit biliaire; de plus, il part du point de l’intestin où s’insère celte espèce de conduit biliaire une multitude de ramifications nacrées, excessivement déliées, qui communiquent avec une espèce de cloaque qui existe à l’orifice du canal pancréatique dans l’intestin, qui se lépandent dans l’intestin et dans le foie, à la manière de vaisseaux lymphatiques dont la disposition serait, dans tous les cas, incompréhensible dans l’état actuel de nos connaissances anatomiques. Je pense plutôt qu’il s’agit ici d’un appareil encore inconnu qui existe d’ailleurs chez les poissons d’espèce différente.

PANCRÉAS DES POISSONS

Mais si l’anatomie nous fait défaut pour constater le pancréas chez certains poissons, les caractères physiolop,i(|ues viendront à notre aide, et nous serviront

Fig. 78. — Pancréas de turbot.

T, partie pylorique de l’estomac; — P, conduit pénétrant dans le foie et d’autre part dans l’intestin ; il est entouré à son insertion dans l’intestin d’une masse pancréatique ; — S, au-dessous de cette masse se voit une sorte de conHuent angulaire où se versent les conduits pancréatiques, et tous les conduits a, n, a, a, qui vont en divergeant et se ramifiant dans divers sens jusqu’à la vésicule du fiel; — D, duodénum; — R, rate;— </, ouverture du duodénum coupé ; — c, /i, conduit cholédoque; — F, foie; — V B, vésicule du fiel ; — petit corps d’apparence glandulaire collé à la vésicule biliaire.

de guide plus certain que la forme anatomique. Nous savons, en effet, que chez les mammifères et les oiseaux, la bile ne devient digestive que par son mélange

PANCRÉAS DES POISSONS

avec le suc pancféalique. Chez les poissons où le pancréas est bien distinct, il en est de même. C’est ce mélange qui constitue le liquide intestinal, qui offre toujours les mêmes caractères.

En prenant le contenu intestinal et en le mettant en contact avec le réactif éthéré que nous avons indiqué, on constate qu’il y a acidification toutes les fois qu’une proportion, même très minime, de suc pancréatique s’est écoulée dans l’intestin ; de telle façon qu’il suffit du liquide intestinal d’un animal pour déterminer s’il a ou non un pancréas, dès que l’on a pu démontrer, en excluant le suc pancréatique chez les animaux où cet organe est bien déterminé, que cette réaction cesse d’avoir lieu, et qu’elle est, par conséquent, la preuve de la présence du suc pancréatique dans l’intestin. Or. dans le liquide intestinal d’aucun poisson je n’ai constaté l’absence de ce caractère, et je suis porté à conclure que le pancréas existe nécessairement chez tous les poissons, bien qu’il n’ait pas encore été anatomiquement démontré.

Jusqu’ici nous avons vu que la forme anatomique ne suffisait pas pour caractériser le pancréas, qu’il fallait absolument avoir recours aux qualités du produit ou du tissu de l’organe sécréteur. Chez les animaux invertébrés, ce secours nous devient très utile, parce que les animaux sont, en général, trop petits, et que, d’autre part, l’organe pancréatique est absolument inconnu.

Il est vrai que certains appendices en forme de cæcum, que l’on trouve annexés à l’intestin d’animaux

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