ÉTUDE DE LA SAUVE
Matières organiques. — Ces dernières sont l'albumine, la globuline, la miicine et enfin la ptyaline. Les réactions de Valbiunine et de la globuline sont semblables, sauf que la première n'est pas précipitée, comme la seconde, par l'acide carbonique, quand on fait barboter ce gaz dans la salive. Indiquons entre autres réactions : la coagulation par la chaleur, le trouble par l'acide azotique, la coloration jaune obtenue en chauffant après addition de cet acide ou réaction xanthoprotéique ; l'apparition d'un précipité par l'addition successive d'acide acétique et de ferrocyanure de potassium, etc.
La muciiie de la salive est précipitée par l'acide acétique ajouté goutte à goutte. Le liquide devient d'abord visqueux, puis apparaissent des filaments blanchâtres insolubles dans un excès de réactif, solubles dans des solutions très étendues d'alcali caustique. Ces filaments dissous avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique dilués se dédoublent en une substance albuminoïde et un hydrate de carbone ou gomme animale de Landwehr, qui réduit la liqueur cupropotassique. Pour préparer la mucine en grande quantité, on se sert d'une macération aqueuse de glande sous-maxillaire de veau qu'on traite par l'acide chlorhydrique. Un précipité soluble dans un excès de réactif se forme. La mucine est précipitée de cette liqueur par addition de 5 volumes d'eau.
Enfin, on trouve dans la salive un ferment soluble, saccharifiant les amylacés : la ptyaline. Pour préparer cette substance et l'isoler, on peut employer deux procédés : 1° extraction de la salive; 2" extraction des glandes salivaires.
Premier procédé. — On traite une grande quantité de salive par une solution d'acide phosphorique, puis par l'eau de chaux qu'on ajoute jusqu'à réaction alcaline. Le précipité de phosphate de chaux qui se forme entraîne avec hii les albuminoïdes de la salive. Ce précipité
R. Ddbois. Physiolog. expériment. 17
recueilli sur un filtre est lavé à l'eau. Seule de toutes les matières albuminoïdes, la ptyaline est restée soluble; on la retrouve donc dans le liquide filtré où elle est précipitée par l'alcool. On filtre à nouveau, le filtre est séché dans le vide sulfurique. Pour cela, on le suspend audessus d'un bain d'acide sulfurique dans une cloche oii le vide est entretenu à l'aide d'une trompe. La ptyaline reste sur le filtre sous forme d'une poudre blanche.
Deuxième procédé. — On prend une sous-maxillaire d'herbivore, car ce sont surtout les sous-maxillaires des animaux à nourriture végétale qui sécrètent de la ptyaline. Après l'avoir hachée et imbibée d'alcool, on la laisse macérer pendant vingt-quatre heures, puis on exprime le hachis dans un linge; tout un extrait alcoolique nuisible est ainsi supprimé. On traite ensuite par la glycérine en laissant macérer pendant plusieurs jours. La ptyaline est encore plus soluble dans la glycérine que dans l'eau. De ce liquide glycérique, la ptyaline est précipitée par l'alcool.
Cette ptyaline présente quelques réactions différentielles des albuminoïdes ordinaires, outre son caractère si particulier de ferment. Ainsi, elle n'est pas coagulée par la chaleur, ne donne pas la réaction xanthoprotéique, ne ])récipite ni par le tanin, ni par le ferrocyanure de potassium et l'acide acétique.
C'est la ptyaline qui donne à la salive ses propriétés digestives, car on obtient avec ses dissolutions les mêmes effets qu'avec la salive ordinaire.
Action de l\ salive sur les aliments. — La salive n'attaque ni les aliments azotés, ni les aliments gras, comme on peut s'en assurer par des digestions artificielles.
On met à l'étuve, dans de petits ballons, de petits cubes d'albumine ou des fragments de graisse avec de
ACTIOy DE LA SALIVE SUR LES ALLMENTS 299
la salive à 38 ou 40°, aucune action ne se produit; mais elle a une action amylolytique très marquée, transformant l'amidon en un mélange d'achroodextrine et de mallose, produits finaux de la réaction. Cette action amylolytique et saccharifîante qui s'exerce sur l'amidon, même cru, est beaucoup plus rapide sur l'amidon cuit, obtenu en faisant bouillir o^'",o65 d'amidon avec 100 centimètres cubes d'eau. Elle se fait sentir aussi très rapidement sur le glycogène.
Nous allons suivre pas à pas toutes les phases de la transformation. Prenons un peu dè notre solution d'amidon cuit; traitée par l'iode, cette solution bleuit. Mélangeons-en un peu dans un tube à essai avec de la salive et traitons à nouveau par l'iode. La solution rougit cette fois et acquiert une propriété réductrice de la liqueur de Fehling qu'elle ne possédait pas auparavant. La liqueur de Fehling ou liqueur cupropotassiquè, qui est bleue, est décolorée, avec formation d'un précipité rouge d'oxydule de cuivre, parle glucose et certains saccharoses, dont le maltose. L'action lente, à froid, se produit presque instantanément à Fébullition. Notre amidon, de formule (CH'^O'')", a été transformé par hydratation, grâce à l'action du ferment, en un mélange à' érythrode.r trille, donnant la coloration rouge par l'iode, et de maltose, produisant la réduction.
L'érythrodextrine a une molécule moins compliquée que l'amidon (C^'H*«0'^)"-* et le maltose G^"-H^'0'* est un saccharose dextrogyre réducteur.
Si nous attendions plus longtemps avant de traiter par l'iode notre mélange de salive et d'amidon cuit, la liqueur ne se colorerait plus. L'érythrodextrine aurait été transformée par hydratation en achroodextrine de molécule rnoins compliquée (CH'^O*)""' et en maltose. Cette achroodextrine dite a se transforme à son tour, toujours par hydratation, en achroodextrine |3 (CH^'^O'^)""'
et maltose ; enfin l'achroodextrine (3, loujours par le même procédé, donne l'achroodextrine y (C^H'^O^)""* et du maltose. Cette dernière achroodextrine est inattaquable par la ptyaline; elle persiste toujours dans la liqueur, dont on peut la précipiter par l'alcool. Le résultat final de l'action de la salive sur l'amidon est donc . un mélange d'achroodextrine et de maltose. On sait que . les acides poussent plus loin l'action hydratante et que le produit ultime de la réaction est, dans ce cas, le glucose C'H'^O".
L'action du ferment amylolytique peut être suspendue ou supprimée par un certain nombre de causes : i° le froid, à 0° par exemple, suspend l'action de la ptyaline, mais celle-ci reparaît dès que la température s'élève, 4o° étant la température optima; 2° la chaleur à 100° supprime définitivement l'action de la ptyaline, qui est comme tuée; 3" les acides forts suppriment aussi l'amylolyse, mais elle reparaît quand on neutralise le liquide; 4° il en est de même des alcalis, mais le pouvoir saccharifiant ne reparaît pas après neutralisation.
Fistules salivaires. — Lorsqu'on veut étudier séparément les propriétés des diverses salives qui composent la salive mixte, on emploie des macérations des glandes séparées ou bien on pratique des fistules, c'est-à-dire que l'on met à nu le canal excréteur de la glande et que l'on y introduit, après l'avoir ouvert, une canule qui déverse le produit sécrété à l'extérieur. Ces opérations ne sont guère possibles que pour la parotide et la sous-maxillaire, dont le canal excréteur est unique et relativement gros, sauf chez le chien où elle est aussi praticable sur la glande sublinguale.
1° Fistule parotidieniie. — Voici comment se fait l'opération chez le chien :
La parotide, relativement petite, occupe la position