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fermant une Pholade, dont le siphon est étendu, pour en provoquer la rétraction. Il en est de même quand on l'ait éclater la lueur d'une allumette dans l'obscurité ou qu'on approche avec une bougie allumée.
Le siphon esl donc très sensible aux alternatives de clarté et d'obscurité; mais, j'ai remarqué que les Pholades de l'Océan sont beaucoup plus sensibles aux variations d'éclairage que celles de la Méditerranée.
■Jia
Pour se rendre bien exactement compte du mécanisme intime de cette vision par la peau, ou fonction dermatoptique, il est indispensable de recourir à une analyse physiologique expérimentale plus complète.
L'animal, placé dans une cuve, est enfermé dans une
Fie. 114. — Couj>e d'une papille cutanée du siphon, très grossie et reproduite parla photographie microscopique : C. P, couche épithéliale pigmentaire ; C, C, couche de fibres contractiles.
petite chambre noire B (fig. 113 percée seulement d'une fenêtre F et d'un petit orifice supérieur o pour laisser passer le fil f, qui rattache le bout du siphon au stylet du tambour récepteur T.
La petite fenêtre se trouve juste en face du siphon dont on veut explorer la sensibilité à la lumière. Elle peut être ouverte ou fermée, pendant un temps plus ou moins long, au moyen d'un obturateur.
Celui-ci est construit de telle sorte qu'au moment précis où la fenêtre s'ouvre, un circuit électrique, dans lequel est interposé un signal S, se ferme. Pendant tout le temps
que la fenêtre reste ouverte, le signal inscrit, en Tractions de seconde, la durée précise de l'éclairage du siphon, La Pholade en expérience est fixée sur une planchette par son extrémité inférieure : ce support est immergé avec ranimai dans une cuvette pleine d'eau de mer, à faces planes parallèles, de manière que l'extrémité du siphon
Fie. 115. — Coupe un peu oblique du plusieurs papilles montrant la couche épitbcliule pi^mcnlaire et les fibres contractiles sous-jacentes.
soit dirigée vers la surface du liquide. L'extrémité libre du siphon est reliée au stylet d'un tambour récepteur T, qui transmettra à un tambour semblable enregistreur les moindres mouvements de cet organe. Ce second tambour T' est muni d'un stylet inscrivant tous les mouvements transmis par le récepteur sur un cylindre C revêtu d'un papier enduit de noir de fumée.
Une petite cheminée en tôle, chauffée par un bec de gaz à régulateur, permet de donner à la chambre noire la température voulue.
Les expériences se l'ont dans une pièce obscure où l'éclairage du siphon peut être fourni, soit par le soleil, au moyen d'un héliostàt, soit par la lumière électrique, ou mieux par une lampe à gaz munie d'un régulateur.
Célté lampe, dont l'intensité doit être réglée une l'ois pour toutes, peut glisser sur une longue planchette graduée placée devant la fenêtre. Ce dispositif est très avantageux pour la détermination de l'influence des excitations par des intensités lumineuses différentes.
Devant la petite fenêtre, on peut disposer soit des cuves à faces parallèles, renfermant des solutions colorées ou
Fig. 110. — Courbe produite par l'excitation lumineuse [tlu ^ijiliou d'une Pholade entière : la première courbe est fournie par la contraction des fibres du système avertisseur et la seconde par la contraction réflexe des grands muscles longitudinaux.
athermanes, soit des verres colorés, des prismes, («te. L'expérience étant ainsi préparée, la Pholade va pouvoir écrire elle-même les sensations qu'elle éprouve sous l'influence de l'excitation lumineuse fig. 116). Bien plus, si ce que nous avons dit de l'autonomie du système avertisseur est exact, le siphon seul, détaché du corps de ranimai et séparé, par conséquent, des ganglions situés à la racine des canaux, aura la faculté de se contracter, cl celte contraction dissociée pourra être inscrite sur le cylindre de l'appareil enregistreur fig. 117, 118, 119).
Enfin, si, après avoir laissé un siphon, sectionné à sa hase, reposer pendant un temps suffisant à l'obscurité, on l'excite par la lumière, il se contracte encore et l'on peut répéter l'expérience un grand nombre de fois, pendant
Fie. 11". — Courbe obtenue avec un éclairage de 2 secondes et une lampe de 10 bougies placée à 0,60 centimètres (siphon isolé).
Fie. 118. — Courbe obtenue avec un éclairage de deux secondes et une lampe de 10 bougies placée à 0,80 centimètres.
Fig. 119. — Courbe obtenue avec un éclairage de 2 secondes et une lampe de 10 bougies placée à 1 mètre de distance
plusieurs jouis consécutifs, quand on s'est placé clans des conditions favorables.
Pour faire écrire ce lambeau détaché du corps de ranimai, il sufïit de le fixer avec une épingle, par son extrémité inférieure, sur la planchette immergée dans la cuve à faces parallèles et d'accrocher avec un hameçon son extrémité terminale au fil du tambour récepteur.
C'est ainsi qu'avec un éclairage d'une durée de deux secondes, fourni par une lampe de dix bougies, placée à 0 m. (i() de l'obturateur, j'ai obtenu le tracé que voici lig. 117 .
Cette courbe montre que le raccourcissement du siphon isolé est le résultat d'une contraction unique, régulière, lente, progressive, comme celle que l'on provoque par une légère excitation localisée de sa surface sur une Pholade entière. Elle est bien manifestement produite par la contraction tétanique du système avertisseur. Est-ce à dire pour cela que les grands muscles longitudinaux, qui permettent à l'animal entier de grands mouvements volontaires, aient perdu toute contractilité ? En aucune façon, et il est facile de démontrer que cette propriété est restée intacte. Ce qui manque, c'est l'excitation motrice, dont le point de départ est dans les ganglions restés dans le tronc de la Pholade.
Prenons un autre siphon détaché et excitons-le d'abord par la lumière, nous obtenons un tracé en tout semblable au précédent par ses caractéristiques.
Remplaçons maintenant l'excitation réflexe absente par une courte excitation galvanique, sans faire intervenir la lumière, nous enregistrons une courbe absolument différente de la première. Cette fois, le retrait du siphon s'est manifestement produit en deux temps, il y a eu deux contractions successives : la première, brusque, énergique, est celle des muscles longitudinaux centraux; la seconde, superposée à celle-ci, est, au contraire, plus faible, plus
HUITIEME LEÇON m
lente, régulièrement progressive : c'est celle du système avertisseur 'fio-. 102 .
Bien plus, si l'on fatigue une Pholade entière dans l'obscurité par des décharges électriques successives, le pouvoir réflexe du ganglion nerveux et la contraction des grands muscles centraux s'épuisent : on n'obtient plus alors, malgré l'intégrité anatomique de l'animal, par l'excitation lumineuse même intense, que la contraction du système avertisseur, qui se fatigue moins vite dans ces conditions. Inversement, si on excite par l'électricité un siphon détaché et exposé à la lumière, on provoque une contraction unique, celle des grands muscles longitudinaux, le système avertisseur étant contracté d'avance ou épuisé par l'action prolongée de la lumière. Au lieu d'un siphon détaché, quand on excitera par la lumière une Pholade entière, on pourra obtenir à la place d'une contraction unique, deux contractions successives nettement accusées dans le tracé de la figure 116.
Mais, on remarquera immédiatement que, à l'inverse de ce que nous observons dans le tracé de la figure 102, la double contraction commence par celle du système avertisseur, dont je vous ai indiqué déjà les caractères.
Ces faits expérimentaux démontrent de la manière la plus nette le mécanisme fonctionnel des mouvements produits par l'excitation lumineuse : nous avions déjà donné son explication en nous basant sur l'observation anatomique et physiologique.
La Pholade est donc réellement capable d'écrire ses impressions visuelles par un mécanisme réflexe rappelant celui qui préside à la contraction de l'iris, quand un rayon lumineux vient frapper le fond de l'œil.
Je ne veux pas parler ici des contractions que l'on obtient en éclairant directement l'iris détaché de l'œil de certains animaux à sang froid, comme l'Anguille ; ces dernières sont comparables à celles du système avertisseur.
Mais, on pont pousser beaucoup plus loin la comparaison, en recherchant jusqu'à cpiel point l'irritabilité de la peau d'un mollusque peut se rapprocher de celle de notre rétine.
.Malgré son état d'imperfection, la Pholade, grâce à l'irritabilité de son tégument, peut-elle saisir le passage d'un éclair, connue nous avec nos yeux.' Quelle est la durée minima nécessaire pour produire chez elle une sensation lumineuse ? Aussi bien que nous, distingue-t-elle de faibles clartés.' Sait-elle percevoir les intensités diverses dune lumière qui s'éloigne ou se rapproche et mesurer la valeur de ces intensités ? Enfin, cet aveugle, cet être sans veux sait-il discerner les couleurs? Son spectre visible est-il plus restreint ou plus étendu que le nôtre ? Est-il, de même que pour nous, continu, passant sans transition sensible d'une teinte à une autre? C'est encore la Pholade qui va répondre en écrivant ce qu'elle ressent, grâce à l'irritabilité de son système avertisseur.
Occupons-nous d'abord de la durée de l'éclairage. D'un grand nombre d'expériences laites avec un obturateur photographique convenable, on peut conclure (pie dans de bonnes conditions, avec une lampe de dix bougies, placée à 0 m. .'!(). la durée minima de la clarté sensible n'excède
par j^y. de seconde. Mais, à cette limite inférieure, il est
très probable (pie le mouvement provoqué dans la rétine dermatoptique n est pas perçu par les centres nerveux ganglionnaires de la Pholade, car ou observe seulement la contraction du système avertisseur.
Pour étudier l'influence des diverses intensités lumineuses, je procède de la manière suivante : une lampe de dix bougies étant placée à une distance de 0 m. 60 de l'obturateur, par exemple, si l'on lait deux excitations lumineuses d'une même durée de deux secondes, à une heure d'intervalle, on aura deux tracés identiques avec un siphon isolé. Mais, si on éloigne de plus en plus la
HUITIÈME LEÇON ns
lampe, on voit peu à peu augmenter la durée de la période latente et diminuer l'amplitude de la courbe (v. fig. 117, 118, 119).
Pour éviter les perturbations produites par la fatigue dans les expériences en séries, il est préférable de placer alternativement la lampe a 100 centimètres et à 10 centimètres. Dans ces conditions, nous avons trouvé que lorsque l'éclairage était cent fois plus faible, l'amplitude de la courbe devenait dix fois moindre et la durée de la période latente environ deux fois plus longue.
Le minimum d'intensité perceptible montre combien est grande l'impressionnabilité ou irritabilité de la rétine dermatoptique. On trouve, en éloignant la lampe jusqu'à ce que la lumière ne donne plus qu'une contraction imperceptible, que la lueur la plus faible, capable de provoquer
une sensation, est égale a-TTî/rde bouffie.
La Pholade peut donc, comme nous, distinguer de faibles clartés et apprécier, avec une grande précision, la valeur des intensités lumineuses.
L'irritabilité chromatique également est mise expérimentalement en évidence dans la vision dermatoptique.
Si l'on fait tomber sur l'ouverture de l'obturateur successivement les différentes zones du spectre solaire, on constate que l'on provoque des contractions du siphon isolé ou de la Pholade entière, avec toutes les radiations colorées que notre œil peut voir. La Pholade voit donc les mêmes couleurs que nous. Comme nous, elle est insensible aux radiations ultra-violettes et infra-rouges, ce qui démontre que les contractions observées ne sont dues ni à des radiations chimiques, ni à des radiations calorifiques. Il est facile, d'ailleurs, de s'assurer que ces dernières n'ont aucune influence sur les phénomènes en question en interposant sur le trajet des radiations lumineuses actives une cuve remplie d'eau ou d'une solution concen-
ÎIA
trée d'alun. On obtiendra, avec la îiièine radiation, avant et après l'interposition de la solution athermane, la même, courbe. Au contraire, le plus léger déplacement du prisme,
Aciion de h. li
Action tic la lumière Mo
lorsque la Pholade est éclairée par des radiations franchement vertes, par exemple, suffira pour provoquer une contraction dans le jaune-vert. Notre mollusque voit donc bien les couleurs, puisqu'il sait distinguer jusqu'aux nuances.
2ÉÔ
S'agit-il d'une différence d'intensité lumineuse ou d'une véritable sensation chromatique ? En examinant les courbés des figures 120, 121, 122, 123, 124, obtenues avec une même source lumineuse et des verres de différentes couleurs, au moyen d'un siphon isolé, si on ne tient compte que de
Fie. 123. — Action de la lumière violette.
l'amplitude et de la durée de la période latente, on peut être tenté de croire que l'intensité lumineuse entre seule en jeu. Mais, on remarque immédiatement que la
Fie. 124. — Action de la lumière roujre.
forme de ces contractions n'est pas semblable à celle des tracés 117, 118, 119,
Avec les radiations colorées, la différence caractéristique porte sur la rapidité de la contraction, qui diminue progressivement du jaune au vert, au bleu, au rouge et au violet.
Ce simple changement dans le jeu du système avertisseur suffit pour modifier profondément le phénomène
R. Dubois. — Physiol. gén. et compar. 15
réflexe, qui prend naissance clans les ganglions sensoriels de la Pholade entière, et aussi dans la contraction des muscles centraux qui nous en révèle l'existence. Pour chaque radiation colorée, la Pholade entière m'a donné
Fio. 125. — Action de la lumière jaune sur une Pholade entière.
une courbe spéciale, résultant de l'action combinée du système avertisseur et du système moteur central du siphon (fig. 125, 12(3, 128). Dans les courbes qui expri-
Fio. 120. — Action Ue la lumière verte.
meut la sensibilité au jaune, au vert, au bleu (fig. 125, 126, 127), la contraction de l'avertisseur se confond presque avec la contraction réflexe qui la suit de très près, sauf pour les radiations rouges (fig. 128). Il est possible aussi qu'une radiation, comme celle du violet, provoque seu-
lement le mouvement du système avertisseur : dans ce cas, il y a sensation, mais non perception.
De ces expériences, il résulte que la notion d'intensité est fonction, pour un même individu, de l'amplitude du mouvement de l'avertisseur et que la sensation de couleur
Fie. 12/
Action de la lumière bleue.
est déterminée surtout par la rapidité de ce mouvement, comme dans l'audition la hauteur d'un son est fonction de la rapidité des vibrations sonores, et son intensité de
Fig. 128. — Action de la lumière rouge.
l'amplitude de celles-ci. Il en est de même, très certainement, pour les sensations olfactives et gustatives, et c'est ainsi qu'avec ces deux seuls modes de l'irritabilité nous pouvons discerner à la fois, dans une sensation, la quantité et la qualité.
Il faut, nécessairement, pour que nous puissions utiliser les sensations dues aux manifestations de l'irritabilité sous
i28 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE ET COMPARÉE
l'influence des divers excitants, que celles-ci soient communiquées puis interprétées par les centres nerveux et deviennent, soit des perceptions inconscientes dans des ganglions ou dans la moelle, soit des perceptions conscientes ou aperceptions dans le cerveau.
Je ne voudrais pas abandonner cette question de la vision dermatoptique sans vous montrer comment la théorie mécanique de la vision, à laquelle j'ai été conduit par mes expériences sur la Pholade, permet d'expliquer certains laits restés jusque-là incompréhensibles. Vous ave/, vu que si Ton excite un point limité de la surface du siphon on provoque en ce point la contraction des fibres musculaires superficielles, mais que les fibres situées en dehors de ce point se contractent également par un phénomène de propagation, de voisinage, par l'ébranlement mécanique parti des premières : le phénomène d'irradiation visuelle n'est pas dû à une autre cause. Ma théorie fait comprendre encore le mécanisme des images complémentaires, car il n'est pas surprenant que la sensation du blanc résulte d'une contraction de moyenne vitesse provoquée par Faction simultanée des couleurs rapides et lentes, qui se partagent le spectre par moitié. Aussi aura-t-on également la sensation de la lumière blanche avec deux seulement d'entre elles : le jaune et le bleu ou bien le vert et le rouge.
Les sensations d'oscillation qui succèdent à l'impression visuelle produite par certaines décharges dans les tubes à gaz raréfiés, à matière radiante, ne peuvent être expliquées que par ma théorie. J'en dirai autant du ressaut lumineux que l'on éprouve en regardant une lumière vive au travers d'un obturateur dont la durée d'ouverture est assez courte, ou encore; des canulures que laisse sur son passage un petit carré de papier blanc fixé sur un disque noir animé d'une certaine vitesse de rotation, quand l'œil esi immobilisé dans une direction bien fixe, etc.
Ainsi donc, chez la Pholade, les sensations gustatives, olfactives, visuelles et tactiles se produisent par un mécanisme très analogue. Ce ne sont pas ici les terminaisons nerveuses qui sont primitivement excitées. Entre celles-ci et l'excitant extérieur : corps sapide ou odorant, radiation lumineuse, se place un intermédiaire qui transforme en des excitations mécaniques proprement dites les impressions produites par les agents chimiques ou physiques, susceptibles de faire naître des sensations. Ce transformateur, cet interprète des influences étrangères réagit par. son irritabilité; celle-ci se manifeste toujours par une contraction, c'est-à-dire par un mouvement. Ce mouvement interne excite mécaniquement la terminaison nerveuse comme si on la touchait ; il a son siège dans ce que j'ai appelé le système avertisseur.
Chez la Pholade, le tact s'exerce par le même mécanisme que celui qui préside aux sensations ayant chez beaucoup d'autres animaux leur origine dans les organes sensoriels différenciés, dont notre Mollusque est dépourvu. Mais, on conçoit facilement que la présence d'un intermédiaire contractile devienne inutile quand l'excitant extérieur agit lui-même mécaniquement, soit par traction, soit par pression.
Les terminaisons tactiles très superficiellement situées dans la peau, les muqueuses, la cornée, chez l'homme, peuvent être excitées directement.
On retrouve au contraire un mécanisme tactile analogue à celui de la Pholade quand ces terminaisons sont situées au-dessous de téguments résistants comme ceux des insectes, ou bien dans la profondeur des organes : tel est, par exemple, celui qui assure l'exercice du sens musculaire et probablement aussi de diverses autres sensations internes, comme la faim. Pour des raisons que je ne puis développer ici, je pense aussi que les sensations que nous fait éprouver le cours du sang du côté des petits vaisseaux,
lorsqu'il est modifié, celle du fourmillement, en particulier, n'ont pas d'autre origine que la mise en jeu de l'irritabilité contractile des parois vasculaires. 11 arrive même que Ton rencontre à la périphérie de notre propre organisme des dispositions morphologiques et des réactions physiologiques, qui rappellent absolument celles de la peau de la Pholade. J'ai démontré, depuis longtemps, que le thélotisme n'est pas toujours un acte réflexe, mais seulement, dans certains cas, le résultat de l'irritabilité des fibres musculaires sous-cutanées du mamelon.
L'analogie morphologique que j'ai établie entre les éléments fondamentaux des rétines dermatôptique et oculaire d'une part, et la cellule visuelle neuro-myo-épithéliale de l'œil de la Lizzia Kôllikeri d'autre part, peut être étendue à tous les éléments anatomiques fondamentaux des organes des sens spéciaux.
En résumé, vous voyez que sous l'influence des modificateurs ou excitants externes de nature physique, chimique ou mécanique, l'irritabilité du segment moyen est mise enjeu, qu'il se contracte et actionne mécaniquement la terminaison nerveuse. Il en résulte un premier phénomène complexe que j'appellerai impression-sensation.
L'impression reste localisée dans les segments externes et moyens. Dans la rétine, elle est représentée par les modifications moléculaires, qui se produisent dans le segment épithélial pigmentaire sous l'influence de la lumière, et par la contraction des cônes et des bâtonnets. Elle dépend entièrement de Y irritabilité.
La sensation se compose exclusivement de l'ébranlement de la terminaison nerveuse provoqué par l'impression : elle est dur uniquement à la sensibilité neurale qui n'existe que dans le système nerveux.
L'impression et la sensation ainsi définies ont leur siège dans les organes des sens, quelle que soit d'ailleurs leur nature.
La sensation est latente ou bien elle est perçue. Dans ce dernier cas, l'ébranlement nerveux périphérique se transmet de proche en proche, le long des nerfs qui se rendent aux centres percepteurs et il y éveille la perception.
Cette perception peut être inconsciente, son existence ne nous est, dans ce cas, révélée que par une de ces manifestations automatiques ou involontaires que Ton désigne communément sous le nom d'actes réflexes.
D'autres fois, la perception est consciente : elle se traduit alors par un acte volontaire ou par une pensée résultant de la répercussion d'une perception primitivement inconsciente sur les centres nerveux supérieurs, qui sont le siège de l'intelligence : il va, dans ce cas, aperception.
Quand nous percevons ou apercevons une odeur, une saveur ou une lumière, il ne faut pas dire qu'il y a sensation olfactive, gustative ou visuelle : cela ne peut que jeter la confusion dans les idées précises que l'on doit avoir, en psychophysiologie, de la nature et de l'ordre de succession des phénomènes.
Dans ma théorie, qui repose à la fois sur l'expérimentation, sur l'observation et sur le raisonnement, la sensation résulte donc d'un mouvement interne ou impression, transformant en excitations mécaniques toutes celles qui viennent du dehors, qu'elles soient physiques ou chimiques.
Si l'excitant arrive à mettre directement enjeu la sensibilité, quand la terminaison nerveuse est très superficielle, l'impression, qui n'a plus besoin d'intermédiaire, se confond avec la sensation. Des excitants de nature physique comme la chaleur, le froid, l'électricité peuvent, ainsi que l'excitant mécanique, agir directement sur les terminaisons libres des nerfs, mais leurs effets se confondent avec les phénomènes tactiles de la sensibilité générale, dont ils ne sont que des variétés. Pour cette catégorie,
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il n'y a pas d'organes sensoriels spéciaux qui soient connus.
Tous les phénomènes sensoriels se trouvent ainsi réduits à des phénomènes tactiles, tantôt intérieurs et tantôt extérieurs : « ergo non débet poni alter sensus prœter tactum ». La notion de sensation se simplifie alors considérablement, car il n'y a plus, dans les organes des sens, à tenir compte que d'un seul excitant : l'excitant mécanique.
Or, celui-ci ne peut varier, comme tout autre mouvement, que de deux manières, en quantité et en qualité : il sera caractérisé par son amplitude et par sa vitesse qui, dans notre système avertisseur, sont celles de la contraction du segment contractile.
Avec ces deux variables, que fournit toujours l'irritabilité manifestée, on peut distinguer toutes les sensations, ainsi que cela ressort nettement de l'examen des graphiques inscrits par la Pholade réagissant sous l'influence des excitants les plus divers.
Quant aux perceptions, il est bien entendu qu'elles ne se font pas dans les organes des sens, mais bien dans des centres nerveux spécialisés. Elles seront donc distinctes suivant la nature de ces centres. Que la sensation soit provoquée par le jeu du système avertisseur de la rétine, ou bien par le pincement du nerf optique, on n'obtiendra qu'une perception optique ou lumineuse, mais on la fera varier en modifiant, soit en grandeur, soit en rapidité, l'impression qui provoque la sensation dans l'organe des sens.
On peut en dire autant des autres perceptions. Il arrive qu'une sensation auditive donne naissance à une perception gustative en même temps qu'à une perception auditive, ou encore qu'une sensation auditive provoque simultanément la perception d'un son et d'une couleur. Mais, "ce sont là des répercussions d'un centre
sur un autre, qui se font à la manière des mouvements réflexes généralisés, et prouvent que tous les points du système nerveux sont plus ou moins étroitement reliés les uns aux autres.
Comment se transmet la sensation, telle que nous l'avons définie, de l'organe des sens ou de la terminaison sensitive aux centres de perception ? Évidemment, elle chemine le long d'un nerf, mais de quelle façon ? Ici commence le domaine de l'hypothèse. On a imaginé l'influx nerveux, sorte de fluide analogue à l'électricité; on a aussi pensé que c'était l'électricité elle-même. Le nerf peut, en effet, comme vous le verrez plus tard, être parcouru par un courant électrique, qu'on nomme courant d'action parce qu'il se manifeste au moment de l'excitation. Il est donc possible que la fibre nerveuse se comporte comme un fil téléphonique, l'organe des sens, ou mieux son système avertisseur, représentant l'appareil expéditeur, et le centre de perception l'appareil récepteur. En dehors du point excité, où prend naissance le courant par un changement de potentiel dû à l'excitation, le nerf se comporte comme un simple conducteur et ne se fatigue pas.
Mais, l'influx nerveux ne parcourant que 25 à 30 mètres par seconde, on a pensé qu'il y avait plutôt transport de l'excitation par une suite de chocs des granulations composant le cylindre-axe, se transmettant de l'une à l'autre, de proche en proche, comme s'il s'agissait d'une série linéaire de billes d'ivoire se touchant presque : le choc imprimé à la première est transmis à la dernière, après avoir seulement déterminé de légères oscillations dans celles qui sont intermédiaires. Cette explication, purement mécanique, me semble préférable aux théories chimiques qui supposent une destruction et une reconstitution immédiate des molécules, ainsi que cela parait avoir lieu entre les électrodes d'un voltamètre.
Quand on excite par un choc certains plastides, on les
voit devenir troubles par l'apparition de granulations qui prennent, dans leur intérieur, des mouvements oscillatoires, pouvant parfaitement se transmettre de proche en proche et avec rapidité.
Cette interprétation est plus conforme à ce que nous savons de l'irritabilité; il est vrai que celle-ci ne se manifeste pas toujours par du mouvement proprement dit, ainsi que le prouve la production de la lumière et de l'électricité par les êtres vivants.
On n'est guère plus avancé en ce qui concerne les modifications s'opérant dans les centres de perception quand ils passent de l'état de repos à celui d'activité et ici, encore, on est obligé de se contenter d'hypothèses. Malheureusement, on a tort de les présenter comme des vérités scientifiques démontrées, soit par l'expérimentation, soit par l'observation, alors qu'elles sont purement imaginaires.
Comme pour faire suite à ma théorie du mécanisme des sensations, qui accorde déjà à l'irritabilité une si grande part, on a admis qu'il existe aussi des mouvements dans les centres nerveux et que, grâce à ceux-ci, on peut expliquer le mécanisme intime de toutes les opérations psychiques.
Le seul fait d'observation directe de ces prétendus mouvements psychiques a été recueilli sur un petit crustacé transparent du lac de Constance, le Leptodora hyalina : ils auraient été vus dans un point voisin du ganglion optique, près de celui oit les fibres venues de la rétine pénètrent dans le cerveau. En tout cas, ils seraient plutôt situés dans la zone de l'organe sensoriel que dans celle du centre percepteur. Enfin, chez les crustacés, il y a de nombreuses causes d'erreur, tant à cause des mouvements amiboïdes des globules du sang, que par suite de l'existence possible de fibres myo-épithéliales dans le tégument.
D'autre part, les récentes recherches sur l'histologie
du système nerveux ayant montré que les plastides nerveux n'étaient pas toujours soudés les uns aux autres par leurs prolongements protoplasmicpies, comme on le pensait autrefois, mais seulement en relation de contiguïté ou de contact, on leur a accordé une individualité plus grande. L'ensemble du plastide nerveux, avec son chevelu, et son cylindre-axe, porte aujourd'hui le nom de neurone et ce sont les prolongements de ce neurone qui jouiraient, au dire de quelques personnes, de mouvements amiboïdes (v. fig. 32).
Les actes réflexes, les associations d'idées, et, d'une manière générale, tout ce qui exige l'exercice collectif de l'activité des neurones, ne pourrait se faire que parle contact ou le rapprochement de leurs expansions amiboïdes. Inversement, la suppression de l'activité correspondrait à la rétraction de ces dernières.
En d'autres termes, il y aurait passage d'un fluide ou influx nerveux pouvant se faire quand il y a contact ou simplement rapprochement, ou bien se trouver interrompu par éloignement ou suppression du contact : les choses, en résumé, se passeraient dans le cerveau à peu près comme dans les appareils télégraphiques, ou mieux téléphoniques. Pendant le sommeil, par exemple, les expansions seraient rétractées.
On a même profité de la découverte, que je venais de faire de la cause du sommeil naturel, c'est-à-dire de l'autonarcose carbonique, pour essayer de donner quelqu'apparente solidité à l'hypothèse des mouvements neuro-amiboïdes. On a dit que l'acide carbonique devait agir en paralysant les mouvements des prolongements neuraux, comme il paralyse ceux des Amibes.
Cette hypothèse n'est pas en opposition avec ma théorie de l'autonarcose carbonique, elle la compléterait plutôt.
Mais, l'existence des mouvements amiboïdes des neurones est loin d'être admise, même à titre d'hypothèse
rationnelle, par tous les savants : les uns nient formelle' nient ces mouvements et même l'isolement des neurones, d'autres ne refusent la motilité aux neurones que pour l'attribuer aux plastides de la névroglie, qui sont interposés entre eux, et n'ont été considérés jusqu'ici que comme des éléments de soutien : du dernier rang, ceux-ci passent au premier; ils deviennent irritables, et sous des influences mal définies, se rétractent ou émettent des prolongements capables de rompre ou bien de rétablir soit le contact, soit la contiguïté des neurones, en s'interposant plus ou moins complètement entre eux.
Tout cela est très ingénieux, mais absolument dépourvu de preuves scientifiques.
En ce qui concerne le sommeil, j'ai bien démontré expérimentalement, et d'une manière que je crois irréfutable, qu'il est le résultat d'une autonarcose carbonique, mais je n'ai pas voulu, tout d'abord, aller plus loin dans la crainte de nuire à une théorie exacte en la grevant d'hypothèses, si je puis m'exprimer ainsi.
Mais, puisqu'on semble désirer absolument une explication plus intime du mécanisme du sommeil, je vous dirai que je crois que le neurone et le plastide névroglique prennent tous deux part aux phénomènes d'activité et de repos des centres nerveux, et que tous deux subissent des changements de volume et de forme. Malheureusement, on n'en peut pas facilement fixer la preuve histologique, parce que ces changements tiennent seulement à des déplacements de l'eau de constitution des plastides s'effectuant sous l'influence d'un agent anesthésiquc, l'acide carbonique.
Dans la prochaine leçon, je vous exposerai, en détail, le mécanisme intime des anesthésiques, à propos du rôle de l'eau dans les organismes vivants, et vous comprendre/, alors aisément ce qui peut vous paraître encore obscur, en ce moment.
Du rôle de l'eau dans les fonctions de nutrition, de reproduction et de relation.
L'eau joue un rôle tellement prépondérant dans les phénomènes généraux de la vie, qu'il m'a paru indispensable de consacrer une leçon à son étude physiologique qui, ainsi que vous le savez, m'a si longtemps captivé.
Répandue à profusion dans la nature et toujours en mouvement à la surface du globe, l'eau parait communiquer à la terre elle-même comme une sorte de vie. Changée par la chaleur solaire en vapeurs invisibles et légères, elle va former au-dessus de nous des nuages qui retombent en pluie, grêle ou neige, ou bien elle se condense dans les glaciers des hautes montagnes d'où s'échappent des milliers de torrents et de cascades. Finalement, après avoir été recueillie par les. fleuves, elle s'écoule dans l'immense réservoir marin qui recouvre les deux tiers du globe. Partout sur son passage, l'eau excite la vie, le sol se couvre de bois, de pâturages et les oasis surgissent du désert : sans eau pas de végétaux, sans végétaux pas d'animaux. Pour des myriades d'organismes des deux règnes, l'eau est un milieu biogénique, comme est pour d'autres l'air atmosphérique. Mais, de plus, Feau est l'élément fondamental de ce que nous appelons le milieu intérieur, aussi pénètre-t-elle jusqu'au centre des dernières particules organisées de la matière vivante.
Sans humidité, il n'y a d'activité possible ni pour les plastides différenciés, ni pour les organismes monoplastidaires comme les ferments figurés, pas même pour les zymoses. L'eau doit être partout en nous, et en dehors de nous, pour que la vie subsiste. C'est peut-être parce que nous en sommes environnés de toutes parts, et intimement pénétrés que ce corps échappe, comme l'air, si facilement à nos sens. L'un et l'autre nous paraissent insipides, inodores, incolores et n'agissent guère sur notre sensibilité générale que par des propriétés d'emprunt, comme la température. L'homme a pendant longtemps ignoré l'air; de même le poisson des abîmes doit ignorer l'eau, mais il ne la connaîtra sans doute jamais, parce qu'il eu est imprégné au dedans comme au dehors et qu'il n'en sort jamais que mort.
L'énorme quantité d'eau que renferment les organismes suffirait à elle seule pour prouver son importance physiologique. Elle entre dans la constitution de tous nos tissus et de toutes nos humeurs, en quantité tellement considérable, que nous ne sommes, pour ainsi dire, que des gelées aqueuses en mouvement.
Chez les mammifères, elle ne représente pas moins des trois quarts du poids du corps, et les grosses Médusesdes côtes de l'Océan ne laissent, en se desséchant, qu'une milice et légère pellicule. C'est donc surtout à mettre de Peau en mouvement que s'épuise le potentiel des aliments, avec l'énergie ancestrale et évolutrice qui l'accumule dune part et le dégage, de l'autre : l'énergie solaire ne peut se fixer dans le végétal qu'avec le concours de l'eau.
Dans un môme organisme, l'eau n'est pas uniformément distribuée : elle ne Test pas davantage dans les différents organismes.
Vous remarquerez sur ce tableau que le squelette et le tissu adipeux, où le travail physiologique et les échanges sont peu actifs, ne contiennent qu'une faible proportion
d'eau, et que c'est le contraire pour la substance cérébrale et les muscles, dont l'activité est beaucoup plus grande. Pour la même raison, la substance grise du cerveau renfermera plus d'eau que celle du cervelet, et celle-ci plus encore que la substance blanche du cerveau et de la moelle.
Tableau des quantités d'eau pour 1000 contenues dans divers organes et tissus du corps humain :
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Graisse 299
Squelette 486
Cartilages 550
Foie 693
Cerveau ( substance blanche) 697
Peau 700
Muscles 720
Sang 757
Cœur 793
Reins 827
Cerveau (substance grise) 858
On pourrait faire des remarques analogues chez les végétaux.
Avec l'âge, dans une même espèce, la quantité d'eau varie. Chez les mammifères, depuis un stade jeune du développement embryonnaire, jusqu'à la naissance, l'eau diminue assez rapidement, et elle continue à décroître jusqu'à la vieillesse. Certains tissus, chez le vieillard, peuvent paraître cependant plus hydratés que chez l'adulte : le cerveau et les muscles sont dans ce cas, mais il s'agit ici d'une sorte d'infiltration cachectique, comme celle qui s'observe chez les animaux morts d'inanition après un long jeûne.
Les proportions relatives d'eau et de matières solides ne sont pas les mêmes quand on passe d'une classe d'animaux à une autre : la Chauve-souris, sous ce rapport, tient le milieu entre le mammifère et l'oiseau. Les organismes inférieurs ne sont presque formés que d'eau.
La teneur en eau varie aussi suivant les métamorphoses : la larve parait contenir plus d'eau que l'œuf et moins que l'Insecte adulte; mais, je n'ai fait, à ce sujet, que quelques recherches sur le papillon Vanesse. Lorsqu'elle est jeune, la chenille perd plus d'eau, 82 pour 100 environ, et quand elle est plus âgée de dix jours, 79 pour 100 seulement. Immédiatement après sa formation, la chrysalide renferme plus d'eau que la chenille, ce qui indiquerait qu'à ce moment, comme après la fécondation, il se fait une sorte de rajeunissement de l'animal : sa proportion peul s'élever alors à 86 pour 100. Dix jours plus tard, elle n'en fournit plus que 78 pour 100. Mais, le papillon, eliez lequel il v a eu formation de parties dures telles que les ailes, les pattes, etc., ne possède plus que (50 pour 100 d'eau, Cette perte ne se fait pas uniquement par évaporation pendant l'état de chrysalide, car, au moment de l'éclosion, le papillon rejette toujours par le tube digestif une certaine quantité de liquide.
Le milieu a une grande influence sur l'état d'hydratation du sang; dans certains cas, la quantité d'eau augmente considérablement chez les crabes placés dans l'eau de mer diluée d'eau douce et, normalement, les tissus de l'Écrevisse ont 6 pour 100 d'eau en plus que ceux des Cloportes.
Mais, en somme, ce qu'il y a de plus important à retenir, c'est que le protoplasme animal se dessèche en vieillissant. Si certains tissus peuvent cependant paraître plus hydratés, ils se comportent alors comme des tissus malades dégénérés. J'ai trouvé dans des muscles envahis par un fibrome des quantités d'eau bien plus grandes que dans ces mêmes muscles sains, mais ils ne se défendaient pas, comme ces derniers, contre le dessèchement. Il fallut, en effet, trois fois moins de temps pour les dessécher que les muscles sains du même individu, placés dans le même milieu.
NEUVIÈME LECOX
D'une manière générale, il ne suffît pas qu'un tissu soit bien hydraté pour être très vivace, il faut encore qu'il retienne l'eau avec énergie.
Le dessèchement sénile est surtout évident chez les végétaux (fîg. 132). L'eau est intimement unie au protoplasme
Fie 129. — A, Plastides végétaux jeune*; B, Plastides végétaux plus âgés avec lacunes aquifères; C, Plastides végétaux âgés avec de vastes espaces remplis de suc plastidaire.
dans les plastides des sommets végétatifs, tandis qu'elle se met à part dans les cellules qui vieillissent; c'est un fait de même nature que celui que je vous signalais tout à l'heure chez les vieillards. Chacun de vous sait déjà que les jeunes bourgeons sont plus succulents que les autres parties plus anciennes. L'âge des organes d'un même végétal a
R. Dcbois. — Physiol. géu. et compar. 10
une influence facile à mettre en évidence. Chez certains arbres, le pommier, par exemple, on observe dans une même saison trois pousses successives de feuilles. En desséchant les feuilles de ces diverses pousses, alors qu'elles sont encore les unes et les autres très verdovantes, on trouve que les plus vieilles sont toujours les plus pauvres en eau.
La graine aussi, comme la partie active de l'œuf fécondé d'ailleurs, est peu riche en eau, mais il y a une énorme différence entre cet état de condensation et le racornissement sénile. C'est que la graine et l'œuf ont acquis par la fécondation la propriété de se réhydrater considérablement, de telle façon que le rajeunissement ne serait, en somme, que l'aptitude à l'hydratation rendue au protoplasme par l'agent fécondant, ou plus exactement résultant de l'union du plastide mâle et du plastide femelle, de même que, dans la digestion, les zymoses préparent les aliments, en les hydratant, à faire partie intégrante de l'organisme vivant. Nous verrons prochainement, en effet, que les œufs fécondés ne se dessèchent pas de la même manière que ceux qui ne l'ont pas été. Je reviendrai bientôt sur ce point important.
S'il est vrai que lorsqu'un infusoire meurt au sein de l'eau, son corps ne tarde pas à se gonfler et à éclater, par suite d'une imbibition forcée à laquelle il résistait étant vivant, il n'en est pas moins certain que les organismes morts échappent beaucoup moins facilement au dessèchement que les mêmes individus vivants, et c'est après la mort que la tension de dissociation de l'eau et des tissus atteint son maximum.
J'ai appliqué à la faculté que possède l'eau dv\ bioprotéon de se séparer de celui-ci, sous diverses influences, l'expression de tension de dissociation, usitée, en chimie, pour exprimer le même phénomène se montrant dans les hydrates des composés chimiques, mais cela ne veut pas
dire que je considère la matière vivante comme un produit chimique.
Oui ne sait que pour forcer certains végétaux, comme les crassulacées ou les orchidées, à se dessécher dans les herbiers, il est nécessaire de les tuer par la chaleur ou les poisons?
Des chrysalides de papillon, des larves et quantité d'animaux inférieurs se déshydratent rapidement dès que la vie a cessé, tandis qu'à côté d'eux, des êtres de même nature, quoique privés d'aliments, continuent à vivre sans subir d'autre perte que celle qui résulte du vieillissement et de la respiration.
Dans certains cas, ce n'est pas sous forme de vapeurs que l'eau s'échappe des tissus, mais bien à l'état liquide, ainsi que cela se voit chez les Méduses qui viennent de mourir; et, chose curieuse, cette dissociation se produit au sein même de l'eau, contrairement à ce que l'on observe chez les infusoires.
Pour ces raisons et pour d'autres qu'il serait trop long de développer ici, on doit admettre que la tension de dissociation de l'eau et des tissus diminue par la fécondation, qu'elle est faible pendant le jeune âge et chez l'adulte en état de santé, pour s'exagérer au contraire dans les tissus malades, la vieillesse et certains empoisonnements.
J'ai été depuis longtemps conduit à penser que la diarrhée, les vomissements, les sueurs profuses et d'autres manifestations du même genre, comme la diurèse, n'ont pas d'autre origine que l'augmentation de tension de dissociation de l'eau et des tissus, ainsi que cela se voit dans le choléra. C'est de cette manière qu'il convient d'expliquer l'action de la plupart des agents toxiques, qui provoquent précisément les symptômes que je viens d'indiquer. D'ailleurs, aujourd'hui on tend de plus en plus à considérer les maladies comme des intoxications,
déterminées par des poisons formés par les éléments de l'organisme lui-même ou bien par des plastides microbiens parasites.
11 faut cependant reconnaître que tous les agents de déshydratation du protoplasme ne traduisent pas leur activité par les mêmes symptômes.
L'alcool est un agent déshydratant énergique des substances colloïdales, car il suflit dune très petite quantité de ce liquide organique neutre pour en chasser, en s'y substituant, une grande quantité d'eau. Si on le l'ait agir sur une gelée minérale d'hydrate d'alumine ou de silice constituant une hydrogèle, l'alcool remplace l'eau pour former un alcoogéle, sans détruire pourtant la forme colloïdale : lalcool pourra, à son tour, être éliminé par l'éther et Ton obtiendra ainsi un éthérogéle.
Si l'on fait agir ces corps sur la substance vivante, ils se comportent à peu près de la même manière, en la déshydratant, avec cette différence cependant qu'il n'est pas nécessaire, comme pour les colloïdes, que ces corps soient à l'état liquide. Il leur suffira d'être vaporisés dans un espace clos. Cette particularité démontre assez clairement que le bioprotéon n'est pas identique à une gelée colloïdale homogène quelconque et que sa déshydratation, dans ce cas, n'est pas non plus réductible à un simple phénomène de diffusion entre liquides : il faut qu'il y ait structure.
Le Mesembryantemum cristallinuni est une charmante plante de nos jardins dont l'épidémie est parsemé de poils glanduleux, transparents, gorgés de sucs, brillants comme de petits boutons de cristal. Si l'on enferme un rameau de cette plante dans un bocal contenant une petite quantité d'éther, on est surpris de voir, au bout d'un certain temps, l'eau protoplasmique s'échapper des plastides pour se répandre au dehors et dans les interstices des cellules, alors que les poils glandulaires conservent
leur turgescence. Un phénomène semblable se produit avec les oranges soumises à l'action des vapeurs d'éther, en vase clos. Tandis que les plastides à essence de l'épicarpe restent gonflés d'essence, les grands plastides charnus de l'endocarpe laissent échapper en abondance le suc aqueux dont leur protoplasme est abondamment pourvu : elles ressemblent alors à des oranges gelées. J'ajouterai qu'il se fait dans les tissus ou dans les éléments qui les composent une véritable élection. Les vapeurs anesthé-
Fig. 130. — A, Echèvèria avant l'action des vapeurs d'éther; B, le même après l'action de l'anesthésique.
siques traversent la coque et le blanc de l'œuf pour se fixer principalement dans le jaune qui offre plus d'affinité ; il semble en être de même pour le système nerveux par rapport aux autres tissus.
Pour bien mettre en évidence cette déshydratation du protoplasme par les vapeurs d'éther, il suffit de placer dans une cloche de verre, à bords rodés et convenablement suifés, un Echévéria, petite crassulacée très commune dans nos jardins, à côté d'une capsule remplie du liquide vaporisable (fig. 130).
Au bout d'un temps variable avec la température extérieure,- on verra l'eau suinter sous forme de grosses gouttelettes à la surface des feuilles qui ne tarderont pas à se flétrir, comme si elles avaient été cuites ou
i'S PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE ET COMPARÉE
gelées, et à incliner vers le sol leur pointe antérieurement dressée, ainsi que ferait une Sensitive dans les mêmes conditions.
C'est un des faits les plus curieux de la physiologie générale que les mouvements et l'irritabilité de la Sensitive, dus à des déplacements d'eau protoplasmique dans les renflements des pétioles, se trouvent précisément supprimés par des vapeurs ayant pour caractéristique de dépouiller ce protoplasme de son eau; chez la Sensitive, il est vrai, celle-ci ne s'écoule pas au dehors, comme dans l'Echévéria, mais bien dans les vaisseaux aériens, dans les interstices cellulaires et les lacunes.
Beaucoup de composés organiques neutres partagent avec l'éther et le chloroforme la propriété de dépouiller par substitution le protoplasme de son eau, et pourtant ils sont loin d'appartenir aux mêmes groupes chimiques : ce sont des alcools, des éthers simples ou composés; des aldéhydes, des produits chlorés, des carbures d'hydrogène ou hydrocarbures. Malgré leurs structures moléculaires particulières, ils n'en possèdent pas moins un ensemble de propriétés physiques et organoleptiques, qui leur donne comme un air de famille. Ils sont incolores et odorants, possèdent une saveur piquante et produisent, quand on les applique sur les muqueuses, une sensation de chaleur plus ou moins brûlante. Ce sont des liquides neutres, mobiles, volatils, doués, en général, d'une tension de vapeur et d'un poids atomique d'autant plus grands, avec une solubilité dans l'eau d'autant faible qu'ils sont plus déshydratants. Leur chaleur spécifique est petite, beaucoup inférieure à celle de l'eau; ils sont, en outre, disosmotiques, c'est-à-dire qu'ils traversent difficilement les membranes.
Si l'on veut se rendre compte de la façon dont ces vapeurs peuvent agir sur les plastides et les plastidules, il suffit de suspendre dans un vase bien fermé, contenant
au fond une petite quantité d'éther, une vessie pleine d'eau. Peu à peu, on voit celle-ci se dégonfler par un phénomène d'exosmose.
Ces composés sont susceptibles d'insensibiliser, d'anesthésier, non seulement des végétaux, comme la Sensitive, mais encore des animaux, enfin toute substance vivante irritable ou sensible : pour cette raison, on les appelle anesthésiques généraux. Les mouvements pseudopodiques des amibes, des globules blancs, sont suspendus, les ondulations des cils vibratiles, des fouets des infusoires, des appendices mobiles des spermatozoïdes, des anthérozoïdes, des spores, etc., s'arrêtent. Sous leur influence l'homme perd successivement toutes ses facultés depuis les plus élevées jusqu'aux plus végétatives, hiérarchiquement. L'intelligence, la volonté, la sensibilité et le mouvement disparaissent : le corps tout entier tombe dans un sommeil profond accompagné d'une flaccidité complète, qui peut, sans transition brusque, conduire à la mort. Celle-ci se produit, comme l'anesthésie, en vertu des propriétés physiques que je vous ai signalées, et, depuis longtemps déjà, j'ai démontré que le pouvoir toxique comparé des divers alcools, qui sont des anesthésiques généraux, était en raison inverse de leur chaleur spécifique, de leur pouvoir osmotique et en raison directe de leur poids atomique. Or, on sait que la chaleur spécifique d'un liquide est en raison directe de son pouvoir osmotique et en raison inverse de son poids atomique. C'est pour cette même raison que l'eau, qui, de tous les liquides, a la chaleur spécifique la plus élevée, est le fluide biogénique par excellence.
Le bioprotéon peut abandonner une certaine quantité d'eau sans paraître incommodé ; s'il en perd davantage, il tombe dans un état de vie ralentie et, au delà, se trouve un degré de dessèchement qui n'est pas compatible avec la vie. Les réceptacles fructifères de l'Œthalium septicum
perdent par dessiccation 71,6 p. 100 d'eau et par pression 66,7 seulement, ce qui prouve bien que l'eau s'y rencontre sous des états différents. L'eau facultative sert surtout à conserver aux tissus leur souplesse, leur consistance, leur élasticité, leur transparence, ce qui est fort important dans certains cas, entre autres pour le bon fonctionnement des milieux de l'œil; le cristallin des Grenouilles déshydratées par le chlorure de sodium devient opaque, sans qu'elles meurent pour cela.
lu exemple vous fera bien comprendre les limites dans lesquelles les organismes élevés peuvent se passer d'eau. Deux chiens de même race, pesant chacun 16 500 grammes, furent soumis à la diète, l'un sans eau et l'autre avec eau. Le vingtième jour, le chien sans eau mourait pesant 2000 grammes, tandis que le second pesait 9500 grammes. Au quarantième jour, le poids de ce dernier s'élevait encore a 7500 : il avait bu 3500 grammes d'eau en 40 jours. Quand on le rendit à la liberté, il dévora 1200 grammes de soupe et 1000 grammes de viande, sans accidents.
On ne peut pas dire, cependant, que l'eau soit un aliment, qu'elle nourrisse, car elle n'introduit aucune tension nouvelle dans l'organisme, puisque c'est une combinaison saturée, dont les affinités sont satisfaites.
Elle joue donc un rôle très spécial, mais absolument capital, dans les phénomènes de nutrition, comme dans les autres.
C'est de l'état d'hydratation du protoplasme que dépend, en premier lieu, l'activité des phénomènes vitaux.
Quand on eut découvert l'oxygène et constaté ses rapports avec la vie, on proclama que c'était le véritable principe vital, l'élément biogénique par excellence, l'animal n'étant qu'un foyer où s'effectuaient des combustions, une sorte de flambeau qui brûle et se consume.
^\lais, si on observe ce qui se passe dans une graine sèche, qui peut supporter l'état de vie latente pendant un
grand nombre d'années, on voit qu'elle ne respire véritablement qu'après avoir fixé une certaine quantité d'eau; d'ailleurs, il en est de même de toute spore, de tout germe. La vie ne recommence réellement dans le jeune embryon que lorsqu'il est convenablement hydraté.
L'affinité, l'avidité, peut-on dire, de la graine pour l'eau, dans les conditions favorables à la germination, est considérable : en s'hydratant, les haricots se gonflent et augmentent de volume de façon à briser les obstacles, même très résistants, qui s'opposeraient à leur expansion et à soulever une colonne de mercure d'un poids élevé. On a également remarqué que les phénomènes respiratoires étaient exagérés , quand après avoir fait perdre une certaine quantité d'eau à un organisme on le réhydratait rapide- c ment. L'oxygénation marche, en général, avec l'hydratation.
Inversement, on peut amener à l'état de vie latente, imperceptible, un être en pleine activité F en lui enlevant de l'eau, non plus au moyen d'un anesthésique général, mais par simple dessèchement à l'air libre, c'est-à-dire en présence d'une grande quantité d'oxygène.
Qui ne connaît les phénomènes si curieux de la reviviscence des Anguillules du blé niellé ? Ces petits animaux (fig. 131) s'enkystent dans le grain de blé qui va se dessécher et y séjournent tant qu'il ne tombe pas dans la terre humide : ils sont alors inertes et secs. Mais, dès que l'humidité les a pénétrés, ils retrouvent toute leur activité, se reproduisent et finalement s'enkystent de nouveau.
G. 131. — a, grain de blé niellé de grandeur naturelle; b, coupe d'un grain grossi quatre fois et contenant des Anguillules adultes ; c, larve d'Anguillule sur une jeune tige de blé.
On a j)u les conserver ainsi, desséchés, pendant vingt-sept années consécutives sans leur l'aire perdre leur vitalité, qu'une goutte d'eau pouvait réveiller presque instantanément!
Les Rotiféres fig. 132 et 133 qui habitent les Mousses de nos toits, subissent les mêmes fluctuations, les mêmes vicissitudes que ces petits végétaux : l'eau vient-elle à manquer? aussitôt la vie se ralentit, ils semblent morts