Rolifire déshydraté eu état tic rie latente
Fig. 133. — Rolifire des toits à l'état de vie active.
Fie. 134. - Tardigrade*
jusqu'à ce qu'une pluie bienfaisante les ressuscite. Il en résulte pour ces êtres ce que l'on a appelé encore une vie oscillante, tantôt latente, tantôt active, selon la volonté de l'expérimentateur ou les vicissitudes du climat : c'est ainsi qu'on a pu jusqu'à seize fois consécutivement dessécher et revivifier 1rs Anguillules du blé niellé. D'autres animaux relativement élevés en organisation, des tardigrades (fig. 134), des arachnides, des acariens possèdent la même propriété, qui se rencontre d'ailleurs, quoique à un degré beaucoup moins accentué, chez tous les animaux <'t elle/, tous les végétaux, dont l'activité vitale se ralentit toujours quand l'eau vient à manquer.
Dans certains cours d'eau qui se dessèchent pendant la saison chaude, des animaux voisins des poissons, les dipnoïques (fig. 135), tombent pendant plusieurs mois dans un état de vie ralentie. Quelques-uns d'entre vous ont pu voir, clans ce laboratoire, des Protopterus annectens, qui nous avaient été envoyés des bords du fleuve de Gambie. Ils étaient enfermés dans des blocs d'argile durcie, complètement immobilisés dans une sorte de gaine ou de cocon de mucus desséché, respirant très faiblement à l'aide de leurs poumons rudimentaires. Dès que l'eau revient
FlG. 135. — Protopterus annectens,
au lit du fleuve, désagrège l'argile et mouille l'animal, aussitôt il reprend toute son activité et respire par ses branchies. Mais, si la vie active reparait au contact de l'eau, ce n'est point parce que celle-ci ranime la circulation et la respiration, ainsi qu'on pourrait le croire; nous avons vu, en effet, des Protoptères complètement vidés, auxquels il ne restait plus que des nerfs ou des muscles soutenus par un squelette, s'agiter vivement au bout de quelques instants d'immersion dans l'eau et retrouver toutes les apparences de la vie active; mais pour un temps très court, il est vrai. S'agit-il d'un phénomène réflexe ou bien d'une provocation de l'irritabilité musculaire par l'hydratation? Cette dernière interprétation peut être la vraie, puisque par une injection intravasculaire d'eau clans un muscle exsangue, on peut faire reparaître certains mouvements.
D'autres exemples de vie oscillante ne sont pas rares. Qui ne sait que l'Escargot tombe en état de torpeur et
s'enferme clans sa coquille quand l'air est sec, pour ne sortir de sa léthargie que si une pluie, même légère, a augmenté le degré hygrométrique de l'air? On a vu des mollusques terrestres se réveiller au bout de plusieurs années et des mollusques aquatiques, Y Ampullaria giobosa, la Vivipara baigalensis, envoyés secs de Cochinchine et de Siam, reprendre leur vitalité dans l'eau en Europe.
On peut facilement faire tomber en torpeur des Grenouilles par déshydratation, soit en les plaçant sous une cloche au-dessus de l'acide sulfurique, soit en faisant plonger leurs pattes dans une solution de sel marin; elles présentent alors certaines analogies avec ce qui se passe dans le choléra où le sang perd son eau et ses sels, se charge de graisse, s'épaissit, devient inapte à circuler, à remplir ses fonctions d'hématose, de nutrition, de calorification. Les animaux à sang chaud peuvent être anhydrisés par la privation de boissons.
Dans l'anhydrisation expérimentale, le sang devenu peu à peu épais, concentré, poisseux, ne pourra plus circuler ou ne coulera que lentement, les capillaires seront obstrués. On observera de la gêne de l'hématose avec diminution des mouvements respiratoires, fixation d'une quantité moindre d'oxygène, enfin asphyxie par accumulation d'acide carbonique, hypothermie. Les sécrétions seront ralenties ou taries, les tissus céderont une partie de l'eau ;iu sang qui n'en deviendra pas moins poisseux et, circulant en cet état dans le cerveau, amènera un ralentissement de toutes les fonctions.
Chez les Grenouilles anhydrisées, l'intestin est toujours agglutiné par une lymphe épaisse filamenteuse; les animaux perdent de leur vivacité, la respiration d'abord ralentie finit par ne plus être visible. Il y a affaiblissement de la contractilité musculaire et de l'irritabilité; la circulation est arrêtée dans les membres postérieurs. Le sang est noir dans les oreillettes et ne s'écoule pas à la section
de la fémorale. Les cœurs lymphatiques ne battent plus, le ventricule est arrêté en systole après la mort.
On observe souvent des contractions fibrillaires comme celles que Ton obtient en plongeant un stylet dans le canal rachidien d'une Grenouille qui vient d'être décapitée, et l'animal, avant de perdre la sensibilité et de tomber en résolution musculaire générale, éprouve de l'agitation, des convulsions toniques et cloniques, allant parfois jusqu'à un véritable tétanos, que l'on peut provoquer par l'excitation. Tout cela ne se présente-t-il pas dans le cours de l'anesthésie chirurgicale?
Mais l'anhydrisation semble porter principalement sur les centres nerveux, car les muscles des animaux anhydrisés, et même les nerfs, conservent en grande partie leurs propriétés.
Dans ces phénomènes, l'accumulation d'acide carbonique doit jouer un rôle, car j'ai remarqué souvent que celle-ci accompagnait l'anhydrisation, comme l'oxygénation accompagne l'hydratation.
Dans nos climats, la plupart des animaux et des végétaux hivernent, et c'est seulement parce qu'on accorde, en général, une attention trop exclusive aux animaux à température fixe que l'on n'a pas été plus tôt frappé de ce l'ait. Or, il est certain que les végétaux qui hivernent perdent une grande partie de leur eau et se dessèchent : il en est de même sans doute pour beaucoup d'animaux. Chez les Mammifères hivernants, ainsi que je m'en suis assuré, une partie de l'eau, sans quitter l'organisme, se déplace pendant la torpeur hivernale et vient principalement s'accumuler dans le péritoine, au détriment du sang et de certains tissus.
Le sommeil ou torpeur périodique des plantes nous est révélé par des positions particulières de leurs pétioles, de leurs feuilles et par des changements d'attitude : or, ceux-ci ne peuvent se produire que grâce à des déplace-
ments d'eau, qui se font par déshydratation dans certaines parties et par hydratation dans d'autres.
Ces modifications, d'ailleurs, sont de même ordre que celles qui se passent soit dans la fibre musculaire, soit dans toute autre substance contractile, sous l'influence de la volonté ou dune excitation quelconque plus ou moins directe.
Ainsi, quand on excite la Sensitive ou Mimosa pudica, on voit les renflements situés à la base des pétioles se flétrir au moment où ceux-ci s'abaissent, et se gonfler de suc quand ils se relèvent.
On peut aussi, en faisant passer un courant électrique continu au travers de deux couches d'eau séparées par une cloison perméable, provoquer un courant de liquide du pôle positif vers le pôle négatif. Maintenant, si au lieu d'opérer avec ce dispositif purement physique, on répète l'expérience sur un faisceau musculaire, l'extrémité où est appliquée l'électrode positive diminue, tandis que l'autre augmente de volume, au pôle négatif. On s'explique ainsi comment, au moment de la fermeture du courant électrique, il se fait un mouvement d'ondulation et peut-être aussi pourquoi, inversement, il se produit dans le muscle un courant propre par la contraction.
Ces considérations permettent de penser que s'il se produit dans les cerveaux et dans les centres nerveux des mouvements correspondant à l'état d'activité ou de repos de ces organes, comme on le prétend; ils peuvent très bien s'expliquer par des déplacements d'eau se faisant de l'élément neural vers la névroglie, ou inversement. Dans le sommeil normal ou autonarcose carbonique, ces déplacements pourraient être provoqués par l'acide carbonique, bien qu'il ne soit pas un anesthésique absolument général, mais parce qu'il endort la Sensitive, ainsi que je l'ai démontré récemment, aussi bien que l'Amibe ou l'Homme.
NEUVIÈME LEÇON iôh
A propos du rôle de l'eau dans les phénomènes de mouvement et d'irritabilité, je dois vous signaler encore certains faits qui ont conduit à admettre l'existence de rivydrotropisme positif et négatif.
Quand une plasmodie de fleur de tan, autrement dit d'Œthalium septicum, se trouve uniformément étalée sur une bande de papier à filtrer mouillée et que cette dernière commence à se dessécher, elle se retire toujours vers les points restés les plus humides.
Si, pendant que la dessiccation s'effectue, on place perpendiculairement au papier, et à deux millimètres de lui. un porte-objet enduit de gélatine, on voit alors, en ce point, se soulever verticalement des ramifications du réseau protoplasmique attiré par la vapeur d'eau qui se dégage de la gélatine, et bientôt toute la plasmodie a émigré vers celle-ci.
C'est le contraire qui se produit à l'époque où la plasmodie cherche à former ses réceptacles fructifères. An lieu de cet hydrotropisme positif, il y en a un autre qui est négatif : les plasmodies s'éloignent alors des fragments de gélatine ou de papier humide. On constate également que plus elles sont riches en eau et plus énergiques sont leurs mouvements, tandis qu'à la période de concentration fructifère, elles tendent de plus en plus vers l'immobilité.
Chez les Characées et autres Cryptogames, l'activité des mouvements protoplasmiques est aussi en rapport avecla richesse en eau : il y a également une concentration préparatoire à la reproduction. A ce moment, chez beaucoup d'Algues, et en particulier chez les Œdogoniums, tout le corps protoplasmique se détache de la paroi cellulosique, expulse le liquide qu'il renferme et le ramène à un volume moindre. Quantité de végétaux et d'animaux s'enkystent avant de se reproduire et subissent les mêmes modifications : ce sont là des faits très généraux.
Enfin, dans L'œuf animal, ne voit-on pas se produire, au début de la fécondation, une concentration du vitellus, avec séparation d'un liquide qui permet au spermatozoïde de se gonfler jusqu'à dix ou vingt fois de son volume primitif? A partir de ce moment, l'œuf acquiert non seulement le pouvoir de fixer beaucoup d'eau, mais encore de la retenir avec énergie.
Cette avidité des œufs fécondés pour l'eau est facile à constater : ceux du Ver luisant et d'autres insectes augmentent de volume, très notablement, après la ponte, ce qui ne se produit pas pour les œufs non fécondés, qui diminuent au contraire.
Dans l'œuf de l'Oursin, la segmentation est empêchée en entravant l'hydratation, par L'addition de 2 p. 100 de sel à L'eau de mer. Si la segmentation a déjà commencé, elle s'arrête dans un milieu trop fortement salé; mais, vient-on à rajouter de l'eau pure, elle reprend immédiatement son cours, et, chose curieuse, marche alors avec une plus grande rapidité, comme pour rattraper le temps perdu. En n'ajoutant pas d'eau, il peut se produire également une segmentation incomplète portant sur le noyau seulement, sans doute parce qu'il est plus hydrophile que le protoplasme environnant et le dépouille à son profit.
D'ailleurs, le sel marin, dont la molécule entre dans l'organisme et en sort, comme celle de l'eau, sans avoir été modifiée, semble servir de régulateur à l'hydratation et, comme l'alcool, le sel en excès provoque la soif.
Les mouvements des spermatozoïdes sont arrêtés ou plutôt suspendus par une salure trop forte du milieu. On sait qu'il en est de même pour une foule de plastides ou d'êtres inférieurs se mouvant à laide; de pseudopodes et de cils vibratiles, pour des organes tels que le cœur des Ascidies, des Crustacés, des Vertébrés embryonnaires ou adultes. Tous ces mouvements reparaissent par l'ad-
dition d'eau, quand on opère convenablement. Je vous rappellerai, en passant, combien grande est l'importance de l'état relatif de dilution des diverses couches liquides que l'élément mâle doit traverser pour arriver à l'œuf et s'y introduire.
Quand on anesthésie des œufs d'Oursin, ils peuvent, à un moment donné, se laisser surféconder, c'est-à-dire que la membrane vitellirie, qui s'oppose normalement à l'entrée de nouveaux spermatozoïdes dès que l'un d'eux a pénétré, ne se ferme plus aussi facilement. On dirait que la présence de plusieurs spermatozoïdes est devenue nécessaire pour ranimer cette matière déshydratée et inerte. Si la fécondation a commencé, on peut suspendre le mouvement de segmentation avec les anesthésiques, comme par l'addition de sel marin dans l'eau de mer.
Les anesthésiques généraux, ainsi que le froid et la dessiccation, suspendent la germination.
Si on place des semences de Cresson alenois sur du coton humecté d'eau et sous une cloche renfermant des vapeurs d'éther, elles ne germent pas, malgré la présence de l'eau, de l'oxygène et d'une température convenable, mais vient-on à débarrasser le milieu de ces vapeurs, la germination commence bientôt.
Ce qui est vrai pour la graine l'est aussi pour la plus petite spore. Or, on sait que tout germe a besoin d'absorber de l'eau pour se développer; donc, si vous le mettez en présence de corps déshydratants, il ne pourra accomplir cette fonction fondamentale de l'hydratation, qui tient toutes les autres dans sa dépendance.
C'est de cette façon que l'on peut s'expliquer les propriétés antiseptiques des anesthésiques généraux, qui paralysent d'une manière passagère, ou définitive, le développement ou la multiplication des germes.
Ils arrêtent également l'action des ferments figurés. Quand on verse une assez grande quantité d'alcool, ou
R. Dldois. — Pliysiol. gén. et compar.' i I
bien un peu d'éther ou de chloroforme dans un Liquide en pleine fermentation alcoolique, celle-ci se suspendra pour reprendre dès que l'agent anesthésique aura été éliminé ou dilué dans une suffisante quantité d'eau.
On a pu, sans la tuer, conserver pendant des semaines delà levure de bière dans l'alcool, et les brasseurs savent, depuis longtemps, que pour la garder à l'état de pâte humide, il est bon qu'elle soit engourdie par un liquide alcoolisé.
Je vous rappellerai aussi que dans un liquide pourtant très riche en principes nutritifs, la fermentation s'arrête d'elle-même dès qu'une certaine quantité d'alcool est formée, pour reprendre si on ajoute de l'eau.
J'ai pu mettre à profit cette double propriété (pie possèdent les anesthésiques généraux, d'être à la fois antiseptiques et déshydratants, pour momifier le corps humain, à l'air libre. Il suffit pour cela de faire des injections interstitielles dans divers points du corps, d'un liquide tel que l'alcool amvlique ou i'éther nitrique. Ce procédé est surtout avantageux pour conserver des parties de cadavres, ou des sujets auxquels on ne peut pratiquer l'injection intravasculaire. C'est aussi une bonne manière de leur permettre d'attendre la crémation, qui alors est très simplifiée, peu coûteuse, et cesse d'être un obstacle aux recherches médico-légales. On peut remplacer ces agents par l'aldéhyde formique, qui agit dune manière un peu différente.
Cet antagonisme de l'eau et des a nesthésiques généraux est véritablement remarquable. Il est vrai que ces derniers sont tous doues d'une chaleur spécifique d'autant plus faible qu'ils sont plus actifs, tandis que beau est, de tous les liquides neutres, celui qui possède la chaleur spécifique la plus élevée, avec h' pouvoir vivifiant le plus considérable.
La déshydratation est le phénomène capital dans l'action
NEUVIEME LEÇON 2n9
des anesthésiques généraux, mais il n'y a pas que l'eau qui soit éliminée ; d'autres cristalloïdes l'accompagnent ordinairement; c'est ainsi que l'hémoglobine abandonne, en présence de l'éther, le globule sanguin, pour aller cristalliser dans un milieu où elle n'est pourtant pas soluble. Mais, n'obtient-on pas le même résultat avec la congélation? D'ailleurs, vous savez bien que le froid est un cléshvdratant; rien ne ressemble davantage à une orange gelée qu'une autre orange que vous aurez laissée séjourner sous une cloche renfermant des vapeurs d'éther : la gelée ne brise pas les plastides végétaux; elle chasse seulement l'eau du protoplasme et celle-ci vient s'accumuler dans leurs interstices.
Et, inversement, qui ne sait que le froid obtenu avec un mélange de glace pilée et de sel, ou bien à l'aide de liquides rapidement vaporisables, est un anesthésique local des plus précieux? Le froid et la dessiccation ne partagent-ils pas avec les anesthésiques le privilège d'empêcher les décompositions, d'être des antiseptiques ?
On pourrait multiplier les exemples qui prouvent que la déshydratation agit de la même manière que le froid et, inversement, que l'hydratation provoque les mêmes effets que la chaleur, peut-être en favorisant les mouvements des molécules. Quoi qu'il en soit, dans beaucoup de cas, l'addition d'eau équivaut à une augmentation de température.
Non seulement les œufs fécondés fixent plus d'eau que ceux qui ne le sont pas, ce dont on peut s'assurer facilement en desséchant parallèlement les uns et les autres, mais ils la retiennent avec une énergie particulière.
Si l'on place dans le vide sulfurique un même poids d'œufs stériles et d'oeufs fécondés de ver à soie, et que l'on établisse les courbes respectives de leurs pertes de poids, on constate que ces courbes présentent des caractères bien différents. Alors que les œufs stériles se des-
gflj PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE ET COMPAREE
sèchent comme un corps quelconque imbibé d'eau, on observe, chez les œufs fécondés, au début, un desséchemont assez, rapide, qui va bientôt en se ralentissant, pour ccssci- ensuite complètement, une certaine quantité d'eau se trouvant retenue avec une énergie invincible dans les conditions indiquées.
On ne saurait attribuer ce résultat à une différence de structure de la coque, puisqu'au début le dessèchement des œufs fécondés marche très vite.
Le dessèchement brusque est suivi d'une accélération du développement, par exemple, quand on plonge pour un instant les œufs de ver à soie dans l'acide sulfurique. Mais, on obtient aussi des éelosions précoces en les soumettant à l'action soutenue (\n froid : ici, encore, le froid aail comme la déshydratation.
Dans certains cas la fixation de l'eau par l'œuf se fait, comme dans la graine, avec augmentation manifeste de la pression intérieure.
Des œufs mûrs de Rana temporaria engagés dans 1 oviducte et entourés d'une membrane gélatineuse sont piqués avec précaution à l'aide dune pointe de verre effilée. Après l'opération, la blessure n'est pas visible extérieurement, mais quand ces œufs arrivent à être fécondés, le vitellus ne tarde pas à faire hernie et forme entre la membrane ovulaire et la membrane vitelline une tubérosité plus ou moins forte.
Enfin, vous savez, que la fécondation des végétaux ne saurait pas plus se produire sans eau (pie la germination. N'est-ce pas, en effet, l'imbibition qui fait sortir du grain de pollen la matière fécondante et la fait arriver jusqu'il l'œuf végétal?
Ces quelques exemples sont, je pense, suffisants pour vous montrer L'importance du rôle de l'eau dans les phénomènes de reproduction : j'ajouterai que, dans certains cas, l'hydratation peut avoir une influence marquée sur le sexe.
NEUVIÈME LEÇON SGI
Les daphnidés des bourbiers se desséchant aisément, ne produisent qu'une seule ou lie petit nombre de générations de femelles, qui se multiplient par voie asexuelle : puis il se forme des œufs fécondables de telle sorte que, dans le courant d'une même année, se succèdent plusieurs cycles de générations consistant en femelles parthénogénétiques et en animaux sexués. Au contraire, les espèces qui vivent dans les lacs ou dans la mer, engendrent vers la fin de la saison chaude de Tannée, quand le froid arrive, une longue série de femelles parthénogénétiques, avant de pondre des œufs d'hiver fécondables. Un seul cvcle de fécondation dure alors une année entière. Les différences existant entre les espèces polycycliques et celles qui sont monocycliques ne peuvent guère s'expliquer autrement que par la constance ou la variabilité de l'eau du milieu, et il est curieux de remarquer encore dans ce cas que le froid agit dans le même sens que le dessèchement.
Des variations de même ordre du milieu peuvent amener également de curieuses modifications chez des organismes supérieurs; ainsi, l'on a remarqué que dans un milieu sec, les vipères privées d'eau devenaient ovipares. La Salamandra atra dans les conditions ordinaires est vivipare et les petits naissent tout pulmonés; mais, vient-on à les forcer de vivre dans Feau, les petits naissent alors avec des branchies. L'Amblyostome pulmoné pour la vie aérienne, reprend ses branchies d'Axoloth, quand on le force à vivre dans l'eau : maintenu dans 1 air, il redevient Amblyostome.
Les déplacements d'eau jouent un rôle important dans la calorification, chez les cholériques, les mammifères hivernants et les animaux à sang chaud anesthésiés : la déshydratation agit encore ici comme le froid extérieur ou, plus exactement, elle empêche la production de calorique. Les tissus pauvres en eau, comme le tissu fibreux,
les cartilages, les os, ne concourent pas sensiblement à la calorification. L'évaporation qui se fait à la surface des organismes a une importance pour l'équilibre de la température sur laquelle il est inutile d'insister, et la chaleur spécifique élevée de l'eau, dont les organismes vivants sont gorgés, contribue à les mettre à l'abri des fluctuations thermiques brusques.
S'il peut se produire des variations assez considérables de la teneur en eau des organismes, il ne s'en suit pas que ce fluide y entre en proportions quelconques.
Les infusoires, qui se gonflent d'éau et éclatent après leur mort, résistent aussi parfaitement à l'invasion de l'eau qui les baigne extérieurement qu'aux courants intenses qui les traversent de leur vivant : on a calculé que le Paramœcium aurelia éliminait en quarante-six minutes, à la température de 27 degrés centigrades, un volume d'eau égal au volume de son propre corps.
Si Ton injecte doucement dans le sang du sérum artificiel, de l'eau légèrement salée pour ne pas détruire les globules, l'organisme n'en emmagasinera qu'une partie et l'autre sera immédiatement rejetée par les émoncloires naturels. Cela est heureux, car la surhydratation du protoplasme constitue un véritable empoisonnement. Au contact de l'eau pure, la fibre musculaire perd sa contractilité et son irritabilité, le nerf, sa sensibilité, etc.
Dans l'état naturel, les organismes, leurs organes et leurs tissus sont protégés par des dispositions spéciales contre la surhydratation, mais on peut la provoquer cependant, en se plaçant dans des conditions particulières.
Si Ton comprime sous une pression de plusieurs centaines d'atmosphères, au sein de l'eau, certains organismes animaux ou végétaux, ils tombent dans une sorte de vie latente, qui ne manque pas d'analogie avec celle que produirait réchauffement graduel et modéré du milieu aqueux dans lequel ils sont plongés. Vient-on à cesser
brusquement la compression? l'eau accumulée dans le protoplasme s'en sépare pour venir se placer entre celui-ci et ses enveloppes protectrices : myolemme, s'il s'agit de la fibre musculaire : névrilemme, si c'est la fibre nerveuse.
Ce phénomène peut être facilement provoqué en comprimant dans l'eau à 700 atmosphères des cuisses de grenouille et en les décomprimant rapidement : en même temps, j'ai constaté que l'ensemble des tissus augmentait de poids. Ces effets sont bien dus à la surhydratation des tissus, ainsi que je l'ai prouvé, en plaçant ces mêmes organes dans des conditions identiques, mais après les avoir enfermés dans des enveloppes imperméables de caoutchouc : on n'observe plus alors rien de particulier. C'est pour cette raison que les animaux marins de surface ne sauraient vivre dans les grandes profondeurs de la mer, à cause de l'énorme pression qu'ils auraient à supporter et que, inversement, les habitants des régions abyssales, lorsqu'on les pêche, arrivent toujours morts.
Ainsi donc, la surhydratation, dans certains cas, produit des effets analogues à ceux de la déshydratation, de même que l'élévation de la température de l'eau dans laquelle nage une grenouille ou tout autre animal à sang froid, pourra l'engourdir, comme le froid : mais la règle est, quand on reste dans des limites convenables, que la déshydratation produise les mêmes effets que le froid, tandis que la chaleur agit dans le même sens que l'hydratation protoplasmique. Je vous en ai fourni de nombreuses preuves.
On a donné les noms d'anhvdrisation, de déshydratation, d'anhydrobiose aux phénomènes provoqués par la soustraction de l'eau, en particulier, à ceux de la vie ralentie ou vie latente. On pourrait peut-être désigner les effets résultant de l'accumulation anormale de l'eau, sous le nom d'hyperhydrobiose, tant qu'ils sont compatibles avec la vie.
Dans le domaine de la matière brute, nous voyous l'eau remplir tantôt le rôle d'acide, tantôt celui de hase. Il est probable qu'il en est de même clans l'intimité des tissus vivants. D'autres fois, chimiquement indifférente, au moins en apparence, elle semble n'être qu'un dissolvant, mais presque universel, désagrégeant, divisant sans cesse, pour mieux servir les affinités des éléments qui doivent entrer en conjonction et aussi, chezl'ètre vivant, pour séparer ce qui a vécu de ce qui vit ou est appelé à vivre.
Ces déplacements dans les tissus provoquent des réactions, d'ordre chimique, faciles à mettre en évidence artificiellement : ainsi, dans les graines fraîches de Moutarde, dans les feuilles du Laurier-cerise, dans les amandes amères la zymose, émulsine ou sinaplose, n'est pas mêlée à la myrosine ou à l'amygdaline, mais vient-on à provoquer des déplacements d'eau par les vapeurs d'éther ou de chloroforme, aussitôt, ces substances réagissent l'une sur l'autre et il se forme de l'essence de Moutarde, ou bien de l'essence d'amandes amères avec de l'acide prnssique et des produits accessoires.
Résultant de l'union du corps combustible, par excellence, l'hydrogène, avec le type des comburants qui est l'oxygène, la molécule d'eau jouit au sein de la matière vivante, dune indestructibilité remarquable, jointe à une merveilleuse mobilité chimique et physique. Elle contracte avec les éléments premiers des combinaisons particulièrement caractérisées par leur extrême fragilité, (pie Ton retrouve d'ailleurs dans les hydrates qu'elle produit avec la matière brute. Elle ne forme (pie des associations moléculaires, comme la plupart de celles qui se font et se défont sans relâche dans le bioprotéon, cl sil peut se former de l'eau par suite du fonctionnement physiologique, il ne paraît pas qu'il s'en détruise.
(Test sur des molécules d'eau que l'énergie évolutrice,
en utilisant l'énergie solaire, va construire la niasse de la matière organisée vivante et ses aliments à potentiel. Oui, au moyen de l'eau et d'un peu de matière minérale, le jeune végétal fera tout cela : avec ce précieux fluide et de l'acide carbonique, il fabriquera les hydrates de carbone; et, en y ajoutant de l'ammoniaque, il obtiendra les albuminoïdes : l'eau de constitution des principes immédiats ne peut être enlevée sans changer leur nature physique et chimique.
L'aliment minéral brut a été hydraté pour devenir aliment organique à potentiel. A son tour, celui-là sera hydraté encore par la digestion, qui le préparera ainsi à l'assimilation, c'est-à-dire à devenir matière vivante. Puis, au sein même du plastide, dans la profondeur du plastidule, de nombreuses hydratations ou déshydratations accompagnées ou non d'oxydations, de dédoublements, vont s'effectuer; les hydrates de carbone reparaîtront au dehors sous forme d'acide carbonique et d'eau dissociés, après avoir dépensé l'énergie qui les avait unis. Les albuminoïdes perdront leur forme colloïdale pour redevenir des cristalloïdes : eau, acide carbonique, urée, et cette dernière, seule substance qui après l'écroulement de la molécule albuminoïde ait conservé un peu de potentiel, unique vestige de l'ancienne puissance, va en être dépouillée par le Micrococcus ureee, qui la transformera définitivement en matière minérale; carbonate d'ammoniaque et acide carbonique. De l'eau et des cristalloïdes au début, des colloïdes hydratés tout en haut, de l'eau et des cristalloïdes à la fin, voilà la trajectoire de la matière brute provisoirement animée par la force évolutrice. Mais l'eau n'estelle pas le premier des cristalloïdes? et, en résumé, dans la nutrition tout ne se borne-t-il pas à la transformation de cristalloïdes en colloïdes hydrogèles et inversement?
L'eau n'est pas tout entière combinée chimiquement aux principes immédiats : elle existe à l'état libre, dans les
humeurs, dans le plastide et jusque clans le plastidule qui, comme vous le savez, passe parfois à l'état de leucite aquifère. Elle joue là un rôle mécanique et physique, non moins eapital que son rôle chimique.
Dans une théorie, déjà ancienne, on admet que le bioprotéon est composé de particules plus grosses que les molécules : les micelles, dont les dimensions et le volume sont d'ailleurs variables. Ces micelles ont une l'orme cristalline révélée par la biréfringence de la cellulose, de l'amidon, du muscle, du bioprotéon en général. Elles exercent une attraction sur l'eau, mais il y a une limite' où elle est moindre que celle des micelles entre elles. 11 se produit alors un arrêt de l'hydratation. Tant que l'équilibre subsiste dans ce système, la transparence du tissu peut être conservée, mais, vient-il à se rompre, on observe une opalescence mate, comme dans un liquide où se seraient accumulés une foule de schyzomycètes. Les micelles seraient généralement unies en chaînes, qui, à leur tour, sont disposées en réseau ou bien en charpente à mailles plus ou moins larges : les lacunes, ou interstices micellaires, sont occupées par de l'eau.
Tout ce que Ton a dit des micelles peut s'appliquer aux plastidules et il n'est pas impossible" que celles-ci renferment des particules cristallines ou plutôt pseudocristallines, douées de la biréfringence, comme on en rencontre, mais très développées, dans les leucites.
Je considère les micelles comme des molécules bioprotéoniques, possédant potentiellement l'énergie évolutrice : ce sont des plastidules embryonnaires : elles peuvent affecter l'état pseudo-cristallin, première ébauche de l'organisation, et sont susceptibles de se combiner avec l'eau.
Dans la substance vivante, l'eau se trouverait donc sons quatre états : eau de constitution chimique, de constitution physique, eau d'adhésion et eau de capillarité.
La seconde est fixée sur le biôprotéon, en quantité déterminée, ainsi que le serait celle d'un hydrate minéral ou encore Teau de cristallisation. La troisième espèce est retenue par attraction à la surface de la micelle : cette attraction diminue du centre à la périphérie; puis, vient ensuite, entre les micelles, l'eau de capillarité.
L'eau sous ces quatre états jouit d'une grande mobilité, mais cette dernière va en augmentant depuis le premier état d'eau de constitution, jusqu'au quatrième, d'eau de capillarité.
La molécule d'eau, au sein de la substance organisée, semble l'enjeu de la partie où se joue la vie et la mort : selon que l'énergie évolutrice l'unit ou la sépare, il se dépense ou s'accumule du potentiel : les organismes en contiennent des quantités énormes, son rôle est capital, son intervention indispensable dans l'exercice de toutes les fonctions : les êtres vivants ne sont guère que de l'eau animée !
Des phénomènes physico-chimiques comparés aux phénomènes physiologiques.
Vous avez vu comment le froid en agissant sur l'eau du bioprotéon pouvait suspendre toutes les manifestations vitales et plonger, par exemple, une spore dans l'état de vie latente, qu'il ne faut pas confondre avec la mort, puisque cet état cesse dès que le calorique nécessaire au fonctionnement vital est restitué.
Vous obtiendrez un résultat très analogue, en apparence, avec une simple montre dont le ressort pourra être bien tendu, mais dont l'huile imprégnant les engrenages aura été congelée.
La montre, comme la spore en état de vie latente, retrouvera son activité dès que les conditions de milieu seront redevenues convenables; mais, ce n'est pas ce milieu qui donne le mouvement, il en permet seulement le dégagement.
Il y a de l'énergie potentielle dans la montre et clans la spore gelées, mais elle n'a pas la même origine chez l'une et chez l'autre. Dans la montre, c'est votre propre énergie que vous avez accumulée en tendant le ressort, tandis que la spore la tient de ses ascendants; c'est pour cette raison que j'ai nommé ce qui lui permet d'entrer en activité, dans un milieu convenable, énergie èvolutrice ou ancestrale.
Cette activité ne pourra se continuer qu'à la condition que l'on remplace le potentiel dépensé par de l'énergie empruntée au dehors, et c'est celle-là que j'ai désignée sous le nom d'énerg.'e réparatrice ou mieux compensatrice.
Quant à la petite quantité de chaleur qu il faut rendre à l'eau ou à l'huile, pour que le dégagement du potentiel puisse se {'aire, nous l'appellerons énergie excitatrice.
L'énergie ancestrale . que nous ne rencontrons pas dans la montre, est bien caractéristique de la vie, car c'est elle qui permet à la spore de capter la matière et l'énergie extérieures, sans le secours d'un autre organisme, de les transformer, d'assimiler le protéon et d en faire, pour un temps, du bioprotéon, et cela d'une manière continue incessante, depuis que la vie existe.
.Malgré l'évidence de cette force héréditaire, si singulière dans ses effets, (pie nous avons seulement sommairement étudiés dans les leçons précédentes, les physicochimistes s'obstinent à vouloir assimiler le protéon au bioprotéon.
Entre la matière brute et la matière vivante, il n'y a. disent-ils, (pie des différences de formes et de modalité. Ils reconnaissent volontiers que la constitution moléculaire n'est pas la même, que les êtres vivants sont sensibles, possèdent la motilité, et qu'un échange d'énergie a lieu entre eux et le milieu. Ils ne nient pas que ces êtres se reproduisent par germes, naissent, s'accroissent et meurent avec une succession de phases déterminées, et que (die/ ceux qui sont différenciés, les masses sont composées de parties solidaires.
Pour eux. les organismes vivants se borneraient seulement à placer la matière modifiable dans des conditions d'activité plus favorables, (dus simples, plus lapides.
Malheureusement, ils ne s'expliquent pas sur le sens qu'ils donnent au mol « modalité » et encore moins sur la nature et l'origine du pouvoir qu'ont les organismes de
faire tout ce qui a été dit. Il n'y aurait que des différences de conditions, et non de nature, entre les phénomènes physico-chimiques et les phénomènes physiologiques : mais, s'il en était ainsi, il suffirait pour créer un être vivant de réunir les conditions du milieu biogénique et, d'ellemême, la matière brute s'animerait aussitôt. On invoque alors rindéterminisme, les conditions de la vie ne sont pas encore toutes connues. Alors pourquoi affirmer qu'elles sont toutes d'ordre physico-chimique?
Certainement, l'analyse élémentaire ne révèle, au sein des organismes, aucun principe matériel caractérisque : les corps simples qu'ils renferment se montrent partout en dehors d'eux. Bien plus, la synthèse chimique a réalisé déjà la fabrication artificielle d'une foule de principes immédiats, dont le monopole semblait appartenir autrefois au bioprotéon végétal ou animal : il n'y a pas de raison pour que tous les autres ne soient pas imités de même dans les laboratoires. Seulement, ce n'est pas le résultat, le produit final qui intéresse le physiologiste, mais bien le procédé à l'aide duquel il a été obtenu. Or, jusqu'à présent, on n'a pu découvrir aucune analogie entre la manière d'opérer du chimiste et celle du vulgaire bioprotéon.
Pourtant, les chimistes ne se sont pas contentés de fabriquer des produits immédiats cristalloïdaux, comme l'urée, certains alcaloïdes, et beaucoup de résidus de la désassimilation, mais aussi de véritables aliments, tels que l'alcool, les principaux termes de la série des sucres, doués de leur pouvoir rotatoire, et des corps gras. Il sont allés plus loin encore : en combinant, avec élimination d'eau, les produits ultimes et cristallisables de la décomposition de la fibrine et de l'albumine, sous l'influence de la baryte, ils ont obtenu un corps ayant tous les caractères physiques et chimiques des peptones.
De plus, par l'action successive du perchlorure de phosphore et de l'ammoniaque sur la tyrosine et la leucine,
il s'est produit une matière coagulable par l'ébullition, donnant la réaction xantho-protéique du nitrate acide de mercure, ("elle du biuret, etc. Tous ont compris, malgré cela, qu'il y avait loin de ces colloïdes albuminoïdes de synthèse au protoplasme vivant et, comme je vous l'ai déjà dit, ce n'est point parce qu'on aura l'ait synthétiquement tous les principes qu'on peut retirer de l'œuf de Poule par l'analyse immédiate, qu'il sera possible d'obtenir un o-erme et, par lui, artificiellement un Poulet.
Les partisans de l'identité du protéon et du bioprotéon déclarent que les minéraux sont sensibles et que leur irritabilité est démontrée de diverses manières : ainsi, sous l'influence de la chaleur, ils se dilatent, se fondent, se volatilisent. Ils peuvent de plus se dissocier et retourner à l'état de composés plus simples, connue la substance' vivante. La matière brute, disent-ils, répondà sa manière, il n'y a rien de mort dans la nature, tout est sensitif, instinctif, nous ne distinguons ni être sentant, ni matière sentie. Mais, on peut objecter que si la matière brute répond à sa manière, c'est précisément ce qui empêche de la confondre avec la substance animée. Le bioprotéon n'est pas un produit chimique ou un mélange de produits chimiques, comme ceux que l'on peut Caire dans un mortier, il ne se volatilise pas par la chaleur, et, au lieu de se dilater sous son influence, il se contracte. Le mouvement «pie peut présenter le protéon, à part le mouvement moléculaire, vient exclusivement du milieu ambiant, mais on n'y voit pas trace de ce que j'ai appelé énergie aneestrale ou évolutrice. Toutefois, celle-ci pourrait bien être une modalité du mouvement des molécules, mais alors une modalité particulière, spécifique, caractéristique de ce
qui vit.
Je reconnais volontiers qu'il existe dans le bioprotéon et en dehors de lui des phénomènes qui présentent une fraude ressemblance. On a souvent comparé la respiration
à une combustion : mais, vous le savez, la fixation d'oxygène par les êtres vivants se fait d'une manière très indirecte, elle est suivie de dédoublements, d'hydratations, de dissociations se produisant plus ou moins lentement, en plusieurs temps; il s'agit en tout cas de phénomènes différents de ceux que l'on voit dans nos fourneaux. Et puis, en admettant que le bioprotéon soit comme un vulgaire charbon brûlant dans l'oxygène, où voit-on, en dehors des êtres vivants, une matière combustible se régénérant au fur et à mesure qu'elle se détruit? Les plus fanatiques des physico-chimistes admettent que dans la matière brute il n'y a rien de comparable à l'assimilation, et l'on se demande alors par quelle singulière aberration ils ne veulent pas reconnaître au sein du bioprotéon l'existence de modalités particulières de l'énergie ; cependant, à des effets spéciaux correspondent fatalement des causes spéciales.
Ils comparent aussi le bioprotéon à ces matières explosibles qui peuvent, sous l'influence d'un excitant même léger, dégager une grande quantité d'énergie sous forme de mouvement, de chaleur, de lumière ou d'électricité, comme le fera un animal, et ils paraissent satisfaits après avoir montré que l'excitant provoquant l'explosion peut être, ainsi que dans les phénomènes physiologiques, soit physique ou chimique.
Si l'analogie est grande entre l'excitant physiologique et l'amorce de dislocation d'un explosif, on voit moins facilement dans la matière brute où est l'amorce de synthèse, qui fera qu'une nouvelle quantité d'explosif se reconstituera en quelque sorte d'elle-même. Il faut être bien pauvre en arguments pour comparer l'assimilation réparatrice à ce qui se passe dans la pile au bisulfate de mercure en activité où le zinc amalgamé, loin de se détruire, se réamalgame sans cesse.
A la condition de ne pas abuser de la comparaison,
Pv. Dubois. — Physiol. gén. et compar. 18
comme les systématiques, on peut cependant trouver quelque intérêt dans les rapprochements que nous venons de faire.
On sait qu'en plaçant, suivant une ligne droite ou courbe, à une certaine distance les unes des autres, des cartouches de dynamite. L'explosion de la première provoquera de procheen pioche celle de toute la série. On estamené naturellement à penser à la propagation d'une excitation dans un nerf, dans un muscle, et Ton rapproche volontiers les ondes musculaires et électriques de Tonde explosive1 qui n'est qu'une surface régulière1 où se développe la transformation et se réalise un même étal de combinaison, de température, de pression. Cette surface, une Cois produite, se propage ensuite de couche en couche dans la niasse, ("est le changement de constitution qui chemine uniformément dans l'onde explosive, et sa vitesse dépend essentiellement du mélange explosif. Mais, tout cela ne nous montre pas l'amorce de reconstitution.
Chez les minéraux, il est vrai, l'affinité fait bien combiner ensemble des atomes et des molécules, qui se sont d'abord cherchés, pour donner naissance à des molécules nouvelles. Mais, précisément, ces molécules ne sont jamais semblables à leurs parents et d'autre pari, à proprement parler, les êtres vivants ne naissent pas: ils ne font que se continuer directement ou par association. Je vous ai montré comment cette continuité était le résultai de l'accroissement et, à ce propos, je vous ai dit (pie ce dernier se Taisait, chez les minéraux, par juxtaposition de nouvelles molécules à l'extérieur, tandis (pie la substance organisée se développait par intussuseeption. La membrane des plastides peut s'accroître, à la lois, par intussuseeption et par intrasusception, c'est-à-dire par interealatiou de molécules. Dans les Prèles, les graminées, les diatomées, des molécules inorganiques de silice s'interposent dans l'épaisseur de la membrane : il se lait des
amas de carbonate de chaux dans les parois plastidaires des Corallines et d'oxalate de chaux dans celles des Conifères. Ce n'est pas de cette façon que se forment les cristaux. Mais, les physico-chimistes ne sont pas troublés pour si peu, car ils n'hésitent pas à comparer le plastide à une géode qui se remplit de cristaux s'accroissant et s'agrégeant dans leurenveloppejminérale. Il est vrai qu'ils n'ont pas encore découvert dans ces géodes les phénomènes de la karyokinèse.
On nous dit que les minéraux vieillissent parce qu'ils se modifient sous des influences atmosphériques : le feldspath se décompose en silice, alumine, chaux, potasse et soude : les pyrites s'oxydent et s'effritent rapidement à l'air. Mais, chez les êtres vivants, le vieillissement ne dépend pas des conditions de milieu qui, dans la nature; sont les mêmes à tous les âges. On peut conserver, sans altération, les corps bruts, les plus oxydables, en les plongeant dans l'huile de naphte : certainement, ce serait aussi un excellent moyen pour empêcher un organisme de vieillir, à la mode physico-chimique; mais, qui de nous consentirait à l'employer pour son propre compte?
Il faut reconnaître cependant que dans l'alcool, la levure de bière tombe en état de vie latente et peut se conserver sinon indéfiniment, au moins fort longtemps: que la mort des Anguillules du Blé niellé est retardée pendant des années par la dessiccation. Mais, la vie latente n'est que de la vie ralentie, et puis le vieillissement des organismes ne tient pas tant aux dépenses qui résultent de leur conflit avec le milieu extérieur qu'à l'impossibilité croissante de les compenser. Ce n'est pas, en définitive, parce que le milieu est actif que nous vieillissons, mais bien parce que nous cessons nous-mêmes d'être actifs, au fur et à mesure que s'épuise notre part d'énergie ancestrale.
On peut objecter aux physico-chimistes qu'il n'est pas nécessaire qu'un cristal existe déjà pour que des cristaux
prennent naissance, et de même pour tout composé chimique, tandis que pour le bioprotéon c'est bien différent, puisqu'il ne peut naître que de lui-même : on n'a pas encore vu un organisme apparaître quelque part sans y avoir été précédé par de la substance vivante.
Le rôle d'amorce formatrice, que joue ici le bioprotéon, nous répondra-t-on, s'observe aussi dans la matière brute. Laissez tomber dans un liquide en état de surfusion et qui ne cristallise pas, ou bien dans une solution sursaturée d'un sel, un tout petit cristal, presque aussitôt il s'en formera d'autres, en nombre fini, lesquels s'accroîtront ensuite. On voit là quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans l'œuf, au moment de la pénétration des spermatozoïdes. Et, en effet, pour provoquer la cristallisation, le cristal amorce ne doit pas être quelconque, il faut qu'il ait au moins la l'orme de ceux qui vont prendre naissance; mais, cette dernière condition n'est nullement indispensable pour le germe vivant. Dans une solution sursaturée d'acides tartriques droit et gauche, si on laisse tomber un petit cristal d'acide droit, il ne s'en l'orme pas d'autres que ces derniers; seulement on pourra aussi obtenir un effet de substitution en projetant dans une solution de sulfate de fer sursaturée un cristal de sulfate de nickel; quel rapport cela a-t-il avec la formation des hybrides?
L'amorce détermine ici des mouvements moléculaires d'où dépend la formation cristalline; on peut donc la considérer comme un germe de la forme et de la constitution, mais seulement comme un germe minéral et minéralisateur.
Les germes vivants ne se bornent pas à provoquer le groupement de molécules de composés préexistant; en outre, ils suscitent de nouvelles combinaisons et le germe lui-même entre parfois comme partie intégrante, dans le nouveau corps.
Ce n'est pas un obstacle pour la théorie physico-chimique qui répond que pour obtenir du zinc-éthyle, il est
bon d'ajouter une certaine quantité de ce composé, déjà formé, au zinc et à Tiodure d'éthyle mis en présence. On peut objecter que cela n'est pas indispensable.
On a rappelé encore que certains cristaux ne sont obtenus par fusion que grâce à des substances étrangères spéciales que Ton nomme « éléments minéralisateurs ». On leur a prêté le même rôle qu'aux zymoses qui préparent à l'assimilation les substances répandues dans le milieu. Mais ces zymoses sont une émanation de la matière intéressée, qui, ne trouvant pas de substance directement assimilable, doit choisir, modifier, combiner, absorber, avant d'assimiler. Vest-ce pas véritablement pousser trop loin la comparaison, que de vouloir identifier ces phénomènes avec la propriété qu'ont les cristaux de feldspath de se réparer au moyen de matériaux disparates, nécessitant aussi, par cela même, une sorte d'élection?
Si l'on se contente d'une analogie superficielle, il est certain que les cristaux blessés, comme les tissus vivants lésés, sont le siège d'un véritable travail de réparation, quand ils ont été endommagés. Place-t-on le cristal blessé d'un produit dans une solution du même corps, il commencera très vite à fermer sa blessure par une cicatrice, et c'est seulement quand celle-ci sera achevée que le cristal s'accroîtra par toute sa surface normale. Enfin, si on brise un cristal en morceaux, chacun d'eux reformera un cristal entier, c'est-à-dire un nouvel individu, comme cela se passe pour les boutures, et pour les Hydres que l'on coupe en plusieurs fragments. Toutefois, les expériences de mérotomie, dont je vous ai parlé, ne permettent pas d'admettre que, si petite qu'elle soit, la particule de protoplasme pourra toujours régénérer le plastide.
De plus, il v a une différence radicale entre les cristaux et les plastides, c'est que les premiers peuvent croître indéfiniment et ne se segmentent pas pour se multiplier ou grandir.
Toutes ers analogies ne sont pas des identités : elles sont souvent très spécieuses et fort intéressantes à l'aire ressotir, niais elles n'imposent nullement la conviction que les corps bruts se comportent comme les corps vivants, et (pie les uns et les autres obéissent exclusivement aux mêmes lois. Ce n'est pas une raison parce qu'un (mat et une tuile tombent en même temps d'un toit, en vertu des lois de la pesanteur, pour déclarer qu'ils sont, à tous égards, soumis au même code.
Le besoin de généralisation, de simplification est si impérieux, que Ton n'a pas craint d'essayer d'imiter la structure de la matière organisée, même avant de la connaître exactement, et sans doute avec l'espoir de reproduire son fonctionnement.
Beaucoup de savants pensent que tous les êtres vivants ont commencé par une sorte de gelée, formée dans des conditions cosmiques aujourd'hui disparues. Celle-ci serait encore de nos jours représentée, àcôtéde la Monère et de l'Amibe, par les glaires et les aphanéroglies, qui se rencontrent dans les eaux thermales. On aurait même, comme je vous l'ai dit déjà, retiré de la nier, dans des points OÙ la profondeur atteint de 4 à 8000 mètres, une substance protéique, contractile, mal définie, dans laquelle ou a cru reconnaître l'état premier du bioprotéon et que l'on a nommée Batybius ou Protobatybius. Ce n'est pas le Batybius que l'on a d'abord cherché à fabriquer, mais bien le plastide, d'emblée!
Un assez grand nombre de procédés ont été employés, je ne vous citerai que les principaux.
L'un d'eux consiste à l'aire passer un courant de pile au travers dune émulsion de jaune d'œuf dans l'albumine; un autre à agiter de la graisse dans du blanc d'œuf; niais, ils ne valent pas celui qui permet d'obtenir des vésicules closes susceptibles d'accroissement par intussusception, en versant une solution d'un colloïde
dans une autre liqueur capable de donner avec la première une combinaison insoluble, comme la gélatine et le tanin.
La formation de la membrane limitant la vésicule s'explique par ce fait que les interstices de la matière coagulée sont plus petits que les molécules des deux colloïdes; on lui donne le nom de membrane de précipitation : elle se produit au moyen des substances membranogènes interne et externe. La vésicule se gonfle, en absorbant de Peau par endosmose, et alors, son enveloppe étant distendue, les molécules qui la constituent s'écartent pour laisser passer une nouvelle quantité de liquide membranogène externe, d'où nouvelle formation de membrane, à Tintérieur par intussusception. Dans ces conditions, un plastide artificiel ne cessera de croître que quand la solution d'une de ses membranogènes se trouvera épuisée, ou que la solution membranogène externe aura été remplacée par un liquide indifférent. Plus le pouvoir attractif pour l'eau sera grand et plus rapide sera la croissance, aussi est-elle activée par des substances indifférentes pour la formation de la membrane, telle que le glucose : d'autres, comme le chlorure de sodium, n'agissent pas dans ce sens.
On s'est servi dans le même but d'une solution de Mmme ou de dextrine et de chlorure de zinc; d'acétate de plomb ou de cuivre avec le tanin; ou bien de deux cristalloïdes comme le ferro-eyanure de potassium et l'acétate de cuivre.
En dissolvant dans une solution d'albumine deux sels capables de produire du carbonate et du phosphate de chaux, on obtient aussi des formes très analogues aux plastides animaux et ceux-ci sont capables de recevoir et de fixer des composés divers.
Mais, on a l'ait mieux encore en imitant dans une certaine mesure les mouvements amiboïdes. Pour cela, il suffit de triturer quelques gouttes d'huile d'olive épaissie à l'étuve avec du carbonate potassique, très finement pul-
vérisé, de façon à obtenir une pâte filante. On dispose ensuite une gouttelette de ce mélange dans l'eau. 11 se produit une émulsion, dont les petites vacuoles sont remplies dune solution de saxon, en voie de formation, présentant un aspect blanc laiteux, qui s'éclaircit par l'addition de glycérine diluée. On voit alors se manifester des courants actifs persistant pendant six jours, quand la préparation est réussie, et ressemblant étonnamment aux mouvements protoplasmiques internes d'un amibe. Par-ci, par-là, se montre un petit prolongement aplati, qui rentre ensuite et, le phénomène se répétant, il arrive souvent que les gouttelettes se déplacent assez rapidement. Cette mousse est même capable d'accroissement, de modifications dans ses mouvements sous l'influence de la chaleur, qui les accélère, et aussi de l'électricité.
Il est fort possible, (railleurs, (pie les mouvements de locomotion, de préhension et même d'ingestion de l'amibe dépendent principalement des conditions purement physiques de tension superficielle dune part et, d'autre part, d'échanges avec le milieu ambiant suivis de réactions chimiques internes, niais ce n'est pas à cela que se bornent les manifestations caractéristiques du bioprotéon.
Je vous ai dit à propos des inclusions protoplasmiques (pie Ton pouvait trouver toutes les formes de transition entre la substance organisée vivante et la matière cristallisée. En traitant par l'alcool bouillant un savon calcique de corps gras (\u foie (Tune Marmotte, j'ai vu se produire par refroidissement des cristaux qui rappelaient tout à l'ait L'aspect de plastides épithéliaux pavimenteux avec leur noyau : il y en avait même qui semblaient être en voie de division par scissiparité. Ces pseudo-noyaux paraissaient formés de radio-cristaux: ils résistaient aux réactifs colorants ordinaires, tandis (pie la zone représentant le protoplasme absorbait et fixait très vivement ces derniers.
Mais, il est bien certain (pie je ne m'appuierai pas sur
ce fait pour déclarer qu'entre la formation d'un plastide et celle d'un cristal il n'y a pas de différence, bien que Ton ait prétendu autrefois que les éléments anatomiques pouvaient naître dans des blastèmes, c'est-à-dire au sein dune humeur.
Ce sont là des constatations curieuses, sans aucun doute, mais elles sont loin, je le répète, de démontrer L'identité possible de structure et de fonctionnement entre la matière brute et la substance organisée et vivante. Au contraire, les faits scientifiques, accumulés chaque jour, parlent tous en faveur des panspermistes et se trouvent en opposition avec les idées des partisans de la génération spontanée ou artificielle.
Jusqu'à présent, quoi qu'on ait pu dire, les phénomènes physiologiques n'ont pas pu être expliqués par les lois de la physique ou de la chimie. Sans doute, l'œil est une chambre noire, mais ce n'est pas là un phénomène vital, car cet œil mort donne encore une image. Ce qui est vital, c'est le développement de cet œil, son accommodation et le mécanisme rétinien qui est, comme je l'ai prouvé, fondamentalement constitué par le jeu d'éléments contractiles.
Les lois de l'hydrostatique et de l'hydrodynamique ne permettent pas de comprendre la circulation du sang : celle-ci leur est bien soumise, mais pour la partie passive seulement : c'est le rôle du cœur, des vaisseaux, des nerfs, des muscles qu'il faudrait aussi réduire à des phénomènes physico-chimiques. On a voulu expliquer la sensibilité des nerfs, la contractilité des muscles par l'électricité, on n'a rien démontré du tout.
La fixation de l'oxvgène, comme la plupart des réactions physiologico-chimiques ou biochimiques, se fait par l'intermédiaire de ferments ou zymoses jouissant des propriétés générales du bioprotéon, et opérant par des procédés absolument différents de ceux de nos labora-
m PHYSIOLOGIE GENERALE ET COMPAREE
toires. D'ailleurs, par définition même, la chimie et la physique se distinguent de la physiologie. La chimie, en effet, traite des phénomènes qui se passent au contact des corps, en tant que ces phénomènes amènent un changement complet dans leur constitution; tandis que la physique est l'étude des phénomènes qui n'apportent pas de changements permanents dans la nature des corps, Le mot phénomène physico-chimique exprimant deux choses absolument contraires, s'excluant lune l'autre, il est bien préférable de se servir de l'expression de phénomène biologique ou physiologique.
La définition que je vous ai donnée de la physique est peut-être trop absolue, il est vrai, car on a montré que la matière brute, comme le bioprotéon, peut acquérir un état dynamique résultant des états antérieurs par lesquels elle a passé.
Lorsqu'un morceau de 1er doux ;i été aimanté, même une seule l'ois, et qu'on l'a l'amené ensuite à son état initial, il y a néanmoins quelque chose de changé. Il a gardé le souvenir de l'agent physique qui Lavait impressionné et on a nommé ce phénomène hystérésis, du mot grec ÙTTspsto, je retarde. Jamais ce fer ne reviendra à ce qu'il était avant l'aimantation, à moins qu'on ne le « tue » au point de vue magnétique, en le portant au rouge. On n'a pas hésité à rapprocher ce phénomène de Y état (intérieur des êtres vivants', pour être intéressante, la comparaison n'en est pas moins un peu éloignée et ce n'est pas, croyons-nous, le moyen d'expliquer l'hérédité des caractères acquis. L'hystérésis pourrait-elle être directement transmise, sans nouvelle aimantation, à un autre barreau de fer doux, dérivant (\\\ premier et capable d'acquérir, en même temps, ses autres propriétés : taille, poids, etc. ? Evidemment, il ne fa ud rail comparer (pie des choses comparables.
Ainsi, plus nous approfondissons l'étude des phéno-
mènes vitaux et plus nous demeurons convaincus que les explications physiques ou chimiques sont insuffisantes.
La matière que Ton retire des êtres vivants par l'analyse élémentaire étant la même que celle que Ton rencontre en dehors d'eux, nous n'avons d'autres moyens de les distinguer que les modalités du mouvement dont ils sont le siège.
Parmi celles-ci, il en est certainement que Ton rencontre en dehors des animaux et des végétaux, comme la chaleur, la lumière, l'électricité; mais, dans le bioprotéon, elles n'apparaissent que sous l'influence de modalités transformatrices, absolument spéciales aux êtres vivants.
Il se peut qu'on aperçoive çà et là dans le monde minéral des phénomènes rappelant plus ou moins grossièrement ceux qui s'observent dans celui des vivants. Le contraire serait surprenant, car plus la science progresse et plus le vieil adage « natura non facit saltuin » brille avec éclat, en rayonnant dans toutes les directions.
Les procédés naturels doivent être beaucoup plus simples qu'on ne le pense communément, mais toutes les lois de la mécanique générale sont loin de nous être connues. Pourquoi vouloir tout expliquer avec les quelques rares fragments incomplets, que nous possédons, de cette immense gamme chromatique, qui doit représenter la série ininterrompue, mais variant insensiblement en fréquence et en amplitude, des ondulations du mouvement universel? Ne serait-ce pas, de parti pris, renoncer peutêtre aux plus fécondes découvertes en biologie? Parce que tous les êtres, comme tous les objets, sont soumis aux lois de la pesanteur, est-ce une raison pour qu'il n y ait pas de lois spéciales à chaque catégorie d'êtres ou d'objets, alors même que ces dernières ne seraient séparées que par des frontières assez mal délimitées?
Où avons-nous rencontré, dans le domaine de ce que
tout le inonde nomme matière brute, les phénomènes et les propriétés caractéristiques de ce que tout le monde
appelle substance vivante? Nous n'avons rien vu, ni nous, ni d'autres, en dehors des organismes vivants, qui puisse s'appeler nutrition, reproduction, évolution, voilà la vérité.
Tant que l'identité des phénomènes improprement appelés physico-chimiques et des phénomènes physiologiques ou biologiques, ne sera pas démontrée par des preuves plus irrécusables quecelles que je vous ai énumé* rées de la manière la plus impartiale, je n'entreprendrai pas de traiter dans des chapitres communs la digestion. L'assimilation, la fécondation, la multiplication, etc., chez les animaux, les végétaux et les minéraux, autrement que pour faire ressortir les analogies existant entre les deux premières catégories et les différences qui les séparent de la troisième. 11 m'est fort indifférent, d'ailleurs, d'être qualifié, comme on l'a fait en Allemagne et même en France, de néo-vitaliste ; ce que je désire, axant tout, c'est (pie Ton ne se trompe pas sur le sens de mes idées et que Ton ne traite pas, avec légèreté, de « mysticisme » ce qui est une manière d'envisager le problème de la vie à la l'ois plus large et plus prudente que celle des physicochimistes qui, je le répète, ont le tort de vouloir tout expliquer avec le peu qu'ils savent.
De la place de la physiologie parmi les autres sciences biologiques. Ses subdivisions. Méthode employée pour l'étude des phénomènes physiologiques.
Avant de terminer ces leçons préliminaires sur les phénomènes de la vie chez les animaux et les végétaux, je vais essayer de résumer rapidement les idées générales qui se dégagent de l'ensemble des notions que je vous ai exposées.
L'union de la force et de la matière constitue le protéon, mais une partie de celui-ci est à l'état de bioprotéon, qui se distingue du protéon ordinaire ou abioprotéon par des propriétés spécifiques que je vous ai fait connaître. C'est, au fond, l'ancienne division de la nature en substance brute et substance vivante, ou bien en matière animée et matière inanimée, mais avec une signification plus précise, plus philosophique aussi.
La forme la plus commune, la mieux connue du bioprotéon, c'est le plastide. Ce n'est pas un composé chimique homogène, ni même un mélange de composés chimiques : c'est un système très complexe, principalement constitué par d'innombrables particules organisées, dont les plus développées ne sont visibles qu'avec de forts grossissements. On leur a donné tour à tour les noms de plastidules, vacuolides, microsomes, microzyma, micelles, etc. Ces éléments primaires sont différenciés morphologi-
quement et fonctionnellement, ils ont une structure et peuvent constituer de Véritables organes plastidaires, comme le noyau. Les plastidules jouissent d'une activité propre qui leur permet de résister à la destruction mécanique du plastide, par exemple, à son écrasement, et de lui survivre quelque temps; mais elles ne peuvent bien fonctionner et normalement évoluer que réunies en collectivités plastidaires, précisément à cause de la différenciation entraînée par la division du travail, qui les assujettit à une étroite solidarité. Ces éléments se multiplient par division.
Dans un système plastidaire, il arrive que Ton voit apparaître des plastidules qui ne peuvent dériver que d'autres particules vivantes moins développées, et de même que Ton a dit « omne vivum ex vivo », « omnis cellula è cellula », on dira « omne granulum è granule ».
Mais, outre les plastidules qui peuvent se former par divisions successives, il doit exister, pour des raisons trop longues à développer ici, des myriades de plastidules embryonnaires, invisibles avec nos faibles moyens d'observation. On peut bien admettre qu'en cet état, leur volume ne dépasse pas, ou dépasse peu celui de la molécule; or, les physiciens ont déterminé le volume de la molécule et, en s'en rapportant aux nombres qu'ils donnent, on trouve qu'un cube d'un millimètre de côté, quelque chose du volume d'un œuf de ver à soie, contiendrait un nombre de molécules au moins é^u\ au cube de dix millions, c'est-à-dire de l'unité suivie de vingt et un zéros. L'un d'eux a calculé que si l'on devait les compter et (pion en détachât par la pensée un million à chaque seconde, on en aurait pour plus de deux cent cinquante millions d'années; l'être qui aurait commencé cette tache à l'époque où notre système solaire ne devait être qu'une informe nébuleuse, ne serait pas encore au bout. Je n'ai pas vérifié l'exactitude de ces calculs, mais ils
nous permettent de comprendre comment dos plastides, renfermant un si grand nombre de molécules animées, pourront se diviser un nombre immense de lois, sans jamais cesser de posséder des échantillons variés de la faune, ou de la flore plastidaire correspondant à chaque fonction, à chaque propriété plastidaire. Si Ton admet que toute molécule du bioprotéon possède, ou possédera à un moment donné, la propriété d'assimiler, c'est-à-dire d'entraîner dans son tourbillon, pour un temps, une grande quantité de protéon ordinaire, on ne sera pas surpris de voir un homme sortir d'un œuf presque microscopique et des générations nombreuses se succéder avec les mêmes caractères, tant que la collection des variétés moléculaires sera complète; si leurs proportions respectives sont modifiées, il pourra y avoir variabilité de l'espèce ou de l'individu, transformisme, etc.
Mais, il y a un minimun de chaque sorte de plastidules qui doit exister dans chaque organisme. S'il s'agit d'un organisme monoplastidaire ou d'un œuf fécondé, elles seront toutes représentées dans le même plastide; dans l'être polyplastidaire, elles seront disséminées dans tout
I organisme. On conçoit, dès lors, la nécessité de la conjugaison, de la fécondation. De la prédominance de certaines espèces de plastidules dans l'œuf dépend aussi, très probablement, le sexe de l'individu qui en naîtra immédiatement,
II se peut, en même temps, que les conditions de milieu : température, nutrition, favorisent ou entravent le développement ou la multiplication des plastidules dont la prédominance détermine le sexe.
En somme, ce qu'il faut surtout retenir, c'est que le plastide nous apparaît comme quelque chose d'analogue à un système planétaire renfermant de nombreuses constellations définissables novées dans une sorte de nébuleuse qui ne nous semble homogène qu'à cause de la faible dimension de ses parties composantes, comme cela
arrive pour un régiment ou une foule quelconque vus de très loin. En outre, ou ne peut refuser de reconnaître que les mouvements intimes et l'énergie inhérente aux molécules bioprotéoniques et aux plastides qu'elles forment, sont d'un ordre tout différent de celui des mouvements moléculaires protéoniques vulgaires. En d'autres termes, on doitadmettre que dans la nature toutes les molécules sont animées de certains mouvements qui représentent des formes banales de l'énergie et qu'en plus de celle-ci, il existe des modalités spéciales caractéristiques des êtres vivants ou du bioprotéon; à des effets différents correspondent certainement des causes différentes.
J'ai donné à la modalité héréditaire, caractérisant le bioprotéon, le nom d'énergie ancestrale et évolutrice; mais son étude ne constitue pas, à elle seule, la physiologie. Cette modalité joue surtout le rôle de transformatrice et ce sont principalement les tranformatioris provoquées par son activité, qui nous la font connaître et que nous aurons à analyser.
La production de la lumière, des radiations chimiques, de l'électricité, de la chaleur, du son, du mouvement, résultant des transformations de l'énergie solaire par les êtres vivants, nous occuperont d'abord. Ensuite, nous étudierons l'action de ces mêmes modalités du mouvement sur le bioprotéon.
Avant ainsi l'ait la balance de l'énergie qui entre et de celle qui sort d'un organisme, nous pourrons peut-être mieux déterminer ce qu'il possédait en propre au moment de sa naissance, ce qui constituait son patrimoine énergétique.
Quelles sont les modalités de cette énergie biogénique fondamentale ? sont-elles comparables aux autres par leur forme et peuvent-elles se transformer, à un moment donné, en ondulations de Tordre de celles qu'étudient les physiciens ? Que devient l'énergie ancestrale au moment de la
mort somatique et élémentaire d'un individu, c'est-à-dire de son retour au code protéonique? Et celle d'une race ou d'une espèce qui s'éteint? Il n'y a pas de mysticisme en tout ceci, et ce sont des questions qui pourront un jour être complètement élucidées par la Science. Cette forme spéciale de l'énergie doit être la plus difficile à connaître parce qu'elle est partout en nous, parce qu'elle est nousmêmes : nous l'ignorons comme le poisson des abîmes doit ignorer l'eau. Pourquoi ne pas penser qu'elle est aussi en dehors de nous, comme la lumière est en dehors du foyer? on connaît ses effets spéciaux, comme on connaissait la foudre, ou plutôt ses effets, bien avant l'électricité. Et les radiations chimiques qui traversent les corps opaques, ne sont-elles pas venues juste à point pour nous montrer que nous ne connaissons pas toutes les modalités de l'énergie? Pourquoi nier, de parti pris, parce qu'on ne sait pas ? le mieux est de chercher.
Tout ce que je vous ai dit ne vous démontre-t-il pas la nécessité de diviser la mécanique générale en deux grands chapitres : la mécanique du protéon et celle du bioprotéon?
La seconde, comme la première, se subdivisera en statique, cinématique et dynamique : la cinémato-dvnamique biologique correspondra à la physiologie, tandis que la statique biologique comprendra la morphologie et l'anatomie.
L'étude de la physiologie n'en restera donc pas moins liée à celle de la Nature tout entière, mais, dans la pratique, il faudra chercher des limites plus restreintes et nécessairement artificielles.
La Science est encore dans la période analytique, et l'analyse, pour être bien conduite, exige la division du travail, par conséquent la spécialisation du savant. Plus tard, elle redeviendra ce qu'elle était au début : synthétique, philosophique, ou plutôt mathématique. Tous les
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faits concrets trouveront alors naturellement leur place clans les cadres tracés par des règles abstraites. Le savant ne sera plus un spécialiste, niais un encyclopédiste, comme à l'origine de l'humanité, avec cette différence que le raisonnement, ou plutôt le calcul, aura remplacé chez lui l'empirisme intuitif; de même, la raison finira par remplacer l'instinct. Possédant la formule synthétique et générale de l'Univers, il en pourra déduire toutes celles quelle comprend. Mais, tant que durera la période analytique, il en résultera une complication apparente du Monde, et une grande difficulté de pratiquer des divisions à la fois artificielles et rationnelles, dans le domaine de la Science, une et indivisible par elle-même.
Déjà cependant, on peut apercevoir dans un grand nombre de parties de son territoire que les notions acquises se coordonnent et se classent : on pourrait même dire qu'elles se tassent de façon à occuper un volume de plus en plus restreint, tout en prenant, en quelque sorte, une densité supérieure. En outre, on commence à distinguer dans ces fragments de la Science des facettes qui se correspondent et s'offrent les unes aux autres, comme pour constituer un ensemble : c'est la période synthétique qui s'ouvre avec les sciences générales et comparatives, avant même que la période analytique soit terminée. Nous sommes, actuellement, dans une époque de transition, cela est bien évident, et, d'autre part, obligés, dans une certaine mesure , de tenir compte des programmes qui ont été élaborés, la plupart du temps, par des esprits peu généralisateurs et souvent d'un autre âge scientifique. 11 serait plus logique, comme je vous le disais tout à l'heure, de diviser les sciences biologiques en biostatique et en biocinéniato-dynainique.
Mais, pour nous rapprocher des anciennes subdivisions, conservées à tort jusqu'à présent dans renseignement, nous devons adopter une classification plus empirique,