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Fig. 175. — Graphique de la marche du Pymphorc après lésion du ganglion cérébroïde droit.
La destruction d'un ganglion cérébroïde imprime à la marche une direction circulaire en sens inverse de la lésion, qui tient, comme je l'ai démontré depuis longtemps, à ce que les pattes du côté opposé à la lésion étant frappées de parésie, leurs mouvements sont moins amples (fig. 175). Cette suppression unilatérale ne modifie pas le fonctionnement spontané ou provoqué des appareils prothoraciques.
Mais, si les deux ganglions sont détruits, les pulsations rythmiques disparaissent et le phénomène lumineux est immédiatement aboli. C'est en vain que Ton excitera alors les divers points du corps de l'insecte, le réflexe photogène n'existe plus : l'animal peut marcher, étendre ses ailes, mais non éclairer ou sauter. On ne peut faire reparaître une faible lueur, d'ailleurs passagère, qu'en irritant directement l'organe. La décapitation produit le même effet.
Fig. 1T6. — Graphique de la marche normale du Pijrophore.
La suppression du ganglion prothoracique (g. pth., fîg. 177), d'où partent les nerfs qui innervent les muscles des organes, les éteint définitivement et aucune excitation portée, soit au-dessus, soit au-dessous, ne peut les rallumer.
Quant à l'abolition de la masse ganglionnaire sousœsophagienne, elle équivaut à celle des ganglions cérébroïdes, seulement les mouvements des palpes et des antennes persistent. Une excitation portée entre le point lésé et l'appareil, ou bien entre celui-ci et la région des ganglions prothoraciques, mais non en arrière de lui, provoque toujours la lumière.
La plaque ventrale se comporte de la même façon après
destruction du ganglion sous-œsophagien : l'excitation portée entre elle et le point blessé peut ranimer la lumière éteinte, mais l'effet est nul si on agit au-dessous de l'organe ou encore après avoir détruit le ganglion qui commande
à ses muscles.
En résumé, quatre indications principales ressortent de ces expériences :
1° La lésion d'un des ganglions cérébroïdes ne suffît pas à supprimer ou modifier la fonction photogénique, ce qui indique une sorte de suppléance.
2° La destruction des deux ganglions cérébroïdes montre, d'une part, que la volonté intervient dans l'éclairage spontané et, de l'autre, que le réflexe sensitif a son siège dans ces organes.
3° Les ganglions cérébroïdes agissent par l'intermédiaire des ganglions prothoraciques sur les muscles qui actionnent les lanternes du prothorax.
4°L'organe abdominal se comporte comme les autres, sous le rapport de l'innervation.
Ainsi donc toute manifestation photogénique dépend soit d'une impulsion venant directement des centres de l'intelligence et de la volonté, soit d'un réflexe ayant son point de départ dans les terminaisons sensitives et son centre dans les ganglions céré-
I"ig. 17". — Système nerveux du Pyrophoie ; c, masses cérébroïdes; gs, œ, ganglion sous-œsophagien; n, nerf musculaire profond; g, pth, ganglion protlioracique; ap, l, appareil lumineux; g, m, sth, ganglion mésolhoracique ; gmlth, ganglion métathoraciquc ; gUj, premier ganglion abdominal; ga%, grtj, ganglions abdominaux ; nr, nerfs récurrents ; ng, nerfs génitaux.
broïdes ou dans ceux qui commandent aux muscles des appareils. Ces derniers agissent de deux manières : principalement en réglant l'afflux du sang ou encore par excitation mécanique directe. La circulation assure l'apport du sang qui doit être convenablement oxygéné par la respiration.
Mais, en outre, les organes lumineux jouissent d'une vitalité propre et, dans une certaine mesure, indépendante du reste de l'organisme, comme le prouvent les expériences suivantes.
En isolant les organes et en les plaçant dans une atmosphère humide et oxygénée, ils continuent à briller pendant de longues heures d'une lueur calme et fixe, mais qui va en s'affaiblissant de plus en plus.
Comme celle de l'œuf, leur luminosité peut être augmentée par le choc, ils jouissent donc d'une irritabilité plastidaire personnelle.
Ils résistent également à l'action des froids intenses et leur éclat se ranime vers — 3° à — 4° ; il augmente progressivement jusqu'à -4- 25° ou -h 30° pour rester encore fixe vers -b 55° : au-dessus, il s'éteint pour ne plus reparaître. Au moment de son extinction définitive par la chaleur, dans l'eau bouillante, il brille avec une force extrême en mourant, mais ce n'est qu'un éclair.
Les courants faradiques peuvent, comme le choc, mettre en jeu l'irritabilité photogène plastidaire, mais faiblement.
La luminosité qui persiste souvent douze heures dans l'oxygène, disparait au bout d'une demi-heure à une heure dans l'azote et l'hydrogène, mais se ranime quand on laisse de nouveau agir l'air.
Une plaque abdominale est restée lumineuse pendant trente minutes clans l'acide carbonique, mais, en élevant la pression de ce gaz à cinq atmosphères, l'oxygène a été impuissant à faire renaître l'éclat qui avait été supprimé. Le gaz carbonique comprimé est donc un poison de l'élé-
ment photogène et ne se comporte pas comme un gaz neutre.
L'oxygène pur, ou comprimé, n'agit pas plus énergiquement que l'air ordinaire. En présence des vapeurs d'acide osmique la luminosité s'est abaissée progressivement, au fur et à mesure que le poison pénétrait dans le tissu, lequel prenait une teinte noire de la périphérie vers le centre, sauf du côté protégé par la cuticule où la lumière a persisté le plus longtemps. Il ne s'agit donc pas ici d'une oxydation vulgaire.
L'action de l'eau est très remarquable. Des œufs de Lampyre et de Pyrophore ont été desséchés, jusqu'à leur dernière limite, à la température ordinaire et, après être restés huit jours dans le vide sulfurique, il a suffi d'une goutte d'eau pour leur rendre leur éclat primitif. Les organes isolés se comportent de même.
Les plastidcs photogènes, comme l'œuf, possèdent donc une luminosité propre dont il faut maintenant chercher à pénétrer le mécanisme intime, comme nous l'avons fait déjà pour les appareils.
Voyons d'abord si l'étude histo-chimique pourra nous fournir quelques renseignements utiles.
L'analyse chimique indique seulement que les phosphates ne sont pas localisés dans les organes, ils renferment le phosphore à l'état de phosphate potassique, tandis que dans les autres parties ce sont des phosphates terreux que l'on rencontre.
Si l'on fait agir l'eau sur les plastides photogènes, on voit ceux-ci se gonfler sous le microscope; beaucoup de corpuscules, d'abord agités de mouvements oscillatoires, augmentent à leur tour de volume et s'immobilisent. On peut constater qu'ils ne sont solubles ni dans l'alcool, ni dans l'éther, le chloroforme ou la benzine.
Dans les solutions de potasse, de soude ou d'ammoniaque, certaines granulations montrent nettement une
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structure radio-cristalline, tandis que les autres se transforment en vésicules d'apparence huileuse qui, au bout de peu de temps, éclatent et se résolvent en très petites gouttelettes réfringentes et, plusieurs heures après, le champ du microscope est rempli de cristaux en tables rectangulaires plus ou moins allongées.
L'acide azotique donne au protoplasme une coloration jaunâtre qui, après dessèchement, passe à l'orangé foncé,, comme lorsqu'on fait agir ce réactif sur la guanine.
Les plastides photogènes renferment de l'acide urique, mais pas en plus grande quantité que le tissu adipeux et les réactifs spéciaux y révèlent la présence de l'indigotine et de l'indirubine : il est très probable que ces produits résultent de la présence de l'indican.
L'acide chlorhydrique concentré dissout rapidement les gouttelettes huileuses qui sont remplacées par des groupes d'aiguilles prismatiques affectant les mêmes formes et le même groupement que la taurine cristallisant en milieu acide. L'acide acétique agit de même, mais ne fait pas apparaître de cristaux d'acide urique, contrairement à ce qui arrive avec les acides sulfurique et azotique.
Les vapeurs d'acide osmique, lorsqu'on les fait agir sur l'animal vivant, brunissent les plastides parenchymateux qui sont en contact avec les trachées. Mais la couche crayeuse prend une coloration plus intense, bleu foncé.
Sous Tinfluence de ce réactif oxydant, les plastides parenchymateux deviennent plus granuleux et ils contiennent, alors, une plus grande quantité d'acide urique.
Quant aux réactifs colorants, ils imprègnent fortement les plastides parenchymateux, tandis que la couche crayeuse s'y montre réfractaire.
Ces réactions et d'autres encore nous apprennent, en somme, peu de chose, si ce n'est que les granulations radio-cristallines paraissent être formées de taurine, ou d'une substance analogue, et que d'autres granulations
sont de nature albuminoïde. Dans les plastides, ces particules sont entourées de matière protéique dont la nature nous échappe. Ce qui ressort principalement de l'examen microscopique, surtout pratiqué en lumière polarisée, c'est le passage d'une partie du protoplasme colloïdal des plastides parenchymateux à l'état cristalloïdal dans la couche crayeuse.
Abandonnons donc cette méthode et cherchons, en procédant autrement, si nous ne pourrons pas pousser l'analyse physiologique au delà du plastide lui-même.
D'abord une première question se pose. La lumière persiste-t-elle après l'anéantissement de la structure de l'élément photogène?
L'expérience nous a fourni les renseignements suiyants :
1° Si on broie les plastides entre deux lames de yerre, la luminosité n'en continue pas moins pendant un temps assez long alors qu'on ne distingue plus au microscope que les granulations dont il a été question.
2° Le tissu des organes lumineux desséché rapidement dans le vide et pulvérisé dans un mortier, même très finement, donne encore de la lumière quand on mélange cette poussière informe avec un peu d'eau.
3° Quand on triture les organes frais avec de l'eau et qu'on jette le magma sur un filtre, il passe un liquide opalescent, à cause des fines granulations qu'il contient, mais qui est parfaitement lumineux pendant quelques instants dans l'obscurité.
Ce n'est donc pas dans la structure du plastide, ni dans le fonctionnement de cet organite qu'il faut chercher l'explication ultime de la production de la lumière puisqu'elle survit à sa destruction morphologique. Il nous faudra maintenant voir parmi les autres êtres lumineux si nous ne pourrions en rencontrer qui soient capables de fournir les matériaux nécessaires pour résoudre cette troisième partie de l'étude du mécanisme de la fonction photogénique.
Les articulés lumineux : insectes, myriopodes, crustacés, vers et échinodermes photogènes.
Les articulés lumineux sont représentés par un grand nombre de genres et d'espèces, mais nous nous contenterons d'en faire une revue rapide, les animaux intéressants, au point de vue photogénique, ne constituant plus maintenant que de rares exceptions.
Parmi les coléoptères, nous rencontrons d'abord, dans le groupe des cantharinés, les deux genres Phengodes et Zarhipis du Nouveau Monde, avec leurs larves et leurs nymphes lumineuses ; puis les lampyrinés , dont les espèces sont répandues sur toute la surface du globe et jusqu'à Terre-Neuve.
Les genres renfermant des espèces lumineuses sont extrêmement nombreux; je ne vous citerai que les principaux : Photuris, Luciola, Megalophtalmus, Amythetes, Phosphœnus, Phosphenopterus, Lamprohiza, Pelania, Lamprophorus, Aspidosoma, Cratomorphus, Photinus, Lucidota, Lucernula, Gladodes, Lamprocera, etc.
En général, les femelles conservent la forme larvoïde, alors que les mâles sont ailés, mais il n'y a pas que des espèces dimorphes : on en connaît aussi de monomorphes. Les larves et les nymphes sont lumineuses. La couleur de la lumière n'est pas toujours la même : elle est bleuâtre chez le Lampyre, blanchâtre chez la Luciole; le
Photuris versicolore de la Jamaïque émet une lumière d'un vert brillant. Lorsqu'il est immobile, il se comporte comme un phare à éclipse.
Dans la même région vit le Pyrolampis xantliophotis dont les feux sont orangés ; quand ces insectes volent ensemble, il en résulte un effet charmant.
Quelquefois, le même animal possède des fanaux de deux couleurs différentes; la larve duPhengodes (fig. 141)