‹ Leçons de physiologieChapitre 6 sur 18 · VII. L'homme est malade quand il ne peut pas · texte numérisé non relu

VII. L'homme est malade quand il ne peut pas

maies, et quand il n'éprouve

170 nriTlÈME LEÇ05.

Voilà la notion la plus générale de l'état morbide; mais pour être de quelque utilité , il faut spécifier les diverses sortes d'incommodités.

VIII. HippocRATE a distingué , 1° les incommodilég qui proviennent d'un dérangement dans quelque partie du mccanisyne : exemples, les luxations et les hernies, dans l'état le plus simple. Nous pouvons y joindre toutes les altérations physiques des parties , si nous voulons faire abstraction de la douleur, de l'inflammation et des autres accidents que ces altérations font naître dans la substance de ces mêmes parties et dans les environnantes. Au reste, cette abstraction est d'autant plus facile , que quelquefois la nature vivante fait une pareille séparation. Une femme de Montpellier, que M. le professeur Delmas pourra vous désigner, s'est accouchée plusieurs fois, et dans ces fonctions, ordinairement si douloureuses, elle n'a Jamais éprouvé aucune sensation pénible. Ni les contractions intermittentes de la matrice, ni la distension des parties à travers lesquelles l'enfant passait , n'ont causé une douleur. L'année dernière , un pharmacien très-distingué de Nism;es a éprouvé une fracture à la cuisse. Quoiqu'il n'y eût dans ces parties aucune anœstésie proprement dite, le malade n'a pas ressentila moindre douleur, ni au moment de la fracture, ni dans le cours du traitement. Le cal s'est fait , la guérison a été parfaite , et le malade m'a assuré n'avoir souffert que de l'immobilité où il avait été condamné. Dane des cas de cette espèce, la maladie

rentre dans celles qui proviennent simplement du dérangement du mécanisme. Tout cela est désigné sous le nom de vicia.

IX. 2° Les maladies qui consistent en une réaction (h la Nature à l'occasion de la rencontre des corps ÉTRANGERS. Sous ce titre, vous devez comprendre tous les modes vitaux morbides qui viennent après les impressions malfaisantes quelles qu'elles soient : ces impressions ne sont pas seulement les objets du monde extérieur qui peuvent nous incommoder , tels que les substances irritantes , les catbérétiques , le feu , les compressions ; mais encore les accidents internes qui lèsent les parties vivantes , telles que les déchirures des muscles dans les contractions violentes , les ruptures des os, les étranglements herniaires, etc. Toutes ces maladies sont renfermées dans la dénomination générale de maladies traumatiqucs. Il est évident qu'on peut les produire à volonté chez les animaux.

Avant d'aller plus loin, je vous prie, Messieurs, de peser quelques instants la réflexion suivante.

Les premières idées de pathologie ont dù naître dans l'esprit des chirurgiens. Ce ne sont que des notions de réaction , et ces mêmes idées se lient avec celle délocalisation, pour parler le langage d'à présent. Nous ne savons presque rien des connaissances et des opinions des médecins célèbres qui ont précédé lïippocRATE ; mais les légères notes que les savants ont laborieusement recherchées sur Piiilistion , ^îIgi- Mius , EuRYPnoN , Perdiccas , et sur quelques au-

172 ÏIITITIÈME LEÇON.

très (t) , nous font voir qu'il s'agit toujours de maladies qui ont leur siège dans un organe déterminé. Quoique l'on eût décrit des maladies générales, des fièvres, des affections convulsives , des épidémies auxquelles il serait impossible d'assigner une origine locale , le préjugé vulgaire , ou les hatitudes mentales de la majorité étaient que toute maladie a sa source dans un point du corps. C'est ce que paraît prouver un passage d'un des livres hippocratiques dits supposés (2). « Toutes les maladies » qui viennent des parties les plus fortes du corps , » sont les plus violentes ; car si la maladie demeure » dans la partie où elle a commencé , comme c'est » la partie la plus forte qui souffre, il faut de né- B cessité que tout le corps souffre aussi ; et si elle » quitte cette partie forte pour se jeter sur quelqu'une » de celles qui sont plus faibles , elle est difficile à » guérir ; au lieu que celles qui passent d'une partie » faible à une plus forte se guérissent facilement ; » parce que la partie a la force de consumer et de » dissiper les humeurs qui y affluent. »

En lisant le livre liippocratique intitulé de Arte , ou voit une division des maladies en évidentes et en cachées ; c'est-à-dire , en celles qui résident dans des

(1) Haller a recueilli les opinions de ces médecins, et indiqué le» auteurs anciens de qui il les a tirées , dans la Dibliolheca medici/ias practiece, g XfV.

(2) De IValura hominis.

nniTlÈME LEÇON. 173

parties extérieures où le médecin les aperçoit de ses propres yeux , et en celles qui se forment dans la profondeur des parties, où il ne peut reconnaître ces altérations qu'au moyen de l'intelligence. Dans le sens le plus naturel , cette distinction ne nous présente que des réactions toujours les mêmes quant à leur nature , et différentes seulement par leurs siéges-

Quand on connaît HippocRxVTE , on a de la peine à se figurer qu'il ait voulu faire une division aussi insignifiante , et l'on est porté à croire qu'il a voulu faire allusion à la différence qui existe entre les maladies traumatiques et les maladies spontanées. On est induit à le penser en voyant , vers la fin de ce petit traité , les moyens séméiotiques par lesquels on parvient à connaître la nature des maladies cachées. Ainsi il parle , comme exemples , des explorations que l'on peut faire sur les excrétions des diverses voies naturelles , et sur celles que l'on provoque artificiellement moyens qui n'ont le plus souvent donné que des signes très-incertains du siège des maladies, mais qui contribuent beaucoup à en déterminer la nature.

Mais , quoi qu'il en soit , cet écrit prouve qu'à l'époque où il a été fait , la pathologie interne était encore sous l'influence des préventions chirurgicales , et que les théories des maladies avaient été formées d'après le point de vue cryploristi'qnc. Ou l'auteur n'avait pas encore considéré les maladies internes cï

spontanées comme nous les admirons dans ses livres légitimes; ou le rédacteur n'a pas su comprendre toute la pensée du maître. Dans l'un et dans l'autre cas , la recherche du siège était l'objet essentiel et vraisemblablement unique de la médecine pratique de ces temps.

L'idée de la localisation dans les maladies affectives spontanées , me paraît donc une persuasion acquise primitivement par les connaissances chirurgicales, et qui s'étendit vicieusement vers l'étude d'un ordre de faits très- différents. Les médecins antérieurs à HippocRATE étaient donc dans les mêmes dispositions où se sont trouvés dernièrement Bichat et la secte physiologique. Dans l'un et dans l'autre cas, on voit des connaissances anatomiques (1) et chirurgicales, et une habitude de les transporter à une sphère fort différente , contre les règles d'une bonne philosophie. Les modernes l'ont emporté sur les anciens par l'étendue de ces connaissances ; mais ils leur sont inférieurs par le défaut des ménagements que l'on doit à l'empirisme ; au reste , ils étaient égaux par rapport à la logique et à l'art d'interpréter la nature.

II ne faut donc pas s'imaginer que l'opinion de la localisation dans les maladies affectives soit un progrés : c'est une prévention vulgaire de tous les temps,

(1) Il ne faut pas oublier ce que GALiExa dit sur les connaissances anatomiques traditionnelles qui existaient dans la famille des

Page 1