‹ Leçons de physiologieChapitre 7 sur 18 · ASCLÉPIADES · texte numérisé non relu

ASCLÉPIADES

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qui est le résultat d'une éducation imparfaite, et que le génie d'HippocRATE a flétrie.

3" On a distingué de bonne heure une sorte do maladies qui ne proviennent point de causes trau— matiques , et dont voici l'origine. Il est des parties qui , dans le cours de la vie , se dégradent , se corrompent, pour parler le langage général et ancien des médecins , sans qu'on en puisse accuser une cause générale , ni une impression externe locale. Par méthode d'exclusion , on arrive à penser que la partie altérée avait été originellement mal constituée, et que l'exercice de ses fonctions privées et publiques l'a usée et avariée avant le temps. Prenons pour exemple la carie des dents sans cause extérieure et sans aucune diathèse appréciable ; l'absorption des arcades alvéolaires dans les mêmes circonstances ; les anévrismcs passifs survenus sans cause mécanique et sans compression intérieure ; l'atrophie d'un muscle au milieu de muscles qui sont en bon état , et au milieu de la santé générale la plus parfaite. J'appelle ces maladies parairophiqim , pour dire qu'elles dépendent de l'imperfection de la nourriture des parties malades. Les faits de ce genre sont anciens , mais je ne puis pas assigner l'époque où l'on a dû les séparer des autres maladies locales.

XI. 4° L'agrégat humain est chimiquement constitué de molécules hétérogènes retenues par des liens vitaux , et qui se sépareraient promptcment si la force vitale ne les maintenait pas dans leur assor-

timent. Or , il y a des maladies qui consistent en me altération de cette constitution chimique , provenant de ce que l'usage des choses non naturelles est irrègulier, et de ce que la force vitale ne compense pas les im-^ perfections.

HippocRATE avait soigueuscment étudié ces mala* dies. Sa théorie générale de ces sortes d'états morbides était celle-ci : quand l'agrégat vivant est chimiquement constitué de la manière normale, l'individu jouit d'une santé parfaite , abstraction faite de l'état des enormonta (1). Si la nature maintient cette constitution dans le même état , il continue d'être bien portant. Mais si les choses non naturelles n'ont pas été telles que cela convenait à l'individu ; si les aliments ont péché par la quantité ou par la qualité ; si l'air a introduit dans le corps des miasmes vicieux ; si la température a rendu les excrétions trop abondantes, ou si elle les a retenues dans le système quand elles devaient être expulsées , etc.; et si la cause active conservatrice ne fait pas des compensations , la constitution du corps doit changer. Il y a dans le corps , dit Hippocrate , suivant la langue de la vieille chimie, de l'amer, du salé, du doux, de l'aigre , de l'insipide , et une infinité d'autres matières qui ont diverses qualités , selon qu'elles sont

(1) On va voir bientôt que, dès l'origine , on a senti que tontes les maladies ne dépendaient pas de l'altération de la constitutioa chimique du corps ; que plusieurs avaient leur source dans les aberratïQBS des enormonta.

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abondantes ou qu'elles sont fortes. Ces différentes qualités ne s'aperçoivent point, et ne font pas de mal tant que les humeurs sont mêlées , et que , par ce mélange, elles se tempèrent l'une l'autre. Mais s'il arrive que les humeurs se séparent, et qu'elles demeurent dans cet état de séparation, alors leurs qualités deviennent sensibles, et par là incommodes (1).

XII. 5" Cette disposition vicieuse de la constitution chimique du corps , quand elle est stationnaire , et qu'elle est assez évidente pour qu'elle puisse être aperçue par les formes et par la couleur de la surface , prend les noms de cachexie , de cacochymie , de pléthore , suivant diverses circonstances que je néglige ici. Mais comme la conservation de la constitution est dans les attributs de \impelum faciens , le désordre manifeste dans ce pouvoir ou une impuissance, ou une opération vicieuse. D'ailleurs , ce qui prouve que cette cause vitale influe dans la production de ces maladies , c'est que les imperfections de l'exercice des choses non naturelles n'amènent pas infailliblement les maladies ; il est beaucoup d'individus chez qui les impressions malfaisantes sont éludées ; d'où il s'ensuit que nous ne pourrions pas produire ces sortes de maladies à volonté.

On voit que les incommodités de ce dernier genre sont des maladies destructrices : mais il en est où il existe dans le système une tendance vitale à ramener

(1) De prisca meclicma.

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la constitution normale par des opérations naturclTcs très-compliquées que l'on considère comme des maladies conservatrices. Ces efforts médicateurs ayant pour but de changer la crase vicieuse de la constitution , peuvent porter le nom de maladies mclaboligues ou mélasyncritiqiies naturelles. C'est donc ainsi que nous appelons :

XIIL 6° Les maladies qui dépendent d'une altération lente survenue dans la constitution intime des solides et des fluides , et dans lesquelles la nature opère divers actes , tels que la fièvre , la suspension de la nutrition et de la sensation instinctive qui en exprimait le besoin , l'augmentation de la soif, des changements dans les qualités physiques des humeurs et dans celles des chairs , des mouvements fluxionnaires vers un ou plusieurs points , etc., et dont les résultats sont des évacuations insolites , le retour des qualités physiques à l'état normal, et la convalescence.

La considération des maladies oû un phénomène essentiel est l'altération de la constitution chimique des parties contenantes ou contenues, a donné lieu à des contestations. Il faut convenir que, dans l'exercice de la médecine pratique , il y a eu des variations assez considérables dans les croyances théorétiques. A une époque, les vices de la constitution étaient sensés se trouver dans à peu près toutes les maladies ; à une autre époque , on ne tenait aucun compte de ces symptômes : s'il y en avait , ils n'étaient considérés que comme des effets éloignés et

ludifférects. Au point de vue où je me suis placé , les cas particuliers me deviennent étrangers. Je vois les choses en principe général. Je compare les traditions médicales avec les faits que nous avons tous pu observer journellement : cela nous suffira pour arrêter chaque proposition.

Les continentia et les contenta sont-ils susceptibles d'altérations dans leur substance pendant la vie ? Cela ne peut pas être mis en question. Nous savons que les chairs des animaux d'une même espèce changent de couleur , d'odeur , de saveur , suivant les climats , la température , la manière de vivre , les aliments. Plusieurs de ces différences se remarquent dans l'homme, et l'analogie nous fait penser que les autres sont pareilles.

Il est vrai que ces changements , appréciables par la chimie , sont arrivés par des causes et des lois fort différentes de celles qui constituent le code de cette science. Par conséquent , c'est la nature vivante qui produit les résultats ; mais elle n'a pas ordinairement assez de force pour vaincre complètement les substances alibiles, et leur faire perdre leurs qualités primitives; ou bien les diverses impressions qui agissent sur elle , la modiflent de manière qu'elle imprime aux fluides et aux liquides les changements spéciaux dont je parle.

Ces altérations chimiques qui changent la couleur de la peau, l'odeur des excrétions, le teint du visage, le goût de la salive, sans s'accompagner d'aucune

incommodilé , peuvent être considérées comme le prC' mier degré de la cacocliymie ou de la cachexie, qui, arrivées à un haut degré , s'accompagnent toujours de divers symptômes dont la terminaison coïncide avec celle de ces dialhèses humorales.

La cacochyraie est un état précaire ; si le système a une force vitale suffisante , il se passe dans toutes les parties des mouvements intimes qui changent cette crase (constitution). C'est un des actes médicaieurs reconnus dans tous les temps. Celui-ci est à proprement parler la mètasyncnse naturelle , c'est-à-dire une rècorpwation , une amélioration spontanée de la constitution chimique du corps en une crase meilleure.

Ce changement se fait quelquefois d'une manière lente , inaperçue et presque clandestine : c'est cette opération salutaire qui est célèbre dans les anciens livres de médecine pratique , et qui porte le nom de lysis. C'est là ce que les praticiens cherchent à provoquer par l'usage des remèdes qu'ils appellent altérants. Mais assez souvent la nature vivante entreprend la récorporation avec un appareil de s}Tnptômes graves , pénibles , impétueux , quelquefois redoutables , et sous la forme d'une maladie aiguë. Parmi ces symptômes, il y a presque toujours à la fin une évacuation de ce qui est superflu ou nuisible , comme dit HiprocRATE : et c'est là ce qu'on nomme crise.

Ce langage a disparu dans les lieux où la médecine interne, conslruile d'après la seule connaissance des maladies traumaliipies (et par conséquent d'après le

point de vue cryptaristique) , a envahi la littérature médicale. Mais il doit reparaître lorsque la médecine fondée sur la connaissance des enormonla, aura repris son ascendant. Cet idiome est toujours ici en usage, grâces aux maîtres qui sont plus spécialement chargés de conserver et de propager les principes de cette science. Je vois dans les journaux qu'à Paris même , les réformateurs parlent de dépravation des humeurs , d'altération des fluides. Ce sont les avant-coureurs du retour de certaines vérités que l'on avait exilées , que la pratique médicale rappelle , et qui vraisemblablement seront exprimées par les mêmes mots (1). Au reste, quoi qu'il en soit du son qui réveillera ces idées dans votre esprit, vous ne tarderez pas à vous convaincre de leur réalité. Dés que vous exercerez votre art, vous trouverez des faits de ce genre. Tantôt un vieillard sédentaire qui ne transpire presque plus, et qui, deux ou trois fois l'an , éprouve un catarrhe spontané , où vous ne verrez qu'un besoin d'expulser des humeurs muqueuses dont la présence incommodait l'individu , et dont l'excrétion a amené une santé complète. Tantôt un homme que la misère a fait tomber dans la leucophlegmatie, dont la guérison ne peut se faire qu'au muyen d'une diète restaurante et d'une vie aisée , qui doivent rendre à la nutrition les matériaux ab-

(1) h'exislence , la muîliplicilé- , la complexité et Vobscurité des cachexie» sont reconnues par M. Pariset, dans son éloge de Uupuy- TREx , prononcé en séance publique de l'Académie royale de médecine , le 9 Aoùl 1836.

sents , et à la nature la vigueur qui lui est indispensable pour les distribuer convenablement. Tantôt un homme dont le teint est devenu jaunâtre (1) après avoir été exposé à la chaleur de l'été et à des travaux pénibles , et qui ne recouvre sa couleur naturelle [euchroea) qu'après avoir éprouvé une fièvre gastrique, ou un choléra-morbus ordinaire.

On peut ranger entre les maladies cachectiques , c'est-à-dire provenant d'une altération générale de la crase du système , la maladie dont mourut une sœur de l'évêque Hdet (2). Elle élait religieuse dans un monastère de l'ordre de S -Dominique. Par une dévotion mal entendue , elle résolut de s'abstenir entièrement de boire. « Toutes les parties de son corps » furent troublées dans leurs fonctions , et la peau » fut si brûlée , qu'elle devint noire et sèche comme » un parchemin. » On aurait pu la sauver peut-être , si l'on avait connu la cause de ce mal ; mais elle ne la déclara que lorsqu'il n'était plus temps.

XIV. 7° Il existe une sorte de maladies dont la cause se trouve dans des modes inconnus de la nature humaine. Cette puissance qui conserve le système , qui est le principe de l'individualité , de l'ensemble et de la sympathie des parties , qui gouverne et proportionne les molécules importées et exportées, qui répare les désordres et réunit ce qui avait été vicieusement séparé : celte même puissance est sujette

(1) Cacochroos.

(2) Hej:xiA>A , GXYIII , p. 323.

il changer de tendances , à i>roduire des symptômes , à créer des maladies de diverses formes , dont l'intensité et le danger sont variables , depuis l'indisposition la plus légère jusqu'à la mort la plus prompte. Ces tendances n'ont aucun rapport avec les besoins connus. Elles ne répondent pas à des impressions faites sur le corps ; et si des criminels étaient à notre disposition , de sorte que nous pussions exercer sur *ux toutes les expériences que notre curiosité nous suggérerait , il ne nous serait pas possible de faire naître à volonté ces modes dans l'agrégat vivant. Exemples : une épidémie insolite , comme le choléra asiatique ; une épilepsie essentielle ; la goutte ; un rhumatisme aigu.

Ces modes morbides paraissaient aux yeux d'Hip- POCRATE de ces faits inexplicables qui surpassent nos conceptions. Quand il voulait s'élever à cette notion, incapable de remonter jusqu'aux besoins intimes de l'agrégat vivant, il avait pris le parti d'énoncer les faits de ce genre, en y insérant une inconnue qu'il exprimait par ces mots : to llieion , quid divinum. Comme pour dire : « je ne vois pas ici une action » salutaire de la nature qui rétablit la constitution » chimique et normale du corps : il y a une cause » dont je ne devine ni l'essence ni le but. »

Quelques personnes médiocrement instruites de la langue grecque , se sont imaginé qu'HirrociUTE attribuait à la divinité les maladies qu'il n'avait pas pu expliquer par des impressions malfaisantes , ou par l'allé-

ration de la crase du système ; et elles en ont conclu qu'il était supçrstitieux. Mais des philologues ont convenu que souvent to ^/teïon signifiait une chose merveilleuse, étonnante (1). Des commentateurs et des lexicographes médecins, ont déclaré que le père de la médecine emploie ces mots pour exprimer quelque cause très -digne d'attention et tout-à-fait incompréhensible , de telle sorte que , non-seulement elle n'est pas à la portée des sens , mais encore impossible à saisir par l'imagination (2). Ainsi , IIippocrate a qualifié de quid divinum la chose inconnue et inconcevable qui se trouve dans l'action des choses non naturelles sur l'homme , au moment où il s'engendre une maladie de celles que l'on nomme spontanées.

On voit par là qu'HippocuAXE a vu une différence entre les maladies que j'ai nommées cachectiques , et d'autres maladies plus obscures dans leur origine ; mais il n'a pas pu débrouiller cette notion confuse. Il semble n'avoir pas su séparer , dans son esprit , les causes (3) qui ont fait impression sur la nature vivante , d'avec la nature elle-même : comme s'il n'avait pas aperçu la limite du moi de cette individualité et de son non-moi ; comme si , malgré lui , il avait été imbu de quelques opinions éléatiques.

C'est cette notion vague , indéterminée , d'une maladie qui ne ressemble aux précédentes , ni par les

(1) Dicf. gicc-français de M. Alex.v?îdre,

(2) V. GouR*:us Castclm.

(3) V. Gor.r.jsu9.

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causes , ni par la marche ; qui n'est point une simple réaction locale contre une impression malfaisante ; qui ne consiste pas en une altération de la constitution chimique normale du corps ; qui ne se forme pas d'actes successifs capables de rétablir une constitution vicieuse ; mais où l'on reconnaît une viciation directe de la nature humaine , un mode morbide qui se manifeste par une réunion spéciale de symptômes simultanés ou successifs : c'est cette notion obscure , dis-je , qui occupait Hippocrate dans l'étude des épidémies et des autres maladies spontanées , et qui était le premier rudiment de l'idée que nous pouvons appeler une affection morbide.

Galien , inférieur à Hippocrate sous le rapport du génie , mais plus exercé aux détails des opérations mentales , et digne élève de Platon et d'Anis- TOTE ; Galien considéra la nature humaine seule , isolée , sans penser aux causes qui ont pu la modifier dans le cas dont je m'occupe. Il vit que dans cet état morbide le système vivant est imbu d'un mode vital pathologique' spécial qui se montre par des symptômes dont l'ensemble lui est propre. Ce mode est ce que Galien a nommé affection, et il recommande de bien distinguer cet état vital d'avec les phénomènes qui en sont la manifestation ou la maladie. Parmi les modernes, l'homme qui me semble avoir le mieux Riit sentir celte distinction , c'est Feunel qui , en comparant l'aircction morbide avec une passion morale , nous a fait comprendre sans

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peine la différence qui existe entre le moJe morbide et ses effets sensibles. En effet , tout comme , dans le monde psychologique , un chagrin peut exister avec ou sans les larmes qui en sont la manifestation ; le besoin de rire avec ou sans le rire ; une pensée avec ou sans son expression verbale : de même , dans le système de la nature vivante , il peut exister un génie périodique , avec les accès fébriles qui le manifestent , ou bien en puissance ; une affection épidémique qui se montre par une maladie , ou qui tue subitement l'individu sans corrompre , par ses symptômes , les parties contenantes et les parties contenues ; une goutte en puissance qui est toujours dans l'ensemble vital , et ne se montre, par ses attaques propres, qu'^à des intervalles de plusieurs années.

C'en est assez, je pense, pour vous faire concevoir ce que sont les maladies affectives , et pour les mettre en opposition avec les maladies paratrophiques , et avec les réactives. Quant aux maladies de la constitution chimique, soit cachectiques stationnaires , soit récorporatives , elles peuvent avoir un certain rapport avec les affections morbides dont je parle , puisque , dans les premières, la force vitale est dans un état insolite qui trouble l'ordre des fonctions. Mais l'esprit sépare aisément ces deux sortes de modes pathologiques. Pour rendre toute ma pensée , je me permets de la préparer par une comparaison. Dans le sens intime , nous distinguons très-bien des états défavorables internes , d'après leur source et leur tendance.

Ainsi , nous ne confondons pas l'état pénible qu'il éprouve lorsqu'il subit une sensation ingrate , une douleur physique , ou un labeur fatigant entrepris par raison , avec une passion déréglée que rien ne justifie. La morale flétrit les penchants excessifs qui proviennent de la concupiscence ; mais il est des états d'exaltation dont l'écriture dit irascimini et noîite peccare. De même nous pouvons concevoir des modes pathologiques qui se ressemblent à certains égards , et qui différent sous des points de vue plus essentiels. C'est ainsi que je sépare les maladies cachectiques et récorporatives , d'avec les affections morbides proprement dites , eu égard à leur source , à leurs causes, à leur tendance ; et si l'on veut les renfermer toutes dans uns même catégorie, on sent au moins en quoi consiste la nuance qui ne permet pas de les confondre.

Les affections morbides n'ont jamais été conçues par certains réformateurs. Ces modes pathologiques de l'individualité vitale sont les idées autour desquelles se rangent les caractères essentiels observés par les nosologistes. Les symptômes ne sont pas plus isolés dans l'esprit du médecin , que ne le sont les caractères des passions dans celui d'un peintre qui représente une scène pathétique. C'est de l'unité vitale que partent les symptômes , comme les schématismes d'un système passionné parlent du sens intime (1).

(1) C'est ce que j'ai cherché à faire comprendre dans la i"" partie de mon Essai sur l'Iconologic médicale.

18â HUITIÈME LEÇO!ï.

M. Bs\oussAis veut que les symptômes de la maladie dérivent de l'inflammation d'un organe. A la place de cette unité abstraite , qui est un fait inexplicable f il substitue une hypothèse bien concrète. Il met les nosologistes dans l'alternative d'adopter son inflammation locale , ou d'admettre des entités imaginaires (1). Mais une pathologie fondée sur son principe ressemblerait à la phréuologie ; elle en aurait la solidité , la certitude , et vraisemblablement la considération. Je ne crois pas que les médecins hippocraliques aspirent jamais à de pareils avantages.

Une chose digne de remarque , c'est que l'hypothèse des réformateurs n'est point , de leur aveu , la clef des maladies. « Ce n'est pas assez, dit M. Ruols- 3D &uSy de savoir quel est l'organe malade, il faut » encore déterminer poto'Çiio* il l'est , comment il l'est , » et de quelle manière il est possible de faire qu'il ne » le soit plus. » Or , dans le pourquoi , dans le comment peuvent se trouver des causes actives qui ont introduit l'altération dans l'organe , et dont le principe d'action est antérieur à l'altération elle-même. C'est dire implicitement que la médecine organique reconnaît des causes qui sont supérieures à l'inflammation locale , et que la supposition de ce mal ne dispense pas le médecin d'étudier le comment et le pour-' quoi qui sont en première ligne dans la pathogénie.

(I) Esam. dos doctr. , t. -2 , p. 33«,

SOMMAIRE

ÎV. Les affections morbides différent essentiellement nntve elles. Importance de cette distinction ; comment on l'établit, llépuu^e à une singulière objection de M. UuorssAis.

XVI. Importance de la symptomatologie externe et interac pear le signalement des affections morbides. Objets qu'on se proî)ose dans la recherche des altérations de» parties internes. DisUuclion des symptômes en opératifs, actifs, et adynaraiques.

XVII. Division des aflxîctions morbides en deux grandes classes, selon que les symptômes sont ou actifs, ou adynamiqnes, ou qu'ils sont opératifs,

XVIII. Distinction des affections en temporaires et indéfinies.

XIX. Distinction des symptômes qui tendent à résoudre l'affection, d'avec ceux qui l'entretiennent ou l'augmentent.

XX. Distinction des fièvres en symplomatiques , cxanthématîqueit , syneryiques , et essentielles. Ces distinctions fondamentales -stwir toujours restées les mêmes, malgré les changements ile langage. Les réformateui'S prétendent que toute fièvre est symptomaiique, et c'est à cela qu'ils tiennent le plus ; mais ce n'est qu'une opinion hasardée, impossible à démontrer : aussi cette hypothèse a-lelle été repoussée de bonne heure par les médecins instruits.

XXI. Malignité dans les fièvres. Elle se distingue; en état iijpho'idc, ataxie , malij/nilé proprement dite, état pernivieux , fièvre maJi moris. On pourrait croire que ceux qui soutiennent que le typhus doit être considéré comme l'effet nécessaire d'une altération inUammatoire ou ulcéreuse des intestins, ont un argument en leur faveur dans la lilabé de Galien ; mais la Blabé , loin d'être un simple symptôme réactif, est une affection morbide profonde. Autres ruisoui contre l'opinion des réformateurs.

Dans la troisième partie de mon programme, je ne vous ai point annoncé des idées nouvelles : j'avais un dessein à peu près opposé. Mon but était de vous faire voir qu'avec des propositions de tous les temps, que l'on a pu oublier , mais qui n'ont été contestées que par des hommes mal informés des faits , on a

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construit une médecine pratique conforme à la philosophie la plus sévère ; médecine que des novateurs ont cherché à décrier , mais qu'ils n'ont pas été capables de réfuter.

Attendez-vous donc à entendre des choses qui vous sont connues. Plus elles vous seront familières , pourvu qu'elles n'aient pas été convaincues de fausseté , plus elles fortifieront ma thèse.

Je vous ai entretenus de diverses sortes de maladies. Je vous ai rappelé : 1° les maladies provenant des altérations du mécanisme ; 2° les maladies vitales par réaction ; 3° les maladies paratrophiques ; 4° les maladies provenant de l'altération de la constitution chimique ; divisées 5° en celles que l'on nomme cachectiques ; 6° en récorporatives , ou métasyncritiques spontanées ; et 7° les maladies affectives. Je continue.

XV. Les AFFECTIONS MORBIDES différent entre elles par leur essence , puisqu'elles diffèrent par certains phénomènes sensibles qui les manifestent. La distinction de ces modes internes est l'objet le plus important de la médecine pratique.

C'est là un des grands services qu'HiPPOCRATE rendit à la science , comme le remarque Barthez (1). Une des Écoles les plus célèbres de son temps , l'École médicale de Gnide, excellait dans l'histoire des symptômes. Décrire chaque cas d'après les phénomènes qui tombent sous nos sens , voilà le but final de leur

(1) Discours sur le génie ù'ilippocnATE.

pathologie. Le médecin de Cos visa à autre chose. Après avoir reconnu que , dans un grand nombre de maladies, il y avait un quid divinum, il sentit que l'objet principal de notre art était de comparer les diverses natures de cet inconnu par l'intelligence , quoique nos sens ni l'imagination ne puissent pas les saisir. Puisque en mathématiques les infinis de divers ordres peuvent être appréciés, et que des inconnues peuvent entrer dans des calculs rigoureux ; puisque en botanique on peut assigner les degrés de parenté et d'étrangeté des plantes, quoique l'affinité et l'hétérogénéité des êtres vivants soient des notions extrêmement abstraites : ne soyez pas surpris que l'on ait travaillé à distinguer les affections morbides , à reconnaître entre elles des rapports et des dissemblances.

La distinction se reconnaît par un grand nombre de phénomènes appréciables , tels que les symptômes de chaque aflcction , sa marche , sa terminaison , ses causes éloignées, les changements qu'elle subit par l'influence des choses non naturelles , comme l'abréviation de sa durée, sa prolongation, son affaiblissement, son augmentation. Les affections morbides ne peuvent être connues que par l'observation directe , et par des comparaisons. Pour peu que vous ayez réfléchi sur les manières d'agir des agrégats vivants , vous savez que chaque espèce de phénomène vital présente des formes différentes dans divers individus, et même dans les diverses reproductions du même phénomène chez le même individu. Il suit de là que

chaque affection doit être soumise au point de va« troponomique , afin que la statistique qu'on en fera puisse nous en fournir les lois les plus constantes.

C'est à cela que se sont appliqués les bons médecins de tous les temps. Les observations particulières des praticiens , consignées dans leurs ouvrages , ou dans les collections académiques , ne sont , pour la plupart, que les éphémérides des affections, le journal des formes constantes et variables de ces phénomènes.

M. Broussais , qui n'a pas pu reconnaître la théorie des affections morbides , fait une objection bien singulière. Il critique Barthez , mais son reproche s'adresse ici à tous les médecins hippocratiques , puisque le mot principe vital est absolument identique avec Ximpelum faciens , Venormon , la nature vivante d'HiPPOCRATE (1). « Dire que les maladies dépendent de » l'affection du principe vital , c'est dire qu'elles dé- » pendent de l'affection de la cause inconnue des phé- » nomènes de la vie. Or, si cette cause n'est pas » connue , ses affections ne peuvent l'être davantage. » Donc c'est dire qu'on ne connaît pas la cause des » maladies. Mais de quelle cause veut-on parler ? » pourquoi la cherche-t-on dans l'affection d'une

(1) Et par conséquent ti ès-diffcrcnt de l'àme de Stadl , et de l'arcliée de Van-Helmont , quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs; puisque ces dernières dénominations expriment des hypothèses qui font allusion à des causes substantielles : tandis que principe vital n'exprime qu'un fait complexe abstractivemcnt formulé.

jD chose qu'on a refusé de faire connaître ? » Plus bas : « Mais , encore une fois , comment constater » l'action des causes sur un inconnu , et la réac- » tion de cet inconnu sur les causes , ou , si l'on veut , » son influence sur les organes , pour produire des » maladies , puisque l'on convient que les rapports » de cet inconnu avec ces mêmes organes ne sau- » raient être appréciés (1). »

A entendre M. Broussats , il faudrait regarder comme impossibles la psychologie et la morale. Car si l'on ne connaît la nature du sens intime , ni de l'action de cette cause sur les organes , ni de celle des organes sur la cause , il faudra dire , d'après lui , que nous ne pouvons rien connaître d'utile dans le système psychologique d'un individu , et qu'il ne nous est pas permis de chercher à modifier son sens intime, ni de prétendre gouverner sa conduite. Cett» objection est un vice de raisonnement, un paralogisme qui doit vous frapper. Quoique nous ne connaissions pas l'essence de la cause que nous étudions , nous connaissons ses manières d'agir^ en contemplant les organes où elle se manifeste. Nous connaissons, par le même moyen , l'influence que les objets extérieurs exercent sur elle mcdiatemcnt , par l'intermédiaire des organes. Enfin, nous connaissons, toujours expérimentalement, les changements que les objets qui sont à notre disposition peuvent amener sur cette cause ,

(i) Exam. des doctr, , t. 2 , p. 361.

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soit dans l'état normal , soit dans le cours des alTeclions. Je suis persuadé que M. Broussais n'administre l'opium, le quinquina, le mercure qu'en vertu de ces connaissances acquises de la même manière.

XVI. Les médecins doivent étudier dans chaque afjcction morbide , d'après la connaissance qu'ils ont de son caractère, si elle tend à se résoudre d' elle-4}iême , ou si elle peut durer indéfiniment.

Il est des affections qui , après avoir duré quelque temps, se résolvent spontanément. La petite vérole , une fièvre intermittente printanière , peuvent servir d'exemple. Il en est d'autres qui n'ont point une durée déterminée , qui peuvent subsister autant que la vie , ou assez souvent ne se dissiper spontanément qu'à l'occasion des grandes révolutions des âges , ou de quelque perturbation fortuite. La sypbilis, l'affection scrofuleuse , la goutte , sont de ce nombre.

Il ne faut pas ignorer que ces affections peuvent néanmoins s'éteindre , sans que l'on en puisse assigner les conditions. Ce que je dis est encore une vérité que personne ne conteste. Le cancer est au nombre de ces affections que l'on appelle indéfinies. Vous savez que les médecins ont assez souvent recours à l'extirpation des tumeurs de cette sorte. Comment raisonnent-ils quand ils agissent ainsi ? Ils pensent que l'affection a duré pendant un certain temps ; qu'ensuite elle a pu s'évanouir ; qu'on peut le présumer quand la tumeur est stationnaire. Il arrive quelquefois que lo malade est guéri sans retour ; ces résultats

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bnt prouvé que le système vital, autrefois malheureusement modifié , était revenu à l'état normal.

XVII. Dam les affections morbides , il faut connaître tous les symptômes externes et internes qui s'y passent et qui en sont les effets assez fréquents et assez liés à ces causes , pour pouvoir les considérer comme leurs caractères. La séméiolîque ordinaire n'est pas le seul moyen employé à cette recherche : l'anatomie pathologique a toujours paru fort utile pour perfectionner le signalement de chaque sorte d'affection. Aussi , on l'a cultivée dès que les circonstances l'ont permis.

Dans la pratique médicale , on recherche avec soin les altérations qui peuvent avoir lieu dans les parties internes. Cette étude a trois objets : 1° celui de déterminer le caractère de l'affection morbide , en tant que l'altération locale sert à le manifester : ainsi , dans une pleurodynie , une douleur musculaire du thorax me fait présumer que l'clffeclion est rhumatismale ; tandis que la douleur de la plèvre ou du tissu pulmonaire me présente plutôt l'idée d'une affection bilieuse ou d'une affection phlo}j;istiquc. 2" La seconde étude est de distinguer dans les symptômes de la maladie ceux qui proviennent de l'altération locale, d'avec ceux qui proviennent de l'affection. Ce discernement est depuis long-temps prescrit dans la médecine pratique , puisque, de temps immémorial, on nous recommande de ne pas confondre les symptômes primitifs avec les symptômes des symptômes. Ainsi ,

dans une maladie où il y a tendance à des évacuations alvines critiques , un pouls intermittent exige une attention particulière pour chercher à connaître si ce symptôme est le témoignage d'une affection formidable , ou s'il provient d'une tendance fluxionnaire et salutaire vers les intestins. 3" Le troisième objet est de connaître l'organe que la manifestation de l'affection morbide menace , alin d'en détourner le danger si cet organe est important.

XVIII. Pour bien saisir la proposition suivante , il faut se rappeler l'ancienne division des symptômes , en 1° actifs, 2° anénergétiques (1), et 3° opératifs. Les premiers sont ceux qui consistent en des mouvements morbides , comme des convulsions ; en des changements passagers de développement, sans qu'il y ait aucune altération dans la substance des humeurs ni des parties , comme l'épanouissement , le resserrement , la rougeur , la pâleur. Les seconds sont les symptômes qui se montrent par la diminution ou la cessation des actes de la force vitale. Les derniers sont ceux qui consistent dans l'altération de la substance liquide , fluide , ou solide du corps vivant , comme on le voit dans l'inflammation , dans une transformation , dans la corruption des humeurs , dans la viciation des émanations exhalées, etc. Cela dit : Les affections morbides sont divisées en deux grandes classes, suivant les caractères que présentent les symptômes par

(1) Ànenprgesia , iiiofficacilu , inaction, incrlio.

lesquels elles se mànifeslent. 1" Celles qui ne se montrent que par des symptômes actifs , on par des symptômes

ANÉXERGÉTIQUES , SOtlt appelées MALADIES NERVEUSES ;

2° celles qui ne se montrent que par des symptômes opératifs, sont dites maladies humorales ou avec matière. Je ne pense pas que celte distinction ait jamais été contestée. La formule par laquelle je l'exprime me paraît avoir un avantage sur quelques autres , en ce qu'elle établit la différence sans avoir recours à une hypothèse. Les caractères distinctifs ne sont que des faits généraux. De plus , j'y trouve le moyen de mettre une ligne de démarcation entre l'érélbisme , l'irritation d'une part , et la phlogose , l'inflammation d'une autre, que les novateurs ont voulu considérer comme un seul mode variable en intensité.

XIX. Les symptômes ne sont pas toujours liés également avec l'intérêt de l'affection morbide.^ Tel symptôme l'entretient ou l'augmente , tel autre en favorise la résolution. Il est difficile de donner des règles générales sur cet objet ; mais , dans la pratique , le médecin doit être attentif à rechercher cette relation dans chaque cas , afin de savoir s'il doit favoriser ou empêcher un tel symptôme.

Exemples. Les accès d'une fièvre intermittente sont l'expression d'une affection morbide. L'expérience prouve que le quinquina débarrasse assez souvent le malade et des accès et de l'affection. Mais l'observation nous fait voir que , dans certains cas , ce même moyen ne fait que supprimer les accès, qu'il laisse l'affection toujours dans le même état, et qii'il la prolonge iu"

définiment , s'il esl employé à empêcher obstinément le développement des paroxismes. Le malade demeure languissant ; la fièvre devient erratique ou hectique , et l'on est réduit à faire des vœux pour le retour d'une fièvre intermittente périodique : j'ai sous mes yeux dans ce moment un cas de ce genre. L'engorgement de la rate paraît quelquefois entretenir la fièvre intermittente. Mais, dans quelques cas, la fièvre est le seul moyen de résoudre la tumeur. Les accès épiieptiques sont regardés comme propres à entretenir l'affection morbide , par une sorte d'habitude. Cependant il arrive assez souvent qu'ils sont utiles pour satisfaire à des besoins du système , de telle sorte que la suppression de ces secousses amène quelquefois un trouble général qui fait souhaiter la répétition des attaques. J'ai cité un cas de ce genre dans mon Traité des Hcmorrhagies. Les bubons de la syphilis sont-ils utiles pour affaiblir l'intensité de l'aflection , ou sont-ils propres à la nourrir par une sorte de contagion perpétuelle ?

XX. Depuis quelque temps on a voulu bouleverser les idées que les anciens avaient touchant l'origine de la fièvre dans le système vivant; mais les médecins hippocratiques avaient poussé si loin leurs recherches sur ce sujet , qu'il est bien douteux que les novateurs aient pu leur rien apprendre à cet égard. La série de phénomènes qui composent la fièvre constitue une fonction pathologique qui est susceptible de formes diverses. Ces formes ne sont pas indéfinies : leurs

NEirVlÈME LEÇON. 199

symptômes et leur marche ont assez de constance pour qu'elles puissent être soumises à une histoire naturelle. Comme un acte complexe de cette sorte ne peut se voir que dans le système tout entier , il ne peut être conçu que comme l'expression d'un mode morhide de l'individualité vitale , ou de la nature, vivante. C'est donc dans cette force que réside le pouvoir d'exécuter ce phénomène successif.

Puisque la fièvre n'est pas un phénomène spontané et normal , toutes les fois qu'il se forme , on est obligé de se demander quelles sont les causes qui ont déterminé la nature à l'opérer. On en connaît au moins de trois ou quatre sortes. 1° Dans tous les temps , on a vu qu'une altération d'une certaine intensité, survenue dans un point , provoque souvent la fièvre. Citons pour exemples de ce résultat la fièvre traumatique ; la fièvre qui s'allume lorsqu'un phlegmon s'établit et se développe dans une partie. Ces fièvres sont nommées sijmplomatiques.

2" Il y a des fièvres qui précèdent des symptômes opératifs engendrés par la force vivante dans quelque j)oint du système. Personne n'ignore que l'éruption de la petite vérole et de la rougeole est précédée d'une fièvre à'incuhaiion. L'érysipèle, la scarlatine, le catarrhe , l'esquinancie tonsillaire périodique , préludent presque toujours par une fièvre d'un ou de plusieurs jours. Il en est de même de la gangrène spontanée , de celle que les auteurs ont nommée escarliose critique. Il faut bien se garder de cou-

200 NEUVlÈSre LEÇON.

fondre ces fièvres avec les symptomaliques : elles portent le nom à'exanthcmaliques , comme coopérant à la formation d'une fluxion spontanée.

3" Dans un grand nombre des maladies dites récorporatives , on voit la fièvre figurer parmi les phénomènes qui amènent le résultat. Ainsi , une attaque de goutte régulière , le rhumatisme aigu , l'établissement de la lactopoïèse chez la nouvelle accouchée , la courbature , les elTorts médicaleurs aigus que préparent les évacuations par le tube digestif, par la peau , ou par d'autres voies naturelles , s'accompagnent ordinairement d'une fièvre plus ou moins intense , qui paraît contribuer beaucoup à l'accélération de cette fonction pathologique. Ces fièvres sont, par leur destination , analogues aux exanthématiques : aussi les appelons-nous ordinairement synergiques.

4° Les affections morbides ne sont pas toujours légitimées par les besoins du système , pas plus que les affections morales ne sont toujours le résultat de la raison. Il y a des affections vitales dont il est impossible de déterminer la raison sutfisante , et qui s'expriment par les formes de la fièvre. L'acte fébrile est le premier et le principal sym])tôme de ces affections ; les altérations locales qui peuvent s'y trouver ne sont qu'accidentelles, ou que des effets. Toute fièvre qui est le résultat d'une affection morbide spontanée, a été appelée de tous les temps fièvre essentielle. Pour peu qu'on la compare avec une fièvre synergique ou exanlhémalique , et avec une symptomatique , on

sent la nécessité delà distinguer de§ autres, et d'établir pour elle une catégorie particulière. Citons pour exemples des fièvres' essentielles , la fièvre ataxique aiguë de Selle , la lente nerveuse d'HuxiiAM , l'advnamique de Pinel, l'éphémère simple, la synoque, les intermittentes.

Les fièvres symptomatiques sont toujours à peu près les mêmes. Leur durée et leur intensité sont ordinairement proportionnelles à l'intensité et à la durée de la lésion locale qui les a occasionnées. Les fièvres exanthématiques , et en général les synergiques , ne se présentent pas tout-à-fait ainsi. Outre que leur marche est liée à celle des opérations pathologiques , où elles sont coadjutrices, elles reçoivent, de l'état actuel de la force vitale , une modification particulière plus ou moins sensible. Ainsi la fièvre primitive d'une petite vérole simple présente des caractères spéciaux. Elle n'est pas confondue avec la fièvre secondaire. Une fièvre pleurélique ne ressemble pas aux fièvres gastriques , indépendamment même des fluxions respectives qui les constituent ; une fièvre pneumonique bilieuse difiere de la fièvre pneumonique inflammatoire exquise. Quant aux fièvres essentielles, elles varient suivant la différence des affections morbides dont elles sont la manifestation. La synoche simple , le synochus , le causus , le typhus , les fièvres intermittentes, les fièvres larvées, les intermittentes pernicieuses , etc. , ont de» caractères spéciaux qui

202 ^jEuviÈME LEÇO?r.;

les signalent , et il n'y a pas de praticien insfrait qui ne les distingue.

Quels que soient les changements introduits dans le langage , suivant les théories des divers siècles , ces idées fondamentales sont restées les mêmes depuis longtemps. Si tout n'est pas clair dans Hippocrate , il n'en est pas de même dans Galien. Entendez son idiome et vous reconnaîtrez ces divisions, que le médecin de Pergame croit avoir été tirées d'HippociiATE lui-même, a La chaleur fébrile est allumée tantôt par les esprits, » tantôt par les humeurs , tantôt par les parties ani-

» maies solides » Cette distinction des sources

de la fièvre fait allusion à l'analyse de la constitution de l'homme par Hippocrate. « Les parties con- 9 tenantes , ajoute Galien , sont les parties solides du » corps ; les parties conlenues sont les humeurs ; l'tm- » petum faciens est l'esprit (1). » Voyez-vous là autre chose que la distinction des fièvres en celles qui proviennent de la réaction des parties vivantes , en celles qui proviennent de la constitution chimique du système qui a besoin d'une récorporation, et en celles qui partent directement de la force vitale raorbidement affectée ?

Les médecins qui se donnent le titre de physiologistes ont cru faire une découverte en détruisant cette distinction , et en soutenant que toute fièvre est symptomatique, qu'il n'en est pas une qui ne 6oil nue

(1) Gal, Peiu;. Uc dilfercnUis febriuin, lib. 1 , cap. 2.

réaction provenant d'une altération locale. Celte hypothèse est celle à laquelle ils tiennent le plus, et au milieu des ruines qui les entourent, ils veulent encore se défendre dans ce retranchement.

Pour prouver une telle assertion , il faudrait au moins pouvoir montrer : premièrement , que , dans toute 6èvre , ily a une altération locale ; secondement , que cette altération topique est antérieure à la naissance de la fièvre , comme on le voit dans les fièvres symptomatiques des chirurgiens. Or , comment établir ces preuves dans les fièvres exan thématiques , dans les synergiques et dans toutes celles que les praticiens nomment essentielles? Ils parlent d'extispices : mais outre que les ouvertures des cadavres les démentent à tout instant , il est impossible que l'examen cadavérique nous instruise de l'époque des désordres locaux qui peuvent s'y trouver. Soutenir donc que la fièvre est toujours le résultat du mal local , c'est se servir d'une hypothèse pour fonder une science pratique , et assurer une opinion qu'il est impossible de démontrer.

Aussi , dès qu'elle a été énoncée , non comme une conjecture , mais comme un dogme médical , les hommes instruits l'ont repoussée, sans égard à l'école où ils ont été élevés. Par exemple , M. Alibeut a fait sa protestation dès l'année 1817 (1). Eu 1820 ,

(1) V. la .Nosologie nalurellc , avcrlisseinonl.

20i NÊDVIÈME LEÇO?f.

M. Pariset ne manqua pas de nous faire voir que dans la fièvre jaune qu'il était allé étudier à Séville? et à Cadix , l'appareil fébrile était complet avant qu'it se fût prononcé aucun symptôme local : d'où il conclut que la maladie partait du système entier, et que , par conséquent , les symptômes locaux étaient secondaires (1). M. Ballv , en faisant l'Histoire médicale de la fièvre jaune observée en Espagne, et i^arliculièremcnt en Catalogne , en 1821 (2) , n'a pas manqué de faire remarquer que la fièvre et tous les symptômes primitifs se sont fortement prononcés avant que l'on ait soupçonné l'altération d'un des organes que la maladie aiïecte assez souvent. Il faut même noter que le vomissement noir , qui est constant , et que les organiciens ont regardé comme le résultat d'une inflammation de l'estomac , a existé quelquefois sans qu'à l'extispice on ait trouvé aucune trace d'inflammation dans le ventricule (3), Autre remarque dans cette épidémie : on a vu presque toujours une rachialgie fort incommode qui cependant n'a pas empêché les mouvements des extrémités, tant inférieures que supérieures. Les médecins français s'attendaient à voir des désordres dans la moelle épinière ; cepen-

(1) Voyez les éloges que M. Pariset donne à un mémoire de M. Velasqces sur cette maladie , dans les Observations sur la fièvre jaune, faites à Cadix en 1819, î)ar W/. Paiuset et Mazet ; Pari^ , 1820 , pages 9 et suivantes.

(2) Paris , 1823 , page 39 î.

(3) L. c. , page 3âl.

dant à peine ont-ils rencontré quelquefois des soupirons d'une altération anatomiquc dans la queue de cheval. Quand il faut condure sur l'origine de cette fèvre , ils arrivent à ce résultat : « On ne peut donc » s'empêcher de croire que les sources de la vitalité » générale qui préside à l'ensemble et à l'harmonie » des fonctions, ne reçoivent des atteintes profondes; ') aUehUes qui sont d'une autre nature que les lésions des » organes , ou au moins qui ne s'expriment pas par des » signes saisissables (1), »

Il y a quelques années que l'empereur de Russie fut atteint d'une fièvre synoque, dont l'intensité fut assez forte pour que les médecins eussent jugé à propos de prescrire la saignée. Dans les bulletins journaliers et ofTiciels publiés par les journaux , nous avons vu plusieurs fois que 4a fièvre était forte , mais que , malgré les explorations les plus scrupuleuses, les médecins n'avaient pas pu reconnaître la moindre apparence d'inflammation locale.

On voit donc que la réduction de toutes les fièvres à une réaction provenant d'une altération locale , n'est point un principe général acquis et professé par les notables de la science ; que c'est une opinion hasardée , impossible à prouver , confinée dans une secte déjà presque éteinte; que la traduction d'une fièvre simple et essentielle en une gasli'o - entérite , est un idiotisme du jargon de la secte , et que le corps mé-

(1) L. e. , pa-fc i53.

dical, convaincu de la solidité des distinctions établies depuis seize cents ans, n'a garde d'adopter ni cette alloglossie, ni l'hypothèse qu'elle renferme.

XXI. Parmi les maladies fébriles aiguës, on trouve fréquemment un eïaf g^rat^c, dangereux, que l' on appelle assez souvent malignité , et qui tantôt parait être un e'pigennème , et tantôt un état essentiel. C'est une affection morbide digne de la plus grande attention. Stahl a traité de la malignité dans une dissertation dont voici le titre : De malignitalis prœprimis febrilis indole. Hall. 1702. Suivant lui , les caractères de cet état sont : sentiment de fatigue sans raison extérieure ; prostration des forces ; pouls extrêmement faible , et insensibilité. Ce signalement ne me paraît pas suffisant. Cet état porte différents noms, dont chacun a été tiré d'un certain nombre de symptômes. Les plus ordinaires de ces noms sont : 1° état typhoïde; 2°ataxie; 3° malignité; 4° état pernicieux; b" mali moris .

1° Ceux qui l'ont nommé état typhoïde , comme HippocRATE , ont porté leur attention sur ces phénomènes : lorsque le malade est aussi éveillé qu'il est possible, la liaison qui devait exister entre le sens intime et le système vital, est considérablement affaiblie ; ces deux agents ne coopèrent plus normalement : d'oii , stupeur , ivresse , scolos ou caligo , somnolence , non conscience du sommeil , délire ou suhdelirium. 2" Le mot ataxie fait allusion aux symptômes suivants : le système vital exécute des ados

NECVIÈME LEÇON. 207

siir-ajoutôs à la maladie primitive , comme cxallatioii morale, agitations extrêmes, quelque douleur atroce dans un point; il y a irrégularité dans la succession des symptômes ; soubresauts des tendons ; pouls spécial appelé nerveux. Il y a des rémissions et des exacerbations, mais elles sont sans ordre. Les réactions contre des impressions sont ou excessives ou extrêmement faibles. ( Point de stabilité d'énergie. ) 3' Le mot malignité a été employé en deux acceptions différentes. A. Une maladie a été appelée maligne à cause de l'intensité des symptômes accessoires ou épigennèmes ; d'une prostration complète des forces ; des défaillances qui semblent menacer le malade d'une mort très-procbaine ; du pronostic funeste apprécié par les symptômes actuels , et par les résultats de la statistique. B. Quelques-uns, entre autres Piquer, tirent cette dénomination d'une certaine perfidie qui semble se trouver dans la succession des symptômes. A ne considérer le malade que dans quelques moments , à n'observer que quelques symptômes actuels , on se rassure , et l'on croit n'avoir affaire qu'à une maladie simple : au milieu de ce pronostic, l'individu meurt.

4° L'expression élat pcrmcieitœ est employée spécialement pour les fièvres intermittentes ataxiques, qui s'accompagnent d'un symptôme très-dangereux i et qui sont appelées à cause de cela comilatœ. Ce «ymptômc, qui offense profondément un organe cssen-

208 NEUVIÈME LEÇOX.

tiel (doul les sympathies générales sont fort actives), est la cause immédiate de la mort.

5° Une fièvre est dite mali morts , ordinaireiftent lorsqu'elle est rémittente , et qu'après avoir paru Léuigne , elle présente des paroxismes insolites qui inspirent de la crainte au médecin.

Il y a des fièvres continues qui , dès leur début et dans le cours de leur durée, présentent la stupeur, l'ataxie, la malignité. Une maladie de cette forme est ce qu'HippocRATE paraît avoir nommé typhus proprement dit : mais comme cette dénomination n'a pas été restreinte à un seul mode morbide , il a fallu que ses successeurs lui donnassent une acception plus limitée. Il me paraît seulement qu'une fièvre de ce genre porte toujours le nom de flèvre maligne , ou de fièvre ataxique, quelle qu'en soit la durée; mais plusieurs nosologistes ne donnent le nom de typhus qu'à une fièvre ataxique qui dure au moins trois semaines , vraisemblablement par respect pour le langage d'HippocRATE. Cependant comme la fièvre ataxique , plus courte , a les mêmes symptômes que la lente , seulement rendus plus en relief par l'abréviation et la contraction des modes successifs ,• je ne crois pas qu'il y ait un grand inconvénient à désigner ces deux formes sous le même nom , pourvu que l'on y reconnaisse les caractères pathognomoniques dont j 'ai fait mention.

Les réformateurs prétendent que le typhus, et en général les fièvres typhoïdes , doivent être considérés

TfEimÈME LEÇON. 209

comme le iraumatismc d'une inflammation , ou d'une ulcération de quelque partie des intestins.

Ce que l'on peut dire de plus fort en faveur de cette opinion , c'est ce fait que vous ne devez pas méconnaître , mais qu'il faut apprécier convenablement.

Galien a vu Irès-bien que les grandes plaies , les opérations graves pouvaient nuire non-seulement par l'interruption des fonctions de la partie , et par la réaction fébrile , mais encore par un ressentiment général de tout le système vivant , ressentiment qui est une affection profonde : il l'a nommée hlabc. Ce fait général est confirmé par un grand nombre d'observations faites par les praticiens. Tels sont les accidents mortels qui surviennent quelquefois dans le cours des grandes blessures , et que l'on a considérés comme l'effet de la résorption du pus. Je place dans la même catégorie un fait remarqué par Du.mas dans les armées ; je veux parler des fièvres intermittentes pernicieuses qui surviennent quelquefois aux soldats grièvement blessés. C'est parfois par une stupeur comme typhoïde que se manifeste l'affection blabéïque remarquée à la suite des blessures d'armes à feu. Ce symptôme formidable , dont les chirurgiens militaires ont beaucoup parlé , leur a paru avoir quelque rapport avec l'empoisonnement.

Cette vérité de fait, cette affection profonde de la nature vivante , qui est un to tlieïon d'HippocRATE une hlabê de Galien , me paraît être reproduite par les chirurgiens nos contemporains dans l'expression vague de traumatisme qu'ils ont inventée. 14

210 KEUMÈ31E LEÇON.

Mais il faut bien remarquer que celte affection morbide traumatique n'est point fréquente ; qu'elle s'observe plus souvent dans les cas où coïncident plusieurs causes énervantes chez l'individu , comme des sentiments moraux très - profonds , les fatigues de la guerre jointes avec l'intempérance ou des excès vénériens ; qu'il a été impossible d'assigner des conditions qui pussent déterminer à priori cet événenient. Il a donc fallu reconnaître dans ce phénomène une disposition individuelle préalable.

Ainsi , quand les réformateurs modernes n'ont voulu voir dans les fièvres aiguës qu'un traumatisme provenant d'une inflammation locale , ils n'ont pas fait attention que , même dans cette hypothèse , il leur resterait encore à rendre raison de ce mode spécial morbide surajouté à la simple réaction. S'engageraient-ils à produire arbitrairement un phénomène pareil chez un blessé livré à leurs expériences ?

De plus , l'ouverture des cadavres a fait voir que le typhus a pu exister chez des personnes où l'on n'a trouvé aucune lésion quelconque dans le tube digestif. Ensuite l'on a rencontré des altérations de toutes les espèces dans les intestins , des dothinentérites , des ulcérations de diverses formes , chez des individus qui sont morts de maladies où n'a point paru l'état typhoïde (1). En supposant que ces alté-

(1) C'est ce que M. Cai2ekgues a démontré souvent par des cuvcrlures de cadavres. On trouve aussi dans les divers numéros do la Gazetle médicale, estimable et excellent journal rédigé par M. Gu£&;>', plusieurs faits à l'appui de cette assertion.

NEirvIÈME LEÇON. 211

rations viscérales soient pour quelque chose dans le typhus , elles n'en sont pas des causes directes. Elles ne sont que des causes déterminantes vagues, ou des causes auxiliaires , dont l'effet est relatif à la prédisposition de la force vitale de l'individu.

Enfin , le traumatisme est une affection de courte durée qui enlève le malade ou qui disparaît dans l'espace de deux ou trois jours. Le typhus passe toujours la première semaine , et parvient souvent à la quatrième, quelle qu'en soit la terminaison.

Conclusion. Le traumatisme ne ressemble pas assaz au typhus pour que les fièvres qui portent ce dernier nom puissent être considérées comme des fièvres symptomatiques devenues plus graves par la hlabé de l'intestin. Tout en reconnaissant qu'une lésion d'un organe important peut , dans quelques circonstances , déterminer une affection grave , mortelle même , ce surcroît de danger ne nous fournit pas la raison suffisante de la forme spéciale du typhus.

SOMMAIRE

XXIL Complication des maladies. La complication en chirurgie est la coïncidence de l'altération de deux points différents du corps , ou d'une altération du mécanisme et d'un état morbide de la force vitale. La complication des afTeclions morbides est autre chose. Nous ne pouvons pas nous en former une image. On ne peut qu'en exprimer la réalité. XXIII. Maladies qui dépendent directement d'une asthénie vitale, sans qu'on en puisse trouver l'origine dans une altération physique ou chimique du mécanisme. XXIV. Aveu général de la distinction des causes multiples des maladies, laquelle est la base de la pathogénie. Exemples de la diversité des causes morhiflques des affections, et de la nécessité de ne pas les confondre , sous peine de ne pouvoir point analyser convenablement une maladie interne. Conclusion,

XXII. Avant de quitter la pathologie , il faut rappeler une notion qui est étroitement liée à la théorie des affections morhides , et que les réformateurs ne peuvent pas considérer sous son véritable point de vue. Je veux parler de la complication des maladies,

Quand on parle des maladies du mécanisme et des maladies réactives , la complication est une réunion de plusieurs désordres qui ont des sièges diflerents. Ainsi les chirurgiens disent qu'une fracture est compliquée , lorsqiie plusieurs os rapprochés ont été rompus par la même violence. Ainsi , la fracture des deux os de l'avant-bras est dite compliquée , par opposition à celle d'un de ces deux os. On emploie

plus fréquemment encore la même expression pour la coïncidence d'une altération de plusieurs sortes d'organes ; une plaie des parties molles avec celle des parties dures, ou avec l'ouverture d'un grand vaisseau sanguin, etc. Enfin, ils appellent ainsi les maladies du mécanisme jointes avec des réactions insolites ou des affections traumatiques. Prenons pour t'xemple le tétanos qui survient à l'occasion d'une plaie ; la blabé qui se développe à la suite d'une opération ; la diarrhée et les autres accidents graves qui en sont assez souvent les suites.

Cette manière d'envisager la complication est d'aiitant plus facile à concevoir , qu'elle est fort concrète. C'est la coïncidence et la succession causale de deux phénomènes qui ont des sièges différents ; il n'importe point que ces phénomènes soient du même ordre , ou qu'ils diffèrent en essence : la diversité des sièges suffit pour les distinguer , et la simultanéité des maladies n'embarrasse point l'esprit.

Mais il existe une complication qu'il n'est pas possible de comprendre , et dont il faut reconnaître la réalité : c'est celle des affections morbides. Comme les affections sont des modes de l'unité vitale, que nous ne concevons pas un siège pour la résidence de ce pouvoir, il nous est impossible do former dans notre esprit une image de telle complication : la coïncidence de deux choses dans des lieux différents , la tissure même de parties diverses entrelacées , ne sont d'aucun secours pour arrêter les noiijns qui se

rapportent à cet objet. Ne soyons pas surpris que les personnes peu versées dans la connaissance de la nature vivante , et particulièrement de celle des affections morbides , ne puissent point parler congrûraent des complications de ces modes.

Pour nous qui savons exprimer les faits d'une manière générale, sans nous mettre en peine de les faire concorder avec des opinions préconçues, nous énonçons cette proposition : Dans le même individu, plusieurs affections morbides peuvent coexister, présenter leurs symptômes respectifs , et montrer successivement leurs phases. Cette coexistence dans la nature vivante du même système porte le nom de simple coïncidence si les phénomènes successifs des deux affections se développent sans embarras , sans trouble , sans que l'une exerce aucune influence sur Vautre. Mais si les deux affections s'unissent de telle sorte qu elles ne peuvent pas se séparer, que l'une ne peut pas être guérie tant que l'autre existe encore , que leurs thérapeutiques doivent être simultanées , sous peine d'être vaines : celte coïncidence porte le nom de

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