INJECTIONS INTRA-VE1NEUSES
prussiate de potasse est éliminé par les reins el par l'estomac, mais peu ou pas pur la salive. Il est cependant à supposer qu'il passerait par la salive si L'on en injectait beaucoup plus; mais on ne peut forcer la dose dans le sang- veineux, car une injection de plus de I gramme tuerait l'animal. Est-ce à dire que nous ne puissions faire arriver une grande quantité de cette substance au niveau de la glande sans empoisonner tout l'organisme? Nullement; et c'est ce que nous obtenons précisément en dirigeant spécialement l'injection vers un département sanguin, vers celui de la glande sous-maxillaire, en injectant dans l'artère de cette glande une quantité de prussiate très-considérable pour cet organe, mais relativement insignifiante lorsqu'elle est répandue dans tout l'organisme.
Nous obtenons les mêmes résultats pour le curare. Certains nerfs, par exemple ceux de la glande sousmaxillaire, résistent fort longtemps à l'action de ce poison ; mais en faisant directement l'injection clans les artères de cette région, nous portons une dose relativement énorme de curare sur les parties périphériques de ces nerfs, et nous les frappons directement.
Nous voyons donc que les injections dans le système artériel sont un précieux moyen d'agir dans des circonstances particulières. Il va sans dire que dans ce cas on pousse toujours l'injection vers la périphérie. Cependant, clans des circonstances spéciales et sur lesquelles nous reviendrons plus tard, on pousse même l'injection artérielle de la périphérie au centre. Nous ne voulons indiquer ici que les grandes précautions qu'il faut
prendre, dans ces cas, de pousser l'injection avec lenteur, si Ton ne veut voir l'animal succomber subitement par apoplexie du cœur. C'est que l'injection trop brusque et trop considérable produit un reflux qui tient les valvules sigmoïdes baissées, et amène dans les artères coronaires une pression qui produit des ruptures et des hémorrhagies au milieu des fibres musculaires du cœur.
Vaisseaux du pli de raine. — Les vaisseaux nous présentent, au pli de l'aine, exactement les mêmes dispositions chez l'homme et les animaux. Nous ne nous arrêterons donc pas sur l'anatomie de cette région (voy. fig. 89), ni sur les procédés opératoires employés pour aller à la recherche des vaisseaux. On pratique, comme pour le cou, une incision longitudinale; on dénude les vaisseaux, on les isole avec une sonde cannelée, et Ton passe au-dessous d'eux une double anse de fil.
On peut alors pratiquer sur la veine crurale les mêmes injections que sur la jugulaire. Ici on n'a plus à craindre l'introduction de l'air dans les veines. Nous avons ainsi maintes fois injecté diverses substances dans la veine, chez des animaux immobilisés par le curare, afin de pouvoir placer plus commodément des canules dans les canaux des glandes (sous -maxillaire, rein, pancréas, etc.) au niveau desquelles nous voulions étudier l'élimination du poison, du prussiate de potasse par exemple. Si l'injection de ce sel est trop concentrée, l'animal succombe ; mais même les cas de ce genre sont très-instructifs. Ils nous permettent de voir que le sang jaillit encore de l'artère, quoique le cœur soit arrêté : c'est que la respiration artificielle, les mouvements du
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poumon, entretiennent encore un très-léger degré île circulation, vu les compressions et les dilatations successives de la cage thoracique. Ils nous montrent, de
FlG.
Pli de L'aine chez le chien.
a, veine crurale; b, artère crurale; c, nerf crural; d, peau et lèvres Je l'incision, e, aponévrose crurale et 'gaine des vaisseaux incisés ; f, f, muscles adducteurs ; q, le couturier; h, h, fil passé au-dessous de la partie supérieure (centrale) de la veine ; h', h', fil passé au-dessous de sa partie périphérique.
plus, que ce sang sortant des artères est encore rouge, et que celui des veines est noir ; tandis que, en général, chez tous les animaux qui viennent de succomber, le sang est noir dans tous les vaisseaux et dans toutes les
cavitésdu cœur. Ici, au contraire, nous trouvons du sang noir dans le cœur droit et du rouge dans le gauche. C'est qu'ici la mort est arrivée par un mécanisme particulier, par l'arrêt du cœur, et que les mouvements du poumon se sont continués après cet arrêt. Nous avons autrefois indiqué cette présence d'un sang noir dans le cœur droit et rouge dans le cœur gauche, comme le caractère le plus frappant de la mort par les poisons du cœur; c'est alors le cœur qui meurt le premier, et la respiration continue encore quelques instants.
M artère crurale, mise à nu parla môme opération que la veine, peut nous servir à des expériences analogues à celles dont nous avons parlé pour la carotide : on peut y puiser du sang ou y diriger des injections qui seront poussées vers le bout périphérique. Ces injections dans le bout périphérique se font ici plus fréquemment ; elles ont un but particulier: c'est de faire pénétrer dans l'artère des substances solidifiables ou de petits corps (poudre de lycopode) qui iront oblitérer toutes les artérioles. On pourra alors étudier parfaitement quels sont, sur les muscles, sur les nerfs du membre, les effets de la suppression complète de la circulation ; une ligature sur le tronc principal ne donnerait pas une suppression absolue de la circulation, qui dans ce cas se rétablit trèsvite et très-complètement par les vaisseaux collatéraux. On peut aussi injecter de l'air pour obtenir cet effet : l'oblitération est si bien effectuée alors, que dans des cas semblables Magendie a souvent produit la gangrène du membre; mais nous avons déjà parlé des expériences récentes qui ont montré que parfois l'air peut franchir les