ACTES MÉCANIQUES ET CHIMIQUES
cette comparaison; pour lui, la dioçeslion était une fermentation analogue à celle de la pâte du pain; de même que la ménagère, après avoir pétri le pain, garde un peu de pâte pour l'utiliser comme levain dans une prochaine opération de pétrissage, de môme, disait van Ilelmont, le tube intestinal ne se vide jamais complètement, et le résidu qu'il conserve après chaque digestion devient le levain qui servira à la digestion suivante.
Les premières recherches expérimentales sur la digestion datent de la fin du xvif siècle, alors que l'Académie de Florence retentit d'une célèbre et longue controverse entre Borelli et Valisnieri (1). Le premier ne voulait voir dans la digestion qu'un acte purement mécanique, un travail d'attrition par lequel les substances ingérées étaient finement divisées et comme pulvérisées; et Borelli invoquait, à l'appui de cette opinion, les faits qu'il avait observés relativement à l'estomac (jabot) des oiseaux ; on sait (pie ce réservoir à parois musculaires très-épaisses peut exercer sur son contenu une pression telle qu'il brise les corps les plus résistants. Identifiant l'estomac de l'homme au jabot de l'oiseau, Borelli était amené à attribuer aux parois de ce viscère une force énorme, évaluée à plus de mille livres, et dont la mise en jeu constituait, disait-il, l'essence même des phénomènes digestifs. — Valisnieri, au contraire, ayant eu occasion d'ouvrir un estomac d'autruche, y avait trouvé un liquide paraissant agir sur les corps qui y étaient plongés; ce li([uide, disait-il, est l'agent actif de la
(1) Accademia del Cimenlo. — Linjrji di nalurali e.tperieiue fatle nell'Accademia del Cimcnto. 16C7.
digestion; c'est une espèce d'eau forte qui dissout les matières alimentaires.
Ces deux opinions opposées, résultant bien plus d'observations que d'expériences régulièrement instituées, furent le point de départ des recherches expérimentales entreprises par Réaumur en 175*2. Pour résoudre le problème posé parBorelliet Valisnieri, Réaumur fait avaler à des oiseaux des matières alimentaires renfermées dans des tubes creux et percés à jour, de telle sorte que ces substances, soustraites k l'action mécanique des parois de l'estomac, fussent cependant soumises encore à l'action du liquide stomacal. Les premiers tubes (verre, fer-blanc, etc.) mis en usage furent broyés, plies, aplatis par l'action des parois du jabot, et Réaumur ne parvint à opposer à cet effort mécani(iue une résistance suffisante qu'en employant des tubes de plomb assez épais pour n'être point aplatis par un poids de 484 livres : telle était, en effet, la force développée par les parois contractiles du jabot des dindons, canards et coqs mis en expériences. Ces tubes de plomb, remplis des graines dont ces oiseaux se nourrissent, et bouchés seulement d'un grillage permettant la pénétration des sucs stomacaux, ces tubes, après un long séjour dans l'estomac, renfermaient encore ces graines parfaitement intactes, si celles-ci n'avaient pas été préalablement broyées ; s'ils avaient été remplis de viande, celle-ci était retrouvée corrompue mais non digérée. Réaumur fut donc amené tout d'abord à considérer la digestion, chez les gallinacés, comme une pure et simple trituration. Mais, répétant ces expériences sur des