AGÏILS MÉCANIQUES ET CHIMIQUES
oiseaux de proie (faucon, buse, etc.), il observa cette fois qu'ici la digestion consiste essentiellement en une dissolution, sans acte mécaniijue important, et qu'il en est de même, chez tous les animaux à estomac membraneux, pour la digestion de la viande.
Pour se procurer le liquide, agent de cette dissolution, Réaumur fit avaler à ces oiseaux des éponges retenues par un fil; retirant ces éponges au bout d'un certain temps, il en exprimait le liquide dans un verre et recherchait l'action de ce liquide sur la viande. Telles sont les premières tentatives de diseslions artificielles in vitro ; Réaumur ne poussa pas très-loin ces dernières investigations et n'en obtint pas des résultats très-décisifs; mais il n'en doit pas moins être considéré comme l'inventeur des digestions artificielles.
Les expériences de Réaumur furent reprises en 1777 par Spallanzoni, qu'on cite généralement comme ayant le premier fait entrer l'étude de la digestion dans la voie expérimentale, quoique cette gloire appartienne en réalité à Réaumur, ainsi que nous Tavons dit.
Spallanzani se refusant à croire que la digestion chez les gallinacés ne fut qu'un simple acte d'altrition mécanique, recommença les expériences de Réaumur sur ces oiseaux; et, en laissant séjourner plus longtemps dans leur estomac les tubes remplis de graines, il observaque ces graines pouvaient être digérées par le suc de l'estomac sans subir l'action mécanique des parois viscérales. Il conclut donc en disant que la digestion se compose d'actes mécaniques et d'actes de dissolution chimique; que ces deux ordres d'actes existent également chez tous
les oiseaux, mais peuvent, selon les espèces, être plus ou moins intenses; les actes mécaniques, presque nuls chez les oiseaux de proie, acquièrent une grande importance chez les gallinacés ; mais on ne saurait les considérer comme constituant uniquement la digestion; ils sont nécessaires et presque indispensables pour la trituration des graines, el cette trituration n'est qu'un acte préparatoire; un sac de blé moulu n'est pas du blé digéré, maismieuxpréparéàsubirraction des liquides digestifs.
Déplus, Spallanzoni étendit ses expériences à un plus grand nombre d'animaux : il opéra sur des gallinacés, des corbeaux, des hérons, des poissons, des serpents, des chats, des chiens. Il constata que dans l'estomac d'un animal qu'on vient de sacriOer, les actes chimiques de la digestion se continuent encore après la mort, et que l'estomac finit par se digérer lui-même, c'est-à-dire (jue les liquides digestifs qu'il renferme en attaquent et en ramollissent les parois, si le cadavre est maintenu à une température égale à celle de l'animal vivant. Celte digestion artificielle, en dehors de tout acte vital, Spallanzoni la réalisa, comme Réaumur, in vitro^ avec les liquides extraits de l'estomac d'un animal.
Dès ce moment, l'étude expérimentale avait tranché la question théoriquement débattue par Borelli et Valisnieri: la digestion ne pouvait plus être considérée que comme une dissolution des aliments par le liquide de l'estomac, par le suc gastrique.
Mais il restait à connaître ce suc gastrique et à déterminer sa nature et son mode d'action. Les opinions étaient on ne peut plus contradictoires à ce sujet.