‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 124 sur 163 · SÉCRÉTION SALIVAIRE · texte numérisé non relu

SÉCRÉTION SALIVAIRE

ment sur le centre nerveux, vous produisez une sécrétion semblable à celle que l'on observe dans les circonstances ordinaires. Si, au lieu d'agir sur le centre nerveux par la galvanisation du lingual, vous irritez directement ce centre lui-même, vous déterminerez alors un diabète salivaire, si je puis m'exprimer ainsi.

En outre, il existe certains poisons qui agissent directement sur les glandes salivaires. Le curare, par exem pie, qui, ainsi que vous le savez, amène rapidement la mort en déterminant des phénomènes de paralysie généralisée, provoque en même temps un écoulement abondant de salive. Ce phénomène peut s'expliquer par le relâchement complet que cette substance détermine dans la totalité du tissu glandulaire.

On pourrait objecter à cela que l'asphyxie, qui est la conséquence de l'administration de ce poison, suffit à expliquer le phénomène dont nous nous occupons. Afln de trancher définitivement la question, j'ai injecté du curare dans l'une des artérioles qui s'anastomosent avec l'artère de la glande, en ayant soin en même temps d'ouvrir toutes les veines. J'ai ainsi empoisonné les acini de la glande, sans empoisonner l'animal. Or, j'ai obtenu un écoulement de salive qu'il était impossible d'attribuer à une autre cause qu'à l'action locale du curare.

Le curare agit donc sur les glandes salivaires comme sur les autres glandes de l'économie. Nous savons maintenant que cet agent toxique exerce spécialement son influence sur les extrémités des nerfs moteurs. Comment cette action peut-elle retentir sur les corps glandulaires eux-mêmes? C'est là une question difficile que nous

essayerons de résoudre plus tard. Actuellement, nous avons simplement voulu vous montrer qu'il existe un centre nerveux qui préside à la fonction salivaire. Vous avez vu qu'on peut déterminer chez les animaux une salivation permanente par des moyens artificiels. Il en résulte qu'il existe un nerf spécial chargé de présider à l'action de chacune des glandes. La découverte que nous avons faite récemment complète la série des preuves sur lesquelles repose cette doctrine générale. Les filets moteurs de la glande parotide ont leur origine, ainsi que vous le savez déjà, dans une hranche du nerf auriculo-temporal. Ce que nous désirions surtout vérifier, c'est si la section de ce dernier tronc amenait une suspension complète de la sécrétion de la glande. Or, c'est ce qui a lieu en effet. De même qu'après la section du facial dans l'intérieur du crâne, tous les stimulants mis en contact avec la muqueuse buccale sont impuissants à provoquer la sécrétion parotidienne, de même, quand le nerf auriculo-temporal a été divisé, le vinaigre, les substances sapides et tous les autres excitants de cette sécrétion , demeurent sans aucun effet sur les animaux en expérience. Le vinaigre donne bien naissance à des impressions gustatives, suivies par un mouvement des mâchoires, mais aucune sécrétion n'a lieu. Si l'on voit apparaître à peine une ou deux gouttes à l'extrémité du tube, c'est qu'elles étaient restées dans le conduit excréteur à la suite d'une galvanisation antérieure du bout périphérique du nerf. C'est là une cause d'erreur contre laquelle le physiologiste doit se tenir en garde.

Page 1