‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 133 sur 163 · VINGT-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME LEÇON

Sommaire : Expériences sur les fonctions rie l'œsophage. — Effets de la section ilii pneumogastrique sur cette partie du tube digestif. — Conclusions erronées que l'on a tirées de ces résultats. — L'op('Talion n'abolit aucune des sensations en rapport avec le travail de la digestion. — Explications rationnelles des effets produits par une constriction du cardia. — • Facilité de la démonstration chez les animaux porteurs d'une fistule gastrique. — La constriction disparait après un court espace de temps. — Expériences sur le bol alimentaire. — De la quantité de salive qui imprègne les aliments. — Expériences sur la déglutition. — Effets produits par la division complète du nerf œsophagien.

De l'estomac. — Des fistules gastriques. — Des animaux qui conviennent à l'opération. — Diverses manières de procéder. — Description de la méthode de M. Blondlot. — Modifications introduites par M. Cl. Bernard. — Modifications apportées plus récemment par M. Blondlot lui-même. — Démonstrations expérimentales.

Messieurs,

Après avoir terminé maintenant la série des expériences qui se rapportent à la sécrétion salivaire, nous allons poursuivre l'étude des fonctions digestives, en nous plaçant, nous l'avons dit, au point de vue de la physiologie pratique.

Si, ainsi que cela est notre intention, nous suivons un ordre strictement anatomique, la première portion du tube digestif que nous rencontrons après la bouche» c'est l'œsophage. Les fonctions de celte partie du canal alimentaire ne présentent pas un champ très-étendu aux investigations, et n'ont pas été l'objet d'un grand

nombre d'expériences. Nous verrons cependant que celte question n'est pas absolument stérile.

Les relations anatomiqucs intimes des pneumogastriques avec l'œsophage ont naturellement suggéré l'idée d'examiner les effets physiologiques que la section de ces nerfs pouvait produire sur les fonctions digestives. On a dit que celte opération abolissait entièrement les sensations de faim et de satiété, de vacuité et de réplétion de l'estomac.

En fait, les animaux témoignent en général de la répugnance pour les aliments dans ces circonstances, et quand ils consentent à prendre de la nourriture, on voit apparaître presque immédiatement des symptômes de suffocation. On a soutenu alors qu'étant également incapables de percevoir les effets du jeûne, et de sentir que les besoins de la nature étaient satisfaits, leur indifférence d'une part, leur voracité de l'autre étaient les causes réelles des accidents observés. Mais l'expérience, sous plusieurs rapports, n'a pas été convenablement contrôlée.

Après avoir pratiqué une fistule stomacale chez un chien, en vue d'examiner la sécrétion du suc gastrique, j'ai été amené à sectionner les pneumogastriques, dans le but de déterminer si l'ingestion des aliments produisait ses effets stimulants ordinaires sur les glandes de l'estomac, alors que celles-ci sont en partie dépourvues de l'influence nerveuse. Après avoir introduit les aliments par la bouche, je fus fortement surpris de ne pas les voir apparaître dans l'estomac : ils s'accumulaient au-dessus du cardia, et, après avoir rempli peu à peu

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la totalité de l'œsophage, ils finissaient par atteindre l'orifice supérieur du larynx : leur présence à ce niveau provoquait nécessairement des accès de suffocation.

Ce résultat paraît singulier, à première vue. En effet, bien qu'à l'état normal les contractions de l'œsophage -contribuent à chasser les aliments vers l'estomac, comment se fait-il que, lorsque sa tunique musculeuse est paralysée par lasection de ses nerfs moteurs, les contractions du pharynx ne communiquent pas une impulsion suffisante à la masse alimentaire, qui tend, par son propre poids, à descendre dans la cavité gastrique? La raison, c'est qu'une contraction spasmodique de l'orifice stomacal de l'œsophage s'oppose au passage des aliments dans la cavité gastrique, et fait équilibre aux contractions du pharynx. Mais, au bout d'un jour ou deux, cet état particulier de contracture cesse, et l'animal est généralement capable de manger au bout de trente-six beures après l'opération. Il est dès lors évident que la section des pneumogastriques n'exerce aucune influence, quelle qu'elle soit, sur les sensations qui se rapportent à l'état de vacuité ou de plénitude de l'estomac. Nous allons faire l'expérience devant vous, et l'animal va présenter les phénomènes que je viens de vous décrire.

Nous coupons ici les deux pneumogastriques d'an très-gros lapin à jeun depuis vingt-quatre heures. On lui présente alors des aliments qu'il avale avec la plus grande voracité. Des symptômes de suffocation apparaissent rapidement. L'animal se remet bientôt et essaye de nouveau de manger, ce qui amène un autre "kccès.

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A la fin de la leçon, on le lue et on l'ouvre. L'œsophage est entièrement rempli d'aliments non digérés, du cardia au pharynx, tandis que l'estomac ne renferme que quelques traces du repas précédent. Chez les rongeurs en effet, même lorsqu'on les a fait jeûner pendant un certain temps, l'estomac n'est jamais complètement vide.

Ces expériences, messieurs, ne sont pas les seules que l'on ait tentées sur l'œsophage. On a ouvert ce canal pour en extraire le bol alimentaire dans l'état oîi il se trouve en quittant la cavité buccale. Celte expérience permet de déterminer la quantité de salive qui imprègne les aliments pendant la mastication. Cette quantité est facile à calculer, en donnant à l'animal un aliment sec que l'on pèse avant et après l'opération. Ainsi, si l'on donne à un cheval iO grammes de fourrage que l'on a eu soin de faire sécher avec soin, la masse extraite de l'œsophage pèse 100 grammes. Il en résulte que l'animal ajoute neuf cents parties de salive à cent parties de matière alimentaire. Cette proportion varie toutefois avec la nature de l'aliment. Lorsqu'on ouvre les deux conduits parotidiens, le produit de la sécrétion n'étant plus déversé dans la bouche, la mastication est plus difficile et dure beaucoup plus longtemps : la soif est aussi augmentée. Tous ces résultats sont faciles à expliquer par la nature des fonctions de ces glandes, que nous avons étudiées dans la précédente leçon.

Le mécanisme de la déglutition a été également étudié au moyen d'expériences semblables. Si l'on ouvre l'œsophage d'un cheval, et si l'on applique une ligature au-

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dessous de l'ouverture, on voit les aliments s'échapper sous forme de petites masses séparées. Si au contraire on coupe l'œsophage, les aliments ingérés apparaissent sous la forme d'une masse continue dont les portions intérieures sont poussées par les portions supérieures. En d^autres termes, la contraction œsophagienne s'exerce dans le premier cas, tandis que dans le second l'impulsion dérive uniquement du pharynx. La conclusion naturelle à tirer de là, c'est que les contractions œsophagiennes ne peuvent plus se produire quand il n'y a plus de points fixes d'insertion aux deux extrémités du conduit membraneux. En effet, sous tous les autres rapports, les conditions de la seconde expérience sont exactement les mômes que celles de la première, et les nerfs de l'extrémité supérieure du conduit n'ont pas été intéressés.

Nous allons maintenant commencer une étude des plus importantes et des plus intéressantes. Les expériences pratiquées dans ces dernières années sur l'estomac doivent être rangées parmi les plus remarquables qui figurent dans les annales de la science. Leurs résultais ont fait faire un progrés extraordinaire à la physiologie. Le succès qui a, sous ce rapport, couronné les efforts des observateurs, est dû principalement à l'idée éminemment ingénieuse de pratiquer des ouvertures artificielles à l'estomac. C'est ainsi que nous avons pu constater les propriétés réelles du suc gastrique, et contempler de visu la marche naturelle de la digestion stomacale.

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On a produit des fistules gastriques chez un grand nombre d'animaux appartenant à différentes espèces. Cependant il en est cpielques-uns qui sont tout à fait impropres à celte opération, et cela pour diverses raisons. Pour pratiquer l'expérience dans les circonstances les plus favorables, on doit choisir un animal dont l'estomac est large, facilement dihitable, et en môme temps assez rapproché de la paroi abdominale. C'est pour cela que l'opéralion devient lout à fait impossible chez certains animaux. Le cheval, par exemple, a l'estomac petit et profondément situé, oulre que l'organisation particulière de l'espèce chevaline donne relativement peu d'importance aux fonctions de cet organe. Non-seulement ses dimensions sont insignifiantes, mais les glandes gastriques n'occupent qu'une très-petite portion de sa surface, sa partie gauche étant entièrement recouverte par des couches épaisses d'un épithélium dur, qui se continue avec celui de l'œsophage. Il est également difficile, et pour les mêmes causes, de produire des fistules gastriques chez les oiseaux pourvus d'un gésier. Mais l'expérience réussit admirablement chez ceux d'entre eux qui sont munis d'un estomac musculeux, le corbeau, par exempld, et tous les oiseaux de proie. Il serait inutile de pratiquer l'opération chez le lapin, dont l'estomac n'est jamais vide, alors même que cet animal meurt de faim : on ne pourrait jamais obtenir chez lui du suc gastrique pur, non mélangé. Beaucoup d'autres animaux domestiques doivent être ébminés pour des raisons à peu près identiques. Pour que l'opération s'effectue avec un plein succès^ il faut que l'ani-

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mal choisi offre les plus grandes facilités à la partie chirurgicale de l'expérience, et qu'il soit doué d'une sécrétion abondante de suc gastrique pur. Par suite, le chien est l'animal qui remplit le mieux les conditions requises : c'est lui que l'on emploie généralement.

C'est à M. Blondlot que revient l'honneur d'avoir conçu la première idée de cette opération. Voici le procédé imaginé par cet habile observateur :

L'animal étant couché sur le dos et solidement attaché, on fait sur la ligne blanche une incision s'étendant de l'appendice xiphoïde à la symphyse pubienne. On saisit alors l'estomac avec une pince et on l'attire en avant. On passe ensuite à travers les parois de l'estomac un fil d'argent que l'on enroule autour d'un obturateur de bois placé en dehors de l'abdomen. Cette première partiede l'opération une fois terminée, on laisse l'animal en repos pendant quelques jours. Lorsqu'au bout d'uo temps suffisant les parois stomacales ont contracté des adhérences avec l'ouverture abdominale, on ouvre la face antérieure de cet organe avec le bistouri, et l'on y introduit une canule.

Dans mes propres expériences, j'ai trouvé plus commode de modifier le manuel opératoire de la manière suivante: On provoque d'abord une dilatation de l'estomac, en laissant l'animal manger copieusement une heure ou deux avant l'opération. On fait alors une incision qui comprend à la fois la paroi abdominale et la face antérieure de l'estomac distendu qui est venu s'accoler à elle. On introduit sur-le-champ la canule et, par quelques points de suture, on réunit la plaie abdominale

à l'ouverture gastrique. L'opération réussit presque toujours, et au bout de deux jours on peut commencer sans crainte les expériences sur la digestion.

M. Blondlot a publié récemment une modification de son procédé, qui permet à l'opérateur de se passer de canule. Il arrive parfois que les lèvres de la plaie s'enflamment et que la présence de l'instrument occasionne une irritation douloureuse qui rend son ablation nécessaire : si on ne le retire pas, les parties voisines peuvent se gangrener. Dans mes expériences, je me suis mis à l'abri de cet inconvénient en me servant d'une canule double, ce qui me permet d'en substituer une plus petite à la première, lorsqu'elle est ti'op grosse.

M. Blondlot a adopté une métbode différente. Après avoir ouvert l'abdomen, il provoque une inflammation adhésive qui réunit la face antérieure de l'estomac aux lèvres de la plaie. Il fait alors avaler à l'animal une mèche de fll à emballage, dont l'une des extrémités reste pendante en dehors delà bouche. Avec une pince, il saisit l'autre extrémité dans la cavité gastrique préalablement ouverte. Il attache alors un obturateur à l'extrémité supérieure; puis, tirant la mèche à travers la plaie, il fait passer cet obturateur par l'œsophage, jusque dans l'estomac, dont il ferme complètement l'ouverture. De cette manière on peut, à volonté, fermer la fistule en tirant à soi l'obturateur, ou la rouvrir en le repoussant en arrière.

Pratiquement, cette méthode paraît offrir des difficultés considérables.

Nous continuerons donc, de préférence à ce nouveau

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