VINGT-HUITIÈME LEÇON
Sommaire : Du suc (lancréatiqui'. — DispositiDiis anatomiriues des coaduits i)ancréaliqui's chez riinmmo. — SitualiDii de hurs orifices oxtcnii s. — La bifidité de l'appareil excréteur est un vestige de l'état fœtal. — Dispositions analomiqucs de ces parties dans les dillérentes espèces animales. — Différents procédés opératoires. — L'organe décrit par Aselli comme un pancréas chez le chien n'est qu'une agglomération de ganglions lymphatiques. — Glandes de Brunner. — Nature précise de leur sécrétion. — Propriétés de la sécrétion pancréatique. — Ex|5éricncns relatives à ce sujet.
Des substances éliminées par la glande pancréatique. — Analogie qui existe sous ce rapport entre les glandes pancréatiques et salivaires. — Influence du système nerveux sur le pancréas. — Expériences variées sur la sécrétion pancréatique.
Messieurs,
Nous avons examiné successivement dans nos précédentes leçons les principales méthodes auxquelles on a recours pour se procurer les produits de certaines glandes qui jouent le rôle principal dans les fonctions digestives. Nous vous avons montré comment on recueille la salive, le suc gastrique et la sécrétion pharyngée à l'état de pureté parfaite. Nous arrivons maintenant à la portion inférieure du canal alimentaire, où nous allons poursuivre nos recherches sur cette branche de la physiologie.
Immédiatement au-dessous du pylore, plusieurs liquides importants sont versés dans le duodénum par diverses glandes, dont les unes sont situées en dehors de
SÉCRIiTIONS INTESTINALES. 575
rintestiii, tandis que les autres sont comprises dans ses parois mêmes. Nous voulons parler de la bile, du suc pancréatique, et du litiuide sécrété par les glandes de Brunner. Nous appellerons aujourd'hui votre attention sur la sécrétion pancréatique.
Les divers procédés au moyen desquels on recueille les liquides intestinaux, bien que fondés sur un ensemble de principes généraux, doivent être modifiés dans une certaine mesure suivant les glandes auxquelles on a affaire. Ainsi que vous le savez, il existe de grandes différences entre ces organes. Le pancréas, par exemple, est loin de ressembler à l'appareil salivaire, auquel on l'a pourtant fréquemment assimilé. Au point de vue de la structure, la comparaison est juste; mais, sous le rapport des propriétés physiologiques, cette comparaison est absolument erronée. Et bien que le contraste soit assez sensible à l'élat sain, les effets des maladies le mettent encore plus en lumière. En effet, les désordres locaux sont presque les seuls qui puissent troubler la sécrétion salivaire, laquelle demeure intacte dans le cours des autres affections. 11 est donc relativement facile d'obtenir ce liquide en grandes quantités, sans modifier ses propriétés normales : la légère inflammation qui résulte parfois de l'expérience est, à ce point de vue, absolument insignifiante. Bien différente est la susceptibilité de la glande pancréatique : les perturbations générales de l'économie exercent sur ses fonctions une influence puissante, et la moindre trace d'inflammation modifie immédiatement les propriétés du liquide qu'elle sécrète. Si donc une péritonite survient à la
suite de l'opéralion, l'expérience ne peut être continuée avec espoir de succès; aucune confiance ne doit être ajoutée aux résultats obtenus, puisqu'on n'a plus à sa disposition une sécrétion normale. Si Ton ne prend pas les soins les plus minutieux pour éviter celte fâcheuse complication, qui est trop souvent la conséquence des opérations pratiquées sur les viscères abdominaux, il sera impossible de se rendre rationnellement compte des propriétés delà sécrétion pancréatique.
La nécessité absolue d'établir des règles définies pour l'accomplissement de cette opération délicate est évidente. Nous ne pouvons pas, en effet, accepter les résultats obtenus par les différents observateurs, à moins que les conditions de l'expérience n'aient été identiquement les mômes dans chaque cas. Examinons donc la disposition anatomique des conduits pancréatiques chez l'homme et chez les animaux inférieurs. Ce premier pas une fois fait, nous essayerons d'exposer le plus clairement possible les principes qui doivent nous diriger.
Dans l'espèce humaine, le pancréas est ])ourvu de deux canaux excréteurs : le premier se jette dans le canal cholédoque; le second va s'ouvrir séparément dans le duodénum. Voici l'estomac d'un criminel, qui a été conservé dans l'alcool : cet organe ayant appartenu à un sujet sain, nous devons supposer qu'il offre une disposition normale. Si nous introduisons deux petits stylets d'argent dans les conduits pancréatiques, vous les verrez apparaître à la surface interne de l'intestin, et il vous sera facile de constater leur direction. Leni's extrémités, comme vous le voyez, pénètrent dans le duo-
déniini, immédiatement au-dessous de la portion pylorique : l'un des conduits est pourvu d'un orilice particulier, tandis que l'autre se jette dans le canal biliaire. Dans cette préparation, les deux conduits ont un égal diamètre; mais, dans la majorité des cas, celui qui s'anastomose avec le canal cholédoque est un peu plus gros que l'autre. 11 existe enfin une anastomose directe entre les deux conduits : cette anastomose, vous la voyez nettement dans cette préparation. Il faut noter cette disposition, puisque, lorsqu'on a lié l'un des canaux excréteurs, la sécrétion passe par l'autre pour se jeter dans le tube digestif.
Une disposition semblable existe chez le chien ; chez cet animal, le pancréas est également muni de deux conduits, dont l'un s'ouvre dans le duodénum, immédiatement au-dessus du canal cholédoque, tandis que l'autre va rejoindre le canal biliaire : comme chez l'homme, il existe une communication directe entre les deux conduits. Un petit tubercule placé à la surface interne de l'intestin indique le siège de l'orifice principal commun au canal pancréatique et au canal biliaire; immédiatement au-dessus existe un second tubercule qui correspond à l'orifice du canal pancréatique accessoire ou indépendant. Yoici l'estomac et le duodénum d'uu chien, sur lequel on peut contrôler cette disposition : il nous sera facile de vous démontrer par une expérience directe l'anastomose des deux conduits. Si l'on injecte, en effet, un liquide coloré dans l'un des orifices, on le voit passer immédiatement par l'autre, ce qui établit manifestement l'existence d'une communication.