CI.. CERNAUD. — Physiol. opùr. JS
en contact. Mais, dans le liquide pancréatique, cette propriété ^existe indépendamment de sa nature alcaline; l'émulsion produite est d'une nature différente, et n'est pas le simple résultat d'une combinaison chimique. Ce fait nous permet de nous rendre compte des principaux usages du pancréas dans l'économie. Il sert surtout à la digestion des graisses, lesquelles ne peuvent pénétrer dans les vaisseaux absorbants qu'à l'état d'émulsion. Lorsqu'on lie les conduits pancréatiques chez un chien et qu'on le nourrit ensuite de matières grasses, on retrouve ces matières non-digérées dans les excréments. Les observations cliniques confirment sous ce rapport les résultats des recherches expérimentales ; chez les malades atteints de cancer du pancréas, on retrouve souvent une matière huileuse dans les selles : c'est probablement le résidu des matières grasses qu'ils n'ont pas pu assimiler.
Nous connaissons maintenant complètement les principales propriétés de la sécrétion pancréatique ; il nous reste à examiner ses rapports avec le système nerveux. A ce point de vue, elle diffère essentiellement des autres sécrétions que nous avons étudiées jusqu'ici. Les remarquables effets de l'innervation sur la production de la salive et du suc gastrique vous ont été exposés tout au long; mais l'influence du système nerveux sur l'appareil pancréatique paraît être d'un ordre totalement différent. Lorsqu'on agit sur les nerfs de cet organe, qu'on les excite par le courant galvanique ou qu'on les paralyse par une section transversale, le résultat est absolument le même : la sécrétion devient abondante et
ininterrompue, et une diarrhée prot'use est la conséquence de l'opération. L'extirpation des ganglions semilunaires produit des effets semblables : dans ces conditions le liquide pancréatique n'a plus ses propriétés physiologiques normales. Il existe une différence fondamentale entre les glandes salivaires et le pancréas: dans ces deux ordres d'organes, la section du sympathique accélère la circulation; mais dans l'appareil salivaire la sécrétion est loin d'être modifiée de la môme manière. Lorsque le pancréas, dont les fonctions sont intermittentes à l'état sain, est ainsi amené à fournir une sécrétion continue, le produit qu'il déverse n'est plus un liquide normal : c'est une matière aqueuse, qui ne possède aucune des propriétés caractéristiques du suc pancréatique. Nous trouvons dans ce fait expérimental une confirmation des idées générales que nous avons exprimées ailleurs sur le mécanisme des sécrétions. Nous admettons que tous les organes sécréteurs produisent une substance spéciale et caractéristique, qui est emportée par un courant intermittent. Il est donc de toute nécessité que la glande jouisse de certains intervalles de repos, pendant lesquels se forme ce composé particulier; quand le moment de la sécrétion arrive, il se fait un afflux sanguin abondant qui emporte le produit spécial de la glande, par une sorte d'exsudation profuse. Mais quand la sécrétion est rendue continue, tout à coup, la substance caractéristique ne se forme plus dans la glande, et le véhicule aqueux s'échappe seul de l'appareil sécrétoire.
Vous voyez, messieurs, que le grand objet de toutes
les opérations que nous avons pratiquées devant vous a été d'examiner en dehors de l'économie les diverses sécrétions qui concourent au travail de la digestion. C'est à Réaumur et à Spallanzani que revient l'honneur de cette nouvelle méthode d'investigation : c'est par eux qu'elle a été inaugurée pour la première fois, et aujourd'hui nous avons à notre disposition des procédés opératoires au moyen desquels nous pouvons nous procurer presque toutes les sécrétions qui se rapportent à la digestion. C'est ainsi que nous sommes en état, non-seulement d'examiner avec soin et de constater avec certitude les propriétés de chacune d'entre elles, mais encore de les imiter et de préparer artificiellement les liquides digestifs. Dans une certaine mesure, ces sécrétions peuvent être obtenues en dehors des manœuvres opératoires que nous avons décrites et pratiquées devant vous, en faisant simplement macérer les organes dans l'eau ; mais jamais on ne les a en aussi grande quantité et à un état de pureté aussi parfait que lorsqu'on emploie la méthode ordinaire.
L'histoire expérimentale de la sécrétion pancréatique étant ici terminée, un autre liquide, non moins intéressant, appelle maintenant notre attention : nous voulons parler de la sécrétion biliaire. Les connexions intimes qui existent entre l'appareil excréteur du foie et celui du pancréas, les nombreuses anastomoses qui unissent leurs conduits et permettent h leurs sécrétions de se mélanger largement l'une à l'autre, enfin la nature distincte de leurs fonctions font de cette étude le complément
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indispensable de celle que nous avons récemment terminée. Tel est le motif qui nous amène à finir celte dernière leçon par cet important sujet.
La bile se déverse dans le tube intestinal par un seul orifice, dont la situation est constamment la même : il est placé au-dessous du pylore. Chez aucun animal elle ne passe en un autre point, contrairement à ce qui a lieu pour le suc pancréatique : cette disposition anatomique persiste dans toute l'échelle des êtres vivants.
Voici l'estomac et le duodénum d'un lapin : vous pouvez juger par cette préparation combien est considérable la distance qui sépare chez cet animal l'orifice biliaire de l'orifice pancréatique. Toutefois, il n'en est pas toujours ainsi ; car, dans beaucoup d'autres espèces, le canal cholédoque est uni à l'appareil pancréatique par un grand nombre d'anastomoses. Chez les animaux dépourvus de pancréas (la carpe, par exemple), Weber suppose que les deux organes se confondent en un seul appareil; beaucoup d'autres poissons offrent une semblable disposition.
Il est beaucoup plus facile de se procurer la bile en grandes quantités qu'aucune autre sécrétion intestinale. Le foie étant l'un de ces organes que la nature a pourvus d'un réservoir, la méthode lapluscommode pour recueillir sa sécrétion consiste à ouvrir la vésicule biliaire immédiatement après la mort. On peut ainsi étudier à l'aise ses propriétés physiques et chimiques. Toutefois, chez certains animaux, la vésicule biliaire fait défaut: elle manque chez le cheval, alors que chez le bœuf elle atteint des proportions prodigieuses. Les raisons de
cette difTérence ne nous sont pas connues ; mais les animaux privés de vésicule biliaire ont des conduits excréteurs extrêmement lâches, ce qui permet à la bile de les distendre et de s'accumuler dans leur cavité.
Pour opérer sur les animaux vivants, on pourrait songer aux anesthésiques; mais le liquide obtenu de cette manière n'a pas ses propriétés normales. Comme vous le savez, toutes les sécrétions ont lieu sous l'influence de certaines excitations physiologiques : la salive s'écoule pendant la mastication, le suc pancréatique pendant la digestion. Les causes qui agissent sur la sécrétion biliaire sont inconnues jusqu'ici; cette sécrétion a lieu pendant l'intervalle des digestions : chez les animaux pourvus d'une vésicule biliaire, le liquide s'accumule dans cette poche pendant le jeûne et en sort aussitôt que les aliments arrivent dans l'estomac; dans d'autres espèces, il distend simplement les canaux biliaires. Lors donc qu'on veut en recueillir de grandes quantités, il faut que l'animal n'ait pas mangé depuis un certain temps.
Aussitôt que la digestion commence, la bile s'échappe de son réservoir et tombe dans le duodénum ; mais il ne s'en forme plus dans le foie, qui commence alors à exercer une auti'e fonction, à savoir la production du sucre de raisin. Il est facile de contrôler ce fait chez les animaux inférieurs. J'ai découvert chez le limaçon l'existence de ces deux sécrétions différentes, qui ont lieu alternativement. Le sucre se forme pendant la digestion ; la bile, au contraire, est produite pendant l'abstinence et coule dans l'estomac. Quand les aliments
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arrivent dans ce dernier, ils y rencontrent la bile qui s'y est accumulée à l'avance, et la digestion commence. Mais la sécrétion biliaire est alors suspendue, en sorte que l'animal, lorsqu'il ne mange pas, prépare pour ainsi dire une provision de ce liquide pour son prochain repas.
Les opérations pratiquées dans le but de recueillir la bile chez les animaux vivants ont eu, la plupart du temps, pour objet de l'empêcher de suivre son cours naturel; car pour étudier ses propriétés particulières, il est en général beaucoup plus commode de prendre la vésicule biliaire d'animaux récemment lues. Les physiologistes ont donc essayé de s'opposer au passage de la bile dans le duodénum, afin de déterminer si elle joue un rôle dans le travail de la digestion. En effet, plusieurs auteurs croient que ce liquide n'est qu'une matière excrémentitielle sans aucun rapport avec l'assimilation des aliments. M. Blondiot, en particulier, s'est fait remarquer parmi les partisans de cette opinion par la publication d'une série d'articles ayant pour titre : « De l'inutilité de la bile dans la digestion. »
Haller, au contraire, en raison des dispositions anatomiques que nous venons de décrire, avait été amené à admettre que la bile jouait réellement un rôle important dans cette fonction : il croit qu'il est impossible qu'un liquide excrémentitiel puisse être versé dans les portions supérieures du tube intestinal, ^feis de tels arguments n'ont pas de valeur réelle en physiologie, et en cas de doute il faut recourir aux vivisections. Schwann et Blondiot ont entrepris simultanément des expériences
intéressantes sur ce sujet. Schwann opère simplement sur la vésicule biliaire elle-même; or vous savez que le conduit commun est indépendant de celui qui émerge du réservoir biliaire : il s'anastomose avec ce dernier de manière à permettre le passage du liquide ((u'il porte dans la vésicule, ou à laisser la bile contenue dans celle-ci pénétrer, à un moment donné, dans le duodénum; il continue donc néanmoins à charrier vers l'intestin la sécrétion biliaire qui vient directement du foie, alors que le réservoir glandulaire a été perforé.
C'est pourquoi Tiedemann et Gmelin liaient le conduit commun immédiatement au-dessus de son orifice externe, afin de s'opposer au passage de la bile dans le duodénum; mais cette opération produit des désordres pathologiques : les conduits biliaires se distendent, la sécrétion s'accumule dans les canaux qui la renferment, et l'animal est atteint tout d'abord d'ictère. Puis, au bout d'un certain temps, la rupture du conduit commun est la conséquence de cette distension inaccoutumée; et l'animal succombe rapidement à la péritonite qui résulte de cet accident. Dans quelques cas, toutefois, la ligature tombe, la perméabilité est rétablie, et les fonctions i-eprennent leur cours normal.
Pour éviter cet inconvénient, il fiiut pratiquer une ouverture qui permette à la sécrétion de s'échappei", alors que son cours naturel est interrompu. M. Blondlot a adopté dans ce but un procédé différent. Il lie le canal cholédoque en deux points séparés; la bile, ne pouvant plus ainsi passer dans le duodénum, s'accumule dans le
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vésicule biliaire. On provoque alors des adhérences de celle-ci avec la paroi abdominale, exactement comme l'on fait lorsqu'on opère les kystes hydatiques par la méthode de Récamier, méthode qui consiste en appUcations successives de potasse caustique. On ouvre alors la vésicule, et l'on entretient l'ouverture au moyen d'un tube qu'on y introduit. Les desiderata de l'expérience sont ainsi comblés avec succès; et dans ces conditions la vie peut être prolongée pendant un temps considérable. Cependant les résultats obtenus par les dilYérents observateurs ne concordent pas toujours.
Le premier effet de l'opération est une atrophie complète de la vésicule biliaire, qui se trouve réduite aux proportions d'un simple canal excréteur d'où la bile s'écoule continuellement; mais bientôt ensuite, d'après Schwann, les animaux deviennent excessivement voraces; ils maigrissent, sont pris d'une diarrhée profuse et succombent plus ou moins vite. Chez les jeunes animaux la terminaison fatale se produit dans un espace de temps plus court que chez les adultes. Dans quelques cas on a vu les sujets recouvrer entièrement leur santé antérieure; mais Schwann a reconnu que ce résultat était invariablement dû au rétablissement de la perméabilité des conduits et au passage consécutif de la bile dans le duodénum.
Les résultats des expériences de M. Blondlot sont diamétralement opposés à ceux que je viens de décrire. Il dit que, chez un grand nombre de chiens sur lesquels l'opération avait été pratiquée, la santé avait continué à se maintenir parfaite, bien que les canaux ne se fussent
pas rétablis. Il attribue la mort des animaux de Schwann à ce qu'ils léchaient leur plaie et avalaient ainsi la bile qui s'en écoulait : habitude qui produit rapidement de fatals efîets. Il évite donc ce danger en muselant l'animal, ce qui l'empêche effectivement de lécher sa blessure.
D'autres observateurs, et moi-même entre autres, ont obtenu des résultats qui s'accordent avec ceux de Schwann ; mais il est certain, quoi qu'il en soit, que la mort n'est pas une conséquence immédiate des fistules biliaires, et n'a lieu qu'après un laps de temps considérable. Voici un chien sur lequel l'opération a été pratiquée. La plaie est aujourd'hui guérie (bien entendu il reste un orifice fistuleux) : vous voyez que sa santé ne paraît pas avoir souffert de l'expérience.
La méthode adoptée par Schwann et Blondlot offre un inconvénient très-sérieux ; nous voulons parler de l'interruption définitive du passage de la bile dans l'intestin, sans qu'il y ait possibilité de rétablir l'ordre naturel des choses. Dans mes propres expériences, j'ai trouvé plus avantageux d'introduire une canule dans le canal cholédoque lui-môme. Après avoir provoqué les adhérences d'après la manière usuelle, on incise le canal et l'on introduit dans la plaie un gros tube, ouvert aux deux extrémités et pourvu également d'une ouverture latérale. Lorsqu'on veut laisser passer, comme d'habitude, la bile dans le duodénum, on bouche l'orifice externe, et la bile coule dans l'intestin par l'ouverture latérale. Si. au contraire, on veut empêcher cet écoulement, on introduit dans le tube un autre tube plus petit,