EXSUDATIONS DE LA LYMPHE
Vous voyez notre premier lapin qui est complètement revenu à lui, c'est-à-dire qui a recouvré tous ses mouvements volontaires. L'élimination du curare est rapide chez ces animaux à sang chaud, à circulation activa ; elle est trop rapide même; pour nous permettre de bien constater les phénomènes d'exsudation lymphatique que nous voudrions observer. Pour nous mettre dans des conditions plus favorables, sans toutefois abolir les mouvements respiratoires et rendre nécessaire la respiration artificielle, nous allons essayer d'avoir recours à une modification expérimentale basée sur des phénomènes d'absorption que nous avons précédemment étudiés. Sur notre second lapin, chez lequel l'empoisonnement curarique est maintenant accompli à la limite voulue, c'est-à-dire avec abolition des mouvements des membres, mais non de ceux du thorax, nous injectons sous la patte une nouvelle dose de curare, puis nous appliquons immédiatement sur ce membre une liii;ature modérément serrée ; nous ménageons ainsi au poison une entrée graduelle et successive, suffisante pour compenser au fur et à mesure les effets de l'élimination, mais insuffisante pour porter plus loin les effets toxiques : nous maintiendrons ainsi l'animal sous le coup du curare et dans la limite voulue de l'inteiisité de l'empoisonnement.
Peut-être noussera-t-il facile, dans ces circonstances, de mieux constater les exsudations de lymphe dont je vous parlais précédemment, exsudations au niveau des séreuses, au niveau des mailles du tissu cellulaire. Cette exsudation n'est pas un fait anormal, nouveau, sans
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analogue physiologique; ce n'est, en un mot, comme tant de phénomènes dits pathologiques, qu'une exagération d'un fait normal, plus ou moins accentué luimême dans des circonstances qui ne sortent en rien de l'état physiologique. C'est ainsi, vous disais-je précédemment, que chez un lapin en pleine digestion, il est facile de recueillir dans le péritoine, à l'aide d'un verre de montre, par exemple, une quantité notable de sérosité, tandis que chez l'animal en inanition la surface périlonéale serait trouvée complètement sèche.
Il semble donc y avoir dans tous les vaisseaux, lymphatiques ou sanguins, une sorte de tonus que de nombreuses influences peuvent modifier, et pour l'étude duquel nous aurons à tenir compte des vaso-moteurs constricteurs et des vaso-moteurs dilatateurs, aussi bien lymphatiques que sanguins. Ces faits sont trèsimportants à connaître pour bien comprendre les divers œdèmes ou exsudations qui peuvent avoir lieu dans les séreuses ou dans le tissu cellulaire. 11 est certain, par exemple, que chez un animal bien portant, la ligature de la veine principale d'un membre ne suffît pas pour amener l'œdème du membre, parce que le tonus vasculaire s'oppose à la transsudation de la sérosité ; mais vient-on à couper les nerfs vaso-moteurs, aussitôt l'œdème a lieu, parce qu'on a détruit le tom/s qui s'y opposait. Chez les malades atteints d'œdème, il faut donc admettre qu'il y a une paralysie du tonus vasculaire en même temps qu'un obstacle au cours du sang.
Vous savez que d'après les recherches que M. Tar-