EXSUDATIONS DE LA LYMPHE
chaiioff a exécutées dans notre laboratoire d'histolo^^ie, sous la direction de M. Ranvier, on constate en môme temps chez les animaux mis dans l'état de ceux que vous avez sous les yeux, une diminution dans la proportion des globules blancs contenus normalement dans le sang; mais vous savez aussi, d'après ce que je vous disais précédemment, qu'il n'en faut pas conclure à une destruction des globules blancs; l'action du curare a eu simplement pour effet de les faire passer du système sanguin dans les cavités ou dans les extravasats lymphatiques. Il y a si peu destruction de ces éléments, que, sortis du sang, ils peuvent y rentrer, et ils y rentrent en effet lorsque l'animal, ayant éliminé le poison, revient à son état normal. On retrouve alors dans le sang la même proportion de globules blancs. Ainsi la lymphe sort des vaisseaux et y rentre, permettez-moi l'expression, avec armes et bagages.
Comment se fait ce passage, notamment pour les éléments figurés? C'est une question qui exerce depuis quelques années la sagacité des observateurs. D'une part, on étudie attentivement la question anatomi(iue de la communication des lymphatiques avec les vaisseaux sanguins, ou, pour mieux dire, de l'origine du système lymphatique. D'autre part, depuis que Cohnheim a décrit la diapédèse, c'est-à-dire la sortie des globules blancs hors des petits vaisseaux dans les tissus enflammés, ces observations ont été répétées de tous côtés, donnant aux expérimentations des solutions en apparence très-diverses. Pour les uns, la diapédèse, c'est de ce nom qu'on désigne la sortie des
globules blancs du sang, est incontestable; elle se fait par de petites ouvertures {stomata et stigmata des auteurs allemands), lesquelles existent entre les cellules endotbéliales qui forment à elles seules la paroi des capillaires sanguins, ouvertures qui deviendraient plus considérables sous l'influence de Tinflammation des tissus et de la dilatation congestive des réseaux capillaires. On aurait assisté aux diverses phases de la sortie des globules blancs, on les aurait vus s'engager dans la paroi, la traverser en s'étranglant, et enfin se dégager librement, après un temps plus ou moins considérable, dans le tissu périvasculaire.
Enfin, pour bien montrer que les globules blancs observés en dehors du vaisseau proviennent bien de son intérieur, on serait parvenu à mettre, pour ainsi dire, aux globules blancs du sang une étiquette qui permît de bien constater leur identité, c'est-à-dire leur origine, lorsqu'on les retrouve extravasés. En effet, en injectant dans le sang de l'eau tenant en suspension de fines molécules de vermillon, on voit bientôt que les globules blancs en circulation dans le système sanguin ont, en vertu de leurs propriétés amiboïdes, englobé ces particules colorantes. Or lorsque, quelques heures après, de nombreux globules blancs se montrent en dehors des vaisseaux, ces globules renfermeraient aussi de nombreuses granulations de vermillon ; ces globules extravasculaires auraient donc bien pour origine une diapédèse.
Des travaux contradictoires ont été produits et ont cherché à mettre les expérimentateurs en garde contre
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certaines causes d'erreurs qui peuvent lésulter de la disposition des parois vasculaires, de la présence de nombreuses cellules de tissu conjonclif dans leur voisinage, enfin de ce que les granulations de vermillon peuvent sortir d'elles-mêmes des vaisseaux sans qu'elles aient nécessairement pour véhicules les globules blancs. Ces questions sont encore à l'étude, et les anatomopathologistes semblent en ce moment se diviser en deux camps, les uns admettant la diapédèse, tandis que les autres expliquent tous les phénomènes désignés sous ce nom par une prolifération ou une genèse de corpuscules lymphatiques tout contre la paroi vasculaire.
C'est qu'en effet on a voulu voir dans la diapédèse l'origine des éléments figurés du pus; la suppuration se réduirait donc à une extravasation de globules blancs du sang. Il serait difficile de discuter en ce moment et de juger définitivement cette théorie; son simple énoncé vous fait déjà entrevoir ce qu'il peut y avoir en elle d'exagéré et de trop exclusif. Ainsi la simple extravasation est insuffisante à rendre compte des masses énormes de globules de pus accumulés dans les lieux où la suppuration est tant soit peu active. Une première modification, ou plutôt une addition qui semble devoir être faite à la théorie de la diapédèse, en tant que théorie de la suppuration, ce serait de tenir compte de la prolifération des globules blancs qui sont sortis des vaisseaux. La division et la multiplication de ces éléments est un fait parfaitement démontré dans des circonstances de ce genre. Nous l'avons observée tout récemment, en étudiant les globules blancs placés dans la chambre
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liumide maintenue à la température du corps. Ainsi la prolifération pourrait suppléer alors à rinsuffisance de diapédèse, et nous rendre compte de l'abondance des globules de pus.
Tous ces faits, à part quelques exagérations, subsistent comme phénomènes bien constatés, du moment que l'on s'est mis en garde contre de noml)reuses causes d'erreur ; mais les explications théoriques ne sont pas encore possibles. Je vous l'ai déjà dit, il nous faut pour cela une notion anatomique qui n'est pas encore acquise, malgré de nombreux travaux; je veux parler de l'origine du système lymphatique. Pour les actes d'extra vasation,comme pour ceux d'absorption, nous réserverons donc toute exphcation théorique jusqu'à ce que les faits
anatomiques parlent nettement par eux-mêmes.
Le sang n'est pas un liquide toujours semblable à luimême ; c'est au contraire un fluide essentiellement variable dans ses propriétés et sa composition, et participant à toute la mobilité des phénomènes de la vie. Autrefois on ne distinguait pas diverses espèces de sangs; ignorant les métamorphoses qui se passent dans ce liquide au contact des tissus , on ne cherchait pas à pré- • ciser les différences de composition qu'il peut présenter, i Un premier progrès fut accompli par Bichat, qui insista avec juste raison sur la distinction à établir entre le ', sang veineux et le sang artériel. Bichat fit de cette distinction la base de toute la physiologie du liquide sanguin, et opposa le système à sang rouge au système à sang noir.