‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 91 sur 163 · DIX-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME LEÇON

Sommaire : Étude expérimentale de l'appareil de la circulation et du sang, — Études physiologiques au moyen de substances introduites dans le sang. — Les poisons utilisés comme moyens de vivisection. — Résumé de l'histoire du curare. — Expériences sur la grenouille. — Résultats acquis par l'expérimentation avec le curare. — • De l'acide prussique ou cyanliydrique. — Théories curieuses sur l'action rapide de ce poison. — De la mort sans lésions anatomiques. — De l'anatomie pathologique.

Messieurs,

La forme primitive et en môme temps la plus grossière de l'expérience a consisté purement et simplement dans la suppression, la section des organes : on coupait tel nerf, on extirpait tel viscère; et, voyant alors tel ou tel trouble, telle ou telle lacune se manifester dans le fonctionnement de l'organisme, on en concluait que le nerf, que l'organe en question présidait à la fonction troublée ou supprimée. Cette manière de procéder constitue ce qu'on peut, à proprement parler, nommer la vimsection. Mais si cette méthode est suffisante, jusqu'à un certain point, pour localiser les fonctions dans les divers organes, elle ne répond plus aux besoins de la physiologie expérimentale, dès que celle-ci doit expliquer les phénomènes vitaux et porter ses recherches jusque dans l'intimité des tissus et étudier les propriétés et les fonctions des éléments anatomiques eux-mêmes.

Je vous l'ai déjà dit à plusieurs reprises, c'est par ces études intimes que doit se constituer aujonrd'hui la physiologie et par suite la médecine. 11 nous faut porter l'expérimentation juscpie sur les éléments des tissus; il nous faut les étudier à l'état de fonctionnement, et après avoir, par le microscope, défini leur forme et leur texture, en découvrir les propriétés et, si je puis ainsi m'exprimer, les réactions.

Que devient ici la vivisection? Sans doute, nous pouvons faire ce qu'on appellerait volontiers des vivisections microscopiques, c'est-à-dire réaliser, provoquer artificiellement sur la platine du microscope, dans un milieu à température età humidité suffisantes, des conditions qui nous permettront d'observer directement, pendant un temps plus ou moins long, la vie et le fonctionnement d'éléments microscopiques isolés. Les éludes de ce genre ont été fructueuses : c'est ainsi qu'a été observée la circulation capillaire. Les éléments du sang ont pu eux-mêmes être étudiés isolément dans ces circonstances, et des faits précieux ont été enregistrés relativement à leurs propriétés, à leur mode de formation, à leurs rapports avec d'autres éléments.

Mais sans vouloir poser de bornes précises à ce genre d'investigation, il nous est permis cependant de dire, en présence des faits eux-mêmes, que cette observation semble nous avoir donné la plus grande partie de ce qu'elle est susceptible de nous fournir. De plus, outre la stérilité tout au moins momentanée dont cette méthode semble frappée, il est évident que l'étude de globules sanguins isolés détruit l'harmonie qui règne entre la

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