CORPS CONDUCTEURS
CORPS ISOLANTS.
304. Phénomène* ipénéraux. — Si l’on prend un bâton de verre ou de cire d’Espagne et qu’on le frotte vivement avec un morceau d’étoffe de laine, ou avec une peau de chat, qu’on l’approche ensuite, soit de barbes de plumes, soit de petits morceaux de papier, ces corps seront atlirés par le bâton de verre ou par le morceau de cire. Qu’on approche le bâton frotté de la joue, sans la louchèr, on éprouve une sensation de chatouillement semblable à celui que causerait une toile d’araignée. Ces impressions deviendront plus sensibles si le bâton a des dimensions un peu considérables.' S’il a été frotté longlemps, la sensation de chatouillement se change en picotements, et de petites étincelles lumineuses jaillissent entre le. bâton et les organes. Mais avec le temps, le corps frotté perd ces propriétés et revient à l’état naturel.
On a désigné sous le nom Ôl électricité ou de fluide électrique la cause de ces phénomènes, et on dit que le bâton de verre et le morceau de cire d’Espagne sont électrisés^ lorsqu’ils sont capables de produire les effets que nous venons de décrire. On ne •devra pas perdre de vue, dans tout ce qui va suivre, que ces expressions ne renferment pas en elles-mêmes l'explication des phénomènes, que le mot électricité qw désigne seulement la cause inconnue, que le mot électrisé exprime seulement un état spécial des corps, qui se manifeste lorsqu’ils ont été frottés.
On crut d’ahord que les substances de la nature n’étaient pas toutes capables d’acquérir par le frottement la propriété d’attirer des corps légers, que cette propriété 'était l’apanage exclusif de quelques corps, que les métaux, les pierres, les organes des minimaux et des végétaux en étaient dépourvus. On avait alors divisé les corps en corps idio-éle( triques ou électrisables par le frottement et en corps anélectriques ou incapables de s’électriser. ■Cette distinction était basée, comme on va le voir, sur une observation imparfaite des phénomènes.
305. Corps eoiulucteor*, corps isolants. — En 1727, Gray, \ électrisant un tube de verre fermé par un bouchon de liège,
constata avec étonnement que le bouchon devenait capable d’attirer les corps légers, qu’une tige métallique plantée dans le bouchon acquérait aussi cette propriété, quoique le bouchon et la tige fussentincapablesdes’électriser,lorsqu’onlesfrottait en les tenant à la main. Il constata aussi qu’une corde métalliquelonguedeStiC pieds, soutenue par des cordons de soie, et électrisée à une de ses
extrémités, possédait bientôt les propriétés électriques dans toute sa longueur. L’un des cordons de soie s’étant rompu par accident, il le remplaça par un fil métallique; à partir de ce moment il lui futimpossibte de développer de l'électricité àlasurfacedelacorde.
Ces expériences ont conduite une interprétation différente de celle que l’on adoptait jusqu’à Gray, et l’on admet maintenant que tous les corps sont capables de s’électriser par le frottement ; que les uns, appelés corps mauvais comlucieurs ou isolants, comme le verre, la gomme laque, la cire d’Espagne, etc..., opposent une grande résistance à la circulation du tluide à travers leur masse ; que les autres, appelés corps bons conducteurs, comme les métaux, les pierres, les organes des animaux et des végétaux, laissent facilement circuler l’électricité.
Cette hypothèse permet d’expliquer la variété des effets qui se produisent lorsqu’on frotte un bâton de verre et un bâton de métal.
I.orsque, tenant d’une main une tige métallique, on la frotte de l’autre avec un morceau de laine ou une peau de chat, elle s’électrise; mais l’électricité, pouvant circuler facilement à travers le métal, corps bon conducteur, quitte bientôt les parties frottées, pour gagner les organes de l’opérateur, et se répandre de là dans le sol, que l’on a souvent désigné sous le nom de réservoir comrnun. On voit dès lors que l’électricité se disperse à mesure qu’elle se produit, et qu’il n’y a pas de raison pour que la tige métallique attire les corps légers.Dans le cas, au contraire, où l’on opère avec un morceau deverre, substance qui ne conduit pas bien l’électricité, celle-ci ne peut quitter les parties frottées pour se répandre dans le sol, et le bâton de verre conserve ses propriétés électriques.
L’expérience suivante montre avec évidence l’exactitude de l’explication que nous venons de donner.
On prend un cylindre de métal AB (fig. 214) supporté par une colonne de verre enduite de gomn.e laque ; on le frotte ou on le