‹ Leçons de physique a l'usage des demoisellesChapitre 127 sur 200 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

351. En etudiant les phénomènes que nous venons de décrire, les expériences faites avec la bouteille de I.eydeet les batteries, les propriétés de la lumière électrique, le lecteur n’a pas été sans trouver, entre ces effets et ceux de la foudre, des analogies frappantes. Ces analogies ont, depuis longtemps, attiré l’attention des physiciens.

Dès 1754, Gray, dans une lettre écrite A lord Mortimer et in-

sérée dans les Transactions philosophiques, dit que lê feu électrique paraît être de la môme nature que celui du tonnerre et des éclairs.

Le 7 novembre 1749, Franklin * écrivait sur son livre de laboratoire ® :

a Propriétés communes au fluide électrique et à la foudre : 1° de rendre de la lumière ; — 2® la couleur de celte lumière ;

— 3® la direction en zigzags ; — 4° la rapidité du mouvement ;

— 5® sa facilité à se laisser conduire par les métaux ; — 6® le bruit ou craquement dans l’explosion ; — 7'* de subsister dans l’eau ou dans la glace; — 8® de déchirer les corps au travers desquels il passe; — 9® de tuer des animaux ; — 10® de fondre les métaux; — 11® d’allumer les substances inflammables; — 12® Todeur sulfureuse. »

En 1752, Franklin, se fondant sur un principe que nous avons exposé plus haut, fit commencer la construction d’une tour élevée dans les environs de Philadelphie. Au-dessus de celte tour devait être placée une tige métallique terminée en pointe à son extrémité supérieure. Il avait l’espoir que les nuages orageux qu’il supposait électrisés décomposeraient par influence le fluide neutre de la lige, et qu’elle donnerait à sa partie inférieure des signes d’électrisation. Mais la construction de la tour ayant subi des retards, il ne voulut pas en attendre l’achèvement et tenta l’expérience suivante.

Il fixa les quatre coins d’un morceau de tissu en soie à deux baguettes en verre armées d’une pointe métallique et y attacha une longue corde terminée à sa partie inférieure par un cordon isolant en soie ; il lança ce cerf-volant dans les airs par un temps orageux. Au début de l’expérience, la corde ne donnait aucun signe d’électricité ; mais, peu de temps après, une petite pluie fine étant venue à tomber, la conductibilité de la corde se trouva augmentée. Franklin vit les filaments de chanvre se dresser, et parvint à tirer de la corde des éiincelles, avec lesquelles il put enflammer de l’alcool et charger des bouteilles de Leyde.

La môme année, Dalibard, en France, réalisa la première expérience conçue par Franklin. Il fit construire, à Marly-la-

' Franklin, physicien et iiioi'uliste, né à Boston (Massachusetts) eu 1706, mort eu 1788.

^ * Œuvres de Franklin.

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Ville, près de Paris, une cabane au-dessus de laquelle était placée une barre de fer isolée, haute d’environ44 mètres, et dont la partie inférieure, lors du passage d’un nuage orageux, donna de nombreuses étincelles.

Canton, Charles, de Romas, répétèrent aussi ces essais. Ce dernier se servi! d’un cerf-volant dont il avait rendu la corde conductrice en l’enlaçant avec un fil métallique. Il vit des brins de paille s’élancer vers la corde et tira de celle-ci de nombreuses étincelles à l aide d'un conducteur en métal armé d’un manche isolant. « Imaginez-vous, écrivait-il à l’abbé Nollet, de voir des lames de feu de neuf ou dix pieds de longueur et d’un pouce de grosseur, qui faisaient autant ou plus de bruit que des coups de pistolet. Kn moins d’une heure, j’eus certainement trente lames de celte dimension, sans compter mille autres de sept pieds et au-dessous. »

Les expériences que nous venons de rapporter prouvent évidemment que les nuages orageux contiennent des quantités considérables d’électricité. Sans rechercher la cause de la production des fluides électriques dansl’atmosphôre, nous ajouterons que les nuages sont tantôt électrisés positivement, tantôt négativement.

35 O, Kclatr. — La foudre n’est autre que l’étincelle électrique jaillissant entre deux nuages chargés de fluides de nom contraires et exerçant l’un sur l’autre des actions d’influence, ou bien encore entre un nuage et un objet électrisé par lui.

l.a lumière de l’élincelle constitue Véclair^ l’explosion qui l’accompagne produit le tonnerre.

L’éclair affecte souvent la forme de zigzags. Tous les points de la ligne brisée qu’il embrasse nous apparaissent lumineux en mémo temps, quoique ces points soient situés à des distances bien inégales de l’observateur. Cela fient à la vitesse très-considérable de la lumière (77000 lieues de 4000 mètres à la seconde). On comprend qu’avec une vitesse de propagation aussi grande, la lumière nous parvienne instaniafétuent de tous les points de l’éclair et que notre œil ne puisse apprécier l’intervalle de temps qui sépare l’arrivée des différents rayons lumineux.

La grande longueur de l’éclair s’explique par l’interposition entre le point de départ et le point d’arrivée d’une multitude de corps conducteurs, gc'uttes d’eau, etc., séparés l’un de l’autre par des molécules d’air non conductrices. Des étincelles jaillissent

ÉLlîCrmCITÉ ATiMüSPHÉRIQUi!;.

onlre chacun de ces corps, et le phénomène ne diliérè que par les proportions de celui que nous produisons dans nos laboratoires avec les tubes étincelants.

La durée de l’éclair est excessivement courte. D’après les expériences de M. Wheastone, elle n’atteint pas la millionième parlie d’une seconde.

3o0. Indépendamment des éclairs dont nous venons de parler et appelés éclairs de 1*“*^ classe, Arago distingue des éclairs de 2'= classe, qui consistent en lueurs instantanées illuminant les nuages tantôt sur leur contour seulement, tantôt sur toute leur surface La couleur de ces lueurs est rouge, quelquefois violette ou bleuâtre; elles ne sont pas accompagnées de bruit perceptible. Ces éclairs sont considérés comme des décharges produites dans l’intérieur d’un nuage imparfaitement conducteur. :

357. Les éplairs dits édairi de chaleur sont produits par des orages lointains, dont le bruit n’arrive pas jusqu’àl’observateur.

On a aussi constaté quelques cas d’éclairs en boule. Ce sont des globes lumineux qui se déplacent assez lentement en général, ei qui font explosion en lançant des éclairs dans l’espace. Voici un certain nombre de faits rapportés par M. Jamin et extraits en grande parlie de la Notice d’Arago sur le tonnerre.'

358. « I. En 1718, â Cx)uesnon, près de Brest, sur les décombresd’une église entièrement détruite parla foudre, on s’accordait à attribuer la catastrophe à trois globes de feu de 3 -J pieds de diamètre chacun, qui, s’étant réunis, avaient pris leur direction vers Léglise d’une course très-rapide.

« IL En mars 1720, pendant l’orage le plus violent, un globe de feu tomba à terre, près de Horn ; après avoir rebondi^ ce globe alla frapper le dôme de la tour et y mit le feu.

« 111. Le 3 juillet 1725, un orage ayant fondu sur le territoire d’Ayno, dans le Norlhamptonshire, le tonnerre tua un berger et cinq moutons. Au plus fort de la bourrasque, le. révérend Jos. Wasse vit un globe de feu gros comme la lune et entendit le sifflement qu’il produisait dans l’atmosphère en passant au-dessus de son jardin. Une autre personne, située en plein champ, aperçut pendant le même orage un globe de feu gros comme la tète d’un homme qui éclata en quatre morceaux près de l’église.

« IV. Un coup de foudre endommagea fortement une maison de Darling (Surrey), 16 juillet 1750. Tous les témoins de l’évé-

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nemeal déclarèrent qu’ils avaient vu dans l’air de grosses boules de feu autour de la maison foudroyée. En arrivant à terre ou sur les toils, ces boules so partagèrent en un nombre prodigieux de parties quise dispersôretildans loutes les directions possibles.

-((V. A la suite d’un violent orage observé près de Wakefield, le t®' mars 1774, lorsqu’il ne restait plus dans tout le ciel que deux nuages peu élevés au-dessus de l’horizon, M. Nicholson voyait à chaque instant des méléores semblables à des étoiles filantes descendre du nuage supérieur au nuage inférieur.

« Depuis l’époque où Arago signalait dans sa Notice ces singuliers phénomènes, on s’est occupé de les mieux observer, et voici quelques exemples récents qu'il est impossible de révoquer en doute. Le premier est raconté par madame Espert, ciléOdiot, n* \ :

« Passant devant ma fenêtre, qui est très-basse, je fus étonnée de voir comme un gros ballon rouge absolument semblable à la lune, lorsqu’elle est colorée et grossie par les vapeurs. Ce ballon descendait lentement et perpendiculairement du ciel sur un arbre des terrains Beaujon. Ma première idée fut que c’était une ascension de M. Grimm, mais la couleur du ballon et l’heure (6 heures 30 minutes) me firent penser que je me trompais, et pendant que mon esprit cherchait à deviner ce que cela pouvait être, je vis le feu prendre au bas de ce globe suspendu à 15 ou 20 pieds au-dessus de l’arbre. On aurait dit du papier qui brûlait doucement avec de petites étincelles ou flammèches; puis, quand l’ouverture fut grande comme deux ou trois fois la main, tout à coup une détonation effroyable fit éclater toute l’enveloppe et sortir de cette machine infernale une douzaine de rayons de foudre en zigzags, qui allèrent de tous les côtés et dont l’un vint frapper une des maisons de la cité, où il fit un trou dans le mur comme l’aurait fait un boulet de canon : ce trou existe encore ; enfin, un reste de matière électrique se mit à brûler avec une flamme blanche, vive et brûlante, et à tourner comme un soleil de feu d’artifice. »

«Je terminece sujet par un dernier fait raconté par M. Babinet... Voici en peu de mots le récit de Touvrier dans la chambre duquel le tonnerre en boule descendit pour remonter ensuite. Après un assez fort coup de tonnerre, mais non immédiatement après, cet ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant

ÉLKCÏHICITÉ ATMOSPHÉRIQUE. *277

assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup le chflssis garni de papier qui fermait la cheminée s’abattre, comme renversé par un coup de vent assez modéré, et un globe de feu, gros comme la télé d’un enfant, sortir doucement de la cbeminéeet se promener lentement par la chambre, à peu de hauteur des.briques du pavé. L’aspect du globe de feu était encore, suivant l’expression de l’ouvrier tailleur, celui d’un jeune chat de grosseur moyenne, pelotonné surlui-méme et se mouvant sans être porté sur scs pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumineux qu’il ne semblait chaud et enflammé, et l’ouvrier n’eut aucune sensation de chaleur. Ce globe s’approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui vient jouer et se frotter aux jambes, suivant l’habitude de ces animaux ; mais l’ouvrier écarta les pieds, et, par plusieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, trés-doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci paraît être resté plusieurs secondes autourdes pieds de l’ouvrier assis, qui l’examinait attentivement, penché en avant et au-dessus. Après avoir essayé quelques excursions dans divers sens, sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu s’éleva verticalement à la hauteur de la télé de l’ouvrier, qui, pour éviter d’étre touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en se renversant sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d’environ un métro au-dessus du pavé, Icglobe de feu s’allongea un peu etse dirigea obliquement vers un trou percé dans la cheminée, environ à un métré au-dessus de la tablettede cette cheminée.

« Ce trou avait servi à faire passer le tuyau d’un poêle qui, pendant l’hiver, avait servi à l’ouvrier. Mais, suivant l’expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait pas le voir, car il était fermé par du papier qui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, décolla le papier sans l’endommager, et remonta dans la cheminée. Alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter dans la cheminée du train dont il allait, c’est-à-dire assez lentement, le tonnerre, arrivé au haut de la cheminée, qui était au moins à vingt mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable qui détruisit une partie du faîte de la cheminée et en projeta les débris dans la cour... »

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