Cela posé, décrivons le détail des opérations
Elles comprennent deux parties principales : 1 ® fabrication des moules ; 2® reproduction des objets dont ils sont l’empreinte.
Les moules sont de deux natures : les premiers moules. conducteurs de l'électricité y sont métalliques et ordinairement en cuivre ou en métal fusible; les seconds, moules plastiques^ sont en cire, stéarine, gutta-percha, et ne conduisent pas facilement l’électricité.
• 420. lioules métalliques. — Les moules en cuivre s’obtiennent en produisant un dépôt électrochimique à la surface de l’objet à reproduire. S'il est en métal, il faudra, pour éviter l’adhérence du cuivre précipité à sa surface, le frotter légèrement avec une brosse imprégnée de plombagine ou d’essence de térébenthine. On le portera ensuite dans un bain de sulfate de cuivre, et on le fera communiquer avec l’électrode négative d’une pile dont l’électrode positive plongera aussi dans le bain. Le modèle se recouvrira alors d’une couche de cuivre, qui formerale moule en creux devant servir aux reproductions.
Les moules en métal fusible ne sont guère employés qu’à la reproduction des médailles. L’alliage dont on se sertie plus est composé de cinq parties de plomb, trois d’étain et trois de bismuth fondues ensemble. On devra fondre plusieurs fois cet al-^ liage pour qu’il soit homogène. Cela fuit, on le coulera sur une feuille de papier huilé, et on le remuera jusqu’à ce qu’il commence à prendre une consistance pâteuse; on enlèvera la couche d’oxyde formée à sa surface et on frappera légèrement avec la médaille fixée dans une pièce en bois, en le maintenant au contact jusqu’à ce que le métal soit complètement froid.
;ns LEÇONS de puysique.
421. llonlea plastique*. — Les substances les plus em* ployées pour la fabrication de ces moules sont le plaire, la cire, la stéarine, la gélatine et la gutta-percha. Pour les quatre premières substanceson peutopérer par voie de coulage. Pour reproduire une médaille, par exemple, en entoure sa tranche d’une feuille de carton s’élevant un peu au-dessus delà médaille qui formera alors le fond d’une petite auge dont la feuille de carton sera la paroi latérale ; on coule la substance plastique dans l’intérieur de cette auge et on la laisse s’y solidifier.
Les moules en plâtre seraient facilement attaqués par le sulfate de cuivre ; pour les rendre inattaquables, on les plonge dans un bain de stéarine fondue jusqu'à ce qu’ils en soient imprégnés. Toutefois on ne doit faire cette opération que lorsque le plâtre est parfaitement desséché.
La stéarine ne doit être employée à la confection des moules que lorsqu’elle a été mélangée avec la cire vierge.
La gélatine, en vertu de son élasticité, permet la reproduction d’objets fouillés. Elle a l’inconvénient de s’altérer dans les bains acides, mais elle devient à peu près imperméable en ajoutant à la dissolution de gélatine dans l’eau chaude tO p. 100 de tannin dissous dans l’alcool et lOp. 100 de mélasse. Le moule s’altérerait encore, si l’on ne prenait la précaution d’en préserver la surface extérieure avec une enveloppe de feuilles minces de guttapercha. Malgré tous ces soins il est nécessaire, pour éviter l’altération, de faire déposer rapidement le métal, en augmentant l'intensité du courant, ce qui a l’inconvénient de donner souvent un métal un peu cassant.
Quant à la gutta-perclm, elle se prête parfaitement aux opérations de la galvanoplastie. Elle est assez élastique pour permettre la reproduction d’objets fouillés, de plus elle est inattaquable par les bains. Le meilleur moyen de l’employer est de la ramollir dans l’eau bouillante, de la pétrir longtemps dans la main, de l’appliquer sur le modèle, et de soumettre le tout à une forte pression.
Les moules plastiques, dont nous venons de décrire la fabrication, ne conduisent pas l’électricité ; il faut remédier à cet inconvénient en recouvrant leur surface d’une substance conductrice. La plombagine pure convient parfaitement. On l’applique a'ec un pinceau dans toutes les parties de l’empreinte, puis on
GALVANOPLASTIE.
froUe avec une brosse douce pour rendre les surfaces brillantes. On peut aussi appliquer sur le moule avec un pinceau très-fin une dissolution de nitrate d’argent dans l’alcool, laisser sécher, répéter trois fois l’opération et exposer ensuite la pièce à l’action du gaz hydrogène sulfuré, qui transforme le nitrate en sulfure d’argent, corps conducteur de l’électricité. On réussirait aussi en exposant le moule, après l’application de la dissolution de nitrate, à l’action de la lumière solaire qui réduirait le sel d’argent et donnerait une surface conductrice. Ce procédé par voie humide permet de recouvrir de métaux des substances végétales et animales comme des fleurs, des fruits, des insectes, etc.
422. Lorsque les moules ont été fabriqués avec les précautions dont nous venons d’indiquer les détails, on les porte au bain. La figure 281 représente un appareil qui peut servir à repro-
Fig. 281 .
duire plusieurs médailles à la fois. Une cuve MN contient' une solution saturée de sulfate de cuivre et acidulée par l’acide sulfurique; la tringle métallique T, qui communique avec le pôle positif d’une pile, supporte plusieurs lames de cuivre ; en face de ces lames et de part et d’autre sont suspendus à des tringles AA’, qui communiquent avec le pôle négatif, les moules quel’on veut reproduire. Il faut employer des courants très-faibles; sans celte précaution le métal serait cassant.
On peut aussi employer un appareil plus simple, qui n’est au^ tre qu’une pile de Daniell et que représente la figure 281. Une cuve MN en verre, ou de toute autre substance non conductrice, contient une solution saturée de sulfate de cuivre et de petits sachets, SS', remplis de cristaux du même corps destinés à entretenir la saturation de la liqueur. Au centre de la cuve on place
plusieurs vases poreux semblables à ceux des piles de Daniell et de Bunsen ; ces vases renferment de l’eau légèrement acidulée d’acide sulfurique, au milieu de laquelle plongent des lames de zinc. Ces lames sont en communication avec une tringle isolée T, mais réunie par un fil conducteur à deux autres tringles isolées
Fig. 28Î. ' ‘
aussi qui soutiennent les moules en face des vases poreux et de part et d’autre. Le courant développé par l’action de l’acide sulfurique sur le zinc décompose le sulfate de cuivre, ei le métal se dépose sur le moule. Cette méthode réussit parfaitement ; seulement la décomposition du sulfate met à chaque instant en liberté des quantités nouvelles d’acide sulfurique, et le bain devient trop acide. On y remédie au bout d’un certain temps en neutralisant en partie l’acide par l’addition d’une certaine quantité de craie ou carbonate de chaux et en filtrant la liqueur pour la débarrasser du sulfate de chaux formé.
423. La galvanoplastie a, dans ces derniers temps, donné lieu à une industrie importante que nous ne pouvons passer sous silence.
On sait que le cuivre est un métal qui résiste bien à l’action oxydante de l’air, action si nuisible au fer et à la fonte. 11 y avait donc intérêt ù rechercher s’il ne serait pas possible de recouvrir les objets de fer et de fonte d’une couche protectrice de cuivre. Or, les procédés que nous venons de décrire ne sont pas dans ce cas directement applicables ; en plombaginant un objet de fonte ou de fer et le plongeant dans un bain de sulfate de cuivre dans les conditions ordinaires des opérations galvanoplastiques, on n’obtient, lorsqu’on veut donner à la couche de cuivre une épaisseur suffisante, qu’un mélange non adhérent de cuivre et de fonte attaquée. ;
GALVANOPLASTIE.
M. Oudry, d’Auleuil, est parvenu A résoudre ce problème important en recouvrant la pièce, .avant de. la plombaginer, d’un enduit à base de benzine qui isole complètement la fonte cl la préserve d’actions chimiques deslruclives ; l’objet étant ainsi préparé, on le met au bain et on le recouvre d’une couche de cuivre épaisse de plus d’un millimètre. Les pièces sont ensuite attaquées avec une liqueur qui leur donne le ton du vieux bronze.
C’est par les procédés que nous venons d’esquisser à grands traits que M. Oudry, dans son usine d’Auleuil, a bronzé les fontaines de . la place de la Concorde, de la place Louvois, celles de Diane et de Vénus aux Champs- Êlysées, et une partie des candélabres qui éclairent les rues et les promenades de Paris.