‹ Leçons de psychologie appliquée à l'éducationChapitre 10 sur 46 · I. Puissance de l'habltade selon Viowktaigne · texte numérisé non relu

I. Puissance de l'habltade selon Viowktaigne

Nous arrivons maintenant à l'étiade de Thabitude proprement psychologique. La puissance de Thabitude est chose bien connue, et sur laquelle on a beaucoup écrit; personne peut-être n'en a mieux parlé que Montaigne*. Personnifiant Thabitude, il Tappele « la reine et emperière * du monde. » On avait déjà dit depuis longtemps que, se donner une habitude, c'est se donner un maître, ce Elle commence, dit encore Montaigne*, d'une façon douce et humble; elle établit en nous peu à peu, et comme à la dérobée, le pied de son autorité, mais elle nous découvre bientôt un furieux et tyrannique visage, et c'est à peine s'il nous est encore donné de nous ravoir de sa prise, et rentrer en possession de nousmêmes pour discourir et raisonner de ses ordonnances ». « Quand ceux de Crète voulaient maudire quelqu'un, dit-il encore, ils priaient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coutume ». Inversement, les bienfaits des bonnes habitudes sont universellement célébrés. Le même écrivain rapporte sur ce point la légende d'une femme de village, qui « ayant accoutumé de caresser et porter dans ses bras un petit veau, gaigna

cela par raccoutumance que, tout grand bœuf qu'il était, elle le portait encore. » — Façon plaisante de dire que ce qu'on a pu une fois, on le peut toujours, et que plus on a pu faire, plus on peut.

Mais, étudions l'habitude en elle-même, tâchons de l'analyser et voyons : V comment se forment les habitudes ; 2^ quels sont leurs effets, une fois formées ; 3** comment elles se perdent ou se modifient. Nous terminerons par quelques considérations sur les rapports de l'habitude et de la liberté, et nous tirerons les conséquences pratiques de cette étude.

Formation de l'habitnde t elle naît de l'action même et s'accroît en ralsmn de l'activité déployée. — Tout vivant, tout être doué d'une activité spontanée % contracte en agissant une tendance à répéter son acte. Cette tendance se ramène à la tendance plus générale de tout ce qui existe à persévérer dans son être : ce qui est essentiellement actif tend à persévérer dans l'activité, qui est son être même. Plus un acte a été souvent accompli, plus grande est la tendance à le reproduire, et cette tendance, c'est l'habitude même. L'habitude se forme donc principalement par la répétition des mêmes actes. Mais, en réalité, elle est déjà présente dans le premier acte lui-même : cet acte laisse déjà après lui une certaine tendance à le reproduire, sans quoi l'habitude n'apparaîtrait jamais.

Donc, nous dirons que l'habitude s'accroît par la répétition, mais qu'elle naît en réalité de l'action même et prend son origine en tout exercice de l'activité. Plus grande est l'activité déployée, plus vite apparaît l'habitude.

Une fréquente répétition n'est pas toujours nécessaire : la prolongation de l'acte peut en tenir lieu, et même produire plus d'effet encore. Bien plus, il n'est même pas nécessaire qu'il y ait ou fréquente répétition ou prolongation notable de l'acte; l'intensité et l'énergie de l'efibrt peut y suppléer : il y a des habitudes qui se prennent à la première fois. Certaines leçons, convenablement prolon-

gées et qui ootiennent de l'esprit auquel elles s'adressent un effort sympathique, une adhésion, une attention énergique, font plus d'effet en une seule fois que mille redites, ou qu'une même leçon reproduite plusieurs fois devant un esprit distrait.

Nous retrouvons ici, pour Thabitude psychologique, les deux conditions signalées dans la précédente leçon, à savoir : le temps et les transitions habilement ménagées. Il faut prendre garde, en effet, quand on veut faire naître une habitude, de ne pas heurter de front soit une habitude antérieure, soit un besoin naturel de Tesprit; car, dans ce cas, on risquerait de produire une réaction violente, une répugnance qui empêcherait l'habitude de naître jamais. C'est ce que Fontenelle* exprimait en disant : « Une idée nouvelle est comme un coin : il ne faut pas vouloir la faire entrer par le gros bout. »

II. Effets de l'hâbltade. — Nous pourrions, ici encore distinguer, comme on le fait souvent, des habitudes passives et des habitudes actives; et qous dirions par exemple pour les premières : Règle générale, l'habitude a pour effet d'émousser et d affaiblir toutes les impressions que l'âme subit ; elle les fait glisser, pour ainsi dire en dehors et au-dessous de la conscience. « Mon sachet de fleurs, dit Montaigne*, ne sert plus qu'au nez de ceux qui me visitent. » Il est bien connu que l'abus des boissons fortes émousse le goût, qu'on s'accoutume & un contact d'abord incommode, etc.

Mais cette distinction est inutile ici et serait peu exacte. — La vie psychologique étant essentiellement activité, l'habitude psychologique ne saurait être autre chose qu'une habitude active ; étudions-la dans ses effets et tout va se trouver expliqué, y compris les phénomènes rappelés ci-dessus. Voyons successivement les effets de l'habitude sur l'activité, sur la conscience et sur la sensibilité.

4"* Sap ïaeîîwlté. — L'activité, d'abord hésitante et imparfaite, s'exerce avec une facilité et une perfection croissantes grâce à l'habitude. L'habitude rend tout

acte plus facile^ plus rapide et plus parfait, depuis le simple mouvement musculaire jusqu^aux plus hautes opërations de l'esprit ; elle donne à Tacte une sorte de perfeclioa automatique.

L'habitude est essentiellement une tendance; si l'acte a coûté d'abord, il coûte de moins en moins ; si, au contraire, l'acte était agréable dès la [première fois, il le devient de plus en plus et se change bientôt en un besoin impérieux, toujours, bien entendu, à condition que l'activité ne i^oit pas surmenée, épuisée, qu'on n'aille pas jusqu'au dégoût et à la satiété.

L'activité intellectuelle obéit comme toute autre à cette loi ; elle a aussi ses habitudes qui la rendent plus facile, plus rapide et plus sûre. Tous les exercices de l'esprit deviennent heureusement des habitudes, c'est-àdire nous amènent à faire très vite et très bien, presque sans y penser, ce que nous ne faisions d'abord que péniblement, assez mal, et avec un grand effort d'attention.

2<^ Sur la conscience. — Mais on aura occasion de revenir sur les habitudes de l'esprit en traitant de l'association des idées et de la mémoire; nous verrons alors que le souvenir n'est pas autre chose qu'une habitude de Tesprit. Considérons un point particulier, la conscience, qui accompagne d'abord nos actes, et qui s'en retire, pour ainsi dire, à mesure qu'ils deviennent habituels. La conscience, avons-nous dit, c'est l'information intérieure que nous avons de ce qui se passe en nous : eh bien, règle générale, en devenant habituelles, nos actions tendent- à devenir inconscientes. L'habitude les fait descendre du domaine de l'esprit et de la réflexion dans celui de la nature et du mécanisme. Gela s'explique tout naturellement par ce qui précède, et aussi par les deux lois suivantes, que nous retrouverons dans la suite :

1^ La conscience naît du contraste; elle commence

par la perception des différences; par conséquent, plus

il y a d'imprévu dans un phénomène psychologique qiiel-

s on en a conscience. Il n'y a rien de plus

connu que ce fait : tout le monde sait que la monotonie des impressions endort, c'est-à-dire fait disparaître la conscience. Un discours débité d'une voix monotone, où rien ne réveille l'attention, où il n'y a rien d'imprévu, finit infailliblement par endormir. Cette considération est fort importante au point de vue de l'instruction, tout éducateur sait cela d'instinct; le grand secret, dans l'enseignement, n'est-ce pas d'intéresser, c'est-à-dire d'éveiller et de soutenir l'attention, d'empêcher la somnolence de l'esprit ? La monotonie ne manquerait pas de produire les effets contraires et de faire glisser le meilleur enseignement sur l'esprit des élèves sans y laisser aucune trace. — Connaissant cette loi de la conscience^ on comprend que l'habitude, qui a pour effet de diminuer de plus en plus la part de l'imprévu, diminue d'autant la conscience.

2^* U y a une deuxième raison du même fait ; la conscience est en raison directe de l'effort, de l'attention ; or, comme l'habitude rend nos actes plus faciles, elle rend l'effort et l'attention de moins en moins nécessaires : par là encore elle fait tendre nos actes vers l'inconscience.

3® Sor la sensibilité. — La sensibilité est un mode particulier do la conscience ; les émotions de peine et de plaisir, sont des états de conscience particuliers : par conséquent, les lois que nous venons de voir s'y appliquent. Par l'habitude, l'émotion qui accompagne d'abord un acte est de moins en moins sentie. Mais cela est surtout vrai de l'émotion pénible. Par exemple, on sait combien l'action de fumer est d'abord désagréable ; avec le temps pourtant, non seulement elle cesse d'être désagréable, mais elle se change en un véritable besoin. — Les émotions agréables qui accompagnent d'abord un acte, s'émoussent-elles aussi par la répétition? Oui, mais le cas est plus complexe et demande quelque explication. Une œuvre musicale, par exemple, nous cause ordinairement beaucoup plus de plaisir à la cinquième ou à la sixième audition qu'à la première;

et, d'une manière plus générale, ce qui a été agréable d'abord le devient de plus en plus par l'habitude. Ceci n'est pourtant pas en contradiction avec ce que nous avons dit plus haut ; au contraire, c'en est le résultat. A la première audition, une symphonie est chose très compliquée, elle peut produire une impression plus ou moins confuse et causer une certaine fatigue. A la quatrième ou cinquième audition, l'œuvre est mieux comprise, la peine a disparu, par la loi-même que nous venons d'expliquer, et il ne reste que le plaisir, de plus en plus pur, de plus en plus vif.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, on se lasse de tout plaisir comme on se fait à toute peine (excepté à celles qui proviennent de lésions véritables et nous entament dans notre vie même). Tout le monde a pu constater ces effets ; qu'on s'accoutume à toute douleur et se console de tout, c'est un lieu commun chez les littérateurs et les poètes :

Les larmes d'ici-bas ne sont qu'une rosée,

Dont un matin au plus la terre est arrosée,

Que la brise secoue et que boit le soleil ;

Puis l'oubli vient an cœur, comme aux yeux le sommeiL

Et ailleurs :

Le mal oont j'ai souffert s*est enfui comme un rôve» Je n'en puis comparer le lointain souvenir, Qu'à ces brouillards légers que l'aurore soulève, Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir.

C'est aussi un phénomène bien connu que celui que nous offrent les blasés, ces gens qui, ayant toujours trouvé sans peine et sans effort le plaisir sous leurs pas, en ont abusé, et sont punis maintenant par l'impuissance d'en jouir.

Les plaisirs dont on ne se lasse pas sont ceux dont on ne peut abuser; ce sont, avant tout, les plaisirs de Tech prit parce que leur variété est infinie ; nous ne saurions les épuiser. D'une manière plus générale, tout plaisir

conforme à la nature, mesure, rëglë, contrôle par la raison, ne devançant ni ne dépassant les vœux et les besoins de la nature, mais venant y répondre à propos^ ne nous conduira jamais à la satiété et au dégoût.

Les paoliions. — Il y a de là quelques conséquences pédagogiques à tirer ; par exemple, que les punitions s'émoussent par une fréquente répétition ; aussi est-ce leur ôter tout effet et se désarmer soi-même que de les prodiguer. Les reproches énergiques doivent être réservés pour les cas graves, car leur rareté fait le meilleur de leur efficacité. C'est le contraste frappant qui fait sentir la sévérité. Chez un maître ordinairement doux et bon, une rigueur soudaine fait contraste avec la bienveillance habituelle : voilà ce qui fait l'efficacité d'une réprimande énergique et opportune de sa part. Plus on est sobre de punitions, moins on a besoin d'y recourir; et si un cas se présente où il faille sévir, plus on frappe rarement, moins on a besoin de frapper fort.

III. Perte et nodiBeatioii des habitudes, — Une habitude peut se perdre de deux manières : P au profit de la liberté même, quand on regagne sur la routine et le mécanisme ce qu'on a perdu de sa volonté consciente et vigilante; 2<* par la formation d'habitudes nouvelles ; ce dernier moyen est le plus efficace.

D'une manière générale, on peut dire que prendre des habitudes, c'est devenir plus ou moins machine; aussi l'idéal, à certains égards, serait-il de n'avoir pas du tout d'habitudes, de faire toujours, en toute occasion, acte de réflexion, de délibération, de liberté. Il n'est pas impossible de se défendre, au moins en partie, contre l'envahissement des habitudes ; on peut même niettre à cela un certain orgueil, se maintenir toujours en état de juger sans parti pris, sur nouvelle enquête ; mais cet effort incessant coûte trop à notre nature, et il ne faut pas le demander toujours.

Au fond donc, ce qu'on pexit faire de mieux contre l'habitude, c'est delà combattre par l'habitude même.

Commençons par nous débarrasser graduellement des

anciennes habitudes ; nous aurons le temps pour auxiliaire, pourvu que nous ayons le courage de commencer. Diminuons peu à peu le nombre des actions que nous voulons ne plus faire, mettons entre elles des intervalles de plus en plus grands, c'est là une manière prudente «t efficace de procéder : le besoin diminue progressive* ment, Tapaisement se fait et la volonté reprend peu à peu l'empire. Mais il n'est pas mauvais non plu» de procéder quelquefois de haute lutte, car il y a dans la lutte un plaisir, et, si l'on prend l'habitude de goûter ce plaisir et de le faire goûter aux enfants, on peut en venir soi-même et amener les autres à regarder comme une joie incomparable de gagner ainsi quelque chose chaque jour sur ses mauvaises habitudes.

Rapports de l'habitude et de la moralité. — Mais, puisque l'habitude est notre loi, puisque, bon gré mid gré, il faut prendre des habitudes, comment cette loi de notre nature, qui nous achemine sans cesse vers le mécanisme, peut-elle se concilier avec la moralité ? Pour répondre à cette objection, considérons tour à tour les habitudes nées d'actes volontaires, et les habitudes involontaires dans leur origine.

viee. — Vertu. — Les habitudes dont l'origine est dans la volonté sont bonnes ou mauvaises ; les mauvaises habitudes invétérées sont des vices; les bonnes habitudes consolidées et établies d'une manière définitive sont les vertus. Le vice et la vertu sont donc essentiellement des habitudes ; voici comment naissent les vices et les vertus.

Une mauvaise action, qui nous choque d'abord, mais que nous nous permettons néanmoins, tend à se répéter; qu'elle se répète, elle nous choque de moins en moins ; bientôt elle finit par nous paraître naturelle, et on tombe ainsi peu à peu jusqu'au dernier degré de déchéance et d'abjection*. Le vice mérite donc bien le blâme et l'horreur iju'il nous inspire, puisque, par hypothèse, c'est le résultat aggravé, amplifié de nos fautes ; il résulte d'une suite de fautes que la volonté a permises^ et dont elle est

bientôt châtiée par l'impuissance où elle se trouve de s'en défendre. Mais l'habitude étant fatale, mécanique, il en résulte que les vicieux sont non moins à plaindre qu'à blâmer. Leur responsabilité, entière à l'origine, diminue de plus en plus avec leur liberté, et, à la longue, ils tombent pour ainsi dire au-dessous de la sphère de la moralité.

L'homme vertueux, au contraire, mérite une estime et une admiration toujours croissantes. En apparence, il est vrai, le mérite diminue, puisque les bonnes actions en devenant habituelles, deviennent comme naturelles et coûtent de moins en moins. Sans doute, le mérite diminue, si on entend par là l'effort et la peine, auxquels on a coutume de proportionner l'estime. Mais la peine et l'effort ne sont pas l'idéal de la vertu, ce ne sont que des moyens nécessaires pour arriver enfin à faire le bien facilement, simplement et sans qu'il en coûte. Cet état de bonne volonté habituelle et triomphante, voilà la vertu parfaite, c'est une sorte d'infaillibilité dans le bien, devenue comme une seconde nature. La nature vient donc, par l'habitude, au secours do la volonté; c'est comme une grâce, mais une grâce conquise par la bonne volonté tenace et vigoureuse. Il serait injuste d'estimer ]Xioin3 les gens vertueux parce que leur vertu est sereine, facile et souriante : ce sont là les caractères mêmes de la véritable vertu ; l'effort énergique qu'elle nécessite dans les commencements, n'est qu'une condi« tion pour arriver à l'état de pleine possession de soimême. La sérénité, la bonne grâce dans la pratique du bien, c'est cela même qui achève de donner à la vertu son prix et son charme, et cela est le fruit de l'habitude.

Importanee morale des habitudes même Involontairement eontractées. — Tonte praCl<|ue engendre ■ine théorie eorrespondante. — Il nous reste à considérer les habitudes contractées involontairement. Dira-t-on qu'elles n'importent pas moralement, parce que cela seul- qui est voulu a une importance morale ^

Ce serait une erreur, car premièrement ce qu'on a coutume de faire importe infiniment, même quand on le fait sans le vouloir ; ensuite et surtout ce qu'on fait d'habitude entraîne bientôt, entraîne nécessairement une modification correspondante dans la pensée, dans Fopinion, dans la façon de voir et de sentir. Gomme nous sommes essentiellement des êtres raisonnables, logiques, nous avons besoin de nous mettre d'accord avec nous-mêmes; ce que nous faisons, fût-ce d'abord sans raisons, nous voulons trouver des raisons pour le faire, et nous en trouvons toujours.

Sophisme* de lostifleation. — Si donc, par suite de mauvais exemples, de mauvaises compagnies, nous avons pris de déplorables habitudes, notre jugement en est bientôt faussé; nous appliquons notre intelligence à trouver des sophismes* de justification, c'est-à-dire dés raisons plus ou moins spécieuses et immorales, tendant à faire paraître bon ce qui ne l'est pas. Ainsi, quand la raison n'est pas à l'origine de nos actes pour les régler, elle est bientôt corrompue elle-même par nos mauvaises habitudes : nos idées, nos principes même changent, et il y a péril croissant pour la moralité.

lia eootame et l'opinion, — Dans les sociétés, cette union indissoluble de la pratique et de la théorie s'aperçoit très nettement. On appelle coutume l'ensemble de usages reçus ; mais, la coutume ne va pas sans Vopinion, et, tant vaut l'une, tant vaut l'autre. L'opinion c'est l'ensemble des maximes courantes qui justifient l'usage reçu. S'il y a un moyen d'améliorer la coutume, c'est d'agir sur elle par l'opinion, mais réciproquement, qu'une coutume vienne à prévaloir pour une cause ou pour une autre, l'opinion aussitôt s'y conforme.

ConelnAion t l'babiCaiie, eondICion de tout progrès. — En somme, l'hubitude est une loi capitale de notre nature : il ne tient qu'à nous d'en tirer des avantages qui compensent et au-^elà les dangers qu'elle nous fait courir. Elle est la condition de tout progrès ; sans ello^

nous n'aurions jamais ni repos^ni rëpit, ni loisir d'aucune sorte, la vie serait un effort et une lutte de chaque instant. — Par elle, au contraire, tout progrès, notamment le progrès intellectuel devient possible, car grâce à elle, tout effort fait diminue d'autant, l'effort à faire ; et les aptitudes que par elle nous nous sommes données, peuvent être sans cesse employées à des acquisitions nouvelles. — En morale, nous pouvons, il est vrai, payer d*uno chute irrémédiable nos oublis réitérés, mais nous pouvons aussi trouver dans la parfaite sécurité morale, dans la vertu sûre d'elle-même, calme et facile, la récompense de nos efforts passés. — C'est ce qui faisait dire aux stoïciens* : a Le sage est pareil aux dieux. » Lo sage, en effet, tend à une sorte d'infaillibilité acquise et conquise, qui est son œuvre propre.

Remarque Onale. — Mais il faut le redire : réfléchir, délibérer, est, au premier titre, la vraie manifestation de la spontanéité* intelligente, la condition essentielle de la moralité, la marque propre de l'homme. Eh bien, par les lois mêmes de l'habitude, ce travail de réflexion se fait lui aussi, de plus en plus facilement, de plus en plus parfaitement, de plus en plus volontairement, à mesure qu'il s'est fait davantage. On prend ainsi littéralement l'habitude de se défendre contre l'envahissement des habitudes.

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