I.FÇ<*NS DR f«YCir
tatif et ce qui est de stricte obligation. Noos usons simultanément de toutes nos ressources; nous demandons à son cœur ce qv'il &Uait obtenir de sa raison, et réciproquement. Pourquoi lui dire par exemple qu'il doit aimer telles et telles personnes ? « La raison n'est pas ce qui règle Tamour » ; ne lui montrons pas une obligation où il ne saurait y en aYoir une. Il doit être juste, vrai, loyal, Toilà ce qui est obligatoire; soyons, s'il le faut, d'une sévérité impitoyable pour l'obtenir. Employons d'autres moyens pour diriger son cœur : c'est par notre tendresse que nous l'inclinerons à nous donner la sienne en retour; obtenons son amour, c'est le Trai moyen d'avoir de l'action sur lui ; mais donnons-lui avant tout, une idée exacte^ une idée sérieuse de ses devoirs stricts. L'enfant subit plus qu'on ne peut le dire l'inflence de l'atmosphère morale dans laquelle il vit; tout ce qu'il voit ou entend, tout ce dont il est témoin laisse de profondes impressions dans son esprit et dans son cœur ; et, tandis que nous l'accablons de conseils, nous démentons trop souvent nos maximes par notre conduite, plus encore par nos conversations. Combien de paroles imprudentes la vue d'un enfant devrait retenir sur nos lèvres I
IV. Le sMtlMMt veUcleax. — Ia tlfté*dl«ée*. — Nous arrivons à la dernière manifestation de cette aqn* ration de l'homme vers l'idéal*, que nous sommes en train de décrire. Tout ce qui nous parait avoir une valeur universelle, étemelle, infinie, se résume dans la notion de Dieu. La notion de Dieu se trouve^ nette ou confiiae, au fond de toute conscience : la théodicée* la découvre présente dans toute raison, et la soumet à la ctitiqiie. De même que l'estbétiqiie * a pour objet le i)eau, et U morale le bien, de même la théodicée* a pour objet Dioiu. Elle se divise en deux grandes parties: d'abord elle cherche à établir TexistenGe de Dieu et en discute les preuves; puis elle essaie de déterminer la nature de Dieu et ses rapports avec le mon.de. -^ Mais il ne s'agit ici que d'une analyse psychologique : o'est un &it que.
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à cette notion de Dieu, quelle qu'en soit la valeur, correspond un sentiment du divin dans les cœurs.
Caractère prlmlllff et «nlveniel da «eatiateat vellr leleauK. — Il delt être ealtlTé, épmé. -— See effets t aderatloa, ealte, prière. -^ Le sentiment religieux est commun à tous les hommes, il est primitifs originel^ profondément naitArel au cœur de l'homme : o'est ce qu'il &ut établir.
Avouons d'ahord que ce sentiment a besoin d'être cultivé et épuré, qu'il prend mille formes grossières, qu'il balbutie de mille manières avant de se produire d'une façon avouable devant la raison. Mais, claire ou confuse, pure ou grossière, on en trouve la mani* festation partout où il y a un homme. A quoi la recon* naît-on? à ses effets, qui sont : l'adoration intérieure, le culte, la prière. — Partout où il y a une tribu humaine, dès qu'on découvre une société d'hommes soit dans une région encore inexplorée, soit en remontant le cours des ftges historiques, on y trouve, dit Plutarque*, quelque chose qui correspond à nos temples; « ja* mais une cité n'a été bâtie sans que la divinité y eût sa place ».
Obieetleast Répoasea. — Tarlété laflaledee eenee]!tiams et des pratiqaes reliipiaases. — Mais il y a des tribus qui n'ont pas même de nom pour dire Dieu I «-^ Nous ferons la même réponse que pour l'amour du bien : il n'est pas nécessaire pour posséder une notion d'avoir un mot abstrait qui l'exprime; ce mot sera le fruit de la réflexion et n'apparaîtra qu'à un degré supérieur de civilisation; il s'agit ici du sentiment, qui se révèle par des lueurs plus ou moins vives et ne dépend pas de l'expression, mais la précède. On sait aujourd'hui que les voyageurs ont été dans l'erreur lorsqu'ils ont cer«* tifié que telles peuplades, comme les Australiens de l'intérieur des terres, n'avaient aucune re%ion ; c'est uniquement qu'ils n'avaient pas su faire comprendre leur question, ou observer les faits, ou interpréter ce qu'ils voyaient.
Mais, dira-t-on, c'est une singulière religion, que celle de ces hommes cpii adorent des animaux, des fétiches informes, jusqu'aux légumes de leurs jardins I — Qu'importe la grossièreté de là manifestation? il s'agit de savoir si ces grossiers élans ne répondent pas à quelque chose d'universel dans le cœur de l'homme. On dit: c'est la crainte qui l'inspire. Oui, notre sentiment religieux est fait en grande partie de nos terreurs en présence de l'inconnu; mai^ qu'importe que l'adoration soit provoquée par une afiTectueuse reconnaissance pour les biens de la vie, par un élan du cœur dans la joie, par une tristesse inquiète dsins l'épreuve, ou par la terreur de l'inconnu? Qu'importe, du moment que l'homme, seul entre les animaux, considérant sa condition sur cette terre et étonné de sa petitesse, porte ses regards plua haut, demande secours à une puissance supérieure, cherche un appui dans une intelligence et une volonté souveraines? Il s'agit du sentiment religieux lui-môme, et non des motifs qui le provoquent, des causes cachées qui l'avivent?
Certes, il est susceptible de prendre les formes les plus bizarres; on rencontre des religions d'une étrange barbarie. Il n'est pour ainsi dire pas de pratiques hor^ ribles et sanglantes qui ne soient ou n'aient été quelque part permises, sinon prescrites par quelque religion; mais ces monstruosités ne constituent à aucun degré une objection contre le caractère naturel et profond du sentiment religieux. Il faut avouer, une fois pour toutes, la diversité et l'imperfection de nos manières de concevoir la divinité et d'entrer en communication avec elle. Là comme en tout il y a place pour le progrès ; les religions varient, il en est de plus pures que d'autres, mais le sentiment de l'infini, qui les engencbe, est permanent dans le cœur de l'homme.
Ce qu'il 7 a de remmwB an fend de tontes t le se»tlment de l'infini *. — Ln religion naturelle. •— On appelle religion naturelle l'ensemble des croyances et des sentiments qui répondent à la notion de Dieu la plus gé-
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nërale possible, indëpendammeint de tout credo particulier. Elle est, selon une expression de Max Muller* Comme le <c cri de la terre vers le ciel » ; c'est elle qui .est au fond et à la source de toutes les religions constituées. C'est la seule sur laquelle les hommes qui pensent et raisonnent puissent être tous d'accord, à condition encore, de ne point prétendre arrêter et imposer des formules étroites ; car tous les efforts de la théodicée^, toutes nos plus savantes conceptions approchent si peu d'une idée exacte et complète de Dieu, qu'elles font songer, dit encore Max MuUer*, à la tentative d'hommes qui superposeraient des échelles les unes aux autres dans l'espoir d'atteindre le ciel. C'est notre condition de tâtonner, de bégayer, sur ces hautes questions, d'entrevoir à peine la Cause suprême* ; mais c'est un trait de noblesse d'en occuper notre esprit, de chercher sans relâche, de ne pouvoir à cet égard nous endormir insoucieux dans le doute.
Appiieatlon pédagogique. — Il faut que l'éducation développe le plus possible ce qu'il y a de général, d'universel et de profond dans le sentiment religieux. Absolument parlant, ce sentiment constitue une supériorité de nature et on ne voit pas que ceux qui en sont dénués l'emportent en délicatesse ou en grandeur morale sur ceux qui le possèdent. Mais ce qui est certain, c'est que faute de culture, il ne disparaît pas, il se corrompt. Les aspirations religieuses auxquelles on ne donne pas pour aliment des croyances éclairées ne manquent guère de tourner à la superstition. Et puis, si la vertu est en général indépendante du credo religieux, si la morale est théoriquement indépendante de la théodicée% c'est un fait que, dans la pratique, la religion est plus accessible à tous les esprits et vient en aide, quand elle est pure, aux prescriptions de la morale. Il y a assurément une satisfaction profonde à faire le bien pour l'austère plaisir de remplir un devoir et de s'estimer soi-même ; mais il y a plus de douceur à l'accomplir pour être agréable à une raison vivante et bonne qui en a gravé la loi
au fond de nos cœurs, pour ressembler à un Être réel et présent, conçu comme Tidéal même personnifié.
Dans tous les cas, il est nécessaire que l'enfant ne soit ni heurté ni contrarié dans Tépanouissement de ce sentiment naturel ; on doit se faire une loi invariable de la tolérance la plus grande à son égard ; lui enseigner avant tout les vérités générales qui risqueront le moins de s'obscurcir jamais dans son esprit ; dégager même les vérités plus spéciales des formules étroites qui pourraient les dénaturer; enfin lui prêcher par dessus toutes choses, comme le premier devoir de piété, la sincéritë et la bonne foi.
Coitelasl«ii t L'idéal *. — Nous ne pouvons qu'effleurer ici la grande et capitale question du rôle de l'idéal* dans la vie humaine. On montrerait sans peine que les hommes d'idéar, les « rêveurs », comme on les appelle parfois, philosophes, poètes, savants, purs théoriciens*, ont plus fait pour l'honneur et le bonheur de l'humanité que les prétendus « esprits positifs* ». Personne, n'est plus à plaindre, plus inutile à soi-même et aux autres, que ces désabusés et ces sceptiques* qui tiennent à honneur de ^'avoir plus, ou de n'avoir jamais eu d'illusions généreuses. Ils n'ont d'illusions, en effet, que sur leur propre valeur. Pas un progrès, même dans l'ordre pratique, ne se serait accompli par leur fait. Les vrais artisans de tout progrès sont ceux que tourmente sans cesse le besoin du mieux ; les enthousiastes et les hommes de fcM. Leurs ardeurs, dit un auteur anglais, même quand elles semblent vaines, ne sont jamais inutiles, pas plus
3ue l'entrain du soldat dans la bataille, ou que la chaleur u soleil.
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XVIir LEÇON
DES ÉMOTIONS Nature du plaisir et de la douleur.
Le besoin de changement ^ L'émotion et ses rapports avec rinclination. — Le plaisir et la peine. — Grande division des plaisirs et des peines en sensations et sentiments. — Rapport du sentiment et de ridée. — Les sentiments composés (exemples), -- Difficalté d'une classification de» senlimeats; aperçu de ce qu'elle pourrait être : 1<* L'objet qui cause l'émotion est actuellement présent : joie, sécurité, inquiétude; peine, découragement, espoir et désespoir; 2" L'événement agréabfe on pénible est rapporté au passé : réjovis^ sance, reconnaissance (remarque de Guizot*) ; aversion, horreur, rancune (remarque) ; 3<* L'événement agréable ou pénible est prévu pour l'avenir : l'espérance et ses degrés, ses effets ; la crainte, le désespoir, Tépenfante.
Nature du plaisir et de la deuletnr. — Théorie cTAirtstoie * et de Siî W. Hamilton *. — Le plaisir achève l'acte et le complète : né de l'activité, il ^augmente à son tour (exemples). — Attrait de la nouveauté, comment il s'explique. — ^ Besoin de changement. — Le plaisir et la vie. — Le souverain bien. ^ Fonitiiles de W. Han»ltea * sur le plaisir et la douleur.
Objections : Le far niente*j la servitude (mot de Vauvenargues*). — Réponse. — L'ennui. — Le jeu. — Rapports du jeu et du travail; leus identité (exemples de Herbert Spencer^). — Le travail attrayant — Le plaisir de l'eflbrt.
Le besoin de ehaageaaeat* -— Dans rémunération des inclinations naturelles, n'avons-nous pas fait un« omission grare? Nous n'ayons rien dit du besoin de changiementf de l'attrait de la nouveauté; pourtant, c'est là un fait universel, des plus intéressants à constater, et dont il faut tenir compte surtout dans l'éducation. En réalité, ce n'est point un oubli, et quoiqu'on puisse compter ce besoin de cbangement comiœ une inclination primitive, tant il est naturel et universel, nous croyons qu'il sera expliqué par la leçon présente, parce qu'il résulte de U nature même du plaisir et de la douleur.
210 DIX-IIUITIÈME LEÇON.
C'est un effet très général et très important de la nature même des émotions, mais ce n-est qu'un effet.
L'émotloii et ses rapports avee l'inell nation. —
Le plaisir et la douleur s'appellent d'un seul mot des émotions : ce sont des mouTements profonds de la sensibilité. L'émotion est l'état qui résulte de l'inclination satisfaite ou contrariée. Toute inclination satisfaite donne lieu à un plaisir, toute inclination contrariée à une peine.
Le plaisir et la peine. — Le plaisir est donc l'émotion que cause à un être sensible la satisfaction d'un penchant; la douleur , celle qui provient d'un penchant contrarié. Ce ne sont pas seulement les inclinations primitives, mais aussi les inclinations acquises, produit de l'habitude, qui, contrariées et satisfaites, causent le plaisir et la douleur.
Grande division des plaisirs et des peines en sensations et sentiments. — Ënumérer et classer les plaisirs et les peines dont notre vie est toute remplie, est une tâche à peu près impossible ; mais les divisions principales et fondamentales sont faciles à marquer. Les plaisirs et les peines se divisent d'abord en deux grandes catégories déjà indiquées plus haut : les sensations et les sentiments. La sensation est une émotion rapportée à une région déterminée de l'organisme, provenant d'une impression faite sur des nerfs spéciaux et communiquée au centre nerveux; c'est un fait psychologique, mais le plus lié de tous à l'organisme. Cette liaison est aujourd'hui bien connue. Nous savons qu'il y a des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs distincts; si l'on coupe les nerfs sensitifs dans un membre, on peut piquer ce membre, le brûler, sans causer la moindre souffrance, et, si les nerfs moteurs ont été respectés, le membre se meut comme d'habitude. Inversement, la destruction des nerfs moteurs, dans la patte d'un chien par exemple, la rend incapable de mouvement, et la laisse sensible à la douleur.
Rapports du sentiment et del'id^. — Les sentiments
sont, au contraire, les émotions qui ne sont rapportées à aucune région déterminée de l'organisme, et qui proviennent, non pas d'une impression extérieure, mais d'une idée. Ge qui distingue les sentiments, c'est leur étroite union avec le jeu de la pensée. Chez l'homme, être essentiellement pensant, les sensations elle-mémes deviennent vite des sentiments, parcequ'il les pense, pour ainsi dire, et pendant qu'il les éprouve, et avant et après; l'esprit, s'emparant des sensations même les plus grossières, leur imprime sa marque. La gourmandise du chien n'est faite que de sensations physiques ; la gourmandise raffinée de l'homme, qui recherche les mets délicats et y pense d'avance avec une certaine joie, est presque un sentiment. — C'est ce qui rend les sentiments humains si compliqués, si difficiles à mettre en ordre : ils se diversifient de mille manières selon les pensées qui s'y mêlent à chaque instant.
Les sentiments eomposés. — > On distingue des sentiments simples et des sentiments composés; en réalité, tous sont composés. On dit ordinairement que les sentiments simples sont ceux qui proviennent directement d'une seule inclination (spirituelle, sympathique ou supérieure) satisfaite ou contrariée. Mais les sentiments ne peuvent pas rester longtemps simples; d'abord ils comportent tous un mélange de plaisir et de peine: ainsi les inclinations supérieures, étant des aspirations vers l'infini, no sont jamais pleinement satisfaites ; puis à tout sentiment prétendu simple, s'en mêlent toujours plusieurs autres, diversement nuancés par les idées qui s'y joignent.
On peut citer le repentir, le remords, la honte comme des sentiments composés s'il en fut; en effet, l'analyse en est longue et délicate; il y entre des éléments très divers.
jLper^n de ee qne pourrait être nne elasslfleatlon des sentiments. — Malgré la difficulté d'une classification méthodique, on peut donner un aperçu de l'ordre dans lequel les sentiments pourraient se ranger. On distinguerait trois cas :
1* L'objet qui cause rémotion est actuellement présent ; 2* L'événement agréable ou pénible est rapporté au
S*" L'événement agréable ou pénible est prévu pour l'avenir.
1^ L'objet qvl eanse l'émotloB est aetvelleaieiit présent. — Dans le premier cas, le sentiment simple est la yoie; si l'objet est agréable; Ia peine, si l'objet est douloureux ou désagréable. Mais l'esprit entre bientôt en campagne, il s'interroge surtout sur le moment d'ar près, et aussitôt le sentiment se nuance et se diversifie. Ce plaisir va-t-il durer? Si on le croit, on éprouve un sentiment de sécurité, si bon, si rare, qu'il double le prix de toute joie; s'il y a doute, Vinquiétude commence, avec ses mille degrés.
Pour les peines, si on craint qu'elles ne durent, il y a, selon leurs degrés, découragement, tristeese, désespoir; la, douleur est d'autant plus vivement sentie qu'on ne voit aucuns moyens de s'en délivrer. Lorsque la cessation du mal paraît probable et prochaine, il y a espoir,
2* It'évéïieiiieBt agpréalile en pénible est wmppmwté au passé. — Si c'est un plaisir passé dont on se souvient, le premier mouvement est d'en jouir de nouveau. Si on a du ce plaisir à quelque personne, la réjouisscmce devient la reconnaissance* i&Bis ici le cas n'est pas simple, car Dante* a pu dire : « Je ne sais pas de plus grande douleur que de se rappeler le temps heureux quand on est dans l'infortune. » En effet, le contraste peut rendre douloureuse une ancienne joie, lorsque le souvenir de cette joie vient, pour ainsi dire, rendre plus amères les tristesses présentes. Mais cela n'est pas, tant s'en faut, sans exception, et dans bien des cas les douleurs du présent sont adoucies par le souvenir des joies d'autrefois. Le sage, quand viennent les mauvais jours après les bons, se dit qu'il a eu sa part de bonheur, et supporte l'épreuve avec plus de résignation.
Si c'est une douleur qu'on se rappelle, le plus souventi c'est à contre-cœur, surtout quand on se souvient d'un tort que l'on a eu. On a pour ainsi dire horreur d'y penser. Si on peut attribuer à une yolonté intentionnelle l6 mal dont on a souffert, il y a ressentiment, rancune.. Dans certains cas le souvenir d'une ancienne douleur ne déplaît pas ; si on se la rappelle dans un présent i^réable elle donne plus de saveur aux jouissances actuelles. C'est ce qui fait que les parvenus trouvent souvent un plaisir réel à se rappeler le temps où ils étaient dans la gène et dans la misère même.
3^ L'éiréaeiiieiit «s'^*^'® ®v péiillil« est |^wêT«.— L'cspéraiiee et ses degrés — Ses effets. — * Si c'est un plaisir qu'on attend, il y a espércmce. L'espérance a mille degrés, selon qu'elle est mêlée d'inquiétude ou qu'elle est déjà presque une certitude. Pourquoi a-t-on pu faire de Tespérance une vertu? Il semble qu'il ne tienne pas à nous d'espérer, et qu'on ne puisse nous en faire un mérite. — C'est que l'espérance a les effets les plus puissants sur toutes nos facultés, dont elle centuple la force. Quand l'événement dont il s'agit est un de ceux que nous sommes obligés de réaliser, l'espérance devient donc comme une vertu véritable, car la première condition pour agir et pour réussir est d'espérer. A qui espère fortement, pourrait-on dire, rien n'est impossible. Ck>mment une nature froide et découragée serait-elle au même degré entreprenante, vaillante et ingénieuse dans le bien?
La crainte, le tiésespslr, l'éponvante. -— Si c'est un mal qui est prévu, attendu, on éprouve la crcmte avec ses divers degrés, jusqu'à la terreur et à l'épouvante : le mal prévu est-il très grand et paraît-il inévitable, le déaespoir se retrouve ; car il est aussi douloureux de supponer une prévision de ee genre que d'être dans un état pénibk auquel on ne voit nuUe iwoe. là^épowHmte et la terreur ont lieu quand le péril est à la fois immense et immédiat.
Voilà un nmple aperça à« U wttpkxité ^ sujet ;
S14 DIX-HUITIÈME LÉÇÔN.
une classification rigoureuse des sentiments semble impossible, et ne serait pas d'ailleurs très utile.
Natare d« plaisir et de la doalenr. — Théorie d'A* rlatote^etde llallllUoa^ — Maintenant qu'est-ce que le plaisir y qu'est-ce que la douleur?
La réponse à cette question a varié à l'infini selon les difi'érentes écoles philosophiques : portons-nous directement à ce qui est pour nous la solution véritable. Cette solution est due à Aristote*, elle a été reprise et perfectionnée par Hamilton* : la voici. — L'activité et le plaisir sont absolument inséparables, ne sont qu'une seule et même chose. Le plaisir est le fruit naturel de l'activité qui se déploie librement, sans contrainte ni empêchement, dans les voies de la nature. C'est ce qu'Aristote* exprime en disant : « Le plaisir est la fleur de l'activité. »
Le plaisir, dit-il encore, achève l'acte et le complète ; né de l'activité, il l'augmente à son tour et la perfectionne. C'est en faisant une œuvre qu'on y prend goût; et quand on y prend goût on la fait mieux. A-t-on plaisir, par exemple, à faire de la géométrie, c'est qu'on a de Taptitude pour la géométrie : le plaisir nous révèle l'inclination; mais réciproquement, le plaisir accroît notre énergie, la surexcite, la rend de plus en plus parfaite, de plus en plus féconde. Celui qui aime la géométrie en fait souvent; il voudrait en faire sans cesse, et il y réussit de mieux en mieux ; l'activité se trouve ainsi alimentée par le plaisir, et il n'est plus rien dont elle ne soit capable. U en est ainsi dans tous les genres d'activité. On a du plaisir à faire ce que notre activité naturelle demande et comporte, et ce plaisir même nous fait agir dhine façon de plus en plus parfaite et efficace.
Attrait de la aoaveantéf eommeat 11 e'expllqae. — Bcsola de ehaaj^eiaeat. — M'cbttrait de la nourveautéy le besoin de changement se trouvent expliqués par cette loi m^m€. L'homme a une activité bornée, et comme cette activité e%l étroitement liée aux fonc-
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lions organiques, il est clair qu'il n'y a pas d'énergie en lui qui ne s'épuise par l'abus; par conséquent, toute activité exercée violemment ou trop longtemps, après avoir causé d'abord le plus vif plaisir, ne causera bientôt plus que douleur, si on ne la laisse pas se reposer, se réparer, en exerçant d'autres puissances. Voilà pourquoi on ne peut pas faire sans fin les actes et exercices qu'on aime le mieux faire ; il faut s'en reposer en passant à • d'autres. Une énergie nouvelle entrant en jeu donne lieu à un plaisir d'une vivacité et d'une fraîcheur toutes nouvelles. — Est-îl besoin de rappeler combien ce phénomène (remarquable surtout chez l'enfant) doit être présent à l'esprit du maître?
Le plaisir et la Tle. — Le someraln bien. — Si telle est la nature du plaisir, il s'ensuit que la vie même est un plaisir complexe et intense ; le plaisir de vivre, d'être en bonne santé, de penser, d'agir, est le plus fondamental, sinon le plus vif de tous, ail est doux de voir la lumière du jour, » disaient les héros grecs avant de mourir. Ce plaisir de vivre, si on y prenait garde, est très vif ; à lui seul, il montre la vanité de la thèse pessimiste*, qui représente la vie humaine comme un tissu d'amertumes et de tristesses sans compensation. Physiologiquement, qu'est-ce que la vie? un ensemble de puissances sans cesse en train de passer à l'acte : vivre, c'est agir, par conséquent, vivre est un plaisir.
Le souverain bien, pour chaque être, c'est le développement complet et harmonique de toutes ses puissances, le plus parfait déploiement possible de son activité. Naturellement le souverain bien varie d'une espèce à Tautre : c'est pour chaque espèce, l'exercice de son activité propre. Pour les animaux, c'est de végéter, de manger, boire et dormir, en un mot, de remplir les fonctions animales. Pour l'homme, qui est un être pensant, le souverain bien, dit Aristote, c'est, dans la vie individuelle, la pensée, dans la vie sociale, l'activité sympathique, la vie politique, l'action selon la raison. Nous voyons là le point d'attache de. la morale d'Aristote*
LEÇONS DE PSTCH. ^3
et de sa psychologie. Une bonne psychologie conduit à une morale excellente.
Formules de Hamilton* sar le plaisir et la donlenr.
— Hamilton* a tiré au clair et réduit en formules exactes toute cette théorie en disant : Le plaisir naît de l'exercice facile et libre de toute activité normale. La dou« leur commence^ lorsque l'activité dépensée dépasse, en quelque sorte, notre provision, et cause un épuisement; en d'autres termes, la douleur naît d'une activité exag rée, surmenée. Elle naît aussi d'une activité empêchée^ comprimée, qui ne peut se développer autant qu'elle le voudrait. Toutes les espèces de fatigue sont des douleurs provenant d'un excès d'activité ; Vimmobiiité forcée est un supplice du second genre. La douleur se produit enfin d'une troisième manière, quand Taction, bien que normale en quantité, est anormale en direction et contre nature, c'est-à-dire contraire soit à nos besoins et penchants naturels, soit à nos habitudes .
Objection : Le /«r nieniB*f La servi tado. — > Réponse t L'ennal. — Mais ici, une objection se présente. Que dire du plaisir de Yoisiveté? Que faut-il penser du far 7iiente*, si agréable, et de la servitude, qui, ellemême, le devient, quoiqu'à Torigine elle empêche par la contrainte notre libre développement? — Il est très vrai que la servitude devient tolérable et même douce par rhabitude. C'est le mot de Vauvenargues* : « La servitude abaisse l'homme jusqu'à s'en faire aimer. » Mais cela même nous fournit réponse à l'objection. Oui, la servitude abaisse les hommes, atrophie* toutes leurs énergies, et c'est pour cela précisément que bientôt ils ne comprennent même plus le plaisir d'agir librement. Ils ne désirent plus faire des actions qu'ils ne savent plus faire, leur vie est littéralement diminuée; mais ce qui leur en reste leur est agréable encore. Ils sont à plain» dre, et, loin qu'il n'y ait rien là qui infirme la théorie que nous exposons, seule, au contraire, elle rend bien compte de ce phénomène, à la fois étrange et naturel.— De son côté, Tétai oisif appelé le far niante* est agréable,
mais il ne consiste pas, tant s'en faut, dans l'inaction absolue; c'est une détente générale, c'est comme une mise en liberté de nos énergies. Cet état, nous le connaissons tous : après un travail intense, après une longue application de l'esprit à un même objet, il est agréable de n'y plus penser du tout. Mais dans ce cas, l'espri', est-il inactif? Non, la rêverie, la flânerie même sont quelquefois très actives. Personne ne voudrait de l'oisiveté totale, absolue pendant une heure seulement ; elle engendre vite V ennui; et l'on sait assez que l'inaction forcée est un supplice. « L'oisiveté, c'est Vauvenargues* encore qui l'a dit, nous rend bientôt à l'activité, désabusés de ses promesses. »
I«e Jev. RapporUi dn |en et du travail f leur Identité. — lie travail attrayant. — Le plaisir de l'effort. -— Ce qui précède nous explique le plaisir du jeu et nous' conduit à d'utiles réflexions pédagogiques. — Le jeu est agréable : est-il donc une action? Oui, une action quelquefois très intense, et qui exige un grand déploiement d'énergie. Les jeux des animaux sont des courses, des luttes parfois violentes. Les jeux physiques des enfants sont ordinairement l'imitation des occupations de leurs pères. Ils imitent la chasse, la guerre, établissent des camps, font des prisonniers; les petites filles imitent les soins du ménage et de la maternité, les occupations de la vie mondaine ; tous simulent l'action sérieuse, tant il est vrai que l'activité est la loi de leur nature. Les jeux de combinaison, (jeu de cartes, jeu d'échecs y, sont un véritable travail. En réalité, le travail et le jeu sont de nature identique. La seule différence, c'est que le travail est un jeu utile dirigé vers des fins sérieuses. Prescrit d'abord par les parents ou par les maîtres, il est plus ou moins imposé à l'enfant; mais si on sait le varier, et surtout le faire choisir et aimer à ceux de qui on pourrait l'exiger au besoin, il n'y a aucune raison pour qu'ils n'y prennent pas le même plaisir qu'au jeu même. Ils y prendront avant peu un plaisir plus profond et plus complet, et on les verra quitter
moins Tolontiers le travail pour le jeu, que le jeu pour le travail.
La question pédagogique du travail attrayant se trouve résolue de la sorte. Le travail sera attrayant si on sait le varier, si on ne l'impose pas sans mesure ni discernement, avec une mine rébarbative, si on demande habituellement à l'enfant un déploiement d'activité raisonnable. Ce déploiement d'activité, il faut toutefois l'obtenir à tout prix, et au besoin par la contrainte; car pour prendre goût aux choses, encore faut-il commencer par les faire.
C'est l'essence même du travail d'être attrayant. Mais attrayant ne veut pas dire amusant ; il ne s'agit pas d'épargner à l'enfant tout effort; ce serait une grande erreur dont nous serions bientôt désabusés. L'effort n'est qu'une activité énergique en lutte contre quelque obstar cle; à l'effort même est donc attaché un plaisir, s*il est vrai que le plaisir réside dans l'action. Ainsi, n'épargnons pas l'effort à l'enfant; faisons-lui en comprendre l'intérêt; faisons-le lui aimer. Si nous cherchions à lui épai^ gner l'effort, nous le priverions de la satisfaction q[u'il éprouvera à le faire, et du surcroit de force qu'il y gagnera ; et puis, ce qui est pis, il n'apprendrait pas à . aguerrir sa volonté contre les difficultés et les obstacles qu'il rencontrera dans la vie.
Xir LEÇON