‹ Leçons de psychologie appliquée à l'éducationChapitre 26 sur 46 · I. I4a raison. — DéflnlUon. — La raison est la fa · texte numérisé non relu

I. I4a raison. — DéflnlUon. — La raison est la fa

ctiltë d'intuition qui nous fournit les principes, c'est-à-dire les lois fondamentales de la pensée.

Remarque. — Ce n'est pas une faculté, à proprement parler; c'est l'esprit lui-même, ayec sa constitution native, avec ses instincts et ses besoins universels.

JLe sensualisme *. — Sa forinnle. — Le sensualisme* est une doctrine qui ne reconnaît pas la raison et qui prétend que toutes nos idées et toutes nos connaissances, sans exception, viennent des sens.

Béponse de Leibnitz*. — Â cctte affirmation, Leibnitz* a depuis longtemps répondu : « Oui, tout nous vient des sens ; sauf l'esprit lui-même. » Tout ce qui est dtins l'entendement, disaient les sensualistes% y entre par un ou plusieurs sens. Leibnitz* leur répond : «Soit, mais l'entendement lui-même préexiste. Les sens lui apportent des connaissances et des idées, mais il est là pour les recevoir. »

L'Ettipirisiiie\ — La table rase. — V Empirisme* difi%re du sensualisme* en ce qu'il assigne comme origine à toutes nos idées, non plus les sens seulement, mais les sens et la conscience, c'est-à-dire la double expérience (de là le mot empirisme*). Mais, comme le sensualisme*, l'empirisme* nie la raison; il affirme qu'avant l'expérience l'esprit est absolument pareil à une table rase, à une page blanche, sur laquelle aucun caractère n'a encore été tracé. Il considère, par conséquent, l'expérience comme le grand, l'unique maître du savoir humain.

Réponses (Leibnitz* et M. Ravaisson*). — Leibnitz*, dans les Nouveaux essais sur V entendement hwmain (ce livre est ainsi nomïhé, parce qu'il est une réponse à V Essai sur r entendement humain de Locke*), Leibnitz* répond aux partisans de l'empirisme* : « Non, l'esprit n'est pas une table rase; il a en lui quelque chose de préformé * ; il est comme un bloc de marbre que le marteau du sculpteur viendra façonner, mais dans lequel se trouveraient déjà, tracées par la nature elle-même, des Teines et des lignes indiquant la statue. »

Leibnitz* ëcrit encore : « Les principes de la raison sont aussi nécessaires pour penser que les muscles et les tendons pour marcher, quoique Ton n'y prenne pas garde. » Que de gens, en effet, marchent et courent sans savoir qu'ils ont des muscles et des tendons, ou sans savoir à quoi tout cela sert! Cependant, ils ne marcheraient pas sans cela. C'est ainsi que, l'immense majorité des hommes pensent sans savoir que la pensée a des lois et des conditions innées, fondamentales ; mais ils ne penseraient pas sans ces mêmes principes dont ils ignorent l'existence.

M. Ravaisson * a dit de même : « Vouloir expliquer la connaissance par l'expérience seule, sans la raison, c'est vouloir expliquer la digestion par l'aliment seul, sans l'estomac, ou la respiration par l'air, sans les poumons. »

Rapports d« la raison et de l'expérience — D'après ce qui précède, nous voyons quels sont les rapports de la raison et de l'expérience. C'est bien, si l'on veut, de l'expérience que vient toute la matière de notre savoir, mais à condition que l'esprit soit là pour la façonner, pour lui imprimer sa marque, en un mot, pour la faire nôtre. La raison seule rend possible l'expérience ell&« même, et fait que tous les hommes pensent de la même façon, c'est-à-dire peuvent se comprendre, discuter ensemble et se mettre d'accord, malgré la grande diversité de leurs expériences.

A Yeux de Loeke*, de CondlUae* et de Herbert Speneer*. — Pour nous confirmer dans cette conviction nous avons les aveux mêmes des plus grands sensualistes * et des plus grands partisans de l'empirisme* : Condillac*, Locke*, * Herbert Spencer*.

Condillac*, dans la première édition de son Ti*aité des sensations j représentait l'esprit comme absolument passif, comme recevant les impressions sans même avoir à réagir : mais dans la seconde édition, il convient que la pensée n'apparaîtrait pas si la passivité de l'esprit était absolue, et il avoue que l'esprit réagit contre les impressions du dehors par Yattention.

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Locke* n'a jamais hësitë ni yarië sur ce point : l'esprit, selon lui; ne pense et surtout ne s'élève à la science que par l'effort de la réflexion.

Mais là se bornent leurs aveux, qui ne sont qu'un acheminement à reconnaître la raison. M. Herbert Spencer*, qui, de nos jours, a repris à la fois la doctrine du sensualisme* et ceÛe de l'empirisme*, va plus loin : Il proclame i)ien haut que l'enfant naît avec des prédispositions à penser d'une certaine manière et non d'une autre, à reconnaître, par exemple, un axiome la première fois qu'il l'entendra, tout aussi bien que lorsqu'on l'aura énoncé cent fois devant lui. En un mot, M. Spencer* admet qu'il y a quelque chose d'inné* dans la connaissance. Seulement, il soutient que ce qui est inné* actuellement, ne l'était pas à l'origine, mais a été acquis par l'expérience au cours des siècles; il admet qu'à notre époque il y a des principes dans tous les esprits, mais il prétend qu'ils sont le fruit de l'expérience accumulée d'âge en âge et transmise par l'hérédité*. Cette doctrine sera bientôt l'objet de notre examen : contentons-nous ici de recueillir l'aveu qu'elle contient.

Caractères dea données de la raison. — Quels sont les caractères des données de la raison? Si réellement elles sont essentielles à l'esprit humain, fondamentales, non acquises, il s'ensuit qu'elles devront être : 1^ certaines a priori; 2<^ universelles et impersonnelles; d<» nécessaires ; k^ immuables *.

Elles sont certaines a priori. — Si nous prenons un exemple, nous verrons qu'en effet il y a dans l'esprit certaines données qui ont ces caractères. « Le tout est égal à la somme des parties » voilà un axiome de mathématiques. Évidemment, cette vérité est certaine du premier coup pour tout être pensant, et elle ne le sera pas davantage après de nombreuses expériences. Elle est évidente a priori.

Elles sont universelles et Impersonnelles. — De plus^ on ne saurait imaginer ni une exception à une telle

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véritë, ni un esprit à qui elle ne s'impose. Donc, elle est universelle, c'est-à-dire valable pour toutes choses, et * impersonnelle, c'est-à-dire indépendante des personnes.

Elles sont nécessaires. — Elle est aussi nécessaire^ . car on n'imagine pas, quelque effort que Ton fasse, que le tout puisse ne pas être égal à la somme de ses parties. Or qu'appelle-t-on nécessaire? Ce qui non seulement est, en fait, d'une certaine manière, mais ne pourrait pas ne pas être ainsi.

Elles sont Immuables*. — Enfin, elle est immuable* : , on ne conçoit pas plus un temps où elle ait été fausse qu'un temps où elle puisse cesser d'être vraie.

Prineipes et ▼érités premières. — Déllnltlon. — Énoncées en formules abstraites, ces affirmations très simples de l'esprit s'appellent principes ou vérités premières. Mais elles ne sont pas tout d'abord énoncées en formules, et il est un grand nombre d'esprits pour lesquels elles ne le seront jamais. Qu'importe? Énoncées ou non, ces façons de penser sont partout sous-entendues, partout présentes, que l'on s'en rende compte ou non, comme les muscles et les tendons jouent en tous nos mouvements, que nous sachions ou non l'anatomie. Bien des gens appliquent sans cesse des principes qu'ils n'ont jamais entendu énoncer.

Exp Iles tien. — Il ne faut pas que ce nom de vérités premières nous abuse et nous fasse croire qu'il s'agit ici d'une priorité chronologique*. Ces vérités ne sont pas premières en ce sens qu'on les énonce avant les autres et que la connaissance humaine débute par là. C'est en qualité, en importance, que ces vérités sont premières; c'est logiquement qu'elles sont antérieures à l'expérience : elles forment la substance même de l'esprit.

Adage* seoiastiqne *. — Les scolastiques * disaient : « Avec ceux qui contestent les principes, on ne discute pas. » Excellent adage*, qui signifie que les principes sont au-dessus de la discussion et du doute, et que, pour discuter, c'est à eux encore qu'il faut se reporter et faire appel.

H«« de Féneion. — Gomme le dit Fënelon % c'est grâce à eux que les esprits des hommes peuvent communier dans la venté. « Par la raison, dit-il encore, 1«8 hommes de* tous les siècles et de tous les pays sont Comme enchaînés autour d'un certain centre immobile. »

La raison dans le lanfpage «ommun. — On voit quels rapports étroits existent, malgré les apparences, entre la raison ainsi décrite par les philosophes et la raison telle qu'on l'entend dans le langage commun. D'ordinaire on entend par raison le bon sens vulgaire, qui fait qu'on pense juste, qu'on se rend aux bons arguments, qu'on se conduit décemment et selon Tusage. Or, la raison, en ce sens habituel et vulgaire, n'est que la traduction de la raison, au sens fort et philosophique, dans les actes de la vie et dans les pensées de chaque instant ; en d'autres termes, c'est l'application commune et facile des principes aux choses de la vie.

II. Classification des principes. — - Les principes OU vérités premières peuvent se ranger en deux groupes : 1*^ Le principe pratique, régulateur delà conduite; â^les principes spéculatifs, régulateurs de la pensée.

Le premier sert de fondement à la morale, les autres sont la base des sciences.

1 . Principe pratique. — Bn qnel sens II est universel. — C'est un de ceux dont l'universalité* et l'immutabilité * ont été le plus contestées ; c'est, par conséquent, un de ceux qu'on s'est le plus souvent refusé à regarder comme des principes. En effet, si on l'énonce mal, si on lui donne une forme trop déterminée, il s'é« lève une foule d'objections. Il est clair qu'il y a très peu de devoirs, peut-être même pas un seul, qui soient entendus tout à fait de même par les hommes de tous les temps et de tous les pays : « Singulière justice, s'écrie Pascal*, qu'une rivière ou une montagne borne I Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. » — Mais le principe pratique doit s'énoncer sous une forme beaucoup plus générale qu'on ne le dit souvent ; et alors il a un caractère rationnel indéniable. Ce principe se

ramène à ' ceci : il y a du bien et du mal^ c'est-àdire rhomme doit faire quelque chose et ne doit pas faire le contraire. Sans doute, la matière du devoir pourra varier, et Ton en discute ; mais tout le monde est d'accord pour affirmer qu'il faut faire certaines choses et n'en pas faire certaines autres, sous peine d'être un malhonnête homme : personne ne conteste qu'il existe des devoirs, qu'il y ait des actions commandées par la raison et des actions défendues.

2. PrineipeM spéeulailfs. — Les principes spéculatifs se subdivisent en deux catégories :

A. — Principes analytiques. — - Les uns, qui sont analytiques ^, ne nous apprennent rien de nouveau, sont de simples tautologies*, ne font qu'énoncer le besoin qu'a l'esprit de rester d'accord avec lui-même et de ne pas se contredire. Ce sont des principes tout négatifs, dont le rôle est d*empêcher la pensée de tomber dans l'absurde.

Ces principes sont :

Principe d'identité. — l^ Le pHncipe dHdentiléj d'après lequel ce qui est est; le même est le même.

frineipe de eontradietion. — 2<^ Le principe de contradiction, qui exprime la même pensée sous une forme négative : Deux affirmations contradictoires ne peuvent pas être vraies toutes deux ; si l'une est vraie, Vauire est fausse. En d'autres termes, une même chose ne peut pas à la fois, et sous les mêmes rapports, être et ne pas être. La raison humaine a horreur de se contredire, et c'est ce qui la préserve de l'absurde.

Prliieifie d'exelusion du milieu. -^ 3° Le principe d'exclusion du milieu « une chose est ou n'est pas ; il n'y a pas de milieu entre les deux alternatives. »

Remarque. — Les axiomes appartiennent tous à cet ordre de principes, c'est sur eux que reposent toutes les

1. Ainsi nommés parce que l'attribut s'y tire da'sujetrmème par analyse et n'ajoute rien à l'idée du sujet. Ainsi « un triangle a trois angles » est un jugement analytique.

sciences exactes, et cela nous explique le caractère de rigueur qui distingue ces sciences.

B. Priaeipes synthétiques^.— Les principes synthétiques* sont ceux qui nous apprennent du nouveau, c'està-dire ceux dans lesquels Tattribut ne répète pas pure* ment et simplement le sujet. Ce sont :

Pviii«lpe de pal8«m suffisante. — Le principe de raison suffisante^ qui est le plus général de tous, et d'après lequel : tout ce qui est ou se fait a sa raison. Les autres principes du môme groupe ne sont guère que des façons diverses d'énoncer ce besoin qu'a Tesprit de trouver à tout des raisons.

Priaeipe de canssllté*. — Le principe de causalité* ^ qui s'énonce ainsi : Tout fait a une cause. Remarquons qu'il faut se garder de l'énoncer de cette manière : tout effet a une cause, ce qui ne serait qu'une tautologie % puisqu*un effet est, par définition, le résultat d'une cause.

Prîneipe de finalité. ->- Le principe de finalité, d'après lequel tout ce qui est et se fait a une fin ou tm but^ c'est-à-dire est ou se fait en vue de quelque chose. C'est, en effet, un besoin de notre esprit de connaître, outre la cause efficiente*, la fin des choses; par exemple, il ne nous suffit pas de savoir par qui un crime a été commis, nous voulons encore savoir pourquoi on l'a commis.

Prineipe d'ordre. — Le principe d'ordre, qui est le fondement de l'induction et, par suite, de toutes les sciences physiques. En voici l'énoncé : les phénomènes sont liés par des rapports constcmtSy autrement dit il y a des lois et de V ordre dans les choses.

Principe de eontlnalté. — Lepnncipe de continuité, qui porte que la nature ne fait pas de sauts, mais procède d'une manière continue et par transitions douces. Gela résulte naturellement du principe d'ordre ; en effet, les transitions brusques dans la nature, ou plutôt l'absence de transitions, y seraient une espèce de désordre. C'est en s'appuyant sur ce principe que Leibnitz *, par

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une vue de génie, a soupçonné Tèxistence d'êtres tenant le milieu entre les animaux et les plantes, leszoophytes*.

Principe de moindre action. — Le principe de moindre action^ d'après lequel : tout se fait par les voies les plus courtes j c'est-à-dire la nature ne perd ni son temps ni sa peine. C'est ce principe qui a conduit Descartes* à la découverte de cette loi de l'optique, d'après laquelle l'angle de réflexion d'un rayon lumineux est égal à l'angle d'incidence. Descartes*, on le sait, prétendait que toutes les vérités de la physique pourraient ainsi se déduire a priori des perfections de Dieu.

Principe des indiscernables. — Enfin, un dernier principe synthétique est celui des indiscernables : il n*y a pas deux êtres indiscernables dans la nature. En effet, cela serait sans raison suffisante, puisque ces deux êtres se répéteraient l'un l'autre et feraient double emploi ; il est clair que l'un serait inutile.

On voit assez que les principes synthétiques* que nous venons d'énoncer en dernier lieu ne sont que des cas particuliers du principe de raison suffisante.

Remarque. — Les principes de ce dernier groupe servent de fondement aux sciences de faits, dont la physique est le type, comme les principes analytiques servent de -base aux sciences exactes ou mathématiques.

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