SUITE ET FIN
L'empirisme* rajeuni. — Raison et éducation, idées premières.
I. L'empirisme rajeuni, Herbert Spencer *. — Exposé. ^ Aveux. — Critique. — Le principe d'universelle intelligibilité : la raison et le monde.
II. Raison et éducation. Sens de cette expression « former^ cultiver la raison •. «-^ Mot de Descartes * sur le bon sens : est-il juste? -^ But de Téducation de Tesprit, ou instruction (Montaigne *). — Pourquoi et comment il faut respecter la raison de l'enfant ; Texercer, y faire toujours appel (exemples du médecin et du législateur). — Que les principes peuvent, sinon s'oublier, du moins s'obscurcir et se fausser : exemples. — La culture intellectuelle les affermit : en quel sens.
ni. Idées premières. La raison ne nous fournit pas seulement de quoi comprendre ce monde, mais de cfuOi le dépasser. — Que dans les données mêmes de Texpérience apparaissent des idées d'un autre ordre : Le temps et l'éternité; l'espace et l'immensité; l'absolu, l'immuable*, l'infini, le parfait, la cause première, l'être par soi.
Nous n'avons point compté de principe spécial pour l'esthétique * ; en effet, l'esthétique * n'est pas une science exacte, et le beau, quoiqu'il contienne un élément rationnel, peut, nous l'avons vu, se ramener à Tordre et à l'harmonie revêtant une forme sensible : par conséquent, s'il y a un principe de la raison qui préside à nos jugements esthétiques*, c'est le principe d'ordre, non un principe nouveau.
I. T/empIrlsme * rajeuni (H. Herbert Spencer/]. — Mais il nous faut revenir, à présent que nous connaissons les principes, sur la doctrine qui prétend les expliquer par la seule expérience. L'empirisme*, disions-nous, a pris une nouvelle forme dans notre siècle et ne se tient pas pour battu. La doctrine de Locke* était que l'expérience individuelle nous fournit seule les principes. Cette prétention était visiblement insoutenable, car dès qu'on pense, on fait usage à son insu de certains principes; et il n'est pas vrai qu'après une longue vie les axiomes de la géométrie paraissent plus vrais qu'à vingt ans, ni qu'on soit plus sûr à soixante ans qu'à dix que tout fait a une cause. Mais M. Herbert Spencer*, nous l'avons vu, prétend qu'en effet l'enfant apporte aujourd'hui en naissant des prédispositions à penser d'une certaine manière et non d'une autre; que, par exemple, ses signes, dès qu'il peut comprendre, et ses questions, dès qu'il peut parler, montrent qu'il a en luî^ le principe de causalité*; mais que ces principes aujourd'hui innés*, n'en
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ont pas moins été acquis par nos ancêtres dans le cours des siècles, et résultent à! exfpévieface^ accunivr lées. Ge sont, dit M. Spencer^ des associations d'idées inséparables, indissolubles, qu'on trouve dès le berceau chez l'homme d'aujourd'hui, mais qui ont été formées par l'expérience accumulée de ses aïeux et transmises par l'hérédité'; si bien que c'est un principe aujourd'hui que tout fait a une cause; mais ce n'en était pas un tout d'abord, et l'espèce humaine a dû l'apprendre.
Atcox. — - Remarquons d'abord, une fois de plus^ qu'il y a ici un aveu important à recueillir : comme nous ne pouvons pas nous reporter à l'origine de l'humanité, nous pourrions nous contenter de voir le plus grand représentant actuel dé l'empirisme* abandonner l'empirisme* de Locke*, et reconnaître les principes de la raison comme innés*, universels, présents dans tous les esprits aujourd'hui. M. Spencer* dit très bien : S'il n'y avait rien d'inné*, de préformé * dans l'esprit, ou si l'on veut dans l'organisme cérébral des hommes, d'où viendrait-il qu'un cheval n'est pas susceptible de recevoir la même éducation qu'un enfant? il n'y aurait, semblet-il, qu'à les prendre tous deux à la mamelle, à leur donner les mêmes soins, et à quinze ans, dix-huit ans, • s'ils doivent tout à leur expérience individuelle , le cheval et l'homme auraient les mêmes aptitudes mentales.
De notre côté, nous pouvons faire. aussi un aveu, c'est que les partisans de l'innéité * ou de la raison ont peutêtre exagéré, pour les besoins de leur cause, lé nombre des principes innés *. Nous avons déjà vu à propos des instincts que, s'il y a des instincts irréductibles*, absolument nécessaires aux premiers êtres comme aux derniers, beaucoup de prétendus instincts comptés comme tels aujourd'hui, ont été réellement acquis et transmis par l'hérédité*. Nous croirions volontiers de même qu'on peut réduire la liste des principes, laquelle est trop longue dans certains ouvrages; nous l'avons déjà beau- Srégée, mais peut-être pas assez encore. Ainsi nous
avons vu que les derniers principes ënumérës par Leibnitz% tels que le principe de moindre action, ne sont que d'autres énoncés du principe de raison suffisante; il ne peut donc nous coûter aucunement d'avouer que les principes sont en petit nombre.
Critiqne. — Ce que nous maintenons contre l'empirisme *, c'est qu'il y a des principes, non seulement chez l'homme aujourd'hui, mais dans tout esprit dès l'origine. On pourrait d'abord contester l'hérédité mentale*, mais nous ne la contestons pas; admettons-la ici sans discussion. Nous demandons seulement à M. Spencer*, s'il croit sérieusement et sincèrement, que l'expérience (aussi prolongée qu'on voudra) de faits qui se succèdent dans le temps, qui se constatent chacun à son tour, a été nécessaire et suffisante pour donner naissance à la notion d'un lien causal* entre ces faits.
Ou bien, prenons le principe moral : Je demande si, en constatant pendant des siècles les horreurs que M. Spencer* et son école nous apprennent avoir été, en fait, ordinaires et universelles dans les tribus primitives, l'esprit de l'homme serait jamais arrivé à en dégager la notion pure de ce qui doit se faire, par opposition à ce qui se fait. Il semble que ce qui se fait soit tout simplement constaté par l'esprit, et que Tidée que quelque chose doit se faire soit une notion tout autre, voire môme toute contraire ; car dans aucun temps connu la morale n'a enseigné précisément à faire tout ce qui se faisait communément. Le fait et le devoir sont souvent contraires, s'opposent logiquement; l'un n'a donc Das pu naître de l'autre.
Principe d'anlTerselle Intelligibilité t le monde et la rnison. — Par Conséquent, nous conclurons que, n'y e;ût-il qu'un seul principe, il semble impossible de ne pas admettre dès l'origine quelque principe, un tout au moins, sinon plusieurs. On ne conçoit pas en effet l'esprit, comme pouvant tout penser indistinctement, à aucun moment de son existence ; on ne conçoit pas une date dans notre passé historique, où; étant un être
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pensant, Thomme ait pu admettre à la fois et sciemment deux propositions contradictoires, Tégalité du tout et de la partie, Tinégalité des deux quantités égales à une même troisième, etc.
Selon nous, le monde et l'esprit sont faits et pour ainsi dire prépares l'un pour l'autre. L'esprit est intelligent^ c'est-à-dire doué des appareils et organes nécessaires à la connaissance, il est fait pour penser. Le monde, de son côté, est inielligibley c'est-à-dire ordonné et réglé de telle sorte que les principes de la raison s'y appliquent et s'y vérifient toujours; c'est pour cela que l'expérience vient confirmer et dégager les principes et nous en donner la connaissance claire, pour cela aussi que. le calcul s'applique aux faits d'expérience.
Appelons, si l'on veut, ce principe unique le principe d'universelle intelligibilité, et nous l'énoncerons ainsi : « Tout ce qui est, est intelligible »; ce qui revient à dire, que la raison que nous portons en nous est Tin^ge de la raison universelle qui pénètre toutes choses, qui «st au fond de tout, qui est le secret et l'âme de tout.
II. Raison et édoeatioii. — Si telle est cette faculté^ la raison, en quoi son étude intéresse -t-elle .l'éducateur? Il semble que nous soyons ici tout à fait en dehors de la pédagogie. En pédagogie, on parle de cultiver, de /brmer, de fortifier la raison, et on dit que c'est là le but de l'éducation en général, de l'instruction en particulier ; or, nous venons de décrire la- raison comme un ensemble de formes de pensée, de principes immuables*, éternels, universels, nécessaires. Quelle est donc la culture qui pourra faire qu'un principe devienne plus sûr et plus exact qu'il n'est? Un moment viendra-t-il, où le principe d'identité* sera plus certain, ou plus clair? Il ne peut ni perdre ni gagner en certitude, puisqu'il est absolu; et ainsi pour tous : donc l'idée d'améliorer la raison par l'éducation et l'instruction semble une idée contradictoire. Mais voici ce qu'on veut dire.
Mot de Deseartes* sur le boa sensf est-Il JosCe ? — Quand Descartes* a dit; « Le bon sçns est la chose du-
monde la mieux partagée », il avait à la fois raison et tort. Il avait raison, s'il entendait par bon sens la raison même. Elle est en effet la chose du monde la mieux repartie entre les hommes, puisqu'elle entre dans la dé-r finition même de Thomme : elle ne peut être qu'égale chez tous. Il avait tort, s'U entendait le bon sens comme on l'entend communément, c'est-à-dire comme l'habitude d'appliquer à toutes choses et d'appliquer bien les principes, autrement dit, l'exact discernement du vrai et du faux. Car le bon sens, ainsi entendu, est la chose du monde la plus inégalement partagée ; et il n'y a rien de plus rare qu'une raison toujours en éveil, qui ne sq laisse obscurcir .par rien, qui domine toutes les influences (habitudes, passions, etc.), qui, en un mot, fasse toujours parfaitement bien son œuvre de raison, dans tous les actes de la vie. Nous avons là, la clef de la difficulté de tout à l'heure.
La raison en elle-même est immuable*; mais les uns en font usaga souvent, vaillamment et toujours à propos ; les. autres la laissent pour ainsi dire dormir et s'abandonnent inertes, passifs, au cours de l'opinion, à la rour tine. Il faut arriver à ce que le plus grand nombre possible d'hommes fassent un bon et constant usage de la raison ; et s'il y a quelque chose à faire pour cela, c'est ce qu'on appellera cultiver la jaison.
Sens de cette ekjpression s ce former, eoltiver la ratsoo. » — Cultiver la raison, ce sera donc l'exercer, la mettre et la tenir en éveil. Lorsqu'il s'agit de notre propre raison, il tient à chacun de nous de l'employer toujours bien, et de la défendre contre l'envahissement da la coutume.
Lorsqu'il s'agit de la raison d'un autre, que nous avons à diriger, il faudra 1* la respecter toujours; 2« y faire ■appel sans cesse et l'exercer le plus possible.
Pourquoi et eomment il faut respecter la raison de l'enfant et j faire tou}ours appel. — Pourquoi et Comment faut-il l'exercer? Pourquoi ? Il y a à cela deux raisons : 1^ Une raison morale. La raison^ plus que toute
autre faculté, nous confère la dignité d'homme, nous élève au-dessus de l'animal ; par conséquent elle constitue ce qu'il y a de plus respectable en nous, et ce qui, développé, peut nous élever le plus haut. 2" Une raison de prudence et d'habileté pédagogique. Quand on enseigne quelque chose à l'enfant, c'est en vain qu'on lui répète sans cesse ce qu'on veut lui faire retenir; presque toujours il est rebelle aux préceptes et aux conseils, fautB de comprendre. Mais on est sûr de l'amener à penser et à faire ce qu'on veut, si on l'amène à le voir et à le vouloir lui-môme avec sa raison, à le comprendre.
Les médecins se plaignent des paysans qui ne suivent pas leurs ordonnances. En effet, les paysans écoutent ce qu'on leur prescrit, paraissent vouloir s'y conformer, et, bien souvent, n'en tiennent nul compte : cela lient précisément à leur ignorance ; ils n'ont pas vu et compris la raison de cette ordonnance, voilà pourquoi ils ne Texéculent point. Mais lorsque, ayant affaire à des gens moins incultes, le médecin peut faire comprendre la raison de ses prescriptions, elles sont mieux suivies, et pour le plus grand bien du malade; il a obtenu la docilité en s'adressant à la raison.
Que fait, de son côté, le législateur? Dans tous les pays civilisés, toutes les fois qu'il fait une loi, au lieu de l'imposer simplement par la force, il a soin d'en faire précéder le texte d'un exposé des motifs, qui montre qu'elle est inspirée par des raisons d'intérêt ou de moralité publique. Et les pays où la loi est ainsi présentée, où l'on fait appel à la raison des citoyens, sont ceux où les lois sont le mieux respectées, où les peuples sont le plus heureux et le plus libres. Il y a donc toutes sortes d'avantages moraux et temporels a l'aire appel à la raison et il n'est jamais trop tôt pour cela: Cet appdtà la taison est encore plus efficace et plus nécesenuM hmm^ l'en* fant qu'avec l'homme fait.
Les princIpcM peuvent, sinon s'onbltér, ^a moins s'obscnrelr et se faasscr. — Comment faiit-r^ fljÙTÇ CCt
appel à la raison? Il faut provoquer les eniants à l'cxamen des choses, les habituer à mettre en actes les principes qui sont en puissance dans leur esprit, à se rendre compte de ce qu'ils voient. Car, si les principes ne peuvent se perdre, ils peuvent s'obscurcir et se fausseï-, nous en avons bien des exemples. Ainsi, quoique tout homme appelé à y penser ne puisse manquer d'avouer que tout fait a une cause, et que la liaison des causes et des effets est constante, néanmoins, que de gens pensent en réalité comme si le hasard, le caprice ou des volontés arbitraires menaient les phénomènes du monde! C'est une des plus grandes causes de trouble pour les cœurs, d'erreur pour les esprits, que de s'imaginer que les phénomènes ne sont pas liés selon des lois constantes. Il est des esprits sans nombre à qui on ne causerait aucun étonncment en leur racontant les choses les plus absurdes, les plus impossibles. Pourquoi? N'ontils donc pas. dans l'esprit les principes qui leur permettent de comprendre que l'absurde est impossible? — Ils les ont, mais ils les laissent dans l'oubli, les laissent dormir pour ainsi dire. De fausses associations d'idées, des souvenirs incohérents*, désordonnés, provenant de récits fantastiques, ont littéralement faussé leur esprit» — - Gomment les ramener à faire acte de raison ?
Lm culture Intellectuelle affermit les prlnelpes t em qoel sens? — Si nous reprenons notre liste des principes, nous verrons que chacun d'eux est susceptible ou d'être oublié, pour ainsi dire, ou d'être vivement compris et souvent vérifié par l'esprit attentif. Toute contradiction, par exemple, apparaît immédiatement comme telle, c'est-à-dire comme absurde, à l'esprit averti. Mais encore faut-il l'avertir. U y a beaucoup d'esprits à qui la contradiction ne fait pas peur, parce qu'ils ne savent pas la remarquer. Dans ce cas il faut la leur faire touther du doigt, leur apprendre à distinguer le possible de l'impossible, le vrai du faux.
Les sciences proprement dites, surtout les sciences exactes*, quoique celles-ci, en réalité, ne nous appren- LFçoNs DE rsvcir. . 16
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nent rien^ sont d'une haute valeur, pour donner à Tes* prit rbabitude de penser juste, pour lui apprendre à reconnaître et à rejeter les contradictions. Aussi, indépendamment de leurs applications, les études de cet ordre sont-elles et seront*elles toujours parmi les plus importantes pour former et façonner l'esprit. Le but, Montaigne* Fa dit, n'est pas de savoir beaucoup, mais bien. Or les formes exactes de la pensée ont beau être, dans les mathématiques par exemple, vides de con* naissances proprement dites, elles sont là dans toute leur pureté, et y appliquer son esprit, c'est véritablement ce le repaître de vérité », selon la belle expression de Descartes *.
Los principes de l'autre groupe se vérifient sans cesse dans les sciences de faits. Bien ne vaut l'étude de la physique pour nous donner le sentiment de la constance et de la fixité des lois naturelles.
III. Idées premières t La raison me B««s ffoornlC pas ^eulemeiit de qnsi comprendre le mondOy nnUs de quoi le dépasser. — La raison ne nous fournit pas seulement de quoi comprendre le monde, elle nous fournit encore de quoi le dépasser. Jusqu'ici nous n'avons vu que sa première fonction ; nous allons nous élever un peu au-delà.
Dams les dommécs de l'expérlemee apparalssemt des Idées d'mm amtre ordre. — Dans les données mêmes de l'expérience (l'expérience déjà, nous l'avons vu, n'est ipossible que grâce aux principes), apparaissent des idées d'un autre ordre et qui attirent notre regard audelà de ce monde sur lequel porte l'expérience. '
li'espaee et l'immemslté. — Tous les phénomènes qui tombent sous les sens sont dans l'étendue ; tous les •corps ont des dimensions, et au-delà d'un corps quelconque s'étend toujours un contenant (vide ou plein) qu'on appelle l'espace. Qu'on accumule autant qu'on voudra les étendues sur les étendues, on a beau « enfler ses conceptions », il y a toujours pour l'esprit un au-delà, a La terre, dit Pascal *, n'est qu'un point imperceptible
dans un canton détourna de l'univers » ; notre monde solaire n'est qu'un atome dans le tout. Et le tout, qu'estce? « Une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part... » L'imagination se lasse à accumuler les mondes, elle ne trouve aucune raison de s'arrêter. L'espace, au sens philosophique, c'est ce contenant idéal, dans lequel l'esprit place toujours ses représentations, réelles ou imaginaires, quelque étendues qu'il se les figure. Par conséquent, l'espace est sans limites assignables, c'est un indéfini. Mais l'esprit qui ne peut s'arrêter, a pourtant besoin de s'arrêter. En dehors et au-dessus de l'espace, il conçoit Vimmense, Cette notion de l'immense est tout le contraire de la notion d'étendue ; c'est ridée d'une réalité infinie en qualité, pour ainsi dire, et qui, non soumise à cette condition de s'étendre, de s'éparpiller dans l'espace, serait ramassée en elle-même, contiendrait en un point indivisible tout l'être réel et possible.
liO temps et l'éternité. — Tous les phénomènes dont la conscience est le théâtre durent, c'est-à-dire commencent et finissent ; il y a donc à chacun d'eux un avant et un après. Qu'on accumule à plaisir les durées, on n'aura jamais que le temps sans bornes, le temps indéfini, contenant idéal de toutes les durées réelles et imaginables. Il Q3t impossible à l'esprit de s'arrêter dans sa régression vers le passé, dans sa course imaginaire vers l'avenir. Et pourtant ce mouvement est insupportable à l'esprit; il veut s'arrêter : par opposition à ce qui commence et à ce qui finit, il conçoit alo^s l'éternité, c'est-à-dire l'existence parfaite, ramassée en un point .unique au-dessus et en dehors des durées et des temps.
Ei'abBoln, le parralc, ete. — De même, à propos de toutes nos représentations, qui sont toujours relatives, l'esprit conçoit V absolu ; à propos du changement, il conçoit V immuable* ; à propos du fini. Vin fini; à propos de l'imparfait, le parfait; à propos des causes secondes, la cause première; à propos de tout, l'être par soi. Dieu.
C'est Tobjet de la mëtaphysique * de déterminer la valeur de ces notions supérieures ; mais la psychologie doit constater leur présence dans notre esprit, comme elle constate l'existence des aspirations supérieures qui y ré* pondent dans notre sensibilité.