VINGT-SEPTIÈHIE LEÇON. SOL
itfBs EseM^lcB. — Tous nos seois peuvent être tour à* ioui inattentifs et attenlifs. La vue^ par exemple, perçoit parfois d'une manière distraite. On voit les objets -qu'om a devaat soi et qui vienneiit faire impression sur la rétine, mais qu'on ne regarde pas. Quand on regarde^ la perception e^t dite attenlive. De même on entend servent sans écouter^ mais en entend mieux quand on •écoute. Ainsi encore on touche et on palpe; on sent et on fUd'ne; on ëprouYB enfin des impressions sapides involontaires, ou bien on déguste.
li «tiefta«n eit«éaéml. — GeJUe opposition d-e mots rappelle suffisamment à elle seule la supériorité de la perception attentive sur l'autre, mais c'est ici l'occasion d'iAsifiier sur l'attenition en g^énéral^ car toutes nos facultés inteliecXueUes sont de même susceptibles d'affecter ces deux modes d'action : toutes s'exercent parfois d'ime manière diEfuae «t distraite, parfois d'un« manière atitentive ; toutes^ sauf peut-être la raison, qui, fournissant des notions immuables^ et parfaitemient claires dès rorigine, n'est pas susceptible èB plus «t de moins, ne peut pas être, comme les autres facultés, inaltentive on atteotive, au sens usuel de ee mot. . En réalité, cependant, la raison même peut être distraite ou injoccupée. H est des moments où Ton ne pense pas aux principes; ils ne sont alors en nous qu'en puissance, l'esprit est distrait à leur égard; il j redevienJt aUeniif quand il y pense* .
On appelle attention^ Vétat de P esprit pour ainsi dire tmdu vers les objeis qu'il veut mieux cannaître^ et tout occupé d'tme pensée dominarUe. Gomme l'attention n'est pas toujours volontaire, on dira plus généralement encore que c'est l'état de tension de nos facultés intellectuelles vers certaines impressions ou certaines idées i Texclusion des autres.
Se* eajBUMii. — L'attention a deux sortes de causes, les unes extérieures, les autres intérieures. . Je suppose qfu'à l'instant où j'écris on pousse de gwuk cris dftos iaïue; immédiatement j'y serai attekt^
bon grë mal gré ; c'est la vivacité et la soudaineté de l'impression, qui, dans ce cas, attirent notre attention; que l'esprit le veuille ou non, il est attentif. — Gela nous explique pourquoi Tenfant, pour qui tout est neuf, est si mobile, si facilement distrait; il se tourne naturellement vers tout ce qui s'offre à ses sens ; pour fixer sa pensée sur un objet déterminé, il lui faudrait faire un effort de volonté dont il est incapable.
D'autres fois, au contraire, l'attention a des causes intérieures et proprement psychologiques; ce sont : la volonté libre du sujet (travail volontaire et attentif de l'adulte), puis rémotion : car lorsqu'une pensée ou un objet flatte ou émeut vivement la sensiblité, on y est attentif pour ainsi dire malgré soi, ou du moins la volonté, entraînée, séduite en quelque sorte, trouve un auxiliaire excellent dans le charme qu'elle éprouve. L'attention lui est singulièrement facile, puisque l'objet auquel elle doit appliquer Tesprit est celui-là même qui l'attire et le ravit. Au contraire, s'il y a conflit entre la volonté et l'attrait, si la chose qui séduit l'esprit n'est pas celle à laquelle la volonté voudrait être attentive, l'effort qu'il faudra faire pour maintenir la pensée dans la voie qu'on veut sera infiniment plus pénible, par suite plus méritoire. Quand il nous arrive d'être entraînés dans une rêverie qui nous plaît, qui nous charme, et qui nous porte vers des sujets opposés à ceux qui devraient nous occuper, chacun sait par expérience quel effort de volonté est nécessaire pour y revenir.
Effets de rattentlon. — Après les causes de l'attention, considérons ses effets, ses effets d'abord sur les facultés, et ensuite sur les connaissances.
i'^ Sur les facultés. — Il est inexact de dire, comme on le dit quelquefois, que l'attention augmente la portée de nos facultés. Tout ce qu'elle peut faire, c'est de les mettre dans la meilleure situation possible pour bien voir.
Par exemple, un homme est attentif à ce qui se pasrse ^" 1-— - Vattention lui fera choisir le meilleur point do
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vue pour observer et lui fera tenir ses yeux exclusivement fixés sur ce qu'il veut voir, mais elle n'accroîtra en rien la portée de son regard. De même pour la vue de l'esprit : l'attention n'augmenta pas la portée des facultés, elle leur fait seulement déployer, et déployer utilement toute leur puissance.
Mais par les lois de l'habitude, l'attention répétée, qui n'est autre chose que le travail, rend aux facultés le même service que l'exercice répété rend aux muscles : elle les rend plus robustes, elle les fortifie et, avec le temps, accroît leur portée, c'est-à-dire, leur puissance.
Ces services, d'ailleurs, ne sont pas les seuls que l'attention rende aux facultés ; elle les dirige et elle les concentre, — Elle les dirige comme le cavalier dirige son cheval, ou comme un miroir mobile renvoie la lumière où l'on veut; — elle les concentre, comme le cavalier concentre, ramasse les forces de son cheval, à l'aide de l'éperon; comme la loupe ramasse les rayons lumineux relativement dispersés et les porte tous sur un même point.
t<^ Snr les connaissances. — Nos connaissances gagnent, par l'attention, en clarté et en distinction d'une part, en durée d'autre part. — Nous insisterons sur ce ' dernier point quand nous parlerons de la mémoire. Quant à la clarté et à la distinction, on sait assez que le contour des objets et ce qu'ils ont de lumineux apparaît beaucoup plus nettement au regard attentif qu'au regard distrait. — L'attention est donc la condition psychologique des perceptions claires et des souvenirs durables. Tels sont les services qu'elle nous rend, r— Mais elle a ses inconvénients quand elle est exclusive.
Bangers de Inattention exclnslve. — Le but de l'éducation, à cet égard, doit être de rendre l'enfant habituellement et volontiers attentif, attentif non à une chose, mais à toutes sortes de choses selon les besoins. L'attention exclusive, c'est-à-dire toujours portée vers le ' même objet, vers la même étude à l'exclusion des autres, fait les esprits étroits et bornés.
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Les grands savants eux-mêmes n'dchappent pas à ce danger des études trop spéciales, enfermées dans un >champ trop déterminé ; ces études .peuvent finir par fausser l'esprit, - car i'o^jel; auquel on ;pense toujours prend dans l'imagination, comme l'objet regardé à la loupe prend au regard, des .proportions et une importance qu'il n'a pas réellement. Lee penseurs qui portent leur attention sur toutes sortes de siqets^ qui voient tout •en philosophes et s'élèvent à de hautes généralités, •échappent à cet écueil ; maà» les savants Sipéciaux le peuvent rarement : on les voit presque tous mépriser, •ou tout au moins méc6nnaiîtrfi,les sciences qu'ils ne cultivent pas, même celles qui sont toutes voieânes de la leur; et surtout il en est peu qui sentent le prix de la culture littéraire.
C'est l'effet d'une attention exclusive. U faut à tout prix en préserver l'enfant, empêcher qu'il ne mette son •esprit à l'étroit, faire, au contraii^e, qu'il ait des vues larges et soit ouvert à tout, et lui donner pour cela une éducation libérale et philosophique. Dé la sorte, il sera mieux à même de choisir sa voie, et, l'ayant choisie, il ne sera pas tenté de s'imaginer qu'il n'en est aucune d'aussi bonne. A cet égard, rien n'est plus propre que les études littéraires à ouvrir et à élargir les esprits.
»MiK sttMes 4le ^KstnMtlm. -^ Il résulte de ce 'qui précède qu'il y a deux sortes de distraction.
P Une distraction ai)8oltJtej qui est la: dispersion ^complète des facultés intellectuelles. Elle. a lieu, par exemple, dans ces cas où l'on regarde sans voir, où l'esprit;, -entièrem-ent absorbé dans Uioe rêveiûe, ne pense à rien. — C'est l'état de paar-esse, de j^pos total de la pensée. Ge genre de distraction est raussi x^éoessaice à l'esprit que le relâehemenl complet est parfds nécessaire aux muscles. Maôs oe ne doit être qu'une exoeption dans la vie, 4iutrement ce serait la recihute de l'être pensant vers la -Bommolesftce aniittale.
; 2® H y a (use distracticm plus ikoble, que nous appdle- Tons relative. Elle résylte de l'attention trop intense
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accordée à un objet détermine. Beaucoup de grands savants nous fournissent des exemples de cette sorte de distraction. (Archimède*—? André-Marie Ampère*). C'est que l'esprit ne peut être attentif à tout, ni même à plusieurs choses à la fois; plus il est occupé d'un objet déterminé, plus il est forcé d'oublier momentanément les autres. Le travail intense de la pensée produit ainsi la distraction de Tesprit à l'égard des événements extérieurs, des coaveoaaces iQ4)iidaiiie8, etc.
liji eottuefeace. ** L'attention et l'inattention se retrouvent notamment dans la faculté intellectuelle que nous allons mainteaajit étudier, la conscience. — On appelle ainsi, d'une manière gëoérale, la perception inté^ rieurCy c'est-à-dire la connaissance de ce qui se passe en nous. — Mais le mot a deux sens : l'un large et £aible, l'autreëtroitet fort.
SoMi tev^e. — Dans un premier seas, la conscience peut fort bien êire^ et est le plue souvent diffuse et distraite; c'est U.consci&nce inaUentUveyC'tBtrk-dire la simple uirormation, plusoujnoias vague, de ce qui se passe en n6u&i. Cette eoinscieiii.ce-là accompagne tous les actes de notre vie psychologique.
iSeas êUwU. — Duasun sens plus étroit, et par conséquent plus fort, la ooâascience s'appelle réflexion : c'est la oottoeience attentivie, ou le pouvoir que nous .avons de noue replier vohMLtaijrement sur nous-mêmes, de nous •remdre attentifs à ce que nous éprouvons, à ce qui se passe diUQS le champ de la ccKHscience. — La réflexion «st tme souree originaLe de connaissances, la conscience distraite, au ooniraire, peut décroître indé£niment, jttscpi'à mériter le nom d'inconscience ; nous l'étudierons «d'abord, puis nous passerons à la i>éflexion etaux notions 4rès imfMurtantes qu'elle aous donne.
XXVIir LEÇON
La conscience et Tinconscience. — La réflexion.
LUnconscience : les degrés inférieurs de la conscience. — Phénomènes psychologiques dits inconscients. Exemples : habitudes, réminiscences, sommeil, somnambulisme* (Leibnilz)\ — Importance de ces phénomènes : leur part dans Thumeur et le caractère. — Con- ' séquences pratiques (Montaigne*).
La réflexion et les notions qu'on lui doit. -' Notions du moi; d'unilc, de simplicité, d'identité, de substance, de cause (efficiente et finale). — Origine de l'anthropomorphisme* et du polythéisme*.
L'ineonselenee t les degrrés Inférlears de la consclenee. — Dans la précëdente leçon, nous avons défini la conscience en général et indiqué qu'elle est susceptible de mille degrés. Au plus haut degré, quand elle est parfaitement attentive à ce qui se passe en nous, elle s'appelle réflexion et nous donne les notions précieuses que nous allons bientôt énumérer. Mais, considérée vers les degrés inférieurs, que devient la conscience? Où finit-elle, quand on descend de la claire lumière vers les régions de l'inconscience? Personne ne peut marquer la limite, nul ne peut dire où commence la conscience, ni même si elle commence quelque part, quand on s'élève des corps bruts vers les êtres supérieurs, où elle cesse, ni si elle cesse quelque pari, quand on descend l'échelle des êtres depuis les organismes supérieurs jusqu'aux minéraux. Des philosophes ont pu croire qu'il y a jusque dans les derniers éléments dès corps bruts quelque degré de conscience et de vie ; mais la science positive^ l'ignore, et nous n'aurons sans doute jamais aucun moyen de le savoir.
Afin de rester dans le domaine psychologique, ne considérons que les vivants supérieurs, et parmi eux le plus élevé, l'homme.
i*liéiiomènes psycholoc^t^oes dits Ineonseleiits. —
Il est certain qu'il y a, dans notre vie mentale, une multitude de phénomènes réellement psychologiques, qui pourtant passent absolument inaperçus, de telle sorte qu'on a pu les appeler phénomènes inconscients. Cette expression offre une apparente contradiction, mais le fait est certain : Ces phénomènes inconscients abondent dans les faits d'habitude, dans la réminiscence'', le rêve, la rêverie.
Exemple tiré de l'habltnde. — Tous les soirs, je remonte ma montre : c'est une opération apprise, qui suppose évidemment quelque conscience de ce que je fais: donc c'est un acte psychologique. Mais ne m'estil pas arrivé bien des fois, après avoir remonté ma montre de me demander si je l'avais fait ? Il y a donc eu, à la fois, une opération consciente, et une information si minime, si confuse de l'acte que je faisais, qu'il n'en reste absolument point de trace dans mon esprit.
De la rémlBisecnce*. — Combien de fois n'arrive-t-il pas de rencontrer des personnes que l'on a connues, sans pouvoir se rappeler où on les a vues, ni dans quelles circonstances ? Autrefois, à un certain moment de notre vie, ces personnes étaient clairement dans notre pensée, nous avons su leur nom, nous leur avons parlé ; puis un jour est venu où tout cela non seulement n'est plus dans la conscience claire, mais n'y peut revenir. — Où donc est la limite entre le souvenir conscient et la réminiscence^ inconsciente?
Phénomènes Ineonselents dan« la rèvèrle. — - Dans le rêve et même dans la simple rêverie, notre esprit est occupé d'une foule de pensées sur lesquelles il court, pour ainsi dire, et d'émotions qui ne font que l'effleurer. Mais pensées, émotions, tout cela disparaît au premier appel de la réalité, et disparaît si bien que souvent, l'instant d'après, on serait complètement incapable de dire à [quoi l'on rêvait : nouvelle preuve de l'existence de ces (phénomènes psychologiques qu'on appelle inconscients. jEn parlant du sommeil, nous verrons que l'esprit n'y est jamais complètement inoccupé, et cependant nous sommes
SOa yiNOT-HUITiÈME LEÇON.
loin d'avoir timjoiirs eonscîenee de rêver ; il est donc des cas où le sujet, qumqu'il soit occupe, qu'il pense, qu'il agisse, n'a aucune conscience de le faire.
Pereei^llmis laiaperf«M. — Soit Cfue BOUS rèvioUS, soit que nous soyons éTeiliés, les objets qui nous entourent, nos vêtements par exemple, ne cessent pas de faire impression sur nous. Or, s'il y a impression, cette impression est transmise au cerveau et doit y produiréi quelque effet. Bt cependant^ nous rendons^noos compte de cet effet? Non, l'impression, atténuée et confuse, (et cela d'autant plus qu'elle est plus babituelle), n'est pas assez vive pour saisir et eiciter la conscience.
Exemple» eaipvasiés ft l.elbttilz^— -Leibnîtz%qi|i a introduit dans la. psychologie ces « infiniment petits » de la pensée, ces « perceptions inaperçues », a nmltipiié à l'infini les exemples de ces phénomènes inconscients, conscients cependant en un sens. Au bord de la aver, mon» entendons le bruit des vagues, mais nous ne percevons pas un bruit distinct pour chaque vague en partictdier: par conséquent, nous avons à la fois («mseienee du tout et non conscience du détail ; or le tout serait-il perçu, si le détail ne l'était absolument pas?— Au nvrlieu d'une grande ville je peux um promener lisant, causant ou réfléchissant, absolument distrait à l'égard de to^ ce qui se passe autour de nnoi : ces impressions «snc donc inscoiiMcientes, je ne m'en rends aucun compte. Et cependant, comment douter qu'elles n'aillent ai maconscience? La preuve qu'elles y vont, c'est que si je viens à entendre une voix bien connue, ma conscience s'éveille aussitôt, et m'avertit de ce qui se passe anUMtur de moi. -^ L'exemple du meunier qui se réveille: qimnd son moulin s'arrête est excellent. — Sa général, peu* dant le sommeil, nous n'entendons pas un bruit mo«notone qui frappe notre oreille; et cependant),^ ce bruit fait une impression sur nous, et nous le percevoais^ sans» nous en apercevoir : la preuve, c'est que, sfii cesse, nous percevons sa cessation et nous sommes réveillés, subitement.
VINGTV-IIUITIÈME LEÇON- a0l9':
Et ne nous est^il pas aridvé souvent de ressentir soudain une vague émotion de joie ou de tristesse, sans avoir aucune conscience de la cause cpii l'avait amenée? Cependuit cette cause nous a été connue, et la plupart du temps nous pouvons là retrouver en y réfléchissant : c'est une lettre, c'est une visite, qiii nous a impressionnés de la sorte, réjouis OU' attristés; nos occupations nous ont (kit oublier lettre ou visite^ mais l'impression est restée dans notre conscience et, réapparaissant soudain, vient assombrir ou éclairer nos pensées du moment, sans que nous songions à' en rechercher l'origine, qui souvent même nous échappe.
ImportaBee de ees pftéatnéag» t &eitv part damt t'liiiMi«»v et dan» la caiMieiAiie. — Il semble donc prouvé surabondamment, qu'il y a dans notre vie intérieure une multitude de faits psychologiques, à la fois conscients dans un sens, et inaperçus cependant, c'est-ànlîre sous* traits à la conscience claire. C'est ce monde des petites perceptions qui fait, le contexte, l'accompagnement de notre vie consciente, qui donne le ton à nos actions et à nos pensées; ce sont ces perceptions inaperçues qui constituent notre caractère, notre humeur, notre tempérament morah Tristes ou gaies, elles retentissent en nous, plus ou moin» confusément, et entrent toiutes, si Ton peut s'exprimer ainsi, dans le tissu de notre vie.
G'estsur ces impressions inconscientes que flotte en quelque sorte comme sur un océan la pensée claires; mais cette pensée' môme, et la volonté qui l'accompagne sont infioiencées sanscesse par nos impressions les plus secrètes^ : ces impressions insensibles, permanentes,, habituelles, qui nous viennent, ainsi de notre fondsy constituent notre humeur et concourent à former notre personnalité. Ge sont ces petites perceptions qui conser* vent lai trace de nos anciennes voli lions ^; celles-ci viennent se déposer, en» quelque sortey dans ce fonds psychologique qui est nous-mêmes.
Caméqaenae» pratt'(^aea> — Montaigne % souvent trèSî profond philosophe^ même quand il parait se jouer,
BOUS raconte que le premier souci de son père avait été de lui épargner toute impression violente et désa* gréable : son père, dit-il, sachant bien que les impressions désagréables aigrissent le caractère, le faisait réveiller au son de la flûte. — Peut-être ne serionsnous pas tout à fait d'accord avec le père de Montaigne* : il ne faut pas épargner toutes les impressions fortes à Tenfant, car elles sont saines à l'occasion, et souvent nécessaires; ne faut-il pas que l'enfant s'habitue, dès ses premières années, à considérer la vie sous son vrai jour, c'est-à-dire comme une vie où il y a place pour le bonheur, mais où il faut lutter pour le conquérir, et faire preuve d'énergie, de ferme volonté?
Mais il n'importe : bonnes ou mauvaises, rudes ou douces, toutes les impressions qui nous viennent du dehors, du climat, des personnes qui nous entourent, de la société que nous fréquentons, etc.» toutes ces impressions contribuent à nous faire ce que nous sommes, et ne cessent de retentir en nous. Qui ne s'est senti plus heureux de vivre, quand un beau soleil de printemps vient réjouir tous les cœurs? Les lieux déserts et sombres, au contraire, n'engendrent-ils pas la mélancolie? ,
Applicatloas pédagogiques. — Il suit de là que l'éducation doit, à cet égard, se proposer deux fins : 1« veiller à ce que toutes les impressions que l'enfant reçoit, à son insu, soient saines et de nature à exercer une heureuse action sur son humeur et sur son caractère. Par exemple, à un enfant d'un naturel doux et mou, on cher* chera à donner des impressions plus fortes, on fera entendre des récits virils, etc. Au contraire, un enfant d*humeur batailleuse, enclin à la brutalité, pourra être corrigé avec le temps, si on s'applique sans cesse à lui donner des impressions douces et délicates. Le commerce des personnes distinguées, surtout des femmes, la vue des belles choses, la culture des arts, sont particulièrement propres à modifier, en pareil cas, la violence du naturel, sans parler des influences physiques, du climat
et de ralimentation. — 2» Mais il ne faut pas oublier qu'il est peu digne d'un homme d'être à la merci d'impressions inconscientes. Le mieux sera donc toujours de faire appel à la raison de l'enfant, de l'inviter à réfléchir, de l'habituer à se rendre compte de ce qu'il éprouve et à contrôler ses premières impressions.
La Réflexion et les notions qa'on lui doit. — Passons maintenant à la réflexion proprement dite, à la conscience claire et attentive, et voyons les notions qu'on lui doit. Ce sont les notions : du moi, à'unité, de simplicité, Hidentitéy de substance, de cause (efficiente* et finale).
Notion dn moi. — Si nous éprouvions tous les phé nomènes qui se passent en nous sans y réfléchir jamais; s'ils étaient toujours perçus sans être aperçus, nous n'aurions pas l'idée da moi. Les animaux, on a lieu de le croire, n'ont pas l'idée d'eux-mêmes, parce qu'ils ne réfléchissent pas : ils sont pour ainsi dire, toujours hors d'eux-mêmes; ils sentent, ils éprouvent des impressions, mais en quelque sorte éparses ; ils n'y réfléchissent point et n'en conservent pas l'idée nette. Ils ont conscience d'une douleur, par exemple, mais dès que le mal est fini, tout est oublié : L'homme seul semble avoir le privilège d'arrêter les impressions reçues, de les considérer attentivement, de les lier entre elles et de se les attribuer; seul, il se connaît comme une réalité vivante; seul, il dit : je, moi. Nous* verrons que cette faculté semble être la condition de la pensée abstraite*, du langage et de la science.
Notions d'nnlté, de simplleité et d'identité. — Le moi se connaît directement comme un, simple et identique. Ces trois notions ne peuvent nous venir des sens. En effet, ce qui tombe fiious les sens ne nous est pas connu comme un, car les sens n'atteignent que ce qui est étendu, et l'étendue est divisible indéfiniment. L'unité absolue n'est donc pas une notion physique et sensible; nous ne la trouvons qu'en nous-mêînes. — De plus, le moi ae connaît comme simple^ c'est-à-dire non
LEÇONS DE PSYCn. " 18
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composé. Il a beau avoir des puissaûcês et des faculté» diverses, il a beau être le théâtre de mille phénomène» différents, il s'attribue tout à lui seul et nie toute composition de sa propre substance. — Enfin, Yidentité eôt encore son attribut : c'est Tunîté à travers le temps;, c'est la persistance ou continuité de la môme vie sous la» pluralité des modificatiotiB; c'est l'unité sous la multiplicité et la sueeesskmy Findté àtii» k dmrsîté et It changement. Chacun de nous se reconnaît le même soùs^ toutes ses modifications accidentelles : un homme de^ cinquante ans s'attribue, sans hésiter, les événements^ les pensées de sa jeunesse, et se reconnaît le même homme.
Locke* dit dans son Eèsai sur rentèndemeni humain r Un chêne qui, d'une petite plante, devient un grand arbre, et qu'on vient d'émonder, est toujours le môme chêne; et un poulain, devenu cheval, tantôt gras et tantôt maigre, est, durant tout ce temp8-là, le même cheval, quoique dans ces deuï cas, il y ait un manifeste changement des parties. Locke* a raison, maiâ, quand • nous attribuons l'identité aux choses extérieures, c'êsl par induction; primitivement nous ne puisons cette idée qu*en nous, les sens ne nous la donnent pas. En effet, les choses matérielles peuvent nous paraître identiques sans l'être; nous n'avons aucun moyeu sAr de juger de leur identité. Ai^si, une table se trotive devant moi; je crois qu'elle est identique à celle que je voyais il y a huit jours, mais qui m'en assure? Ne stiffirait-il pas que quelque malin génie, selon Texpressimi de Descartes*, e'n changant la matière de la table que j'ai vue naguôre,^çiût conservé les mêmes apparences, pour que je sois cntiëjp^ment trompé? Au contraire, moi qui me cannais, j'ai conscience d'être resté le môme ôire, et l'hypothèse même d'un sujet pensant qui aurait cessé d'être lui-môme est absurde a priori,
Katlmis de »ttl>s lance et de eanse. — Ûeci UOUS amène aux deux notions capitales de substance et de Cause.
On appelle substance^ Fêtre en tant quHl siU>8iste a€nt3
tes phénomènes changeants^ en tant qu'il demeure le même $ou8 le$ modifications apparentes. La cause, c'est Tétre encore, mais considéré à un autre point de vue. C'est l'être en tant qu'il agit, qu'il manifeste son énergie.
Ces deux notions de substance et de cause, d'âtre et de force, sont absolument inséparables. En effet, qu'esteo cpii £»it que le moi, ou le sujei de la pensée, n'est pas seulement une idée, une abstractioo, mais un être réel, une personne vivante? C'est qu'il n'est pas réduit à la faculté de penser; il n aussi celle de voubir et d'agir. En même temps A^nc que J0 m'aperçois moi-même comme être pensant, je m'aperçois aussi comme une puissance egissante, comme une force, comme une cause. Je suis à la fois substance et cause. Une substance qui n'agirait absolument pas, qui ne produirait aucun effet, serait «évidemment nulle ; on ne saurait ri$n d'elle, on n'en pourrait rien dire : elle n'est réelle que par ses effets et par sas actes.
Or, ces deux notioiMi do «ubslan^ et de cause nous Tiennent exclusivement de nouj^mêmes, par la conscience réfléchie*. Sans doute, iiious croyons à des réalités substantielles autres qu^e nous-mêmes* à des forces en deborsdenous; mids c'est par induction* : la seule substance et la seule force à nous connue primitivement, par nous saisie directemeoit, c'est s<ou.«-mêmes.
Ge pupitre qui est devant moi K^ffre 4 mes «ens plusieurs apparences : j'>en vois la couleur, la forme, je sens qu'il a une température moyenne, •etc. Mais qu'y a^t-il sous ces apparences? Y a-t-il quelque chose seulement? Je n'ai aucun moyon de le savoir ou même d/e le soupçonner. Si je me figure cette substance divisée, réduite en cendre., qu'importe ? tant qu'il y aura substance^ il y aura toujours des qualités ; quand il n'y aura plus de qualités, il n'y aura plus rien, donc plus de substance ; k substance nue est une fiction, l'être sans attributs est une abstraction vide*. La matière est donc inséparable des qualités que nous lui attribuons, et n'est pour nous rien autre chose que l'ensemble de ces qualités.
Mais toutes ces impressions et toutes ces perceptions sont des états de moi-même, des moments de mon existence ; je pense, donc je suis. C'est en vain qu'on prétendrait que je me trompe, car, si je me trompe, je suis. Douter de notre existence, de notre être, est impossible; notre propre réalité d'être pensant, telle est la seule substance à nous connue directement, par nous sentie incontestablement.
Or, nous nous connaissons comme une substance voulant et agissant ; et, en tant que nous agissons nous sommes cause, comme nous sommes substance en tant que nous existons.
Causalité efficiente*. — Notre causalité* y c*e8l la production d'effets de tous genres par noire énergie intime^ par notre volonté. Nous la sentons particulièrement bien dans l'effort musculaire. Voulons-nous soulever un poids, par exemple? Nous prévoyons, nous mesurons, pour' ainsi dire, d'avance l'effort que nous devons faire, et nous le modifions selon l'effet à produire : preuve que nous croyons à un lien causal* entre Ténergie que nous déploierons et l'effet qu'elle produira. Telle est la notion de cause efficiente*: la cause efficiente*, c'est l'agent par la puissance duquel un acte, appelé effet, est produit:
Orlgfine da polythéisme*. — Cette notion de force que nous puisons en nous, nous retendons ensuite au monde extérieur. Ainsi, toutes les fois que nous voyons dans la nature des changements qui ne sont pas notre œuvre, nous croyons qu'ils sont l'œuvre de quelque force, dont notre force propre serait le type. C'est ainsi que les enfants animent toute la nature; ils croient voir partout des forces analogues à la volonté humaine ; Le polythéisme* y dans son origine, n'est pas autre chose que l'attribution à des volontés en tout pareilles à la nôtre des grands phénomènes de la nature. L'enfant, avant toute culture, croit que les objets inanimés ont une volonté et une intention comme lui; il croit que sfts inuets, ses poupées, ses polichinelles veulent ou
ne veulent pas, sont obéissants ou dësobéissants, et il leur inflige des punitions. S'est-il blessé avec un couteau? il vient se plaindre à sa mère de la méchanceté du couteau; et il impute à la pierre qui le fait tomber l'intention d^ lui faire mal. En un mot, c'est à son image qu'il conçoit tous les êtres et toutes les forces de la nature. L'expérience et l'éducation devront lui apprendre à distinguer deux espèces de causalité* : la causalité physique* ou nécessaire^ et la causalité morale* ou libre.
L'anthropomorphisme*. — V anthropomorphisme* est la tendance de Vhomme à voir, à concevoir toute diose, à son image, à prêter la forme humaine à tout, même aux puissances idéales*, même à Dieu.
L'idée deeanse finale*. — La Volonté humaine n'agit qu'en vue d'un bien, c'est-à-dire selon des intentions, selon des fins; elle n'agit que pour arriver à un but : il s'ensuit que la causalité efficiente * chez l'homme est en même temps une finalité*. Quand donc nous attribuons aux choses des volontés, des énergies semblables à notre volonté et à notre énergie, nous leur prêtons de même une direction intentionnelle, une fin. En un mot, nous attribuons aux choses le même genre de causalité* que nous reconnaissons en nous-mêmes. Est-ce à tort ou à raison? C'est là une grande question qui a plus que toute autre occupé les philosophes.
Beaucoup de savants dénoncent comme un préjugé d'origine psychologique cette habitude de voir de la finalité*, c'est-à-dire de l'arrangement dans les choses. n faut en rabattre, disent-ils : tout est l'œuvre de forces aveugles et purement mécaniques. Tout autre est l'opinion de la plupart des philosophes. Les plus grands métaphysiciens *, portant leurs efforts sur cette question, n'ont fait que confirmer la commune croyance en une intelligence ordonnatrice*; aussi est-elle prédominante dans la philosophie comme dans l'opinion du vulgaire. La majorité des esprits réfléchis pensent et proclament ' que, si ce ne sont pas tous les menus phénomènes phy-
siquefi particuliers qui sont régis par des volonlës et des intentions, ce sont au moins les phénomènes considérés dans leur ensemble; que le mond« est comme animé par une force intelligente et conduit par elle à des fins. En un mot, l'ordre du monde est dû, selon eux, à une pensée dirigeante et supérieure, que nous concevons à l'image de la nôtre, par la raison que la nôtre est son œuvre et faite à son image.