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FACULTÉS DE CONSERVATION ET DE COMBINAISON

De la mémoire.

Ck>n8ervatioQet combinaison des oonnai88ance8.<— Les tiabiludes mentales* et la puissance créatrice de l'esprit.— En qnoi concevoir diffère de percevoir, — La mémoire (définition). Qu'elle est nécessaire à l'exercice de toutes nos facultés; son importance ; nécessité de la cultiver. — Dangers de cette culture; mauvaise réputation des bonnes mémoires.— Vrais rapports de la mémoire et du jugement : prix d'une bonne mémoire. — Qualités d'une excellente mémoire. — Défauts inverses. — Remarque.

La ménolre. (k>n8ervatlon et eomblitalseii d^s comiaissaiiceB. — Par les facultés intellectuelles que nous avons étudiées jusqu'ici, Tesprit acquiert et élabore la connaissance; mais ces diverses opérations seraient toutes impossibles, si l'esprit n'exerçait pas sans cesse la faculté de conserver ses acquisitions et la puissance de combiner ses connaissances d'une manière nouvelle. Nous passons donc à l'étude d'un dernier groupe de facultés. Ces facultés de conservation et de combinaison sont la mémoire et Vassociation des idées, inséparables Tune de l'autre, puis Vimagination,

£.es habicndes mentales et la palssanee eréatriee de l'esprit. — La mémoire et l'association des idées cor*respondent exactement dans notre vie intellectuelle à ce qu'est l'habitude dans notre vie active; les souvenirs et les associations d'idées sont littéralement des habitudes mentales. Quant à l'imagination, c'est par excellence la faculté qui témoigne de la puissance inventive et créatrice de l'esprit. L'imagination ne crée pas de toutes pièces, elle emprunte à l'expérience, et par conséquent à la mémoire, les matériaux qui lui sont nécessaires, mais

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par son jeu propre, elle combine sans cesse et de mille manières les matériaux qui lui sont fournis. Quand cette combinaison cesse d'être vague, comme dans le rêve, capricieuse comme dans la rêverie, désordonnée comme dans la folie, pour devenir raisonnable et volontaire, c'est alors qu'a lieu la création artistique, une des plus hautes manifestations de l'activité humaine.

En quoi eoMcev^it* diffère d^ percewoi**, — Se souvenir, associer ses idées, imaginer, cela s'appelle d'un seul mot concevoir^ par opposition à percevoir. Quelle est donc la différence entre la perception et la conception ?

Dans le cas -de la perception ou intuition, l'objet est actuellement présent ; dans le cas de la conception l'objet est absent : s'il a été réellement présent et qu'on y pense de nouveau, il y a mémoire ou souvenir ; mais l'objet peut n'avoir jamais été présent, n'être pas même réel, et c'est le cas bien souvent dans le jeu de l'imagination. Ainsi on se représente un site, un monument que Ton a vu, que l'on reconnaît : c'est un souvenir; si l'on conçoit une chimère ou un lion ailé, c'est une fiction pure, oeuvre de l'imagination.

Mais comment distinguer la conception de la perception ; où est la différence? Elle n'est pas dans la vivacité de l'état de conscience, car certains souvenirs et même certains rêves sont d'une vivacité étrange, si vifs, parfois, qu'ils tiennent bien plus de place dans la conscience qu'un grand nombre de faits ou d'objets présents, à l'égard desquels nous sommes absolument distraits. Quiconque ne distingue plus ses conceptions vaines dès qu'elles sont vives, de ses perceptions vraies, fussent-elles faibles, quiconque est le jouet de ses conceptions au point de les prendre pour des perceptions, celui-là est fou, ou près de l'être.

Dans l'état sain, nous distinguons les perceptions vraies, en ce qu'elles sont bien liées et ordonnées d'une manière constante ; les objets des conceptions réelles, c'est-à-dire répondant à des perceptions, peuvent être

parcourus dans divers sens; on les trouve toujours dans un rapport fixe entre eux, et quand la volonté entre en jeu pour se livrer à un contrôle actif, elle trouve une résistance, un ordre et une persistance dans les impressions, qui prouvent à l'esprit qu'il est dans la réalité.

L.a mémoire. Déflnlcton. — La mémoire est la faculté intellectuelle par laquelle V esprit pense de nouveau ce qu'il a pensé déjà, en le rapportant au passé, c'est^ à-dire en reconnaissant qu'il Va pensé auparavant. On dit quelquefois, plus simplement, que la mémoire est la faculté de concevoir les objets absents qui ont été antérieurement présents ; mais on peut se souvenir d'autre chose que d'un objet, on peut se souvenir d'une pensée, d'une émotion, etc., cette définition est donc incomplète.

Elle est néeessaire ^ l'exercice de tantes nos faealtés. — Son importance. — La mémoire est nécessaire à l'exercice de toutes nos facultés, elle intervient même dans la plus simple perception. En effet nous sommes essentiellement soumis à la loi de la durée ; notre vie est éparse dans le temps, elle dure et s'écoule ; .elle va sans cesse d'un moment déjà passé vers un instant non moins fugitif, qui est d'abord l'avenir, devient le présent et fuit bientôt à son tour dans le passé. Le présent n'est presque rien pour nous; nous pensons constamment à un avenir qui n'est pas encore ou à un passé qui n'est plus ; entre eux, le présent est comme un point mobile, insaisissable. C'est par l'induction que nous jetons les yeux sur l'avenir, et c'est la mémoire qui nous permet de revoir le passé; que dis-je, c'est la mémoire aussi qui nous permet de saisir le présent même, lequel^ sans elle, nous échapperait à chaque instant : Le moment où je parle est déjà loin de moi.

Dans la théorie des sens, nous avons vu que toute impression, pour être perçue, doit durer un temps plus ou moins long; pour la vue, par exemple, toute impression qui dure moins d'un trentième de seconde n'est pas perçue, et les impressions qui se succè-

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dent dans un temps moindre qu^trn trentième de seconde se confondent. Mais pour que ces impressions se confondent, il faut que la mémoire ait gardé le souvenir de l'impression première au moment où arrive la seconde; et sans la mémoire qui retient les impressions à mesure qu'elles fuient, la perception serait impossible. De même quand nous percevons une surface, la surface d'un mur, par exemple, nous la percevons très vite, il est vrai, cependant il faut un temp» appréciable pour que de l'œil nous parcourions sa longueur et sa hauteur, et nous n'aurions jamais une idée de l'ensemble, si la mémoire ne retenait les premières impressions à mesure qu'elle passe aux suivantes. A plus forte raison la mémoire joue-t-elle un grand rôle dans les opérations plus compliquées de Tesprit. Dans le syllogisme* par exemple, comment pourraitM)n arriver à la conclusion et en sentir la force, si l'esprit oubliait les prémisses*? on comprend donc sans peine la nécessité de cette faculté dans notre vio mentale, et son importance dans l'éducation. La mémoire rend des services inappréciables.

Haavalse répntatioa des bonnes méatoires. — Daayer d'une eultnre exelnslve de la néniolre. — Et cependant elle est parfois tombée en discrédit. La mauvaise réputation des bonnes mémoires n'est pas tout à fait imméritée. Parfois, en effet, l'excès de mémoire, le grand nombre des souvenirs ne fait que surcharger, alourdir et encombrer l'esprit; un esprit alerte, léger, juste, allant droit au but, est évidemment préférable à un esprit trop plein, encombré de souvenirs mal digérés. Quand on sait si bien tout ce que les autres ont dit et pensé, on a trop souvent une manière toute faite de juger; on perd toute originalité et parfois toute finesse, faute de voir les nuances des choses, les différences de temps, de lieu, de milieu. Souvent aussi ■)n se rend intolérable par l'ostentation d'érudition, par des citations indiscrètes et fatigantes.

Les dangers du pédantisme ridicule et du défaut de

jugement qui peuvent tenir à une trop grande mémoire sont donc réels; mais ce serait une erreur de croire pour cela qu'il ne faut pas cultiver la mémoire et qu'il n'importe pas de l'avoir bonne. Les rapports entre la mémoire et le jugement ne sont pas toujours des rap^ ports d'opposition. Dans certaines provinces de la France, dire d'un homme ou d'un enfant qu'il a une bonne mémoire est le plus grand éloge qu'on puisse faire de son intelligence, et il y a dans cette manière de parler un grand fonds de bon sens. La théorie de l'intelligence nous a appris, en effet, qu'être intelligent, c'est exceller à voir et à voir juste les rapports des choses ; plus on saisit des rapports éloignés, plus on est intelligent. Gela étant, comment ne serait-ce pas un avantage précieux pour l'activité intellectuelle, d'avoir par devers soi un grand nombre de connaissances acquises et de .souvenirs, pourvu qu'on les domine et qu'on en soit réellement maître ?

Presque tous les grands hommes ont eu une mémoire excellente; celle de quelques-uns était légendaire; savants, philosophes, guerriers, hommes d'état, tous ont intérêt à posséder une ample provision de souvenirs. Pour les grands politiques, par exemple, quoi de plus précieux que la connaissance de l'histoire du passé, des événements et de leurs conséquences, des fautes commises et des catastrophes que ces fautes ont entraînées? L'homme qui sait beaucoup, résume, pour ainsi dire, en lui seul l'expérience de plusieurs sociétés et de plusieurs siècles : une mémoire ainsi meublée est à coup sûr d'un prix infini.

Qualités d'one exeellente mémoire. — Les qualités d'une bonne mémoire sont au nombre de trois ; facilité ou docilité, pour apprendre vite et beaucoup, fidélité à conserver les connaissances acquises, promptitude à rendre les souvenirs quand il en est besoin.

Défaajts Inverses. ' — Les défauts inverses sont ceux d'une mémoire lente et paresseuse (qui n'apprend pas aisément), /u^'i^rje (qui perd très vite les souvenirs), enfin

rebelle, c'est-à-dire qui n'est point présente et ne rend pas à propos ce qu'on lui a confié.

Reiuariiaeé — Les trois qualités ne sont presque jamais réunies, et il est, heureusement, encore plus rare peut-être de trouver les trois défauts à la fois chez le même individu : il y a ordinairement une sorte de compensation; ceux qui apprennent facilement oublienl vite, et ceux qui apprennent avec peine sont comme dédommagés par le caractère solide de leurs souvenirs. Cependant quelques mémoires paraissent véritablement complètes et presque parfaites ; telle était, parmi nos contemporains, celle de Villemain *, qui pouvait, dit-OD, répéter exactement d'un bout à l'autre un discours qu'il avait entendu ; d'autres au contraire paraissent presque tout à fait nulles, mais ce dernier cas est plus ou moins morbide* et ne se rencontre que dans l'extrême vieillesse ou dans un état voisin de l'idiotie.

XXXIir LEÇON

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