‹ Leçons de psychologie appliquée à l'éducationChapitre 35 sur 46 · DE LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DE LA MÉMOIRE

(suite et fin.)

Nature de la mémoire : elle n'est ni un trésor, ni une cassette, ni une tablette, etc. — Aucune métaphore * n'en rend compte. — Elle est essentiellement active, mais intermittente : l'oubli. — La mémoire est une aptitude ou puissance, de la nature de riiabitude. — Mais c'est une espèce à part dans le genre habitude : la reconnaissance. — Conceptions plus ou moins reconnues. — La réminiscence * et le souvenir proprement dit (Exemples). — La mémoire est-elle une, ou y a-t-il plusieurs mémoires distinctes? Explication proposée. — Application pédagogique. — Loi selon laquelle les souvenirs se perdent et se recouvrent. — Identité de nature d« la mémoire et -de l'habitude. — Cette identité résulte encore de toutes les conditions du souvenir. Conditions physiques : la débauche, l'ivrognerie aflaiblissent la mémoire.

Conditions psychologiques : répétition, effort d'attention, émotion, attrait. — Ordre et association des idées. — Deux sortes d'ordre et

iTassociation. •— Procédés mnémotechniques *. — L'ordre est la vraie mnémotechnie *. — « Le meilleur moyen d*apprendre est d*enseigner ». -^ Les mômes conditions favorables à l'acquisition des souvenirs lé sont à leur conservation : identité de Toubli et de la désuétude.

Conclusion pédagogique : Il faut éviter d'encombrer la mémoire : le moyen ; mais ce serait une erreur de vouloir trop l'épargner.

IVatare de la mémoire t elle n'est ni an trésor^ ni ane eassette. Auenne métaphore* n'en rend eompte

— Quelle est la nature de la mémoire ? D'habitude on se paie de métaphcrres* sur ce point ; on parle de la mémoire comme d'une sorte de répertoire, où l'on mettrait en dépôt les souvenirs pour les retrouver. Gicéron* compare la mémoire à une cassette, il parle aussi du ce trésor de la mémoire » ; mais elle n*est ni un trésor, ni une cassette. D'autres fois on la représente comme une tablette sur laquelle T expérience vient écrire ; mais aucune métaphore * ne rend compte, même d'une façon approximative du phénomène qu'il s'agit d'expliquer. Les modernes, particulièrement les physiologistes ont pourtant approché un peu plus de la vérité, en renouvelant les métaphores*. Quelques-uns représentent les idées comme traçant un sillon dans l'esprit et y laissant, en quelque sorte un pli. Descartes * lui-même avait indiqué cette comparaison : de même qu'une feuille de papier ou une pièce de linge, pliée une fois dans un sens, garde le pli qu'on lui a donné et tend à le reprendre, de même l'esprit garde l'empreinte de ses pensées et tend à y revenir. Ce ne sont toujours là que des comparaisons, mais elles sont meilleures que les premières; car elles nous représentent au moins la pensée et les idées comme quelque chose d'actif^ tandis que les images du trésor et de la cassette représentaient l'esprit comme un contenant passif et vide.

La mémoire est essentiellement aetlve mais Intermittente (i*oubli) . — Pour bien comprendre à quel point la mémoire est une action de l'esprit, un déploiement d'énergie intellectuelle, il faut songer à son caractère

essentiellement intermittent. Si les impressions reçnes duraient sans discontinuer, en s'affaiblissant seulement, la comparaison de la mémoire avec un diapason (on l'a proposée aussi) serait bonne. Quand on fait résonner le diapason, les vibrations continuent avec une ampleui de moins en moins grande, jusqu'à ce que le phénomène cesse absolument. Mais tel n'est pas le souvenir. Il est des souvenirs qui disparaissent pendant des années, qui dorment dans notre esprit et ne sont plus dans la conscience, puis, qui reparaissent soudain avec une précision surprenante. Voilà le phénomène original et curieux : c'est ce retour imprévu de souvenirs effacés. Ce qui est à expliquer, dans la mémoire, ce n'est pas tant le souvenir, c'est TomôK. Lorsque l'impression a disparu et qu'elle doit revenir, où est-elle? Qu'est-elle devenue? Pour répondre à cette question, on emploie en vain des métaphores*; une comparaison n'est pas une raison.

lia mémoire est ane aptttade on puissance, de la nature de-l'habltade. — On ne peut imaginer de lieu où se réfugie le souvenir. La question en réalité n'a pas de sens : un souvenir auquel on ne pense point n'est rien de réel et n'est nulle part. La mémoire est une simple aptitude, une puissance de l'esprit. Elle tient essentiellement de la nature de l'habitude. Comme le corps, en s'exerçant, acquiert une tendance à répéter ses actes avec plus de facilité et de mieux en mieux, de même l'esprit acquiert, en agissant, une aptitude à reproduire ses pensées et ses' perception», et cette puissance acquise c'est la mémoire même. Mais quand cette puissance n'agit pas, le souvenir n'est pas. Et cette puissance n'occupe pas de place déterminée, n'est nulle part : elle est le sujet lui-même, modifié en son activité d'une façon plus ou moins profonde et durable^ selon qu'il a déploya: d'abord plus ou moins d'énergie.

Hais c'est ane espèce A part dans le ^enre haliltadet la" reconnaissance. — La mémoire est donc une espèce d'habitude. Mais elle est une espèce à part dans le

genre ; car toute habitude n'est pas un souvenir quoiqu'on l'ait parfois prétendu par un abus des mots. La mémoire proprement dite a un caractère propre^ distinctif y qui n'appartient qu'à elle : la reconnaissance.

CoAeeptloA«pl««oB molMS reconaoes* -— Le souvenir est une habitude reconnue. Ainsi, je me rappelle mes leçons d'équitation, de natation : il y a souvenir si, en en même temps que je fais voir plus de facilité dans les mouvements, mon esprit se reporte à mes premières tentatives ou aux leçons que j'ai reçues; sinon il y aura habitude mais non pas souvenir. Cette distinction est si vraie, qu'il y a parmi les actes mêmes de l'esprit des habitudes non reconnues : tels sont les tics, les manies intellectuelles. C'est ainsi que les vieillards racontent cent fois les mêmes histoires sans se souvenir qu'ils les ont déjà racontées.

Le souvenir complet est une habitude mentale* reconnue. Aussi y aTt-il mille degrés dans la qualité du souvenir ; car nos conceptions sont plus ou moins reconnues.

La rémialsceiiee * «t le souvenir propremeot dit (Exemples). — On appelle réminiscence *, le souvenir de l'ordre le plus humble, qui ne s'accompagne pas de reconnaissance précise. Un poète faisant des vers reproduit souvent à son insu des mouvements de pensée, des formes de langage, qu'il a trouvées dans d'autres poètes, peut-être employées lui-même dans un précédent ouvrage, et il peut dire de la meilleure foi du monde qu'il n'en a pas conscience. Cela arrive aussi aux musiciens. De môme l'orateur, ou l'écrivain, se sert fréquemment de formules d'emprunt; mais où, mais quand les a-t-il rencontrées, il l'ignore. Ce sont des réminiscences*. C'est encore une réminiscence* qui a lieu, lorsque, rencontrant une personne dont les traits nous sont connus, nous nous rappelons seulement l'avoir vue, sans pouvoir dire son nom, ni rien de précis qui la concerne.

Le souvenir proprement dit commence dès que commence la reconnaissance, et dès que nous rapportons au

passé la reprësentation présente. Plus nous la rapportons exactement à un point déterminé du passé, pluis le souvenir est précis. Le souvenir parfait est une représentation reconnue et dont on peut assigner sûrement l'origine. On se souvient réellement d'une personne, lorsqu'on peut dire son nom, l'époque où on la connue, et cent détails qui la concernent. Plus le souvenir est déterminé, plus il mérite son nom.

litt mémoire est*«ll« une, on j a-t-il plusieurs mémoires dlstlneCes ? — Explication proposée. — ApplieatloB pédagogique. — La mémoire, qui a tant de degrés, est-elle une? Est-ce une faculté unique, ou aurions-nous plusieurs mémoires distinctes ? — Il n'y a qu'une mémoire; seulement certains souvenirs pour certaines personnes ont plus de force et de vivacité, s'acquièrent plus vite, se retiennent mieux que les souvenirs d'un autre ordre; et il est des esprits qui semblent incapables de retenir certains genres de souvenirs. Ainsi on dit d'une personne qu'elle a au plus haut point la mémoire des dates, des faits, des lieux. Sont-ce des mémoires distinctes? No a. L'acte de la mémoire est toujours le même, toujours tel que nous l'avons décrit : une pensée reproduite, renouvelée et en même temps reconnue, voilà le souvenir dans tous les cas. Mais il est incontestable que certaines personnes ont des aptitudes particulières pour se souvenir de cci:tains ordres de connaissances.

Gomment expliquer ce phénomène? Les philosophes sont à peu près d'accord pour dire que la mémoire que l'on possède le plus est celle qu'on a le plus exercée, en d'autres termes, qu'on se fait jusqu'à un certain point soi-même sa mémoire. S'il en est ainsi, c'est une raison pour cultiver plus particulièrement la mémoire dont on manque, au lieu de se figurer qu'il y a inaptitude radicale, par une volonté invincible de la nature, et que le mal est irrémédiable.

Cependant dès le berceau, ou du moins dès l'école primaire, ces diverses aptitudes se manifestent. L'ex-

pli^ation proposée serait donc insuffisante si elle signifiait que la mémoire est etitiërément notre œuvre. Il y a là~ un des cas les plus certains où se remarquent des prédispositions natives et héréditaires*. Mais la même explication vaut encore ici : il suffit de la compléter. Ceux-là, dit Spencôr^^ont, par exemple, la mémoire des lieux, dont les ancêtres ont vécu le plus longtemps dans les conditions d'existence où s'exerce sans cesse et nécessairement cette mémoire. Jamais un sauvage n'a manqué de la mémoire des lieux, pas plus qu'un loup ou un renard : cette mémoire a toujours été trop nécessaire, trop constamment en jeu dans le mode de vie de ses ancêtres. — Il semble certain, en effet, que les enfants élevés à la campagne, habitués dès leur enfance à courir dans les champs et les bois, manquent rarement de la mémoire des lieux.

Be même, les enfants dont les ancêtres sont cultivés, affinés* par l'éducation, auraient plus développée lamémoire la plus constamment exercée dans leur famille. La mémoire des nombres ferait rarement défaut aux fils des mathématiciens, comme la mémoire des dates aux enfants dont les . parents se sont beaucoup occupés d'histoire.

Quoi qu'il en soit, s'il survient une maladie qui atteigne la mémoire, la mémoire qu'on perd est généra* lement celle qu'on a le plus développée. Ce fait, rapproché de ce qui précède, pourrait s'expliquer de la sorte : les régions cérébrales que le travail de la mémoire met en jeu sont affaiblies quand elles ont été surmenées ; elles sont donc plus susceptibles d'être atteintes du mal.

Loi «elon laquelle les «onveiilre se perdent et ee reeovvrent. — Dans certaines maladies les souvenirs se perdent, en totalité ou en partie seulement, soit pour revenir, soit définitivement. Ils se perdent alors dans V ordre inverse de l'ordre d'acquisitiim : ceux que Von a acquis les premiers s'effacent les derniers. On perd le souvenir de la semaine où on se trouve, puis du

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mois, de rannëe, bien avant d'oublier ses souvenirs d'enfance et son nom. Une femme folle oublie souvent son nom Je femme mariée, et répond très bien à son nom de jeune iSUe. Le vieillard voit s'effacer les souvenirs de sa vieillesse et de son âge mur, non ceux de son enfance. ,

Quand la mémoire revient^ elle retrouve les souvenirs dans Voi^dre où elle les avait acquis :. les plus lointains sont les premiers recouvrés. Une personne intelligente et instruite, à laquelle la maladie avait fait perdre la mémoire, retrouva de cette manière ce qu'elle avait appris : elle commença par épeler, avant de pouvoir assembler les mots ; elle ne reconnut qu'en dernier lieu ses amis et ses connaissances les plus récentes.

Identité de nature de la mémoire et de l'habitnde. — Elle résulte encore de toutes les eondltioas du souTenlr. — Ce qui précède ne laisse guère de doute sur l'identité de nature de la mémoire et de l'habitude : cette identité apparaît mieux encore quand on examine en détail les conditions du souvenir. Nous les diviserons en deux groupes : conditions physiques et conditions psychologiques.

Conditions physiques t saMté et Teille (nécessité des Impressions vives et nettes). — Les conditions physiques sont peu nombreuses et il y a peu à en dire quoiqu'elles soient nécessaires : ce sont la santé et l'état de veille. En effet, pour qu'une impression se grave dans l'esprit et y reste, il faut qu'elle soit vive et nette; qr elle ne le sera pas si l'esprit est languissant et endormi, OU' si le système nerveux est affaibli. C'est ce qui fait que tous les abus qui nuisent à la santé et diminuent la vitalité générale sont mortels à l'intelligence, et tout d'abord à la mémoire.

Eiffèts de la débauche et de l'Ivroini'erle. — Les débauchés, les geùs qui abusent des boissons alcooliques ont d'abord la mémoire paresseuse, puis ils la perdent presque entièrement : toutes leurs facultés intellectuelles tombent dans la torpeur. La première condition d'une

intelligence saine et entière est en effet une bonne santé et un parfait équilibre nerveux*.

C'est aussi pourquoi une circulation vive et une respiration facile sont de si grande importance : Tanëmie*, la respiration d'un air malsain sont funestes à la mémoire. On perd sensiblement la faculté de se souvenir et la lucidité d'esprit dans une atmosphère trop chargée d'acide carbonique. De là une raison de plus de veiller à l'aération des classes. Renouveler l'air d'une > école n'eât pas seulement utile à la santé mais aussi à l'intelligence et au travail des élèves.

Conditions psyehologiqnes. Répé^tlon*— Les COndi-( tions psychologiques sont plus essentielles encore eti dIus nombreuses ; ce sont :

lo La répétition dos mômes pensées. Pour apprendre une leçon^ il faut se la répéter à soi-même un certain nombre de fois. C'est si bien un moyen d'apprendre,, que les enfants n'en emploient d'abord pas d'autre et apprennent souvent sans comprendre. Quoique défectueux, c'est un moyen efficace, avec lequel il faut compter tout d'abord. Cela ne nous révèle-t-il pas l'étroite analogie du souvenir avec l'habitude, qui s'acquiert, elle aussi, par la répétition des mêmes actes?

Bllbrt d'attention. — 2<> V attention^ V effort véritable, de l'esprit : condition du souvenir supérieure de tous, points' à la précédente. Distrait, on peut répéter centfois une série de vers sans en retenir un seul; et quel-, ques minutes d'attention suffisent à nous les faire apprendre. NovEvèau rapport avec l'habitude, qui, nous! l'avons vu, se contracte plus vite et plus facilement lors-: qu'on déploie une volonté énergique.

Cette façon d'apprendre est pliis difficile à obtenir des enfants; on tâchera de les convaincre qu'un peu de peine dépensée à propos en épargne beaucoup, et con- . stitue un gain pour la paresse même.

Émotion. ■— Attrait. — 3*» L'émotion ou Yattraiù L'émotion agréable ou désagréable grave les souvenirs.. On n'oublie jamais les circonstances, même insigni .

fiantes, d'un accident où l'on a failli périr. On se rappelle toujours les traits d'une personne qui vous a vivement effrayé. Apprendre un morceau est facile, s'il est attrayant; son charme allège et abrège de moitié la tâche. Ce que Ton aime faire, on le fait mieux; non seulement parce qu'on le fait plus souvent, mais parce que la sensibilité et l'intelligence sont tellement unies, nous l'avons vu, que toute vive excitation de l'une profite directement à l'autre.

Ordre et assoelatloM des Idées. — Proeédés Biaémoteehniqnes ". — L'ordre ▼éritable est la "vraie aMsèmeteeliBle*. — 4<^ Une dernière condition très importante, c'est l'ordre et l'association des idées. Ces mots, ordre et association des idées, ne désignent pas précisément la même chose, mais des choses voisines. L'ordre est une espèce d'association des idées, et toute association d'idées fait naître un certaim ordre; mais il y a deux sortes d'ordre, comme il y a deux genres d'association des idées. Il y a un ordre tout accidentel et très peu logique, naissant d'associations arbitraires. Gela même cependant soulage parfois la mémoire, et la mnémotechnie* le plus souvent ne repose pas sur autre chose qu'une association arbitraire. Même telle, elle rend quelques services. Cependant ces rapprochements, ces rapports factices, sans valeur aiicunè, encombrent l'esprit et y tiennent la place d'associations utiles ; il faut donc s*en défier, et d'autant plus qu'ils sont parfois efficaces. L'ordre vrai fournit aussi dés moyens mnémotechniques* : ceux-là sont bien autrement utiles, parce qu'ils reposent sur des rapports tirés de la nature même des choses.

Mettre de l'ordre dans ses souvenirs historiques, ce sera grouper les événements selon leurs rapports logi* ques, par exemple selon leur lien causal *.

Parfois un ordre moitié rationnel et moitié factice est utile, il ne faut pas le proscrire entièrement; les synchronismes*, par exemple, soulagent la mémoire et n'offrent pas d-*inconvénients sérieux. On a ainsi un moyen

de retrouver le souvenir qu'on cherche^ à l'aide de celui qui revient spontanément''. i

S'il fallait se prononcer sur la valeur de la mnémo- j technie^ il y aurait donc une distinction à faire. La mnémotechnie* véritable, c'est l'ordre, c'est la méthode dans l'étude et dans renseignement; elle est donc utile au plus haut degré. La mnémotechnie* artificielle et de convention n'est peut-être pas elle-même à rejeter radi calement; mais il faut en user, en tous cas, avec une extrême modération, car elle encombre l'esprit de sou^ venirs purement verbaux, de rapprochements absurdes, ou ridicules, et demande souvent autant d'efforts qu'il en faudrait pour acquérir de solides connaissances par un travail de bon aloi.

ce lie melllenr moyen d'apprendre est d'ensel^pner ». — Nous comprenons maintenant ce mot célèbre : « Le meilleur moyen d'apprendre, est d'enseigner ». C'est que pour enseigner il faut faire un effort d'attention, s'intéresser à ce qu'on dit, répéter souvent et patiemment les mêmes choses ; et on ne fait bien ce travail que si on l'aime, mais il est difficile de le faire sans y prendre goût. Enfin, un enseignement sans ordre est quasi impossible, l'ordre est la première nécessité de l'enseignement. Toutes les conditions favorables et à l'acquisition des connaissances et à leur conservation sont donc précisément celles qu'il faut réunir pour enseigner.

Idenllté de l'onbll et de la déanétnde. — Les souvenirs se conservent aux mêmes conditions qu'ils s'acquièrent : il faut qu'on les répète de temps en temps, qu'on y reporte son attention, sinon la désuétude vient, les souvenirs se perdent. Si pourtant l'exercice qui les a gravés a été assez intense, l'esprit garde les aptitudes qu'il s'est données et, les circonstances étant favorables, les souvenirs reviennent parfois quand on les attend le moins. Mais pour être sûr de retenir à jamais ce qu'on a appris, il est nécessaire de se le redire k soi-même de loin en loin. C'est ce que signifie l'adage* selon lequel il faut avoir oublié une chose sept fois pour la savoir. Ce

serait un excellent exercice, et peut-être trop peu usité, de faire répéter aux enfants, à de grands intervalles et parfois à Timproviste, ce qu'ils ont appris par exemple Tannée précédente; mais il est clair que seules les très belles pages des grands écrivains méritent d'être apprises de la sorte.

Conelniiioii pèdagf^ffiqne t 11 faut éviter d'eneoatbrer la mémoire. — Que devons-nous conclure encore de cette leçon, au point de vue pratique? — D'abord qu'il faut éviter d'encombrer la mémoire. On Ta répété à satiété parmi les pédagogues contemporains, d'accord en cela avec les grands maîtres de la pédagogie. Mieux vant un esprit bien fait que bien plein^ c'est déjà le thème favori de Montaigne *.

Le moyen. — Or, le grand, le seul moyen d'orner la mémoire sans l'encombrer, c'est de procéder avec ordre et choix dans l'enseignement, et de dégager des menns

• faits les idées générales qui les résument. Les idées générales soulagent la mémoire, parce que sous une représentation unique, un seul mot, une seule formule, elles embrassent une multitude d'individus ou de faits particuliers. Élever l'enseignement dans la sphère des hautes généralités, généraliser autant qu'on le peut, sans toutefois tomber dans le vague, mettre partout des idées d'ensemble sous les détails particuliers, c'est le moyen d'apprendre beaucoup et de retenir bien, le moyen de faire que l'esprit soit bien plein sans cesser d'être bien fait, et contienne beaucoup, sans porter en lui aucun poids

. mort.

Maie ee serait une erreur que de vonloir trop l'épargner. — En tous cas. Ce Serait une erreur de vouloir trop ménager la mémoire et lui éviter toute peine. S'il est une chose incontestable en pédagogie, c'est que l'effort est ce qui profite le plus : notre gain le plus assuré est dans la peine prise. — Il faut donc apprendre à l'enfant que la mémoire nous dédommage avec usure de tout ce qu'on fait pour la cultiver, et lui faire

comprendre qu'il doit se donner de la> peine,- ne fût-ce

que pour s'en épargner dans la suite. Le soulagement que Ton demande aux procédés mnémotechniques* inférieurs, n'étant que passager et superficiel, est acheté trop cher : on usera donc de ces procédés avec un^ •extrême réserve. La raison pour les proscrire (sinon absolument, du moins en principe) est qu'ils sont contraires au développement normal et complet de Tintelligence : ils la remplissent d'associations d'idées pour le moins insignifiantes, souvent fausses et extravagantes, qui, selon beaucoup de philosophes, tiennent littéralement la place des connaissances dignes de ce nom.

XXXir LEÇON

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