‹ Leçons de psychologie appliquée à l'éducationChapitre 37 sur 46 · DE L'ASSOCIATION DES IDÉES · texte numérisé non relu

DE L'ASSOCIATION DES IDÉES

(SUITB ET. FIN.)

Deux familles d^esprits selon le mode d'association qui prédomine. — L'esprit proprement dit ; les jeux de mots. — Importance des associations d'idées pour la justesse de l'esprit (erreurs et préjugés populaires); pour le bonheur privé et public (superslitions, humeur heureuse ou sombre) , pour la moralité. — Il est nécessaire qoc l'éducation intervienne : (a) pour prévenir les associations d'idées nuisibles; (6) pour les corriger. — Moyens.

Deax femilles d'esprits selon le mode d^AssoclatloB qpil prédomine. — Il y a deux familles d'esprits assez distinctes selon le mode d'association qui prédomine. Ceux qui associent habituellement leurs idées d'une façon logique, rationnelle, selon les principes nécessaires de la pensée, sont les esprits essentiellement raisonnables, pondérés*, sans éclat, surtout dans l'enfance, mais susceptibles de culture, surtout de culture scientifique; on peut dire que ce sont les bons esprits. Rarement ce sont les plus précoces; on leur reproche quelque lourdeur, précisément parce qu'ils vont régulièrement des causes aux effets, des principes aux conséquences, des moyens aux fins, etc.... Ils peuvent le faire avec jplus ou moins de vivacité, et dans ce genre aussi, il y a des aptitudes plus ou moins remarquables. Mais comme l'enfant a une connaissance très bornée des causes et des effets véritables, des principes généraux, la docilité, le désir d'apprendre seront les qualités d'un esprit ainsi doué, beaucoup plutôt que la verve, la vivacité et l'agrément des inventions.

X*esprlt praprement dit) les Jeux de mots. — Les

esprits brillants, qui plaisent davantage en société, qui sont, comme on dit, charmants et toujours bienvenus dans le monde^ appartiennent à ime autre famille. Plus superficiels mais plus originaux, ils excellent à saisir vite les rapports les plus éloignés et les plus imprévus; une simple assonance* de mots suffit parfois à leur suggérer un rapprochement ingénieux et plaisant. Les jeux de mots sont ordinairement trouvés (plus ou moins heureusement) par de tels esprits.

Un jeu de mots qui porte juste et dont la forme est aussi pure que vive, est une. des manifestations les plus parfilites de l'intelligence. Uesprit, en ce sens, c'est Pin- *teUigence même, particulièrement aiguisée et souple. U n'y a pas d'arme plus redoutable aux vices et aux ridicules. Mais celui qui possède ce genre d'esprit est souvent tenté d'en abuser, et il est aisé de comprendre ce que veut dire Pascal* quand il s'écrie : « Diseur de bons mots, mauvais caractère. »

Importanee des Assoeiatlons d'idées. — ; Considérons ^l'importance des associations d'idées :

!• Pour la justesse de l'esprit;

,2® Pour le bonheur privé et public;

30 Pour la moralité.

Un esprit juste, c'est en somme un esprit qui associe ^es idées selon des rapports véritables, résultant de la nature même des choses. Or, la façon dont nous associons nos idées est en très grande partie affaire d'habitude, par conséquent d'éducation. Il ne faut pas se fier à la seule nature pour nous donner des associations d'idées raisonnables : elles sont plutôt le fruit d'une longue culture. Lfes hommes qui vivent le plus près de la nature, q^i même ont le plus de bon sens sur certains points, par exemple quand leur intérêt est en jeu, montrent souvent une véritable aberration* d'esprit.et sont le jouet des préjugés les plus inconcevables.

, Errears ejt pr^ugés populaires. — Les erreurs populaires, les préjuges courants ont .été recueilli^

presque en tous pays; cesc comme un répertoire de fausses associations d'idées prises pour de véritables raisons. Il suffit de citer quelques exemples^ que nous emprunterons à la Logique de Stuart Mill*.

Gomme en général nos idées amènent nos actions, on en est venu très vite à croire, presque partout, que les idées qu'on a amènent les actions correspondantes, alors même que ces actions ne dépendent pas de nous. C'est ainsi que dans tous les pays du monde, et dès l'antiquité, les gens du peuple croient qu'il suffit de parler d'un fléau pour l'amener, que le diable nommé ne peut manquer d'apparaître, que prononcer le mot de mort porte malheur ; aussi à Rome disait-on il a vécu, non il est mort. Les euphémismes* de ce genre abondent dans' toutes les langues, surtout dans celles de l'antiquité. Les furies étaient désignées sous le nom d'Euménides ; qui eût osé les appeler de leur vrai nom de furies? Une ville de la grande Grrèce a changé son nom de Malevent qui semblait de mauvais augure, et s'est appelée Bénévent. Les jours néfastes n'ont pas d'autre origine que des associations d'idées. Quelque événement triste est-il arrivé dans une famille ou dans l'État, le jour où il s'est produit est un jour de malheur, c'est à jamais un jour néfaste. Les pontifes, à Rome, gardaient avec soin la liste de ces jours où il n'était permis de rien entreprendre.

Le plus souvent il nous est impossible de remonter à l'événement qui a produit l'erreur que nous constatons aujourd'hui. Elle n'a pas toujours, d'ailleurs, une origine historique : beaucoup de préjugés populaires sont dûs à une simple équivoque : l'influence des mots, dans cet ordre d'idées, est incroyable.

Lorsque César tomba, en mettant le pied sur la terre d'Afrique, cette chute était pour ses soldats un fort mauvais présage, et il dut, par sa présence d'esprit, en prévenir le fâcheux effet. Il s'écria « terre d'Afrique, je t'embrasse! »

Le renard étant un animal rusé et fourbe, il est dan* gereux, disent certains paysans, de rencontrer ses traces

au matin d'une entreprise impartante, car il annonce la fourberie et les embûches. Le lièvre, animal craintif j est aussi de mauvais augqre : s'il traverse la route, il n'est rien qu'on ne doive craindre.

On croyait au moyen âge que l'or potable guérissait tous les maux, et cela parce que, étant le métal le plus précieux, si l'on réussissait à le rendre buvable par une transmutation* merveilleuse, il ne pouvait manquer de procurer le plus précieux des biens, la santé.

Extravagance plus grande encore, dans certains pays, notamment en Angleterre, on fait panser par un sorcier l'instrument avec lequel on s'est blessé, espérant ainsi guérir sa blessure.

Il est inutile de prolonger cette liste. Elle renferme assez d'exemples d'une atteinte grave à la raison et au bon sens, dont la cause n'est autre qu'une fausse association d'idées. Rien ne serait plus facile que de découvrir le néant de tels présages, puisque presque toujours ils sont démentis par l'événement. Mais dans le cas où ils sont démentis on ne songe pas à le constater, on n'y prend point garde, tandis que si, une seule fois sur dix, le présage est suivi de l'événement, cela est telleinent remarqué, devient l'objet de tant de commentaires et de récits, que c'est assez pour graver à jamais dans l'esprit le rapport prétendu de phénomènes qui réellement n'en ont aucun, et pour répandre et aggraver la croyance superstitieuse.

Ainsi, il y a dans l'association des idées une cause redoutable de perversion pour l'esprit. Le bonheur individuel, la paix publique, la moralité sont, de môme, directement intéressés dans ce phénomène psychologique, important entre tous.

Imporfanee des associations d'idées pour le bonheur individuel. — II n'est rien de plus certain que l'influence de nos associations d'idées sur notre bonheur personnel. Qui de nous n'a éprouvé des craintes vagues, d'irrésistibles terreurs, et n'en a vivement souffert, alors même qu'il reconnaissait qu'elles étaient vaines? Même

rhomme le plus instruit porte souvent jusqu'à son extrême vieillesse le poids des associations d'idées qu'il a formées dans son enfance. Elles contribuent grandement à faire son humeur triste ou gaie, et par là influent son caractère même. Parfois un nuage passe sur «on esprit, une tristesse vague le saisit ; s'il s'interroge, il découvrira qu'il est inquiet parce qu'une pie vient de traverser le chemin, ou parce qu'il vient d'entendre un serpent frémir dans la haie.

Importanee des assoclAtlons d'Idées pour le bemhear publie et la moralité. — Si nous passons de la vie privée à la vie sociale, nous reconnaissons que les associations d'idées les plus étroites et les plus déraisonnables sont aussi les plus intolérantes. L'extrême étroitesse des idées rend la vie sociale impossible ; celui dont l'esprit est obsédé de préjugés, esclave d'associations fausses, ne peut souffrir qu'on ne pense pas comme lui, qu'on le heurte en ses opinions. De là résultent les conséquences pratiques les plus déplorables. Songeons au grand nombre d'atrocités que la sorcellerie a fait commettre, soit à ceux qui la pratiquaient, soit à ceux qui la combattaient, car persécutés et persécuteurs étaient au fond dans le même état mental.

Que de crimes ont été commis dans les campagnes à l'époque des grands malheurs publics, par exemple des grandes épidémies! En 1863, le choléra sévit avec force dans une partie de la France ; un frère de la doctrine chrétienne s'étant reposé auprès d'une fontaine est saisi et tué par les hommes d'un village voisin; il était accusé d'avoir donné le choléra à la fontaine ! L'ignorant, affolé de peur, n'a plus aucun discernement du vrai et du faux, du possible et de l'impossible. Toute association d'idées parait logique et légitime dès qu'elle est assez forte pour s'imposer, à la faveur de la passion.

En résumé, il n'est pas de mai que n'aient fait et ne continuent à faire les fausses associations d'idées. Combien n'est-il pas nécessaire de les corriger, ou plutôt do les prévjenir par l'éducation.

Il est nécessaire que l'édaeatlon intervienne t 4® Ponr prévenir les nssoeiallons d'Idées nuisibles t ^^ ponr les eorrig^er. — Moyens. — II faut tâcher avant tout de prévenir les associations d'idées qui pourraient •être nuisibles, car, lorsqu'elles sont formées, la lutte contre elles est bien difficile. C'est là une des plus fortes raisons de veiller avec soin à la première éducation, à celle qui se fait au sein de la famille et commence longtemps avant l'école. C'est parce que l'esprit de l'enfant est tout neuf, et sa sensiblité très vive, que les effets de la première éducation sont si profonds et si durables : on ne saurait trop veiller à ce qu'elle soit aussi bonne que possible. Les parents n'attachent pas toujours autant d'importance qu'ils devraient au choix des gens de service à qui ils confient leurs enfants. Les récits d'une bonne, d'une nourrice, les contes de la veillée, peuvent faire un mal incalculable. II y a là une influence de tous les instants, d'autant plus redouable qu'elle échappe au contrôle. Si elle était saine, cette influence, qui devance celle des maîtres et égale celle des parents, pourrait venir en aide à l'une et à l'autre, mais mauvaise, elle les contrarie sans cesse et peut les annuler.

Gomment peut-on détruire les associations d'idées une fois formées? De deux manières.

D'abord en créant des associations d'idées contraires à celles qu'on veut déraciner, et cela, avant tout, par la force de la répétition. A de sottes habitudes, il faut en substituer de meilleures. N'en doutons pas, en répétant souvent et fortement une affirmation, on finit par la faire admettre. Avec les esprits jeunes surtout, il est facile de faire prévaloir des vues nouvelles. Lorsqu'une découverte scientifique a lieu, elle n'est jamais acceptée des hommes qui ont passé un certain âge; tous les médecins âgés de plus de quarante ans refusèrent de croire à la circulation du sang, quand elle fut découverte par Harvey* : ils avaient l'esprit trop prévenu ; mais les jeunes l'admirent d'abord ;et les hommes mûrs l'acceptèrent peu à peu, la plupart sans la vérifier, par le seul fait de l'entendre affirmer.

On peut, en second lieu, corriger les mauvaises association d'idées, en faisant un appel direct à Tintelligence proprement dite, à la réflexion, à la preuve, à l'expérience s'il s'agit d'un fait réel, au raisonnement quand il s'agit d'erreurs reposant sur de prétendues raisons. Rien de plus facile que de faire remarquer à un enfant qu'oR peut impunément dîner treize à table, qu'une araignée aperçue n'a point de rapports avec les événements heureux ou malheureux qui nous arrivent, etc. On aura pour auxiliaire en cela la fierté naissante de l'enfant, son jeune orgueil autant que sa raison : il suffira de lui montrer une bonne fois l'absurdité de tel ou tel préjugé et de loi en faire craindre le ridicule.

XXXVr LEÇON

DE L'IMAGINATION Imagination inférieure.

L'imagination (définition). — Ses rapports avec la mémoire et Tassecialion des idées. — La mémoire Imaginative et Timaginalion créatrice. — Mnémosyne*. — Y a-l-il une imagination passive et une imagination active?. — Non; mais Timagination, toujours active, est plus ou moins inférieure et voisine des sens, ou supérieure et unie à la raison (exemples). — Plan de cette étude.

Imagination inférieure : « Sens intérieur » (Bossuet '). — « Folle da logis • (Malebranche*). — Nature de Timage. — Il n'y a pas seulement des images visuelles. — Les excitants physiques de l'imagination. — Les animaux ont de Timagination. — Cas d'imagination prédominante : hallucination*. — Cauchemar. — Somnambulisme* (naturel ou provoqué). — Action de rimagination sur le physique; sur la sensibilité. ~ Idée fixe, folie.

DéauUion. — Celle de nos facultés de conception à laquelle surtout convient ce nom est Vimagination : c'est

ta faculté par laquelle V esprit se représente les objets et les phénomènes coTmne ^ils étaient actuellement présents aux senSj alors quHls sont absents et peuvent même n'avoir jamais été réels.

Ses rapports mwee la mémoire el l'assoelatloa des Idées. — Les rapports les plus étroits unissent l'imagination à la mémoire et à l'association des idées ; car c'est la mémoire qui fournit tous les éléments des tableaux que l'imagination va créer, et, si désordonnée que soit la fantaisie, ces mille souvenirs sont évoqués et enchaînés selon les lois de l'association des idées.

Pourquoi donc faire de l'imagination une faculté à part? C'est qu'elle a ses caractères propres; elle est caractérisée par la vivacité des représentations qu'elle nous offre, vivacité qui peut aller jusqu'à produire dans notre esprit une véritable illusion.

La mémoire ImayinallTe el l^lmas^aatloa eréatrlee. — On appelle mémoire imaginative, Fim^agination la plus voisine du simple souvenir. Par exemple, je me rappelle la maison où j'ai été élevé ; si les bâtiments, l'enclos, les montagnes bleues qui terminent le paysage s'offrent si vivement à moi que je les vois intérieurement, comment ne pas reconnaître là un phénomène d'imagination ? pourtant, c'est dans ma mémoire qu'est resté gravé le souvenir d'un lieu qui existe et que je n'ai pas vu depuis longtemps. Il y a donc union des deux facultés ; et, selon la vivacité de la représentation, c'est Tune ou l'autre qui prédomine. Si je parle froidement de cette maison, la mémoire presque seule est enjeu ; si la vivacité des images est telle que je me croie transporté dans ce lieu et qu'il me semble revoir les personnes que j'y ai connues, le phénomène est du ressort de l'imagination.

V imagination créatrice est plus intéressante et s'élève de beaucoup au-dessus du simple souvenir : on appelle ainsi l'imagination qui enfante spontanément* des conceptipns neuves, qui invente, qui combine, qui crée. Elle s'exerce surtout dans l'art et dans la poésie. En réalité,

cependant, c'est toujours à la mémoire que l'imagination même la plus hardie et la plus inventive emprunte ses matériaux; rigoureusement parlant elle ne crée rien; tout son travail consiste à combiner diversement les souvenirs. Par exemple^ ceux qui ont représenté Janus avec un double visage, Isis avec des cornes de vache, ceux qui ont inventé le Centaure, le Dragon^ la Chimère, ont créé des êtrçs qui n'existent nulle part; mais ils les ont formés par le bizarre assemblage d'éléments qu'on trouve séparés dans la nature. Nos combinaisons les plus hardies sont toujours ainsi faites d'emprunts; jamais nous ne créons de toutes pièces.

Vivement impressionné à la vue des tableaux de Velasquez*, Murillo* enfant avait sans cesse devant les yeux les toiles du maître : c'est à la mémoire imaginative qu'il devait ces réminiscences. Et lorsque, emporté lui-même par l'inspiration, il fit à son tour ses chefs-d'œuvre, quelque puissante que fût en lui l'imagination créatrice, c'est encore parmi les types réels que lui rappelait sa mémoire, qu'il choisit les figures rendues si vivantes par son pinceau.

Hnémosyne^. — Les anciens avaient remarqué cette relation intime entre l'imagination et la mémoire, lorsqu'ils faisaient de Mnémosyne * la mère des neuf Muses, c'est-à-dire de la mémoire la mère de tous les arts. C'est qn'en effet, la production artistique ou scientifique, tous les genres de création auxquels président les Milses sont subordonnés au nombre et à la valeur des souvenirs que la mémoire fournit.

T a-t-ii une iniAglnatloià passive et ane imagina* tion aetive? — iVon. — On a désigné sous le nom d'imagination passive^ la vive reproduction d'images emprunt tées à nos souvenirs, et sous celui d'imagination active^ l'acte de combiner diversement ces mêmes souvenirs. Cette distinction n'est pas fondée et doit être repoussée. En effet, l'esprit en général n'est jamais passif, l'activité est son essence ; et l'imagination plus que toute autre faculté ag.it sans cesse, soit qu'elle forme des rêves

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d'avenir ou des conceptions artistiques, soit qu'elle évoque seulement l'image du passé.

Malfs l'iiitAgliiAtion, toujours active, est on Inférieure et Toisine des sens, on supérieure et unie ù la raison. Exemples. — Une division plus motivée et que nous acceptons, est la suivante.

Toujours active par nature, l'imagination peut être :

l^ Inférieure et voisine des sens,

2® Supérieure et unie étroitement à la raison.

Dans le premier cas, nous trouvons des phénomènes psychologiques très intéressants, mais toujours physiologiques en partie; nous avons affaire à une faculté si voisine des sens, qu'Aristote * la déclarait matérielle et périssable ; elle ne devait pas, selon lui, participer à l'immortalité de l'âme.

Dans le second cas, l'imagination est la faculté inventive, noble entre toutes; par elle l'industrie allie le beau à l'utile et le génie humain produit les chefsd'œuvre de l'art.

Avons-nous été témoins d'un accident, la figure de la victime nous apparaît pâle et mourante; attendonsnous impatiemment une visite, nous croyons à chaque instant entendre un bruit de pas ou de voiture : ces illusions, causées par une vive impression faite sur le cerveau, par une surexcitation nerveuse, sont des suggestions de l'imagination inférieure.

Nous livrons-nous à un travail intellectuel, à la recherche scientifique ou à la composition littéraire, l'imagination supérieure est enjeu, et nous sert puissamment par les vues soudaines et les associations d'idées inattendues qu'elle nous fournit.

Examinons donc successivement ces deux sortes d'imagination ; l'étude de l'imagination supérieure nous amènera à considérer la nature du beau et les prinripes de l'art.

Inftagrination Inférieure. — L'imagination du plus bas degré, dont l'étude doit d'abord nous arrêter un moment, est celle que Bossuet* appelle énergiauement un « sens in-

térieur ». Elle est en effet comme un sens, puisqu'elle nous fait voir des choses absentes, entendre des sons imaginaires. Mais c'est un sens tout intérieur, puisque, par définition, les objets imaginés ne sont pas actuellement présents et que les sens proprement dits ne reçoivent aucune impression du dehors. Malebranche* l'appelle la <c folle du logis ». Pascal* aussi constate la folie de l'imagination et s'en indigne : « folle qui fait la folle ! »

En effet, dans une multitude de cas, surtout dans ceux qui vont nous occuper, l'imagination, soustraite au contrôle de la volonté et de la raison, prend plaisir à divaguer; et, si elle est assez vivement excitée pour nous entraîner à l'action, elle nous égare en s'égarant ellemême.

Nature de l'ima^. Il n'y a pas seiileiiieiit des tnages Tisoelies. — Nous ne devons pas nous méprendre sur la valeur du mot image, et nous figurer qu'il s'agisse de représentations concrètes, de tableaux réels se succédant dans l'esprit. Le terme « image » n'est ici qu'une métaphore*.

Et même, les conceptions de l'imagination ne sont pas exclusivement visuelles, le phénomène a lieu, quoique peut-être à des degrés moindres, pour les autres sens. A l'égard des sens inférieurs, l'odorat et le goût, il y a doute : on s'est demandé s'il est possible d'imaginer une odeur, par exemple, en hiver, celle du foin fraichement coupé ou du jasmin. A notre avis cette imagination existe, quoique faible ; on la rei^contre surtout chez les personnes qui ont le goût et l'odorat très exercés; les gourmets peuvent flairer ou déguster en imagination.

Mais, ce qui est incontestable, c'est l'imagination des sons. Sous une impression de frayeur, on croit entendre des bruits nocturnes, des clameurs lointaines ; lé son des cloches ou les accords bruyants d'un orchestre vous poursuivent longtemps après que tout est rentré dans le silence. Il est de fait aussi que les grands compositeurs commencent par écouter en eux-mêmes la symphonie qu'ils se proposent de noter.

Ces exemples nous montrent bien la nature de Timagination; elle est, en réalité, la même que celle de h sensation : c'est un ébranlement de l'appareil de la perception, ébranlement qui, au lieu d'être causé par une impression venue du dehors, se produit du dedans, soit par le seul fait de la vie organique, soit sous l'influence de certains excitants.

JLe» exeilants physiques de rimasinAtioa. >— Les effets produits sur l'imagination par les excitants physiques, tels que le vin, le thé, le café, sont assez connus. Ces substances activent notre vie mentale* en excitant notre système nerveux, et produisent une disposition de l'esprit à voir plus vivement et plus promptement. L'imagination étant une faculté inférieure intimement liée au cerveau,*reçoit directement le contrecoup de l'excitant physique. La vivacité et la rapidité des images caractérisent l'ébriété* commençante, leur violence est extrême dans le sommeil produit par certains narcotiques.

Pris en quantité modérée et proportionnée au tempérament, le thé et le café sont favorables au travail intellectuel. Si l'on exagère la dose, l'excitation devient trop forte et cause un trouble, un dérèglement des conceptions; en se répétant, elle use et épuise bientôt le système nerveux.

Les «nimaiix ont d« TlnuisiBatioii. — Si l'imagination est à ce point, une faculté inférieure, les animaux doivent la posséder. Ils la possèdent en effet, et, selon Bossuet*, elle est leur principale, presque leur unique faculté. Qui n'a vu un chien rêver? Les mouvements de l'animal, ses cris entrecoupés montrent qu'il se croit sur la piste du gibier ou engagé dans quelque lutte.

Cas d'iniAgiiiatloii prédomliiAiiie. — Chez l'homme, cette imagination tout organique prédomine dans certains cas dignes^d' attirer notre attention, mais que nous ne pouvons qu'indiquer au passage.

llallHeiliatlon*. — Le plus remarquable est l'halluci-

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