I. — Ceux qui s'adressent a l'ouîb
i Vocale.
Chorale (c*est celle qui pent-étre t&ii nattre en nous l'émotion esthétique* la plus forte et la plus profonde.
Instrumentale.
2* Poésie^ Tart par excellence. Elle est une musique et une peinture à la fois. Elle dispose du temps, de tous les genres d*ut> térêt dramatique. Elle est plus universellement comprise que la musique. L'émotion qu'elle fait naître en nous est plus précise. (En revanche le vague, le caractère înGni de Fé- ~"otion musicale est peut-être un charme plus profond).
IL — Ceux qui s'adressent a la vue.
V Sculpture,
2® Architecture*
3* Peinture, Cet art a à sa disposition des moyens d'expression plus variés, grâce aux ressources de la perspective, aux miracles de la couleur, etc.
in. — Ceux qui s'adressent aux deux sens ( ^''j dramatique,
s Art oratoire, Choré-
A LA FOIS, 1 «.» • Vf «*«/•# %>, v»w# %ir-
l graphie.
li'éloqnence est-elle on art? — L'éloqnence et la danse sont rapprochées ici d'une façon singulière, mais qui n'est pourtant pas purement accidentelle. De l'une et de l'autre on peut se demander si elles sont des arts véritables.
L'éloquence à coup sûr produit le sentiment du beau ; mais ce n'est pas là son but unique ni même principal. Elle vise à d'autres fins : persuader des juges, faire passer une loi dans une assemblée législative, décider le vote d'une assemblée politique. Si donc il y a de l'art dans un discours (et il peut y en avoir infiniment), l'art n'y tient pas la première place ; on en jouit d'autant plus qu'il se montre moins. L'éloquence la plus forte n'est pas celle des beaux diseurs, tant s'en faut. Les plus grands effets que produise l'orateur sont ceux qu'il produit sans les chercher. La formule Vart pour Part ne saurait donc convenir à l'éloquence, laquelle dès-lors n'est point un art proprement dit.
L.a danse est'C)^e an art ? — La danse est presque inséparable de la musique, sans laquelle elle perd tout intérêt : à ce titre déjà, elle n'est point un art indépendant. De plus, elle a le défaut grave d'offrir en spectacle la personne humaine, qui devient ainsi un moyen pour le plaisir d'autres personnes, contrairement à sa dignité. La danse plaît, il est vrai, parce qu'elle est le triomphe de la grâce physique et comme une musique des mouvements. Mais il y a toujours quelque chose d'un peu choquant à ce que la grâce du corps humain soit étalée aux regards intentionnellement. Pour cette raison, quelque
chose de la dignité de l'art manquera toujours à la danse, môme à la chorégraphie*.
Puissanee édaeattve de l'art. — L'art est essentiellement ordre, arrangement, harmonie : on conçoit donc aisément qu'il puisse être un instrument admirable d'éducation. Les anciens ne séparaient pour ainsi dire pas le beau et le bien. Pour les stoïciens!, c'était à la lettre, une seule et même chose, et ils n'hésitaient pas à dire que le sage est beau ; une vie vertueuse est, en effet, ce qu'il peut y avoir de plus beau, puisque c'est l'ordre dans les actions libres, l'harmonie et la grâce dans la conduite morale. Platon* éconduit il est vrai les poètes hors de sa république, les accusant de corrompre les mœurs par leurs molles fictions; mais il veut qu'on enseigne aux enfants la musique au sens le plus large du mot, c'està-dire toutes les belles connaissances, tous les arts auxquels présidaient les neuf Muscs.
Il ne peut être question de faire de tous les enfants des artistes : cela n'est ni possible ni désirable. Mais la culture qu'on leur donne serait singulièrement incomplète si elle ne les initiait aucunement aux délicatesses de l'art. Quoique la pureté du goût n'entraîne pas nécessairement celle des mœurs et du caractère, il n'est pas douteux qu'elle n'y achemine. Habitué à voir le beau, c'est-à-dire l'ordre, la mesure, la proportion, la grâce, la convenance, il est difficile qu'on se complaise dans la laideur morale, qui est tout le contraire de ces choses. Les vices choquent souvent le bon goût autant que la raison.
Mais ce sujet de la vertu éducative de l'art est inépuisable. On le trouvera traité avec plus de développements dans les écrits spéciaux, surtout dans l'article Art du Dictionnaire de pédugogie, dû à la plume de M. Rar vaisson*.
XLir LEÇON
Des signes et da langage. — L'écriinre.
^expression des faits psychologiques. — Les sigoes en général.
— Les signes proprement dits. — Le langage. — Divers genres de langage. — La parole. — Langage émotionnel et langage rationnel * (Max-MQller*).
Comment les signes sont produits : signes artificiels^ signes naturels.
— Des jeux de physionomie et de l'expression des émotions selon Darwin* et Gratiolet*. — La physionomie moins trompeuse que la parole: pourquoi.
Comment les signes sont interprétés : signes oculaires, signes auriculaires. — Association des idées. — Interprétation instinctive. — 11 n'y a pas une faculté spéciale du langage.
L'écriture. — Écritures idéographiques*. — Écritures phonétiques* : 1* syllabiques; 2* alphabétiques. — Leur valeur relative; services qu'elles rendent.
Ij* expression des faits psyeholoi^Uiaes. — Nous avons achevé l'élude des opérations intellectuelles, voyons maintenant comment Thomme exprime ses pensées, ou plus généralement comment il exprime au dehors les phénomènes psychologiques qui se passent dans sa conscience : c'est la question des signes et du langage.
Les signes en général. — On appelle signe en général, et au sens le plus large du mot, un phénomène i^eyisible propre à en exprimer un autre qui ne tombe pas soiÂS les sens; autrement dit, un phénomène qui se voit ou s'entend, tellement lié à un autre qu'il nous en donne l'idée, alors que les sens n'en sont pas directement frappés. Par exemple, la fumée est signe du feu : quand on la voit de loin, on pense au feu qu'on ne voit pas et qu'elle révèle. La forme, la couleur des nuages sur la montagne ou sur la mer sont signes de la tempête prochaine.
Les signes proprement dits. — Au sens étroit et proprement philosophique, on appelle si(/nes des phéno»
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mènes sensibles produits par un être vivant, et de nature à faire entendre à d'autres êtres vivants ce qu'éprouvent ceux qui les produisent. Le rire, les larmes, le sourire, les gestes sont des signes proprement dits.
Le UkngAse. — On appelle langage^ un système de signes propres à exprimer et à traduire les phénomènes psychologiques.
Divers genres de lang^age* La parole. ^ Il y a donc divers genres de langage ; la parole en est le type le plus élevé. Les animaux muets, comme les anciens les appelaient si énergiquement, ont un langage : ils expriment leurs désirs, leurs passions, et non seulement ils se comprennent entre eux, mais ils se font comprendre de rhomme et ne sont nullement incapables d'interpréter certains signes que l'homme fait en leur présence ou à leur intention.
Langage émotionnel. — M. Max MûUer* propose d'appeler langage d'émotion tout cet ensemble de signes dont se servent les animaux, et l'homme même, pour traduire ce qu'ils éprouvent dans le moment même où ils l'éprouvent. Il s'agit seulement de savoir si les animaux ne dépassent pas ce langage d'émotion, et n'ont pas des moyens de s'entretenir d'autre . chose, que de leurs désirs et de leurs jouissances ou souffrances actuelles. Les insectes, par le mouvement et le contact de leurs antennes, semblent communiquer entre eux d'une façon relativement désintéressée, froide, et qui imite plus ou moins le langage proprement dit. Les fourmis ne savent-elles pas se concerter pour une action commune ?
Cette question du langage des animaux restera longtemps pendante; elle paraît insoluble, vu l'impossibilité où nous sommes d'entrer dans la conscience de ces êtres et de savoir ce qui s'y passe.
Langage rationnel. ^-* Quoiqu'il en soit, le langage humain, le langage ralionnel*^ comme l'appelle M. M. MiiiioY.* a des caractères propres, sui generis; il est
essentiellement abstrait et général. Nous y reviendrons à propos de la parole.
Gomment les •Ignes sonl produits. — Considérons seulement ici les signes en général et voyons l*» comment on les produit; 2* comment on les interprète.
Slj^nes artifleiels. — Les signes se divisent, quant à leur mode de production, en signes artificiels ou de convention et signes naturels ou instinctifs.
Eliminons d'abord les premiers, qui sont propres à l'homme seul, parce que l'homme seul fait des conventions. De ce genre sont tous les systèmes de signaux : signaux télégraphiques, signaux des chemins de fer, signaux maritimes... Ce sont des signes imaginés et combinés avec réflexion, par conséquent des signes artificiels.
Signes naturels. — Les signes naturels sont les jeux de physionomie, les gestes, le rire et le sourire, les larmes, ainsi de suite. Tous ces signes sont produits, à l'origine du moins, par instinct, sans réflexion et même quelquefois contre toute intention, comme on le voit dans la rougeur et la pâleur. Ce sont des actions réflexes* y ou mieux des systèmes plus ou moins compliqués d'actions réflexes*. Le mécanisme de quelquesunes a été bien décrit : Claude Bernard* a fait une conférence restée célèbre sur les phénomènes de rou* geur et de pâleur considérés comme signes.
Le cœur est la véritable cause, par ses mouvements plus ou moins précipités, de la rougeur ou de la pâleur; il n'y contribue pas seul, mais avec tout le système des nerfs vaso-moteurs, chargés de dilater et de comprimer les vaisseaux. Le cœur est complètement soustrait à l'action de la volonté^ il est régi par un système nerveux qui lui est propre; voici donc, d'après Claude Bernard % ce qui se passe :
Une personne est calme et dans une situation normale, quelque chose de très imprévu se produit : immédiatement la secousse cérébrale qu'elle en reçoit se communique, en dépit de la volonté, au système nerveux qui
régit le cœur, puis au système vaso-moteur, La surprise arrête un moment la circulation, la pâleur a lieu. Quand le phénomène est violent, ou fréquemment répété, ou permanent, la pâleur dure, et s'accompagne d'autres désordres : la sécrétion de la bile est dérangée, de grands troubles peuvent se produire dans la digestion. Mais si la cause du trouble et de la surprise est fugitive, et que, réflexion faite, elle se trouve agréable, par exemple s'il s'agit d'un compliment auquel on ne s'attendait pas, un commencement de pâleur peut se produire, mais si fugitif-qu'il est à peine visible, et le cœur tout aussitôt est comme aiguillonné : le sang circulant * plus vite, afflue au visage et produit la rougeur.
Dans tous les cas, il en est de même, les signes naturels paraissent être toujours des systèmes d'actions réflexes *,
Dea Jeux de physionomie et de l'exprcseloB des éBM»tloBs, selon Darwin* et Gratlolet*. — &ratiolet* en France et Darwin* en Angleterre ont écrit sur l'expression des émotions en général et sur les jeux de la physionomie. Ils sont d'accord sur les principes, mais Darwin*, plus riche en détails, fait porter sa théorie sur un grand nombre d'espèces animales.
Pour lui, la contraction deç muscles qui cause les jeux de physionomie résulte toujours de mouvements habituels, que fait d'ordinaire le sujet au moment d'accomplir les actes véritables qui correspondent à ses sentiments.
Quand des chiens veulent se battre, ils montrent les dents du côté où ils craignent une agression, ils relèvent la tète. Us esquissent en quelque sorte les mouvements d'attaque ou de défense. En même temps leur corps entier exécute des mouvements inconscients, mais qui ont la même fin : ainsi le hérissement du poil aurait pour but selon Darwin*, de les faire paraître plus terribles. Or à l'origine les. hommes se battaient à la manière des animaux : ils ont gardé des rudes mœurs des âges préhistoriques* l'habitude de traduire la me-
nace, la colère, la haine, le mépris par des mouyements des lèvres et des dents, — la défiance par des regards obliques, etc.
Quand les animaux donnent des marques de sympathie, d« confiance les uns envers les autres, quand Thomme sourit, c'est, selon Darwin*, une explication toute négative qui en rend compte : Il y a, dit-il, détente absolue de tout le système musculaire offensif y et c'est ce fait qui, associé par l'habitude avec des impressions de confiance et de paix, fait le charme du sourire comme des attitudes confiantes et abandonnées. — Ici l'explication paraît insuffisante, il semble que le sourire ne soit pas un signe aussi purement négatif.
Lu physionomie moins trompeuse que la psrole t pourquoi. — De cette théorie nous' pouvons au moins retenir l'explication d'un fait certain : La physionomie est moins trompeuse que la parole et, dans notre physionomie, ce qui est le moins trompeur^ ce sont les mouvements les plus instinctifs, les plus soustraits à la volonté. Les larmes trompent fort peu : on a peu d'exemples de personnes pleurant à volonté ; seulement les larmes peuvent être interprétées de bien des manières et exprimer bien des sentiments différents ; elles peuvent donc être aussi une source d'erreurs pour celui qui les considère comme signes.
Nos regards, nos traits, nos mouvements habituels et nos attitudes ordinaires, sont l'expression immédiate de notre nature. Les phénomènes inconscients, les sentiments de tout genre dont on ne se rend pas compte et qui font notre caractère, notre véritable humeur, se traduisent dans nos gestes involontaires et notre phy • sionomie, tandis que la parole, soumise à notre volonté, exprime en quelque sorte les pensées de la surface, les réflexions et les volitions* froides. Une personne peut mentir en parlant ou en écrivant, mais son visage ne ment pas aussi facilement. Au moment où elle parle, ce qu'elle dit peut être démenti par sa rougeur, par sa pâleur, par son impuissance à regarder en face. La phy-
sionomie des enfants , leur attitude nous en apprennent beaucoup plus sur eux que leurs paroles.
Au reste, il n'y a pas toujours conflit entre les deux genres d'expression ; ordinairement les gestes, les attitudes, l'accent de la voix forment comme l'accompagnement de notre parole et achèvent de donner le ton à tout ce que nous disons. I<es personnes qui exercent ' le plus d'influence sur les autres par la parole ne sont pi^s celles qui observent le mieux les règles de la grammaire ou de la rhétorique, ce sont celles qui joignent à la parole tout un ensemble d'attitudes personnelles propres à séduire, à toucher, à convaincre, à entraîner leurs auditeurs.
G«mneDt les signes soDt inieriMPétés t slipiies ocaluires*, signes aàrlcalalrea*. — Chez l'homme, les signes s'adressent seulement à deux sens, à l'ouïe et à la vue ; aussi les distingue-t-on en signes auHculaires* et signes oculaires *.
AsBociation des Idées. — Le signe n'est compris et n'est un signe que grâce à l'association des idées. Cette association est aussi vieille que notre expérience, quand c'est une association naturelle, c'est-à-dire s'il s'agit de signes naturels. C'est, au contraire, une association artificielle quand il s'agit de signes convenus.
Interprétation instinctive. — Mais n'y a-t-il pas une interprétation instinctive ? N'est-ce pas par un instinct tout primitif que l'enfant pleure, lorsqu'il entend une grosse voix, ou voit approcher une personne toute vêtue de noir? Jouffîpoy* le pense, il admet une faculté spéciale d'interprétation du langage, un instinct sui generis.
Il n'y a pas de faculté spéciale dn Iwatgwt^e, — Si l'enfant comprend réellement de tels signes avant toute expérience, c'est par instinct, en effet ; il a peur instinc* tivement, il crie. Il n'y a pas encore là une véritable intelligence des signes. Mais il lui faut peu de temps pour arriver à comprendre réellement la menace, ou le sourire de sa mère ; or il ne les comprend que parce Qu'il a déjà sa petite expérience et qu'il a associé cer-
laines émotions individuelles à certains signes visuels ou auriculaires*. C'est donc bien une inférence*, une attente d'après son expérience passée, une induction*.
Ij'^erltnre. — L'écriture a été définie : un système de signes de signes. En effet, notre écriture représente par des signes les sons, qui sont déjà pour nous des signes; les mots écrits ne sont pas des signes directs, mais les signes des mots prononcés. Mais les écritures quelquefois aussi expriment directement la chose signifiée; dans ce cas, ce sont des signes du premier degré et non du second. En un mot, il y a, à côté des •écritures phonétiques* j de» écrituTes idéographiques*,
Éerilnres idéo|praphlqaes*. — Les écritures idéographiques* sont celles qui représentent et dessinent pour ainsi dire directement la pensée, l'idée ; les rébus peuvent nous donner une idée de ces sortes d'écritures. L'écriture égyptienne antique, qui a donné plus tard les hiéroglyphes *, était d'abord purement idéographique *.
Dans ces écritures, selon les cas, le même signe exprime l'objet même ou l'usage qu'on en fait. Veuton, par exemple, parler d'une épée, on en dessine une, et deux épées diversement croisées, indiqueront la guerre, la victoire ou la défaite. De même un bateau, après avoir d'abord éveillé simplement l'idée de bateau, pourra indiquer un naufrage qu la navigation. Mais ces écritures, toutes grossières et incapables de représenter nettement les idées abstraites, se sont changées de bonne heure en écritures phonétiques*. Ainsi, les Égyptiens désignaient, à l'origine, le soleil en dessinant sa forme, en traçant un rond; mais comme dans leur langue le soleil se nommait r/id, celui qui traçait le rond et ceux qui le regardaient prononçaient rhâ : bientôt donc ce signe n'a plus exprima que le son rhâ, et il est dès lors entré comme tel dans tous les mots où se trouvait cette syllabe. — Ainsi s'est opéré le passage de l'écriture idéographique* à l'écriture phonétique*.
Ëcrliares Phonétiques*. — Les écritures phonétiques* sont de beaucoup les plus nombreuses. Elles no dé-
438 QUAHANTE-TROISIÈME LEÇON.
signent plus directement les idées et les choses, msds les sons, et se divisent en deux catégories : V les écritures syllabiques ; 2^ lés écritures alphabétiques.
l^ Syllabiques. — Les écritures syllabiques sont celles dans lesquelles un signe unique représente une syllabe entière, un son complet. Telle est, dit-on, l'écriture japonaise.
2** Aiphabéiiqnes. — Les écritures alphabétiques ont autant de signes visibles (de lettres) qu'il y a de sons distincts, ou mieux, de fractions de sons dans les mots.
Leur iralenr rclatlire. — Gelles-ci sont infiniment plus parfaites que les précédentes; elles ont plus de souplesse et rendent mieux toutes les nuances des sons : elles sont plus analytiques*.
Services qu'elles rendent. — Les écritures, quelles qu'elles soient, fixent la parole, la conservent, en facilitent la transmission. Nous verrons quels immenses services la parole rend à la pensée : les services que rend l'écriture à la parole, elle les rend donc indirectement à la pensée. Aussi tout progrès dans les écritures, tout perfectionnement, surtout s'il accroît la rapidité d'exécution, est-il à la fois un signe et un moyen de progrès pour la pensée : telle, la découverte de l'imprimerie.
XLIir LEÇON
La parole et les langues.
La parole. — Esl-elle naturelle ou artificielle? — Son origine. — Les racines. — Les mots; les propositions; les phrases. — La grammaire générale et la grammaire comparée.
Rapports de la parole avec la pensée. — Rapport chronoiogiqae (M. de Bonald *), — Services que la parole rend à la pensée. — Non seulement elle la transmet, mais elle est une condition nénécessaire de sa clarté, de sa précision, de ses progrès (pourquoi). — Exemple historique; motdeCondillac^.-^Mais inversement, tant
vaut la pensée, tant vaut la parole.— Vrai rapport de subordination : le signe ne peut précéder la chose signifiée ; — le signe ne transmet pas la pensée mais Téveille. Condillac* prend la cause pour l'effet. Conclusion : influence réciproque.
Importance des études grammaticales et littéraires. — Les qualités du langage. — Langues riches et langues pauvres. — Langues analytiques* et langues synthétiques *,
Esquisse d'un tableau des langues.
La parole. — Gonsidërons maintenant ce qu'il y a de plus parfait en fait de langage, la parole humaine. On appelle parole un système de signes articulés prop^'es à eocprimer des idées abstraites et générales et les rapports de ces idées entre elles. L'homme seul parle; les animaux ont un langage à leur manière, mais ils n'ont pas la parole. Max MuUer* déclare que, n'y eût- il pas d'autre objection à faire aux théories de Darwin*, cette réponse suffirait : l'abîme qui existe entre les animaux supérieurs et les hommes inférieurs ne peut être comblé, puisque l'homme le plus humble dans la création parle, tandis que le plus élevé des animaux, le plus près de nous, ne parle pas.
Esl-elle DalarcUe on artlltctelle ? Son oi|>l|piae. — La parole est-elle naturelle ou artificielle? Question fréquemment agitée. On a souvent présenté la parole comme un système de signes conventionnels. Il es^t vrai que l'usage est pour beaucoup dans l'emploi des mots, et qu'à lui appartient, comme dit Horace*, l'arbitrage. Chacun sait qu'un grand écrivain, par sa seule autorité, peut faire passer des usages nouveaux dans la langue. Il y a une sorte de convention tacite qui fait accepter tel mot inconnu jusque-là ou qui donne à tel autre un sens qu'il n'avait pas. Mais ce n'est là que l'apparence : la parole est essentiellement naturelle, autant, pourrait-on dire, que le geste ouïe jeu de la physionomie.
Il y a, en effet, deux choses à considérer :
1* Le signe, qui est ici le son articulé; or, dès qu'il peut bégayer, l'enfant articule, tant cela lui est naturel.
2^ L'idée générale attachée au mot; or l'homme géné-
ralise naturellement ; la généralisation lui est si naturelle que, loin qu'il faille lui apprendre à généraliser, on doit lui enseigner à le faire plus sobrement et d'une façon moins téméraire. L'enfant et l'homme inculte, nous l'avons vu, généralisent à outrance, sans scrupule; ce qu'ils ont vu une fois, ils commencent par le croire vrai toujours et partout. Il faut leur apprendre à distinguer les cas particuliers et à ne généraliser qu'à bon escient.
MM. Darwin*, Taine*, et presque tous les philosophes qui ont écrit sur le langage, ont constaté que l'enfant attache immédiatement un sens général au premier mot trouvé par lui ou entendu. Un enfant voit un canard sur un étang, on le lui nomme : il appelle canards tous les oiseaux, et une monnaie française portant un aigle. A un autre enfant, on montre une gravure représentant la Sainte-Famille et voulant appeler son attention sur l'enfant Jésus on dit : Bébé; il applique aussitôt ce mot à tout objet pendu au mur, et appelle Bébé un tableau quelconque, un portrait de vieillard, une glace, un cadre vide. L'apprentissage ultérieur qu'ils font consiste à faire un usage moins maladroit, plus restreint de ces mots, employées au début à tort et à travers.
Les racinett. — Ce qui caractérise la parole, ce sont les racines, articulations très simples, élémentaires. Les' racines ne sont pas des mots, mais les éléments simples des mots, auxquels sont attachées des idées très générales. Les divers mots apparaissent à mesure que viennent se greffer sur ces racines divers éléments complémentaires, préfixes, suffixes, flexions de tous genres.
 l'origine, il semble que nos ancêtres, les Âryas % aient eu une racine, peut-être imitative, pour exprimer en général ]a vitesse, le mouvement rapide : c'est as* ; et sur ce tronc unique s'est formée une multitude de mots dans toutes les langues indo-européennes ; de ]à| par exemple, le nom du cheval en sanscrit, osW, en latin equusy en grec ikkos. De là encore, par d'autres dérivations, les mots : aigu, aiguille, et cent autres de même famille, désignant toujours en quelque manière la
<}UARANTE-TR01SIEME LEÇON. 441
facilite dii mouvement. 11 est probable que la racine n'a jamais existe à l'état isole, comme mot distinct, mais elle «e retrouve au fond d'une multitude de mots, auxquels elle donne un air de parenté.
Les note, Vem propositions. %tmm phrases, -r- Par l'agencement des mots, on énonce des affirmations ou des Bégations, en d'autres termes on fait des propositions. Les propositions agencées entre elles, les unes principales, les autres incidentes, forment des phrases. De la suite et de l'arrangement des phrases résulte le discours.
La granmalre générale. — La grammaire générale est la science des principes communs à toutes les langues. Au fond c'est la logique même, car ce qu'il y a de commun' à toutes les langues, c'est la raison, qui les domine et les régit toutes avec ses exigences essentielles et ses lois.
làtk gramiiftalre comparée. -^ On appelle grammaire comparée l'étude comparative de deux ou plusieurs langues parentes. La comparaison n'est possible avec quelque précision et n'est réellement utile qu'entre celles d'un même groupe, d'une même famille.
Rapports do la parole avee la pensée. Rapport ehronoiofçlqae* (M. deBonald*). — Considérons maintenant les rapports de la parole avec la pensée. Le rapport chronologique* est indiqué par ce qui précède. Nous ne sommes pas de l'avis de M. de Bonald* quand il prétend, d'une manière absolue, que sans la parole on ne pourrait pas penser, qu'il a donc fallu que la parole précédât la pensée. Il résulte au contraire de ce que nous venons de dire que, considérée comme phénomène physique, la parole est le produit naturel de l'activité humaine et résulte de notre organisation. Considérée au point de vue intellectuel, elle est le produit, naturel encore, de notre faculté d'abstraire et de généraliser. Elle est donc doublement naturelle, le fruit de notre activité même s'exerçant instinctivement et spontanément. Quand la pensée est vive^ forte^ nette, elle éclate .
pour ainsi dire et se traduit d'elle-même au dehors. — Cependant ce que voulait dire M. de Bonald* est juste en partie. Entrons dans le détail et voyons les services mutuels que se rendent la pensée et la parole.
Services que la parole rend à la peaaée. Non senlement elle la transmet^ mais ^le esl une eoadltlon néeessalre de oa clarté, de sa précision , de ses pragrént Poar«aoi. — La parole transmet la pensée, c'est le premier service qu'elle lui rende ; service inappréciable : par là elle est la condition de l'union de nos forces; elle nous donne le sentiment de notre communauté d'origine et de nature, elle est le lien de l'humanité.
Mais à ne considérer que l'individu isolé, la parole est une condition nécessaire de la pensée, qui sans elle n'aurait ni clarté, ni précision ; elle nous force, pour ainsi dire, à analyser nos pensées, et c'est là peut-ôtre le plus grand bienfait que nous lui devons. Quand nous parlons, nous ne pouvons tout dire à la fois : nous sommes obligés de déterminer chaque pensée à son tour, et de choisir les mots qui l'expriment nettement. Mais, lorsque nous avons mis en réserve dans un mot une idée, dans un groupe de mots une affirmation ou une négation, l'esprit peut passer outre et disposer de ses forces pour s'appliquer à d'autres pensées. S'il restait obsédé de toutes ses idées, il serait plein de confusion, ce qui le rendrait impuissant soit à comprendre, soit à continuer d'apprendre. On ne sait bien que ce que l'on a exprimé. Mais quand l'esprit s'est débarrassé des idées mûres et les a exprimées, il est libre de passer à d'autres.
Hamilton* compare les services que nous rend la paroi^e à ceux que rendent aux Russes, qui s'avancent par une conquête lente et sûre au centre de l'Asie, les petite forts qu'ils construisent. Sur ces vastes territoires à demi déserts, une armée nombreuse peut passer, dès qu'elle a disparu les nomades reviennent, et il ne reste nulles traces de son passage. Qu'une centaine d'hommes seu^
lement s'y établissent dans un fort, relié à d'autres stations du même genre, le pays est conquis. De même, quand nous avons fait certaines idées nôtres par l'expression, sûrs de les posséder, nous sommes libres de porter notre énergie ailleurs.
Exemple Mstorlqae. — Moi de Condlllfte'*. -*- Le progrès scientifique n'est possible qu'à cette condition. L'histoire de la science nous en offre des exemples bien remarquables. La chimie n'est constituée comme science que le jour où Lavoisier* a trouvé la nomenclature chimique : mais à dater de cette découverte elle fait d'in^ croyables progrès. C'est ce qui explique le mot de Gondillac* : « Les sciences ne sont que des langues bien faites. » Tant vaut la langue, tant vaut la science. Certaines langues, le français et l'anglais, par exemple, (en général les langues analytiques*), ont le privilège de porter avec elles la clarté et de l'imposer. Il est presque impossible d'être obscur en bon français; voilà pourquoi les étrangers goûtent notre langue, el pourquoi, malgré nos revers, elle restera peut-être la langue diplomatique.
Hbils Inireraeiiieiit tanl Yant la pensée, tant Tant la parole. ¥ral rappori de «nbordlnatloa*. Le signe ne peni pFéeéder la ehose signifiée. Mais inversement, tant vaut la pensée, tant vaut la parole. En réalité le rapport de subordination* est tout en faveur de la pensée ; c'est elle qui précède et qui importe le plus. Elle donne à la parole ses qualités avant d'en recevoir des services. Gela est évident a priori. Le mot est un signe : comment le signe précéderait-il la chose signifiée ? Avant de parler, il faut avoir quelque chose à dire ; donc la pensée précède la parole.
Le signe ne transmet pas la pensée mais l'éveille. Condillae* prend la eanse pour l'effet. Conelasion t inflnenee réelproqne. — Il y a plus. Le signe ne transmet pas môme la pensée, à proprement parler; il ne fait que l'éveiller où elle est latente. Tout l'art de l'éducation consiste^ en somme^ à faire réfléchir et raisonner
444 QUARANTE-THOISIÈME LEÇON.
renfant sur ce qu'il sait déjà ; on ne lui transmet des idées nouvelles qu'en éveillant celles qui sont latentes* en lui pour en former de nouvelles combinaisons. Gondillac éprend la cause pour l'effet. Si nous reprenons son exemple, nous voyons qu'en effet la nomenclature chimique une fois trouvée, rend de grands services, mais n'est-elle pas d'abord due elle-même à un progrès de la pensée? Quand la pensée est devenue assez nette pour que le langage soit possible, alors commence entre la parole et la pensée un échange de services. Mais le progrès de la pensée est toujours la cause première du progrès de la parole, quoique la parole à son tour force la pensée à être claire, nette et précise, et lui conserve presque nécessairement les qualités qu'elle lui doit.
Inportanee des études ipraiiunatlcales et littéraires. — On conçoit d'après cela l'importance des études grammaticales et littéraires pour la culture de l'esprit. On ne peut rien faire de mieux pour apprendre à bien penser, que de se familiariser avec les formes rigoureuses, exactes du bon langage. Le bon langage est l'effet et le signe d'une pensée nette et sûre d'elle-même :
Ce que l'on conçoit bien s*éDonce clairement . Et les mots poar le dire arrivent aisément;
«t il est impossible, en revanche, de bien parler si on pense mal ; mais la réciproque n'est pas moins vraie ; l'habitude d'un langage précis, lucide et pur, l'étude attentive des écrits parfaits et des lois de la langue est pour l'esprit la meilleure discipline.
l.es qualités du langage. — Les qualités d'une langue sont : la richesse, la précision, la clarté, l'analogie.
Langaes riehes et langues panures. — La richeSSO d'une langue consiste à avoir autant de mots que d'idées à exprimer. Une langue pauvre au contraire n'a pas assex de mots pour rendre toutes les idées. L*extrême richesse d'une langue a ses inconvénients comme l'extrême pauvreté : le trop grand nombre de mots qu'on a pour ren-
«dre une même pensée nuit à la clarté et à la précision. — •Quant à Tanalogie elle consiste dans le « rapport que les mots ont entre eux parleur formation. » Le mot passionné -est formé de passion comme affectionné Test d'affection.
I^mignes analytiiiiieB ^. — Les langues analytiques* «ont celles dans lesquelles les pensées sont nettement distinguées les unes des autres par l'expression. Ces langues procèdent de préférence par affirmations brèves •et détachées : tels sont le français, l'anglais, et en général les langues modernes. Dans un même idiome •d'ailleurs, les auteurs peuvent parler, écrire d'une manière analytique* ou synthétique*. La langue de Voltaire*, par exemple, a un caractère exceptionnellement analytique* ; le lien est dans la suite des pensées plutôt que dans la liaison apparente des phrases. Celle de Bossuet* au contraire, comme en général celle du dix-septième siècle, est relativement synthétique *.
L.aiis^efl sTnthétlqaes*. — Les langues synthétiques* groupent et lient beaucoup d'idées en une même phrase, ample et volontiers périodique. Les langues anciennes avec leurs déclinaisons et leurs flexions sont toutes plus ou moins des langues synthétiques*.
ESQUISSE D'an TABLEAU DES LANGDE^.
Trois gninxles
familles de langues.
L L, Aryennes*
on
Indo-Européennes ,
n. L. SémUiquee*.
m. L. Tartareê ou Touranienneê\
' i» Groupe Indien. Sanscrit (mort), Bengali, etc.
^ 2« Groupe Iranbbn *. Zend (mort), Per san, etc.
[ 3* Groupe Caucasien (arménien, etc.).
I 4* — Slave (lithuanien, russe, polonais).
5* Groupe Occidental (grec, latin, celtique, germanique).
1* Groupe Arauéen* (syriaque et chaldéen). 2» — Cbananéen (hébreu et phénicien).
3* Groupe Arabe (éthiopien).
Chinois, thibétain*.
I Langues de la Sibérie, de rAmérique septentrionale "et en général des peuplades inférieures.
, Basque.
XLir LEÇON
L'homme et ranimai.
La psychologie comparée. — En quoi il est utile d*en donner ici un aperçu. — Difficulté d'une psychologie de Tanimal. — Détermination du sujet. -* Méthode. — Plusieurs plans possibles de cette étude : ~ plan résultant de la méthode adoptée.
Le langage des animaux : Tanimal ne parle pas (Max Moller*). — Conséquences de ce fait : facultés intellectuelles que possède l'animal : Les sens ; la conscience inférieure ; certaine attention ; . quelque pouvoir de comparer; la mémoire; Timaginalion inférieure ; Tassociation des idées : Tanimal est donc intelligent. — Facultés intellectuelles qui lui manquent : raison; réflexion; abstraction* ; généralisation*; raisonnement déduclif* et même inductif\ — Objection de Montaigne*. — Réponse (Leibnitz*). — Les inférences de l'animal ne sont pas des inductions : il ne pense pas.
La sensibilité de l'animal : théorie de l'animal machine; erreur de Malebranche *. — La Fontaine*. — La sensibilité de l'animal comparée à celle de l'homme : l'animal a-t-il des passions?
L'activité de l'animal. — En lui triomphe TinstincL — Il a aussi ses habitudes. — A-t-il la volonté? Pourquoi non.
Conséquences morales : il n'a ni devoirs ni droits^ il est irresponsable; mais nous avons des devoirs envers lui.
La psychologie comparée. — - Âprës avoir acheyë la psychologie descriptive et analytique de Thomme il . faut:
P Dire quelques mots de la psychologie comparée ;
2^ Donner un aperçu des problèmes métaphysiques* relatifs à l'âme humaine. I
La psychologie comparée est toute étude des faits de • conscience, non plus bornée à un individu ou a une espèce, mais s'étcndant soit à plusieurs catégories d'individus, placées à des degrés différents d'une même espèce, soit à plusieurs espèces. Ainsi, on ferait déjà de la psychologie comparée si l'on étudiait dans leurs rapports entre eux l'homme adulte et l'enfant, ou l'homme civilisé et le sauvage. Mais la psychologie com-
parée la plus intéressante et la plus instructive est celle qui étudie dans leurs relations l'homme et l'animal.
Ea quoi il est utile d'en lionner lel «■ aperça. — Il est utile d'en donner ici un aperçu. Rien ne nous fera mieux sentir et voir d'ensemble ce qu'est l'homme, qu'un regard jeté sur la vie psychologique des animaux. Rien n'est plus propre à éclairer nos idées que les contrastes, et de tous les contrastes, ceux que nous offre l'étude comparée de l'homme et de l'animal, sont les plus intéressants. En voyant bien ce qui paraît manquer aux êtres qui n'ont pas la dignité d'homme, nous comprendrons mieux en quoi consiste cette dignité.
Diffienlté 4*iine psycholo^e de l'animal. — DéteralBiation du aajet. — Mais la psychologie de l'animal est très difficile à faire puisqu'elle doit consister dans l'étude de'ses états de conscience, et que nous n'avons nul moyen de pénétrer dans la conscience de l'animal. Aussi, pour tenter une pareille .tâche, faut-il tout d'abord s'interdire de descendré dans les régions infé* rieures de l'animalité, car la difficulté y serait plus grande encore.
Rien ne peut, en effet, nous aider à établir avec la moindre exactitude la psychologie d'un animal infime, d'un mollusque, par exemple. Comment nous rendre compte de ce qu'il éprouve? Dans l'étude comparative de l'homme et de l'animal, il n'est donc question que des animaux supérieurs, en commerce habituel avec nous, et dont nous savons interpréter le langage.
Méthode. — La méthode que nous suivrons pour cette étude est celle-ci : Remonter des signes à la chose signifiée; considérer les manifestations visibles, sensibles^ de la vie animale, et par induction*, par analogie*, conjecturer ce que semblent traduire ces phénomènes extérieurs, c'est-à-dire ce qui se passe dans la conscience des bétes.
Plaslears plaas possibles de eeite étude. — Plan résnUamt de la méthode adoptée. — Plusieurs plans sont possibles, si l'on veut^ dans l'étude de la psychologie
de l'animal. Mais d'après la méthode indiquée un seul est logique.
On pourrait suivre l'ordre même du cours de psychologie, et en faire une sorte de révision en se demandant, à propos de chaque faculté, si l'animal la possède ou non.
Mais puisque le langage des animaux est le seul moyen que nous ayons de pénétrer dans leur conscience, il semble naturel de partir de notre dernière leçon sur le langage. Elle nous aidera à fixer nos idées sur le langage des animaux, et à voir ce qu'il peut nous révéler touchant leurs facultés intellectuelles ; car la grande différence entre l'homme et l'animal est dans la pensée. Prenant ensuite les deux autres facultés, nous verrons comment l'infériorité intellectuelle de l'animal se tra* duit par une infériorité d'un autre genre dans sa sensibilité et dans sa volonté^ Mais, je le répète, c'est par l'infériorité de son langage que l'infériorité intellectuelle de l'animal nous est révélée.
Le langage des animaux s Ils n'ont pas la parole. (Max MûUer*) — Les animaux ont un langage; mais ils ne parlent pas, ils n'ont pas la parole.
Nous avons vu M. Max Mûller* déclarer que cela seul jsuffît pour mettre un abîme entre la bête et l'homme, que, si l'on parvenait à effacer toutes les autres différences, celle-là suffirait à maintenir une ligne de démarcation infranchissable entre le plus élevé des animaux et le plus infime des hommes. Nous proclamons ordinairement cette différence entre l'homme et les animaux au nom de la morale et par des raisons métaphysiques ^ M. Max MûUer* la proclame encore plus haut au nom de la philologie *. « Jamais animal, dit-il, n'a articulé une seule racine, et par conséquent, n'a prononcé un mot. »
La faculté d'articuler ne manque pourtant pas à quelques-uns d'entre eux. Le perroquet n'articule-t-il pas nettement certaines sylld)es, les gutturales surtout ? U parait avoir autant d'aptitudes phonétiques* que certains
-sauvages, dont le langage n'est presque qu'une série de -cris. Mais les plus ignorants de ces sauvages attaohent •un sens général et abstrait à quelques-unes de leurs articulations, ils parlent.
Parler est si essentiel à l'homme, que quand une infirmité physique l'a privé de la parole, il la remplace, il y supplée par sa puissance inventive. Il se sert des signes visuels, non plus seulement pour exprimer des émotions actuelles, mais des idées : il énonce par ses gestes des pensées générales et abstraites. Il invente des écritures à lui propres, le langage des sourds-muets, cent procédés divers qui lui servent à parler quand sa langue s'y refuse.
On pourrait donc définir l'homme : un animal qui parle, qui se sert de mots pour exprimer des pensées générales et abstraites. Il groupe ces mots pour en former des propositions, et les propositions pour en former -de.s phrases dont l'enchaînement forme le discours. L'homme est le seul animal qui ait la faculté du discours: •et en effet, le mot discours est en grec le même qui signifie raison» La puissance de lier les pensées entraîne celle d'enchaîner les mots. Voilà ce qui manque à l'animal.
Au reste, l'animal exprime ses émotions, ses joies, sa «tristesse, ses désirs avec la plus grande facilité, et il ne sait pas feindre. Le langage par lequel il fait entendre à ses semblables ce qu'il sent, est d'une extrême vivacit'é : c'est le langage émotionnels Quand les fourmis •communiquent ensemble par le frottement de leurs antennes, nous avons, il est vrai, tout lieu de croire qu'elles •expriment quelque chose de plus que des émotions, savoir, des idées ou du moins des représentations actuelles. Mais rien ne nous autorise à penser qu'elles parlent du passé ou de l'avenir, de ce qui est général et cons tant, en un mot, qu'elles énoncent des propositions. Elles parlent un langage analogue à celui du chien qui tire son maître par son habit lorsqu'il veut le conduire «^elque part.
Nous n'avons aucune raison de croire que les animaux dépassent jamais cette phase du langage. C'est donc toujours un langage concret^ que le leur, fait de signe» actuels exprimant des émotions actuelles. Rien de gé* néral, rien d'abstrait, rien qui ressemble à la parole.
CoBséqnenees 4e ee fait. — S'il en est ainsi, toutes les conséquence» se déroulent d'elles-mêmes, et nous pourrions dire, en quelque sorte a priori ce que l'animal possède et ce qui lui manque
10 En fait d'intelligence ; 9f* En fait de sensibilité ; 30 En fait d'activité.
Facoltés latelleetnelles qoe possède l'animait le» iieas. — Quelles facultés intellectuelles l'animal possède-t-il?
11 possède avant tout les sens, la perception extérieure, et, sur ce point, il n'a rien à nous envier. Nous n'avons pas, tant s'en faut, la vue des oiseaux, ou l'odorat des chiens. L'animal est admirablement bien doué sous le rapport des sens ; c'est pourquoi il excelle dans l'action. Il est pour ainsi dire mieux inspiré que nous en présence des choses concrètes. Le chien retrouve son chemin quand nous nous perdons; le pigeon el les autres oiseaux voyageurs se dirigent à travers l'espace, sans que nous puissions comprendre comment : notre boussole, tous nos moyens d'observation et nos calculs leur sont inutiles.
La eonseienee Inférleiire. — La conscience ne fait pas défaut à l'animal. Il possède cette conscience inférieure qui consiste à sentir ce qu'on éprouve, à être informé plus ou moins vaguement de ce qui se passe en soi. Il est clair que si on le frappe, il le sent : il a conscience dans ce sens là.
VJne eerUdne attention. — Il est capable aussi d'aitention ; mais d'une attention aux choses du dehors et non d'une attention réfléchie, repliée sur elle-même.
Quelque pouvoir de eom parer. —— Le chien qui cherche la piste du gibier est - extrêmement attentif» et il
compare en même temps; ainsi il refuse de chasser lorsque le gibier ne lui convient pas. Il fait donc*^à sa manière des comparaisons entre ses perceptions ou ses représentations.
La mémoire. — Il a par co.nsëqucnt, la mémoire, car deux pensées, deux représentations, ne peuvent pas être simultanément présentes dans l'esprit, qui est un. Elles s'y succèdent, et pour les comparer, il faut bien que l'esprit retienne la première en passant à la seconde.
D'ailleurs, nous avons des preuves directes de la mémoire des animaux. Le chemin qu'ils n'ont parcouru qu'une fois, ils le retrouvent à merveille; ils reconnaissent leur maître après une longue absence.
li'imagiiiatioii inférieore. — \j imagination est à peine séparable de la mémoire, du moins cette imagination inférieure qui est appelée mémoire imaginaiive* , Nous l'avons vu, les animaux révent. Les chiens souvent dans leur sommeil s'imaginent être en chasse. Les oiseaux sont - souvent agités de secousses nerveuses en dormant, et ils poussent de petits cris sans sortir leur tête de dessous leur aile.
L'association des Idées. — Enfin Yassociation des idées est une opération dont l'animal est capable comme nous. C'est même par là qu'il « imite la raison », dit Lcibnitz*; s'il paraît si voisin de nous, par moments, c'est grâce à l'association des idées. » Il ne raisonne pas, mais il imite le raisonnement, par ce que Leibnitz appelle des consé(:utions*y c^est-à-dire des liaisons d'idées et des attentes, qui se font mécaniquement dans son esprit.
Toute espèce de dressage, toute éducation des animaux savants consiste à leur donner des associations d'idées. En combinant les coups et les caresses, on fait faire au cheval, au chi^n, des actes qui imitent la réflexion humaine.
Pour corriger un chien de sa gourmandise, un moyen est de le battre avec l'objet môme qu'il a volé. Un éléphant du jardin zoologique de Marseille avait une asso ciation d'idées assez plaisante. Ayant un jour été ma.
traité par un soldat, il ne pouvait plus voir un habit Tnilitaire, sans aller remplir sa trompe d'eau pour arroser*, le malheureux qui le portait.
C'est en formant des associations d'idées qu'on fait l'éducation du petit enfant comme de l'animal, longtemps avant qu'il soit en état d'entendre des préceptes.
L'animal est donc lDtelli|çeiit. — L'animal est intelligent, on n'en peut douter d'après ce qui précède. Il semble même absurde de poser la question, tant la réponse est évidente. Au reste les diverses espèces sont très inégalement douées à cet égard. Les rongeurs paraissent être les moins favorisés : ils ont le cerveau lisse,, ce qui passe pour un signe certain d'infériorité mentale*. Mais plusieurs mammifères, le cheval, le chien, l'éléphant, sont d'une remarquable intelligence. De plus, dans une môme espèce, il y a des degrés d'intelligence fort différents, exactement comme cela se voit che^ l'homme.
Facultés Intellectaelles qui manquent * l'animal. — Après avoir vu les facultés intellectuelles que l'animal possède, il faut dire celles qui lui manquent.
Ce sont, selon nous : la raison^ la réflexion^ Yabstraction *y la généralisation *, le raisonnement déductif * et même le raisonnement inductif*.
La raison. — La raison est la faculté des principes. C'est l'esprit lui-même, en tant que muni de certaines formes de pensée universelles et nécessaires.
Si l'animal ne pense pas même le général, ainsi que cela résulte de son impuissance à parler, assurément il ne pense pas l'universel, encore moins le nécessaire. Cest pourquoi on n'hésite pas à lui refuser la raison.
S'il la possédait, il serait égal à l'homme, car il serait capable de science; mais nous ne voyons pas que cela soit. S'il était capable de science, il serait susceptible de progrès, et nous ne voyons pas qu'il en fasse.
Il serait aussi capable de moralité, car il n'aurait pas
seulement des principes théoriques, il aurait des principes
DratÎŒues, le sentiment de l'obligation. Il aurait donc des
devoirs, des droits inviolables, des vices et des vertus, toutes choses que nous ne saurions lui accorder.
L.a réflexion. — La réflexion lui manque aussi. Il a conscience de ce qui se passe en lui ; mais il ne s'y arrête pas. Il ne sait pas retourner sur lui-même son attention. Incapable de se considérer avec intention et avec suite, il est perpétuellement distrait et comme sous le charme des objets extérieurs. Quand il ne dort pas, il est toujours occupé de quelque chose hors de lui, toujours en quelque sorte extérieur à lui-même et « comme aliéné de soi », selon la forte expression de M. Ravaisson*.
Bossuet* le compare à un somnambule*, c'est-à-dire à un être qui va et vient, mené par ses représentation» actuelles, mais dans l'ignorance de ce qu'il fait, incapable de méditer, de combiner, de délibérer.
Abstraction*, ^généralisation *. — S'il ne peut pas réfléchir, il ne peut ni abstraire* ni généraliser*. En effet, ces deux opérations sont le fruit de la réflexion et d'une comparaison attentive.
Nous avons vu d'ailleuts qu'elles ne sont possible» qu'avec le secours de la parole, comme la parole n'est possible que par elles. Nous avons donc toutes les raisons réunies de croire que l'animal ne peut ni généraliser*, ni abstraire*, puisqu'il ne peut ni réfléchir ni parler.
C'est pour cela que les animaux ne s'élèvent jamais à la science ; ceux-mêmes que nous appelons savants,, n'ont rien qui ressemble à la science humaine. Ils n'ont qu'un ensemble de connaissances particulières, de représentations associées entre elles. Gomment confondreun mécanisme toujours le même avec la faculté de généraliser des rapports, d'énoncer des propositions générales, contrôlées et prouvées?
Raisonnement s déduetlf*) lndaetlf*.~Il ne peut pa» raisonnery puisqu'il n'a pas la raison et ne saurait penser par principes.
Il est incapable de penser cet enchaînement nécessaire de propositions, lé syllogisme *. Il ne déduit donc
pas, ce qui serait du reste impossible sans les mots abstraits.
Mais u'induit-il pas, c'çst-à-dire ne peut-il pas conclure du particulier au général? Montaigne* n'hésite pas à affirmer qu'il le peut, lui qui va d'ailleurs jusqu'à accorder à l'animal le pouvoir de faire des syllogismes* très compliqués, des sorites*, des dilemmes*.
mép^ase* (Leibnitz). Lesiaférenees* de l'animal ne , smnt pas des ladaetions*. — Leibnitz* s'est chargé delà réponse. Il est vrai, dit-il, que l'animal imite le raisonnement inductif *, et se conduit d'après son expérience passée. U est même, en certains cas, singulièrement ingénieux à prévoir. Mais ces prévisions ne vont jamais que du particulier au particulier; on n'y voit jamais en jeu que la mémoire et l'association des idées. Les enfants très jeunes ne dépassent pas, et certains hommes ne dépassent peut-être jamais cette façon de raisonner. Ils croient que ce qui est arrivé une fois arrivera encore: l'animal fait de' même.
Mais raisonner, à proprement parler, induire, dégager la /ot, énoncer cette loi en termes abstraits : voilà ce que font les hommes, grâce au langage ; voilà ce que l'animal ne fait point.
L'animal, comme l'enfant, ne s'approche plus du feu s'il s'est brûlé une fois; mais en cela ils ne raisonnent ni l'un ni l'autre. Il y a simple attente des mêmes faits, en présence des mêmes antécédents.
Les animaux et l'enfant ont peur quand ils senteot venir l'orage, et ils en donnent des signes évidents. Mais cette attente vague est due à des impressions toutes physiques. Elle ne peut être comparée à celle de l'homme fait, fût-ce simplement à celle du. paysan ou du matelot, fondée sur des observations antérieures. L'homme sait; il met son expérience en forme de lois qu'il énonce, ce qui lui permet de prévoir et, jusqu'à un certain point, de prévenir le danger. En un mot, l'homme a des propositions générales, abstraites : l'animal n'en a pas ; il lire des conclusions, l'animal n'çn tire pas.
L'animal conclut (si tant est que cela puisse s'appeler conclure) du particulier au particu^lier; il attend les faits dans Tordre même où il les a déjà éprouvés.
Si tout ce qui précède est vrai, il faut dire que l'animal no pense pas. Il a de l'intelligence; mais il n'a pas la pensée^ au sens fort de ce mot.
Sensibilité de l^anlmal. — La sensibilité de l'animal diffère de celle de l'homme^ par suite et à proportion de ce qui lui manque en intelligence.
L'animal est sensible, capable de jouir et de souffrir ; il a des besoins, des tendances, des affections qui peuvent être contrariées ou satisfaites; il jouit et souffre, il aime, il craint, il a ses passions.
Théorie de l'animal niachln«i (Deseartes * i — Haiebranche*; — La Fontaine*). — Tout cela est si évident, qu'on a peine à croire que des philosophes aient pu le nier. Cependant, une grande école de philosophie, l'école cartésienne *, a refusé à l'animal, non seulement toute intelligence, mais la sensibilité même. La théorie de Y animal machine, exposée par Descartes*, et passionnément embrassée par quelques-uns de ses disciples, entraîna Malebranche*, selon une légende, jusqu'à maltraiter sa chienne sans scrupules, croyant tout de bon et affirmant à ses amis qu'elle ne sentait rien. La Fontaine*, Mme de Sévigné*et quelques autres, se sont faits les défenseurs des bêtes et se sont élevés, avec raison, contre cette étrange théorie.
Il faut pourtant comprendre ce que voulait dire Descartes*. Cette théorie de l'animal machine est au fond une des grandes vues du cartésianisme*. Descartes* croit à une distinction absolue, radicale, de la pensée et du corps. Il croit l'âme si distincte du corps, qu'il va jusqu'à la regarder comme absolument séparée. Aussi, les animaux, à ses yeux, n'ayant pas d'âme, ne restent plus pour lui que des corps, plus ou moins bien organisés, des machines. Pour l'homme même, il met la pensée dans une sphère à part, et, en cela, il est idéaliste* à outrance. Il est le père de la métaphysique* la LEÇO.NS DB psTca. 3â
456 QUARANTK-QUATRIÈME LEÇON.
plus spiritualiste * qu'on ait jamais enseignée. C'est précisément pourquoi il professe le mécanisme absolu sans hésiter quand il considère Thomme comme animal.
C'est là une grande vue scientifique. Elle a fait saluer en Descartes* le père de la science moderne, comme il l'est de la philosophie. Toute la science repose, en effet, depuis lui sur la foi au mécanisme universel, au déterminisme* absolu des phénomènes physiques. C'est pourquoi, pendant que les philosophes l'admirent comme métaphysicien*, le savant anglais Huxley*, dans une célèbre étude sur lui, le proclame sans hésiter le plus grand savant des temps modernes, et peut-être de tous les temps.
Sensibilité de l'iiomitte, comparée à celle de l'animal. — La sensibilité de l'animal étant incontestable, il s'agit de savoir en quoi elle est inférieure à celle de l'homme.
C'est ce qui lui manque du côté de l'intelligence, qui fait sa sensibilité inférieure à la nôtre. Comme il est incapable de réflexion, ses émotions sont infiniment moins vives que les nôtres. La somme en est moins grande aussi, vu qu'il ne peut ni s'y appesantir quand il les éprouve, ni les aggraver en se les exagérant, ni les prévoir de loin. Le souvenir qu'il en a n'est jamais non plus de longue durée', parce que l'animal, toujours sous l'impression du moment, est toujours réclame par de nouvelles représentations.
AetUHé de l'animal. — Il a des InsUnets et de» habitudes. — L'activité de l'animal a été décrite dans notre étude de Vinstinct, Si la nature a mis un abîme entre lui et nous en lui refusant la réflexion, le raisonnement, la science, elle l'a en quelque sorte comble du côté de l'instinct, qui est comme une science innée% par conséquent infaillible. Il a aussi des habitudes, et il est très apte à en prendre : le dressage en est la preuve.
JL-4-ii la volonté ? — On s*est demandé s'il a la volonté, et c'est là une question pleine d'intérêt.
jPourqaoi non. — Il ne l'a pas, car elle suppose es-
sentiellement le pouvoir de réfléchir, puisqu'elle est la faculté de se déterminer en connaissance de cause et pour des raisons.
Mais il a quelque chose qui imite la volonté, et qui fait que le mot vouloir peut s'appliquer à lui dans la langue commune : il a le désir. Il désire faire ceci, il refuse obstinément de faire cela; mais ce n'est pas faire acte do volonté, puisque la raison manque.
CoDséqnenees morales t 11 n'a ni droits ni devoirs. — L*animal n'a ni devoirs ni droits : pas de devoirs, car s'il ne veut jamais, il n'est rien qu'il doive vouloir ; pas de droits, car le droit est l'inviolabilité de la personne qui a des devoirs. L'animal est irresponsable à tout jamais.
Nos devoirs envers l'animal. — Mais s'il n'a pas de droits, cela ne nous empêche pas d'avoir, nous, des devoirs envers lui : devoirs de bonté, de modération, de raison, de dignité personnelle dans nos rapports avec lui.
Ces devoirs sont au nombre dé ceux que nous devons enseigner à l'enfant. Nous préviendrons ainsi ces cruautés sottes qu'on lui voit parfois exercer contre les animaux, cruautés qui ne peuvent qu'être fatales au développement de sa sensibilité morale.