‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 28 sur 133 · LES EMOTIONS QUI SE RATTACHENT A LA PEINE SI · texte numérisé non relu

LES EMOTIONS QUI SE RATTACHENT A LA PEINE SI

La peur secondaire et consciente a pour base la mémoire, non la mémoire des événements ou des choses, la mémoire intellectuelle, mais la mémoire des sensations et émotions, la mémoire affective. On est donc accessible à la crainte dans la mesure où la représentation du mal futur est intense, c'est-à-dire affective et non intellectuelle, sentie et non conçue . Chez beaucoup de gens, l'absence de peur n'est qu'une absence d'imagination. Cela vient aussi de ce que toute dépression vitale, permanente ou temporaire, prédispose à cette émotion : dans un organisme affaibli, la peur est toujours à l'état naissant.

Elle est d'ailleurs susceptible de tous les degrés, depuis les formes très faibles comme le soupçpn, l'appréhension, jusqu'aux formes extrêmes de l'épouvante et de la terreur. Elle peut aussi présenter un caractère morbide : c'est alors ce qu'on appelle une phobie (peur des espaces, peur des foules, de la solitude, des animaux inoffensifs, etc.). La cause de la plupart des phobies parait être soit quelque événement de la vie antérieure dont on a gardé le souvenir (c'est I le cas de Pascal qui, à la suite de son accident du pont de Neuilly, voyait un abîme à son côté gauche), soit dans les événements dont on n'a pas gardé le souvenir (c'est probablement le cas de tous ces hommes célèbres dont on rapporte les phobies singulières : Scalîger tremblait à la vue du cresson, Bacon s'évanouissait pendant les éclipses, Bayle en entendant couler l'eau, Jacques II en voyant une épéenue, etc.).

Cependant l'explication n*est pas toujours facile : par exemple, comment expliquer que la vue du sang produise un malaise ou la syncope, souvent chez des enfants qui n'ont jamais assisté à aucune scène de carnage ou chez des gens très vigoureux t

La timidité est une forme particulière de la peur, souvent maladive, que l'on rencontre chez beaucoup d'enfants et qui, à ce titre, intéresse particulièrement la pédagogie. Nous aurons occasion d'en reparler tout à l'heure.

La colère est la forme offensive de l'instinct de conservation. Elle lait antithèse avec la peur, mais elle a un caractère plus complexe, car si elle est pénible au premier moment, son développement s'accompagne d'un certain plaisir, le plaisir de voir et de faire souffrir. La psychologie contemporaine distingue dans son évolution trois périodes principales :

La forme animale ou Tagression réelle. Elle se voit à l'état pur chez les animaux, surtout chez les carnassiers, les voraces ; elle a la violence d'un ouragan, d'une force de la nature déchaînée;

2® La forme affective proprement dite de l'agression simulée. Elle est surtout humaine, bien qu'on la voie fréquemment chez les animaux supérieurs : le chien qui, rencontrant son ennemi, s'arrête, grogne, hérisse son poil, offre tous les symptômes de l'agression à l'état naissant ;

3° La forme intellectualisée ou l'agression différée : c'est aussi la

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forme civilisée de la colère, ce qu'on appelle haine, envie, ressentiment, rancune.

Mais ce qui montre bien l'identité de nature et le fond commun de ces trois moments, c'est que la haine, si le pouvoir d'arrêt cesse (par exemple, sous l'influence d'une excitation passagère, comme celle que produit l'alcool), devient la colère franche, et celle-ci, si elle augmente, prend la forme de Tagression réelle, revenant ainsi au type primitif.

Reste, comme dernière émotion à étudier, l'émotion de Vétonnement ou de la surprise. Gomme elle est surtout liée au développement de l'intelligence, nous l'étudierons avec les inclinations supérieures d'ordre intellectuel.

LECTURES

FRANcasQOB BouiLUER. Du pUiisir et de la douleur, —Th. Ribot. Psychologie des sentiments. — Darwin. L'expression des sentiments. — Â. Bain. La science de l'éducation, liv. I, ch. iv et v. — M»* Guizot. Education domestique, t. I, lettre xxix ; t. II, lettres xxxix et xlyi. — Mosso. La peur. — L. Dugas. La timidité. — H. Marion. Leçons de psychologie appliquée à l'éducation, XVIII» et XIX" leçons. — G. Compayré. L'évolution intellectuelle et morale de l'enfant, ch. V.

SUJETS A TRAITER

1. Commenter cette pensée d'Aristote : « Le plaisir s'ajoute à l'acte comme à la jeunesse sa fleur. »

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