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comme on voudra) est son aspect affectif. D'autre part, toute sensation, indépendamment de son caractère agréable ou pénible, a une certaine physionomie propre qui nous la fait distinguer des autres et qui peut nous servir aussi à reconnaître l'objet extérieur dont elle est l'effet : par exemple la sensation d'odeur de rose a un je ne sais quoi qui nous la fait distinguer de la sensation d'odeur de violette, et c'est en cela que consiste l'aspect représentatiïde la sensation. — Par son côté affectif, la sensation nous attire ou nous repousse ; elle met en jeu notre activité instinctive et motrice. Par son côté représentatif, elle nous permet de reconnaître et de distinguer les objets extérieurs ; elle met en jeu notre activité intellectuelle.
Quand deux personnes entrent en même temrps dans un latboratoire de chimie où l'on vient de préparer un gaz nauséabond, si Time s-éX5rie : « Oh I nque cela sent mauvais ici I » et que l'autre réplique : a Oui, cela sent l'hydrogène sulfuré », toutes les deux ont éprou\^ la même sensation d'odorat , mais la première l'a considérée bous l'aspect affectif et ta «econde sous l'aspect représentatif.
3® La perception. — Enfin la «sensartion est elle-même suivie, ou pour mieux dive accompagnée d'un phénomène non seulement psychologique mais intellectuel, la perception^ qui consiste dans la connaissance ou dans la reconnaissance de l'objet dont la sensation même est l'effet. Gomme on le voit, c'est par son aspect représentatif que la sensation provoque la perception. Mais tandis que la sensation est une simple modification interne, la perception est le jugement par lequel nous rapportons cette modification à un objet extérieur comme à sa cause. Ainsi, entendre un son, c'est s^nlir; juger qu'on entend le son d'un violon, percevoir.
On peut voir par là combien nous Bommes sujets à nous méprendre à l'égard de la sensation. Le vulgaire la confond le plus souvent non seulement avec l'impression ou la perception, mais même avec les phénomènes ou les propriétés du monde extérieur. C'est ainsi que les sons, les odeurs, les saveurs, etc., sont considérés par la plupart des gens comme des phénomènes réellement existant dans le monde extérieur tels que nous les percevons, alors que ce ne sont que des sensations qui, comme telles, n'existent que dans notre conscience.
IV. Analyse de la perception. — Toute perception comprend : l*une sensation le plus souvent visuelle ou tactile; l'idée d'un
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objet, par exemple l'idée de la maison que nous habitons ou, encore, Tidée d'une orange, d'un morceau de sucre, etc. Cette idée éminemment complexe est le résultat de toute une série d'expériences antérieures : elle est due à la collaboration de nos différents sens.
Soit, par exemple, une orange : elle affecte simultanément ou successivement tous nos sens ; la vue par sa forme et sa couleur, le toucher par sa forme encore et sa résistance, l'odorat par son odeur, le goût par sa saveur, etc*.
Ces diverses sensations nous sont données les unes en dehors des autres, mais toujours en même temps, ou du moins les unes à la suite des autres ; nous avons donc de bonnes raisons de les attribuer à une même cause, à un même objet. Dès lors, elles se croncréteront ensemble dans notre esprit, et pour nous l'idée d'orange sera la synthèse de toutes ces sensations concrétées avec l'idée de leur cause commune.
Percevoir l'orange, ce sera évoquer instantanément cette synthèse à propos de l'une quelconque de ces sensations.
En effet, les données des divers sens étant ainsi groupées par l'esprit, lorsqu'une seule d'entre elles nous est représentée, celles qui lui ont été déjà unies reparaissent dans la pensée en vertu de l'association des idées, et par leur groupement forment de nouveau une image de l'objet tout entier. Nous revoyons ainsi cet objet en imagination. Je perçois, par exemple, une certaine odeur douce et excitante à la fois, je la reconnais pour être l'odeur de l'orange ; sur-le-champ, je me représente la forme, la couleur d'une orange, sa consistance, sa saveur, etc., en un mot une orange même. De même qu'un seul son, un seul mot nous permettent de ! nous rappeler un air, une phrase tout entière, de même, grâce à l'association des idées et à la mémoire, une seule sensation nous donne l'illusion de la perception complète de l'objet.
V. Perception naturelle et perception acquise. — On voit, par ce qui précède, qu'un sens, tel que l'odorat, qui ne nous fournit à l'origine que la perception des odeurs, nous permet actuellement de nous représenter aussi la couleur de l'orange, qui est une perception naturelle de la vue, sa consistance, qui est une perception naturelle du toucher, etc.
Donc, grâce à l'expérience et à l'association des idées, chaque sens réussit à nous fournir des données qui sont en dehors de ses attributions propres. Ainsi la vue, dont les perceptions naturelles |
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sont la lumière et les couleurs, nous permet aussi, par une éducation spéciale, de juger de la nature, de la grandeur, de la distance, de la forme, etc., des objets.
Par suite chaque sens nous fournit :
1** Des perceptions naturelles qu'il nous donne dès Torîgine ;
2*» Des perceptions acquises qu'il nous donne grâce à l'association de ses perceptions propres avec celles des autres sens.
Les psychologues ont donné le nom A' éducation des sens à la suite des opérations par lesquelles les sens deviennent ainsi capables de s'emprunter mutuellement leurs données et de se suppléer les uns les autres ; mais il faut prendre garde que ces opérations s'accomplissent naturellement, en dehors de tout maître et de toute leçon, par le développement spontané des sens et de l'intelligence. Le mot éducation n'a donc pas ici le sens qu'il a en pédagogie.
De là une équivoque où la plupart des auteurs se sont laissé prendre. Gomme on peut se proposer de perfectionner l'exercice des sens ou de la perception extérieure, de même que celui de toutes nos autres facultés, ils ont confondu cette éducation artificielle ou pédagogique des sens avec leur éducation naturelle ou psychologique. Aussi se sont-ils trop souvent ingéniés à inventer toutes sortes de procédés pour faire enseigner aux enfants par des maîtres ce qu'ils ont appris de la nature dès les premiers mois de leur vie. Il y a sans doute certains arts spéciaux qui exigent une éducation particulière (au sens pédagogique) de tel ou tel sens ; par exemple, la musique demande une éducation particulière de l'oreille, le tireur doit faire l'éducation de son œil, l'expert dégustateur comme il en existe, paraît- il, à Bordeaux, l'éducation de sa langue et de son palais, etc. Mais l'éducation générale des sens n'est pas affaire de pédagogie : elle se fait d'elle-même dans la première enfance sous la seule direction de la nature, et sans que les parents eux-mêmes aient à s'en occuper.
VI. Les erreurs des sens. — L'analyse de la perception que nous venons de faire nous permet de trouver l'explication des erreurs improprement appelées erreurs des sens et qui sont en réalité des erreurs de perception, c'est-à-dire des erreurs de jugement à l'occasion des données des sens.
La perception en effet consiste non, comme on se l'imagine volontiers, à saisir immédiatement les objets tels qu'ils sont en dehors de nous, mais à juger de la présence et des propriétés de
ces objets d'après les données de nos sens, ou, ce qui revient au même, d'après les sensations qu'ils nous font éprouver. En d'autres termes, percevoir, c'est interpréter les sensations ou données des sens comme signes de la présence et des propriétés des objets extérieurs.
Mais toute interprétation est sujette à erreur si le signe est équivoque. Or c'est le cas d'un grand nombre de sensations qui sont susceptibles, tout en nous paraissant identiques, d'être en réalité produites par des causes très différentes. Si nous avons été accoutumés par toute notre expérience antérieure à rapporter une certaine sensation à telle cause, le jour où cette cause sera remplacée à notre insu par une cause toute différente, nous n'en continuerons pas moins à lui rapporter cette sensation, c'est-à-dire que nous croirons percevoir le même objet, et nous serons tout surpris de reconnaître ensuite que nous nous étions trompés. Par exemple, en général, quand un objet nous paraît jaune, cela tient À sa couleur propre, c'est-à-dire à la manière dont il réfléchit les rayons lumineux; nous sommes donc accoutumés à con- <ciure de notre sensation du jaune à la couleur de l'objet, et même nous les confondons, nous les ooncrétons l'une avec l'autre ; mais notre sensation du jaune peut avoir une tout autre cause, par exemple, l'état des liquides de notre œil, ce qui est le cas dans la jaunisse ; dès iors, voyant tout en ja«uie, nous en concluons que tout est jaune : ce qui est une erreur, non de la vue, car, étant «doimé l'état de l'œil, nous voyons les choses comme nous devons les voir, mais de l'intelligence, «pii conclut à toit des données des sens à la réalité.
Les erreurs de ce genre peuventétrefort nombreuses et de diverses «ortes.
Les unes ont pour cause Tiiaperfection de aos sens : ce sont toutes celles où nous jugeons qu'une chose n'existe pas parce que nous ne la percevons pas, en d'autres termes, celles où nous concluons de la non-existence de la sensation à la non-existence de l'objet. Par exemple, nous ne voyons pas les étoiles en plein midi, bien qu'elles soient toujours présentes au ciel, le jour comme la nuit; nous ne percevons pas le mouvement de la terre sur elle-même et à travers l'espace, tandis que nous voyons le soleil se déplacer sur la voûte céleste ; nous ne voyons pas dans une goutte d'eau les microbes qu'elle contient, etc.
D'autres ont pour causjBs les variations qui se produisent à notre insu dans les milieux, air, lumière, etc., interposés entre les objets et les organes de nos sens. Telles sont toutes les illusions d'optique
LA PERCSPTIOK EXTÉRIEURS
et d'acoustique. Ainsi ies rayons lumineux, en passant de l'air dans l'eau ou vice versa, se réfractent, et ainsi la figure et la grandeur apparente des objets se trouvent modifiés ; un bâton droit parait brisé, etc.
D'autres sont produites par des altérations ou des troubles des organes des sens. Certaines personnes, en vertu d'une affection spéciale du nerf optique, ne perçoivent pas les couleurs ou ne discernent que les divers degrés de la lumière et de l'ombre : c'est ce qu'on appelle l'achromatopme. Il en est qui ne distinguent pas le rouge du vert : pour elles, comme on Ta dit^ les cerises ne sont jamais mûres : c'est le daltonisme, du nom du physicien anglais Dalton qui présentait cette infirmité. Parfois il s'agit d'une perturbation passagère mais profonde, qui met en jeu les centres sensoriels et cérébraux en l'absence de tout objet, de façon cependant à leur faire reproduire les images des objets antérieurement perçus avec autant de vivacité que les perceptions primitives de ces objets mêmes. G*est ce que Ton observe dans certains cas de folie ou de délire alcoolique. Le malade croît voir, entendre, toucher même des choses qui n'existent pas réellement : il a ce qu'on appelle des hallucinations, c'est-à-dire des perceptions fausses ou sans objet.
Enfin, des phénomènes analogues peuvent aussi se produire sous l'influence de causes purement psychologiques. Souvent, à l'occasion d'une perception, un souvenir, une image, surtout accompagnés d'émotion vive ou soudaine, modifient la sensation et nous la font interpréter autrement qu'il ne convient. C'est là ce qu'on appelle une illusion, c'estrà-dire une perception altérée ou erronée.
Si nous attendons un ami en chemin de fer, nous sommes exposés à prendre pour lui une autre personne dont nous n'eussions pas en d'autres circonstances confondu l'image avec la sienne. Pareillement, nous croyons voir dans les nuages, suivant l'idée qu'on nous suggère ou que nous nous suggérons, un vaisseau, un animal fantastique, ou tel autre objet dont l'image préconçue dans notre esprit complète la sensation réelle aux contours indécis ; dans le son des cloches, on se figure souvent entendre telle ou telle phrase, tel ou tel chant.
Tous ces phénomènes prouvent, non pas que nos sens nous trompent, mais que nous percevons les objets extérieurs avec notre mémoire, notre imagination, notre intelligence tout entière, au moins autant qu'avec nos sens.
VII. Importance de Téducation des sens. — Au point de Yix^ipst/' chologique, Péducation des sens est évidemment, d'après ce qui précède, la condition même de la perception extérieure. Les sens par eux-mêmes ne perçoivent aucun objet extérieur : ils n'apprennent à percevoir qu'avec le concours et sous la direction de l'intelligence qui seule interprète et coordonne leurs données. A l'heure actuelle, chacune de nos sensations emporte avec elle des jugements tout faits qui nous renseignentimmédiatexn^nt sur l'existence
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des objets, sur leurs qualités, leur situation dans l'espace, etc., mais ces jugements ont été primitivement acquis par une suite d'expériences et d'associations dont notre mémoire ne se souvient pas plus que des efïorts d'attention et de réflexion grâce auxquels nous avons appris à lire.
On peut distinguer dans cet apprentissage de la perception extérieure deux degrés principaux.
1** Chaque sens devient apte à discerner exactement les objets de ses perceptions naturelles. Ainsi l'œil s'habitue à distinguer nettement les couleurs et leurs nuances les plus délicates et les plus voisines, l'oreille s'habitue de même à distinguer nettement les sons et leurs qualités essentielles, telles que la hauteur, l'intensité et le timbre ; l'odorat et le goût distinguent nettement les saveurs et les odeurs, etc.
Chaque sens devient apte à suppléer plus ou moins tous les autres en raison de la quantité de perceptions acquises qu'il arrive à nous donner. Il nous épargne ainsi, dans beaucoup de cas, des tâtonnements plus ou moins longs et des expériences plus ou moins difficiles ou dangereuses. Ainsi il nous suffit de regarder une rivière pour nous rendre compte sur-le-champ de la profondeur de l'eau et choisir l'endroit le plus convenable pour prendre un bain, parce que, grâce à l'expérience et à de simples inférences, l'œil nous permet déjuger sur-le-champ de la profondeur de l'eau, quoique cette donnée ne soit pas une perception propre de la vue.
Au point de vue pédagogique^ l'éducation que nous pouvons donner à nos sens n*est que la continuation ou la reprise volontaire et méthodique du travail spontané et presque inconscient par lequel s'est fait notre premier apprentissage de la perception extérieure. Elle consiste donc, d'une part, à accroître par des exercices appropriés la jusiesse ei la délicatesse des perceptions propres de chaque sens, et d'autre part, à rendre ces perceptions acquises aussi nombreuses et aussi exactes que possible. A quoi il faut sans doute joindre aussi la conservation ou l'hygiène des organes des sens.
L'importance de cette seconde éducation est d'autant plus considérable pour chaque individu que les sens sont appelés à jouer un plus grand rôle dans sa vie. Ainsi l'éducation de la viie est capitale chez le dessinateur, le peintre, le marchand d'étoffe, le tapissier, etc.; l'éducation de l'ouïe chez le musicien, et ainsi de suite.
LA PEUCEPTION EXTÉRIEURE
En outre, tous les hommes ont intérêt à se tenir en garde contre les erreurs auxquelles la perception sensible est sujette; et ce contrôle perpétuel que l'intelligence doit exercer sur le témoignage des sens peut être à bon droit considéré comme une partie essentielle de leur éducation.
LECTURES
Taine. L* intelligence, t. 11. — P. Janet et Séailles. Histoire de la philosophie. Les sens et la perception extérieure. — E. Boirac. Recueil de morceaux choisis des philosophes anciens, modernes et contemporains, p. 83-94. — P. Janet et R. Tbamin. Cours de psychologie et de morale (1'* année. Psychologie théorique et appliquée), p. 67-70.
SUJETS A TRAITER