‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 90 sur 133 · LB LANGAGE · texte numérisé non relu

LB LANGAGE

Le rôle du langage à ce point de vue est triple : il fixe la pensée, il réclaircit, il la simplifie.

D'abord il fixe la pensée, parce que sans les mots auxquels ' elles sont associées, certaines idées, les plus importantes, les idées abstraites et générales, seraient incapables de survivre aux opérations qui les tirent des sensations et des images. Sans langage donc, l'abstraction et la généralisation seraient stériles, et la pensée humaine ne dépasserait guère le niveau de la pensée animale. En outre^ les idées de toutes sortes, une fois associées à des mots, bénéficient de la facilité avec laquelle les mots s'impriment et persistent dans notre mémoire. Enfin, toute idée incorporée à un mot devient pour l'esprit un objet aussi fixe, aussi précis que le mot lui-même.

En second lieu, le langage éclaircit la pensée. Ainsi devenue sensible et pour ainsi dire matérialisée dans les mots, elle peut être décomposée à loisir. Ce travail d'analyse et de synthèse, le langage le rend, non seulement possible, mais nécessaire. On ne peut en effet, exprimer aux autres ce que l'on pense sans énoncer et par conséquent sans distinguer successivement les éléments de la pensée, sans marquer du môme coup les rapports qui les unissent, et l'on garde l'habitude de faire pour soi, dans son for intérieur, ce que l'on fait sans cesse pour les autres.

Enfin, le langage simplifie la pensée, et en la simplifiant l'allège et l'accélère parce qu'il substitue les mots, les formules, non seulement aux images, mais aux idées mêmes. L'esprit n'a pas besoin d'évoquer à chaque fois ou de recommencer toute une série d'opérations ; il ne pense qu'un signe et c'est comme s'il pensait les choses. Gela est surtout visible dans les sciences mathématiques, par exemple en algèbre.

V. Le style et récrivain. — Cette étroite union du langage et de la pensée explique la haute valeur du style en littérature. Le style, selon la définition de Buffon, est Tordre et le mouvement que nous mettons dans notre pensée, et par cela même dans son expression.

D'une part, il est nécessairement conforme au génie de la langue employée par l'écrivain, et par ce côté il exprime toujours plus ou moins fidèlement l'esprit d'une nation, d'une race, et c'est pour cela aussi que chaque langue a en quelque sorte son style propre, et que l'on a pu dire du français, par exemple, qu'il était par excellence la langue de la franchise et de la clarté.

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Mais, d'autre part, le style exprime encore la nature propre et originale de l'écrivain, sa façon personnelle de voir et de comprendre les choses et aussi sans doute de les sentir; de là le mot si souvent cité de Buffon : « Le style, c'e^t l'homme. »

VI. La langue universelle. — L'importance du langage pour la pensée est si considérable, et les obstacles apportés aux progrès de l'esprit humain par l'imperfection et la diversité des langues naturelles sont si sensibles, qu'un grand nombre de philosophes. Bacon, Descartes, Leibnitz, Locke, Condillac, Ampère, se sont demandés s'il ne serait pas possible d'inventer une langue artificielle, plus parfaite que les langues naturelles, et dont l'usage pourrait être universel.

Si par langue universelle on entend une langue destinée à remplacer toutes les autres dans l'usage courant des hommes de la terre entière, c'est là une pure utopie. Il serait, en effet, pratiquement impossible de faire adopter cette langue par tout le monde, à l'exclusion des langues nationales, et surtout d'empêcher qu'elle ne se modifie avec la structure des organes et les habitudes d'esprit des différents peuples.

Mais une langue universelle, ou pour mieux dire internationale, qui jouerait le rôle spécial d'auxiliaire jionr les communications diplomatiques, commerciales, scientifiques, etc., est parfaitement possible. Le latin, le français ont joué plus ou moins ce rôle, à diverses époques. On peut même dire que pratiquement le problème est aujourd'hui résolu par la géniale invention du médecin russe Louis Zamenhof, l'espéranto.

LECTURES

ËG6BR. La parole intérieure. — Whitney. La vie du langage. — Darwin; Uexpression des émotions. — Max Muller. La science du langage et Nouvelles leçons sur la science du langage. — Darmstetbr. La vie des mots* — Couturat et Lbau. Histoire de la langue universelle,

SUJETS A TRAITER

1. Quels sont les divers moyens que l'homme a à sa disposition pour exprimer sa pensée.

2. De l'importance du langage dans la formation des idées abstraites et générales.

3. Faire voir que le langage est un instrument qui nous sert autant pour penser que pour communiquer nos pensées.

4. Que faut-il penser de l'invention d'une langue universelle ?

5. Gomment les enfants apprennent à parler (sujet indiqué par le pro-

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