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LE LANGAGE

rapport qui les He aux idées est l'œuvre de la volonté et non de la nature ; aussi sont-ils conventionnels ; il faut être instruit de la convention qui fixe leur sens pour pouvoir les employer et les comprendre. Ils forment donc des langues spéciales susceptibles de se compliquer et de se perfectionner indéfiniment pour correspondre au développement progressif de la pensée. La transition est d'ailleurs insensible des signes naturels aux signes artificiels; on peut le voir en étudiant les trois grandes sortes de langage : la mimique, récriture, la parole.

m. Le langage, les diverses espèces de langage. — On nomme langage tout système de signes plus ou moins artificiels ou conventionnels dont les hommes se servent pour la communication de leur pensée.

Le langage de geste ou mimiqtteai dû,àrorigine, accompagner et comme doubler la parole : chez certaines tribus sauvages la parole, dit-on, ne peut pas se comprendre sans le geste; on sait aussi quelle importance avait la mimique chez les anciens. Actuellement, elle n'est guère en usage que chez les sourds-muets, qui sé servent d'ailleurs de deux langages : l'un entièrement artificiel, dû à l'abbé del'Epée, où chaque geste représente une lettre de notre alphabet, et dont ils usent pour communiquer avec les autres hommes; Tautre, évidemment dérivé des signes naturels, où chaque geste exprime directement une idée, et dont ils usent pour communiquer entre eux.

V écriture est d'abord sortie du dessin ; elle a été un dessin abrégé et plus ou moins conventionnel où chaque caractère exprimait directement une idée : telle est l'écriture idéographique des Egyptiens, des Chinois; puis elle est devenue phonétique; chaque caractère est non plus le signe d'une idée, mais d'un son, d'abord d'un son complexe, d'une syllabe (écriture syllabique des Assyriens), puis d'un son simple, voyelle ou consonne (écriture alphabétique de Phéniciens, adoptée par les Juifs, les Grecs, les Latins, etc.).

La parole est le langage par excellence : elle se compose de sons articulés et significatifs ou de mots, et a revêtu dans l'humanité d'innombrables formes, plus ou moins spéciales à chaque peuple ou à chaque race et qui sont les langues.

IV. Les rapports du langage et de la pensée. — Le langage et la pensée réagissent perpétuellement l'un sur l'autre.

En premier lieu, c'est la pensée qui crée le langage, et par pen-

sée, il faut entendre ici moins le déroulement spontané des images par leur association automatique que cette activité intellectuelle qui crée d'abord les idées et s'en sert pour juger avec réflexion. Sans la pensée en effet, les mots ne sont plus que des sons vides et inertes. Ne croyons pas qu'ils emportent leur significatiofi avec eux-mêmes : c'est la pensée seule qui la leur donne; c'est elle qui la modifiée, l'élargit ou la resserre; c'est elle enfin qui invente des mots nouveaux pour exprimer des idées nouvelles. La vie du langage est une vie empruntée ; elle n'est que le reflet de la vie de la pensée.

La pensée n'influe pas moins sur la syntaxe que sur le vocabulaire : les lois de la syntaxe, en effet, traduisent les lois mêmes de la pensée. Or, le discours ne se conforme pas de lui-même à ces lois : quelle que soit la puissance de l'habitude, nous ne sommes jamais dispensés complètement du soin de les appliquer : dès que la pensée se distrait ou se trouble, les liens des mots et des phrases se relâchent et se dénouent.

Mais le langage à son tour réagit sur la^iensée, et cela de deux manières différentes : 4® il sert à la communiquer; 2* il contribue à la former.

Au premier point de vue, le langage fixé par l'écriture, transmet à chaque nouvelle génération le trésor de découvertes et de pensées accumulé par les générations précédentes : il est en quelque sorte la mémoire de l'humanité.

Mais en se communiquant ainsi à nous par l'intermédiaire du langage, la pensée de nos devanciers contribue à former la nôtre à son image. Tout vocabulaire, en effet, est une classification; toute syntaxe est une logique : sans nous en apercevoir, en apprenant une langue, nous apprenons à voir les choses et à lier les idées comme le faisaient ceux qui la parlaient avant nous ; nous héritons à notre insu de leur méthode et de leur esprit. De là l'extrême importance pédagogique de l'étude des langues, soit de la langue maternelle, soit surtout des langues étrangères. « Savoir plusieurs langues, disait un Ancien, c'est avoir plusieurs âmes.»

Cette seconde influence devient plus manifeste si on étudie l'usage intérieur de la parole. Nous ne pensons guère sans penser à nous-même ; la pensée est un monologue intérieur. « L'homme, disait de Bonald, pense sa parole et parle sa pensée. »

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