‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 92 sur 133 · I. — L'ACTIVITÉ · texte numérisé non relu

I. — L'ACTIVITÉ

1. L'activité en général. — Le fond de notre être, c'est Tactivité: vivre, c'est agir, et agir, c'est se modifier soi-même et modifier les autres choses autour de soi. C'est pourquoi l'activité ne doit pas être considérée comme une faculté particulière, mais comme la substance commune de toutes nos facultés.

Cependant en un sens un peu plus particulier, l'activité s'oppose à la sensibilité et à l'intelligence : elle comprend alors tous les actes extérieurs de l'âme, tous ceux par lesquels, non contente de se modifier elle-même, elle modifie son corps et le monde extérieur.

IL Différentes formes de l'activité. — L'activité dans son développement revêt trois formes successives : la spontanéité, la réflexion, l'habitude.

D'abord spontanée, l'activité se porte vers sa fin sans prévision et sans effort. Cette spontanéité naturelle et primitive se manifeste elle-même sous différents aspects dont le principal est V instinct.

Puis par degrés, l'activité devient réfléchie. A mesure que l'instinct est plus souvent entravé ou déçu dans la poursuite de ses fins, l'âme cède de moins en moins docilement à ses impulsions. Non seulement avant d'agir, elle prévoit les conséquences plus ou moins lointaines de l'acte, mais cet acte même, c'est elle qui le prédétermine et le fait être par un effort dont elle prend l'initiative. Cette activité réfléchie et vraiment humaine, c'est la volonté.

Enfin, par degrés, l'activité redevient spontanée. Plus un acte volontaire se répète, plus s'effacent la réflexion et l'effort; il semble que la volonté elle-même tende à se transformer en instinct. Cette spontanéité consécutive et acquise, c'est Vhabitude.

Instinct, volonté, habitude, tels sont donc les modes successifs

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de Tactivité humaine, qui en marquent, pour ainsi dire, Tenfance, l'âge mûr et la vieillesse:

m. La spontanéité. — 1® Les mouvements spontanés. Les premières manifestations de l'activité dans Thomme étant purement physiques, c'est d'abord sous cette forme qu'il convient de les étudier.

Elles semblent consister tout d'abord en mouvements indéterminés auxquels participe l'organisme tout entier et qui ne tendent à aucune fin précise. L'enfant commence par remuer tous ses membres sans intention et sans choix, simplement pour satisfaire le besoin qui le porte à exercer et dépenser ses forces. Il y a en effet, dans tout organisme sain, une accumulation de forces dont le trop-plein se décharge de lui-môme au dehors ; et c'est là ce qui produit les mouvements spontanés, qui sont en général d'autant plus vifs et nombreux que l'énergie vitale est plus fraîche et plus abondante. Ainsi, le matin, quand on se réveille, la tendance à se mouvoir et à agir, même sans but, est beaucoup plus forte qu'à la fin de la journée. Au début d'une promenade, on voit des jeunes gens causer, chanter, gesticuler; c'est le trop-plein de leurs forces qui se dépense ainsi à leur insu ; après quelque temps, quand la fatigue commence à se faire sentir, ils ne fout plus que les mouvements strictement indispensables à la marche.

C'est surtout chez les enfants et les jeunes animaux que l'on peut observer cette exubérance et elle est chez eux d'autant plus marquée qu'ils sont plus vigoureux et mieux portants. Ils n'ont pas encore appris à employer leur activité pour des fins particulières, et c'est pourquoi ils l'exercent un peu au hasard, sans autre motif que le plaisir d'agir librement de toutes les façons possibles.

De là vient la part très grande du jeu dans la vie enfantine, car le jeu n'est pas autre chose que le libre exercice d'une activité qui se déploie en dehors de toute utilité et de tout besoin, uniquement pour jouir d'elle-même et de ses propres manifestations indéfiniment variées.

Au jeu s'oppose le travail qui est l'exercice réglé d'une activité utile ou pour mieux dire intéressée. On comprend ainsi pourquoi le jeu convient mieux aux jeunes enfants que le travail, à tel point que le travail lui-même, pour se faire accepter d'eux, doit commencer par revêtir la forme et l'apparence du jeu. Et l'on comprend aussi pourquoi le jeu est nécessaire, soit pour suppléer le travail

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chez les gens qui ont beaucoup d'activité surabondante, sans pouvoir ou sans vouloir employer cette activité à des œuvres régulières, soit pour alterner avec lui, afin de reposer et de retremper par une sorte de détente les forces que le travail avait tendues et fatiguées.

IV. Les mouvements réflexes. — Aux mouvements spoatanés s'opposent des mouvements qui, comme eux sans doute, sont aveugles et à peine conscients, mais qui loin d'être indéterminés et indéfiniment variables, se produisent au contraire avec une fixité et une précision quasi mathématique ou mécanique. Ce sont les mouvements dits réflexes qui sont presque tous des mouvements de défense ou de conservation. Par exemple,G'est un mouvement réflexe qui ferme nos yeux, chaque fois qu'un corps étranger les menace de trop près : le nouveau-né tète par un mouvement réflexe. Ces mouvements tendent à des buts, mais l'être qui les accomplit n'en sait rien. Il agit comme un automate. Tout se passe comme si une impression, apportée par un premier fil conducteur à un centre, était renvoyée ou réfléchie par ce centre le long d'un second fil conducteur, jusqu'à un organe de mouvement : et c'est là ce que signifie le mot même de mouvement réflexe.

V. L'instinct. — Du réflexe à l'instinct, le passage est presque insensible : on peut dirç que l'instinct est tout un système de mouvements réflexes plus ou moins nombreux et divers (pii sont coordonnés entre eux de fhanière à réaliser une certaine fin. Par exemple, un oiseau, pour constiruire son nid, doit accomplir toute une série d'actes dont chacun pris à part est plus ou moins automatique, et qui doivent se succéder dans un ^certain ordre pour assurer la ponte et l'éclosion des œufs et, en dernière analyse, la conservation de l'espèce. Comme le réflexe, l'instinct est aveugle et fatal mais à un moindre degré, car il semble que certains animaux sont capables de modifier dans une certaine mesure leurs instincts sous l'influence de Texpérience acquise.

En tout cas, ni les réflexes, ni les instincts proprement dits n'ont une très grande importance dans la vie de l'homme, si ce n'est comme forces antagonistes de la volonté qui, dans bien des circonstances, est appelée à lutter contre eux et dont l'éducation consiste en partie à acquérir le pouvoir de les maîtriser. C'est ainsi, par exemple, que l'homme bien élevé a appris à réprimer le bâillement, le rire, etc., quand il est en société, c'est-à-dire, en

l'habitude

somme, à suspendre certains réflexes, inopportuns ou-iniconvenants, par un acte de volonté.

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