CHAPITRE XXXn
I. Importance de Téducation physique en pédagogie. — Puisque Tétude de Tactivité physique nous fait voir en elle le principe et la base de Factivité intellectuelle et morale, il n'est pas interdit à la psychologie, et c'est même pour elle une nécessité, de rechercher le concours de la physiologie et de l'hygiène afin de tracer aux instituteurs les règles d'une éducation physique qui, en .favorisant la santé et la croissance de l'organisme, prépare du même coup le complet épanouissement des facultés spirituelles. C'est la raison pour laquelle les programmes d'enseignement des écoles normales, à côté des notions de psychologie applicables à l'éducation, inscrivent des notions d'hygiène, et ce que nous devons nous efforcer de montrer ici, c'est la corrélation intime et nécessaire qui unit entre eux ces deux ordres de notions.
II. Le diagnostic médical à l'école. — Tout d'abord, sans exiger de l'instituteur des connaissances médicales qu'il n'a ni le temps ni les moyens d'acquérir, il est peut-être bon d'attirer son attention sur ce fait très général que bien des incapacités, bien des défaillances, bien des perversions intellectuelles et morales, qu'il aura occasion de remarquer chez les enfants de son école, ont souvent pour origine cachée quelques tares ou quelques troubles de nature purement physique.
Comme il serait utile pour lui de connaître le tempérament aussi bien que l'esprit et le caractère de chacun des enfants qui lui sont confiés 1 11 verrait alors que si tel enfant est mou, indolent, paresseux, cela tient moins à sa mauvaise volonté qu'à son état constitutionnel de lymphatisme ou d'anémie. Voici un enfant remuant, irritable, indiscipliné : il ne serait peut-être pas tout à fait juste de l'en puniravec la dernière rigueur, car, à de certains signes, un médecin n'hésiterait pas à reconnaître en lui de l'hystérie ou de la neurasthénie latente. Combien d'enfants qui paraissent
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obtus, sournois, apathiques, et qu'il suffirait de débarrasser des végétations adénoïdes qui obstruent leur arrière-gorge pour les rendre éveillés, actifs et joyeux l
A défaut de ces connaissances spéciales qui permettraient à rinstituteur de faire en quelque sorte le diagnostic de chacun de ses élèves à leur entrée dans Técole, il y a du moins un certain ensemble de notions générales qui font nécessairement partie de ce que nous pourrions appeler son bagage pédagogique et qu'il ne doit pas seulement conserver dans un coin de sa mémoire, comme des formules apprises par cœur, au temps où il préparait lui-même ses examens professionnels, mais qu'il doit sans cesse avoir présentes à l'esprit pour les utiliser dans la pratique journalière.
III. L'aération à récole. — Peut-être la première de ces notions est-elle la nécessité d'assurer aux enfants, pendant la durée de la classe^ la libre respiration de l'air pur. Par crainte du froid, des courants d'air, les maîtres s'obstinent trop souvent à s'emprisonner, eux et leurs élèves, dans d'étroits espaces où l'air est bien vite contaminé. Us restent là pendant des heures entières à respirer pour ainsi dire en commun leurs haleines. Us ignorent, les malheureux ! que si la tuberculose a fait dans ces derniers temps de si gfands progrès, au point qu'il meurt en France plus de 150 000 personnes par an de la phtisie, c'est que, déplus en plus, on s'est désaccoutumé de la vie au grand air.
« La cause première de la réceptivité tuberculeuse, dit un des médecins contemporains les plus autorisés en cette matière*, c'est l'insuffisance de l'aération, c'est la respiration de l'air déjà respiré. » Et il ajoute : « Un des plus grands esprits du xviii* siècle, J.-J. Rousseau, écrivait cette phrase qui contient toute l'étiologie de la tuberculose : L'haleine de rhommeestun poison pour r homme... A la place des maximes plus ou moins enfantines qui décorent les murs de nos écoles, et dont l'esprit ne garde aucun souvenir parce qu'elles font partie du domaine moral commun, je voudrais qu'un règlement rigoureux substituât la phrase de J.-J. Rousseau. »
Cette phrase, en effet, exprime une vérité physiologique dont la science contemporaine a donné la preuve expérimentale : au même titre que la sueur, l'urine et les autres excrétions du corps
(1) Cure pratique de la tuberculose^ par le P. Pujade. Paris, Carré et Naud, 1900.
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humain, Tair déjà respiré contient des substances toxiques, des e toxines » dont Taccumulation affaiblit et altère les organes respiratoires, désormais incapables de résister à Tinvasion du bacille.
Voilà pourquoi le règlement scolaire prescrit aux maîtres et aux maîtresses d'ouvrir largement toutes les ouvertures de leur classe une fois que les élèves en sont partis; mais par malheur beaucoup négligent d'exécuter la prescription. Même en été, nous en avons vu calfeutrer soigneusement portes et fenêtres, au point que le visiteur étranger, qui entrait dans leur école, reculait suffoqué dès le seuil.
IV. La propreté à récole. — L'arrêté ministériel du 18 août 1893 et le règlement modèle du même jour, qui insistent avec raison sur les mesures hygiéniques à prendre dans les écoles primaires pour la tenue des locaux, devraient, à notre avis, être affichés dans les salles de classe par les soins des instituteurs et des institutrices, auxquels serait ainsi constamment rappelée l'obligation d'en observer les prescriptions.
Une trop grande partie de nos populations rurales, surtout dans les départements un peu éloignés des centres, n'attache presque aucune importance à la propreté «oit des habitations, soit des personnes. Il faudrait que l'école réagît énergiquement contre ces déplorables habitudes. Que le maître veille donc à la parfaite propreté de la salle où il enseigne, et qu'il accoutume ses élèves à ces soins de toilette qui sont commandés à la fois par l'hygiène la plus stricte et par le plus élémentaire souci de la dignité personnelle.
V. L'hygiène alimentaire et récole. — L'école ii'a guère à intervenir dans le régime de l'alimentation, qui concerne surtout la famille. Tout au plus l'instituteur pourrait-il mettre ses élèves en garde contre les dangers de la sensualité ou d'une voracité excessive. En général les enfants prennent l'habitude de manger trop vite, sans doute parce qu'ils sont impatients d'aller jouer. Or, tous les médecins recommandent, et il est bon de le dire à l'âge où se prennent les habitudes, de manger avec lenteur pour faciliter la digestion et l'assimilation des aliments. C'est un conseil dont le maître peut d'ailleurs faire lui-même son profit, car il est souvent enclin à précipiter son repas pour se remettre au travail ou à la lecture, et il s'expose ainsi à payer cette illusoire économie de temps par des troubles d'estomac, et, ce qui est plus fâcheux encore, par des pesanteurs de cerveau.
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La question de Thygiène alimentaire est peut-être destinée à prendre une certaine importance dans les écoles de filles où tend à s'organiser, du moins dans certains centres, un enseignement ménager. Il est désirable, en effet, que l'institutrice appelle l'attention de ses élèves sur les soins les plus ordinaires de l'économie domestique. Mais il faut pour cela qu'elle soit personnellement convaincue de la sérieuse utilité de ces soins et qu'elle se plaise elle-même à s'en acquitter dans l'intérieur de sa propre maison.
VI. L'alcoolisme et l'écoie. — Les progrès effrayants que l'alcoolisme a faits dans notre pays pendant ces vingt dernières années, pourront-ils être arrêtés par la campagne anti-alcoolique à laquelle on convie de toutes parts les maîtres de nos écoles primaires ? Il est permis d'en douter si les pouvoirs publics s'abstiennent de rien changer à la législation qui régit actuellement le commerce de l'alcool.
Ce n'est pas cependant une raison pour que l'instituteur n'apporte pas tout son dévouement et toute son activité à cette œuvre de salut national. Est-il besoin de dire qu'il doit donner à ses élèves et aux habitants de la commune l'exemple de la plus rigoureuse sobriété? C'est surtout dans un enseignement de ce genre qu'il importe de prêcher d'exemple. Plus l'instituteur aura de crédit et d'autorité dans la commune, plus il pourra combattre efiicacement l'alcoolisme. Son action personnelle sur les parents et l'opinion publique nous semble en effet autrement directe et pénétrante que l'influence nécesssdrement fugitive des leçons qu'il fait à ses élèves pour les prémunir contre un vice dont la plupart ignorent encore les tentations. L'enseignement anti-alcoolique aurait bien plus de force s'il s'adressait à des jeunes gens. Aussi, est-ce sur^ tout, à notre avis, dans les cours d'adultes qu'il a sa place marquée.
Au point de viie particulier de l'activité physique, le maître n'aura pas de peine à démontrer que l'alcool n'a pas des effets moins funestes sur l'énergie musculaire que sur l'énergie intellectuelle et morale. Malgré le préjugé populaire, l'alcool n'est un stimulant ni pour le travail ni pour le sport; quiconque veut fournir un effort intense et prolongé doit demander à la tempérance le véritable secret du succès.
VU. Les mauvaises habitudes physiques. — Une partie très délicate de la tâche de l'instituteur est la surveillance qu'il doit exercer sur les enfants pour les préserver des habitudes vicieuses aux-
l'éducation db l'activité 33Sfuelles ils sont parfois entraînés, soit par quelque infirmité de* leur tempérament, soit par la contagion du mauvais exemple. Ce qui la rend particulièrement difficile, c'est qu'il faut prendre garde de ne pas révéler soi-même aux enfants^ par des soupçons imprudents, par des interrogations maladroites, les vices mêmes, doml on voudrait les garantir.
Signalons parmi les habitudes fâcheuses, que le maître doit surveiller et s'efforcer de réprimer, ou pour mieux dire de guérir, celles qui portent trop grand nombre d'enfants à se ronger continuellement les ongles. S'il faut en croire certains médecins qui en ont fait ime étude particulière cette habitude serait le plus souvent Findu^e d'une tare constitutionnelle du système nerveux r elle ne produirait pas seulement des désordres fâcheux dans les fonctions de l'estomac et de Tintestin, mais elle serait presque toujours liée à des perversions plus où moins profondes du caractère et de la moralité.
VIII. Les inconvénients de récole au point de vue hygiénique. — L'école n'est peut-être pas à certains égards le milieu le plus favorable au développement physique des enfants, et l'on se prend parfois à penser que tous ces jeunes organismes croîtraient bien plus librement au plein air des champs et des bois qu'entre les quatre murs d'une salle de classe ou même d'une cour de récréation.
Par malheur, l'étude a ses conditions, ses exigences qu'on ne peut guère éluder. Pour apprendre à lire, à écrire, pour écouter les leçons du maître, ne faut-il pas que les enfants restent assis, penchés sur leurs livres ou leurs cahiers, silencieux, immobiles, ne fût-ce qu'au moins quelques heures par jour? Mais à se courber ainsi sur les pupitres, souvent le dos se voûte, l'épaule se déforme, la vue se fatigue et s'obscurcit. Prenons garde que l'école n'augmente le nombre des bossus et des myopes. Peutêtre seraitr-il bon que nos méthodes de lecture, d'écriture, fussen soigneusement examinées à ce point de vue par des hygiénistes.
En tout cas, le maître ne doit jamais oublier que l'immobilité à laquelle l'étude condamne les enfants, étant contre nature, ne saurait être prolongée au delà de certaines limites sans danger pour leur santé physique et même pour leur santé intellectuel'*»
(1) Docteur Bérillon. L'Onychophagie.
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et morale. Le jeu doit tenir, à ses yeux, dans les exercices de l'école une place aussi importante et aussi légitime que le travail.
IX. L'utilité du jeu. — Le jeu et les exercices physiques n'ont pas seulement pour but d'entretenir et d'accroître le bien-être et la vigueur du corps, l'adresse et l'agilité musculaire, mais encore de favoriser, surtout chez l'enfant, la mise en action des facultés de son intelligence et des qualités de son caractère.
<c Dans les jeux, dit Guizot, toutes les facultés de l'enfant, la mémoire, l'imagination, le jugement se déploient avec une énergie et une rapidité singulières. » Avant lui, Diderot avait déjà remarqué avec quelle surprenante facilité les enfants apprennent « des jeux, qui demandent plus de mémoire, de combinaisons et de finesse que la géométrie ».
Ët Rousseau avait donné la raison de ce fait, en faisant observer que les enfants raisonnent très bien <c dans tout ce qu'ils connaissent et qui se rapporte à leur intéi^ét présent et sensible ».
Si, chez l'adolescent et chez l'adulte, l'exercice de l'activité physique « rafraîchit » l'intelligence, il est pour les enfants de six à treize ans environ une très salutaire occasion d'excitation intellectuelle.
Entre l'éducation physique et l'éducation du caractère, les relations sont encore plus étroites et plus évidentes. ^
En fortifiant le corps, l'exercice musculaire augmente la confiance de l'enfant en lui-même ; il le rend plus souple, plus dispos et, par une conséquence naturelle, plus habile, plus prompt à agir et plus adroit.
Les jeux collectifs présentent encore l'avantage de donner aux enfants l'occasion de se réunir et de former des sociétés de leur choix. Dans ces jeux, les jeunes écoliers, en grande partie soustraits à la direction souvent trop exclusive des parents et des maîtres, s'initient spontanément aux exigences de la vie sociale. Tout, dans ce milieu qui convient par excellence à leurs facultés, les invite à jouir des charmes d'une liberté naturellement limitée par les droits de chacun.
C'est ainsi que les enfants gâtés dans leurs familles acquièrent le sentiment plus juste des nécessités de la vie commune et que les enfants asservis à une discipline domestique trop rigoureuse se détendent et prennent conscience de leur personnalité.
Mais ce qui intéresse surtout l'éducateur, c'est l'influence de l'éducation physique sur la moralité de l'enfance.
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C'est à cette époque de la vie qu'il convient surtout de donner un puissant dérivatif à une excitabilité nerveuse, qui ne peut se dissiper que par le déploiement libre et facile de l'activité physique ou par des manifestations plus ou moins dangereuses de la sensibilité.
Actif, Tenfant devient plus alerte et plus sain : or, dit Rousseau, o les passions logent dans les corps efféminés ». En outre, captivé par le jeu, l'écolier se détourne presque à son insu des distractions troublantes, et ses penchants sont ainsi dirigés dans le sens le plus conforme aux saines exigences de la nature. J. de Maistre était de cet avis lorsque, sous une forme paradoxale, il disait : « C'est un de mes premiers dogmes qu'il faut amuser les jeunes gens pour qu'ils ne s'amusent pas. »
Dans son bel ouvrage L'éducation du caractère, M. A. Martin cite le cas d'un proviseur qui, sentant à certains symptômes l'imminence d'une révolte, la conjura par une promenade extraordinaire.
X. Les exercices physiqnes. La gymnastique et les jeux. — Donnons maintenant sous une forme aussi abrégée que possible les indications essentielles concernant le programme, Thoraire de ces exercices et le rôle des maîtres, principalement dans l'organisation et la surveillance des jeux, en nous conformant d'ailleurs aux dispositions de l'arrêté du 8 août 1890, relatif à l'enseignement de la gymnastique et des jeux dans les écoles primaires publiques de garçons et de filles.
Programme. — L'arrêté précité spécifie les exercices compris dans le programme de chacun des trois cours d'une école primaire.
Un manuel publié par M. le ministre de l'Instruction publique (éditeur, Armand Colin), renferme les instructions qui se rapportent à la A technique » de la gymnastiqiïe et des jeux.
Les exercices du corps peuvent être rangés suivant leur importance, en deux grandes catégories :
Ceux qui, en eux-mêmes, sqntdes «/îns » physiques, tels que la marche, la course, les sauts, le bâton, la boxe française, la natation et le tir ;
2° Ceux qui ne sont que des « moyens » et qui, par suite, développent dans l'enfant les qualités du corps mises en œuvre dans la marche, la course, les sauts, etc.
Tout doit tendre, dans une éducation physique rationnelle, à mettre en valeur les aptitudes musculaires qui feront, autant que possible, de tout enfant un marcheur infatigable, un coureur rapide, un sauteur agile, un adversaire habile et robuste, un sauveteur intrépide et vigoureux, et, à l'occasion, un tireur adroit.
La beauté du corps résulte en grande partie de la synthèse har« monieuse de ces aptitudes .
On peut juger par là de l'importance et de la nécessité de la gymnastique méthodique qui trouve d'ailleurs dans la plupart des jeux un complément indispensable.
Les exercices gymnastiques s'exécutent sans appareils d'abord et avec appareils ensuite. Les premiers, qui assouplissent le corps et les membres, sont les antécédents nécessaires des exercices avec agrès.
PSYCII. A PPL. A l'ÉDUC.
338 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'ÉDUCATION
C'est avec raison que ces derniers ne sont ofiicieileinent prescrits que pour les enfants du cours supérieur.
Les jeux se subdivisent en jeux sans engins et jeux avec engins.
Les premiers conviennent aux jeunes enfants. Ils n'exigent en général que des mouvements simples et naturels, ayant surtout pour effet de développer l'agilité musculaire, et ils ne comportent pas l'adresse et la précision nécessaires dans les jeux avec engins.
Ils ne donnent lieu à aucune dépense et ils sont d'ordinaire beaucoup plus bruyants et moins compliqués que les derniers. Le jeu de barres en est le type, comme le jeu de paume est le type supérieur des jeux avec engins.
Les jeux scolaires doivent en général satisfaire aux conditions suivantes :
Ils doivent être en rapport avec l'âge, la force physique et l'intelligence des enfants ;
2® Ils doivent offrir des difficultés pratiques telles que les écoliers n'y puissent devenir très habiles en peu de temps. Il est à remarquer en effet que les joueurs très adroits ne jouent d'ordinaire, avec un réel intérêt, que lorsqu'ils peuvent se mesurer avec des adversaires dignes d'eux ou lorsqu'ils sont stimulés par l'appât du gain.
Voilà pourquoi les jeux susceptibles d'être adoptés dans les écoles doivent être assez nombreux pour que leur variété puisse faire diversion aux troublantes tentations du lucre ou de l'amour-propre.
Les engins nécessaires, toujours d'une extrèmë simplicité, seront achetés à peu de frais ou, ce qui vaut mieux, confectionnés par les élèves eux-mêmes ;
Enfin ces jeux auront lieu, autant que possible, au grand air, et ils mettront en action tout le système musculaire, surtout les jambes.
Des jeux « d'intérieur ï> seront organisés par les maîtres dans une enceinte couverte, le préau par exemple, lorsque le temps sera mauvais.
Le programme officiel doit uniquement servir de modèle général aux programmes que les maîtres dresseront eux-mêmes en tenant compte de leurs aptitudes personnelles et des ressources dont ils disposent.
£n ce qui concerne l'enseignement de la gymnastique proprement dite, rien ne saurait embarrasser les instituteurs. La nature, la « technique », l'ordre de succession des exercices gymnastiques sont indiqués dans l'arrêté du 8 août 1890 et dans le Manuel officiel. Les appareils nécessaires, fort peu coûteux, peuvent être acquis sans entraîner des dépenses onéreuses, même pour les plus modestes budgets municipaux.
La question relative au programme des jeux est aussi simple. Les maîtres trouveront les enseignements les plus détaillés sur la nature et la c technique d des jeux dans les ouvrages suivants, qui font d'ailleurs partie de la plupart des bibliothèques scolaires et pédagogiques :
l"* Le Manuel de gymnastique et des jeux scolaires, rédigé par les soins du ministre.
l'éducation dk l'activitb
Le Manuel des exercices physiques à Tusage des écoles primaires, par Désiré Seré et G. Strehly (éditeur, Ch. Delagrave) ;
30 j)eux cents jeux d* enfants (en plein air et à la maison), par L. Harqueyaux et Pelletier (éditeur, Larousse).
Dans les deux premiers ouvrages, la technique des jeux enfantins les plus intéressants est exposée en détail ; ces jeux y sont classés suivant les difficultés de leur exécution et répartis d'après cette donnée dans les trois cours de l'école.
Chaque instituteur pourrait tenir un carnet où il mentionnerait, avec des numéros d'ordre, les exercices enseignés aux enfants et les réflexions que l'expérience lui suggérerait. Des observations de ce genre contribueraient parfois à lui donner la connaissance de cer* tains caractères.
On insistera ici sur la nécessité de la natation et des promenades scolaires. On se contentera de signaler l'utilité du jardinage et des travaux manuels comme moyens de développer, la force, l'adresse et le goût'
10 Natation. — Elle implique l'action régulière et à peu près continue de tous les muscles. Aux mouvements d'extension et de flexion des jambes, s'ajoutent les mouvements énergiques et réguliers des bras. La natation est un exercice de force, d'agilité et d'adresse» qui développe peu à peu, dans l'enfant, le sang-froid et l'énergie nécessaires au moment du péril.
Elle peut faire contracter aux enfants le goût de la propreté et des ablutions quotidiennes.
Dans toutes les écoles primaires, le gymnase devrait être pourvu d'un chevalet spécial, à l'aide duquel le maître enseignerait aux en£ants les principes d'ailleurs très élémentaires de la natation.
Pendant la belle saison, les élèves du cours supérieur et même ceux du cours moy'en devraient être exercés à la nage dans des piscines communales, ou mieux dans les rivières explorées avec le plus grand soin. Seuls les enfants visités préalablement par le médecin chargé de l'inspection médicale des écoles, et dont les parents auraient été consultés, seraient autorisés à suivre ces exercices. De cette façon, le nombre des « nageurs » augmenterait chez nous dans de notables proportions et de douloureux accidents seraient évités.
2^ Promenades scolaires. — Tous les quinze jours, les élèves des écoles primaires pourraient être conduits en promenade l'après-midi. Ces promenades dureraient trois heures environ, y compris le temps des haltes.
Nous connaissons un directeur d'école qui les a organisées avec un réel succès. 11 s'est pourvu d'un appareil photographique avec lequel il reproduit les paysages les plus pittoresques et photographie des groupes d'enfants. Les meilleures épreuves sont données aux élèves qui fréquentent l'école avec le plus d'assiduité ou appendues aux murs de la salle de classe.
Parfois, ces promenades, avant tout hygiéniques et récréatives.
PSYCHOLOGIE APPLIQUEE A l'ÉDUCATION
deviennent roccasion de causeries géographiques (orientations géographiques, etc.) et même d'exercices élémentaires d'arpentage, à l'aide d'instruments rudimentaires construits par le maître et les élèves.
Tous les trois mois, l'instituteur organiserait une promenade « extraordinaire ». Les élèves partiraient le matin et ne rentreraient que le soir, chacun d'eux emportant les vivres nécessaires dans un petit sac qui servirait, en outre, à recevoir les plantes ou les minéraux intéressants ramassés le long de la route et destinés au musée de l'école.
Le but de cette promenade serait tantôt l'ascension d'une colline, tantôt la visite d'un établissement industriel ou agricole ou même la visite d'une école. Aussi bien les élèves de quelques écoles voisines pourraient se réunir dans un même lieu préalablement choisi par leurs maîtres.
Ils s'y livreraient à leurs jeux favoris et disputeraient de vigueur et d'agilité, au grand air, dans les champs ou dans les clairières.
Des chants collectifs seraient exécutés sous la direction d'un maître, pendant les moments de repos, ou mieux encore avant le départ.
Tout contribuerait, dans ces conditions, à développer chez nos écoliers les sentiments de sociabilité et de solidarité, encore bien faibles dans la plupart de nos campagnes.
Horaire. — D'après l'arrêté ministériel du 8 août 1890, le temps consacré chaque jour aux exercices physiques, dans les écoles primaires publiques, doit être de deux heures, sur lesquelles on doit réserver à la gymnastique une demi-heure au moins pour les enfants au-dessous de dix ans. Ce temps s^ra avantageusement réparti en deux séances. Les travaux manuels, pas plus que les exercices militaires spéciaux (maniement d'armes)» ne pourront être considérés comme leçons de gymnastique.
XL Rôle des maîtres. — Les instituteurs doivent enseigner et surveiller les jeux.
Enseigner les jeux aux enfants, ce n*est pas seulement leur en faire connaître les règles, mais encore leur en donner le goût et les amener ainsi peu à peu à jouer pendant les récréations.
Les moyens essentiels dont les maîtres disposent sont l'imitation et Témulation. Les instituteurs enseigneront d'abord les jeux aux élèves les plus intelligents et les plus vifs. Dès le début, ils prendront part à ces exercices, n'oubliant jamais que la gaîté et le rire sont pour les jeunes écoliers des toniques dont il faut tirer parti.
Lorsqu'un certain nombre d'enfants connaîtront un jeu et y "uront pris goût, le maître les laissera seuls, après avoir engagé '8 camarades à y prendre part et avoir formé lui-même d'autres
l'éducation dk l'activité 341 groupes, en tenant compte des aptitudes physiques des enfants, et, autant que possible, de leurs caractères.
Entraînés par l'instinct d'imitation, par leur amoup-propre et par l'attrait de l'action, les écoliers les plus timides se mêleront peu à peu aux groupes divers et le nombre de ceux qui seront inactifs diminuera de jour en jour.
De temps en temps, le maître félicitera les uns, encouragera les autres et stimulera l'ardeur de tous. Il aura soin surtout de ne pas se moquer des joueurs, même les plus maladroits, la moquerie étant odieuse à tous les enfants.
Les jeux se succéderont de telle sorte que les joueurs ne soient jamais lassés d'un exercice avant d'être initiés à un autre.
Lorsque les écoliers seront ainsi devenus habiles dans un certain nombre de jeux, le maître leur donnera pleine et entière liberté dans le choix de ces exercices.
La surveillance sera large et cependant sérieuse : « Le jeu, a dit M. Dupanloup, doit être libre et surveillé ». Une surveillance étroite refroidirait l'ardeur des enfants timides et ferait naître, chez les joueurs habiles et hardis, des sentiments de vanité mesquine. Ainsi ils n'hésiteraient pas, dans beaucoup de cas, à se surmener pour donner au maître l'idée la plus haute possible de leur puissance et de leur adresse musculaires.
D'autre part, une surveillance insuffisante offrirait aussi des inconvénients et des dangers.
Il faut, en effet, que le maître empêche les enfants de prononcer dés termes grossiers et d'user de procédés brutaux. Il faut qu'il protège, à l'occasion, les plus faibles contre l'égoïsme de certains camarades et qu'il oblige tous les joueurs à observer les règles de la justice. Les enfants d'humeur difficile et qui provoqueront des disputes seront exclus des jeux, pour un temps déterminé.
Enfin, il convient que le maître invite au repos les joueurs fatigués, les signes de la fatigue musculaire étant d'ailleurs évidents et caractéristiques, et qu'il interdise les jeux dangereux.
Conclusions. — Le succès de l'œuvre entreprise par les initiateurs du mouvement actuel en faveur des exercices physiques dans les écoles exige donc :
!• L'application, dans toutes les écoles primaires publiques, de l'arrêté ministériel du 8 août 1890 ;
2^ L'annexion de champs de jeux, suffisamment étendus, aux
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établissements d'éducation. Un champ de jeux communal, situé non loin des écoles, suffirait dans chaque village ;
3* Là construction de préaux scolaires assez spacieux pour que les enfants puissent s'y exercer aux jeux d'intérieur pendant les jours de pluie.
LECTURES
FoNSSAGRiYES. Véducation physique des garçons. — Herbert Spencer. De l'éducation^ p. 165-223. — John Locke. Quelques pensées sur Véducation (traduction G. Gompayré), p. 3-30. — J.-J. Rousseau. Emile, liv. II, édit. Steeg p. 132-146. — M"* Neçker de Saussure. Véducation progressive, liv. VU, ch. II. — A. Maaenoie. Les effets moraux de Vexercice physique. — Mauricb di Pleury. Le corps et Vâme de V enfant. — F. Lagrange. V hygiène de Vexereice chez les enfants et les jeunes gens. — Piuade. La cure pratique de la tuberculose. — Saint-Clair. Jeux et exercices en plein air. — D' Bauestre. Cours d'hygiène pratique. — P. Sérieux et F. Mathieu. L'alcool. — Demeny. Les bases scientifiques de Véducation physique, — Lagrange. L'hygiène de Vexercice chez les enfants et les Jeunes gens.
SUJETS A TRAITER
1. L*éducaUon physique : nécessité de connaître la nature physique de l'enfant, son développement (indiqué par le programme de année),
2. Commenter la maxime : « Une âme saine dans un corps sain » et en tirer des conséquences pédagogiques.
3. La doctrine de l'eudurcissement physique ; ses bons effets et ses dangers.