Sensations et sentiments
sentiment son Ï
émotion. Celle-ci est donc le Mouvement de l'appétit sensitif (78).
une émotion agréable ou désagréa ception d’un bien ou d’un mal se tion d’un mal de tête ou de bien-être, Le sentiment est une émoiion agréable ou désagréable qui a Pour cause une idée, un phénomène intellectuel ou moral. Sentiment. d’amour-propre, de tristesse, de joie.
83. La faculté locomotrice, immédiat du mouvement local brute. Elle est la faculté par brute se meuvent d’un lieu à un aut les muscles et les os.
Les facultés intellectives cognitives.
84. Définition de l'intelligence. — L'intelligence est une faculté inorganique qui a pour objet propre et proportionné la nature intime des choses sensibles.
Par les yeux ou tout autre sens nous percevons la chose extérieure avec ses qualités sensibles. Ainsi nous voyons telle maison avec sa hauteur, sa largeur, sa profondeur. Nous pouvons toucher, palper les matériaux avec lesquels elle a été construite. La bâtisse voisine est une autre maison ; elle peut n'avoir pas la même hauteur, la même largeur, la même profondeur, les matériaux dont elle a été faite sont aussi différents. Il y a donc deux maisons distinctes que nous voyons. Cependant ces deux constructions, malgré leur différence, sont semblables d’une certaine façon. Il y a un quelque chose qui est dans l’une et dans l’autre. Ce quelque .chose est invisible aux yeux du corps, nous ne pouvons pas le toucher. C’est la nature intime de ces deux maisons, c’est ce par quoi «elles sont maisons, c’est leur essence. Cette nature intime, cette essence qui convient à foutes les moins, c’est l'intelligence qui la connaît. Ainsi une maison est une « :* “ruction destinée à loger des ‘êtres raisonnables. Cette définition Ce .a maison — elle s'applique à toute maison — exprime son essence, sa nature intime. Ce n’est pas à l’œil qui voit ou à la main qui fouche qu’il appartient de définir, mais à l'intelligence, faculté spirituelle, inorganique, parce que, subjectivement, elle exerce son opération indépendamment des organes, et partant, distincte des facultés sensitives qui sont matérielles et organiques (52).
85. Les différents noms donnés à l'intelligence. — Il n’y a qu’une seule faculté cognitive intellectuelle qui est l’intelligence. (Nous parlerons plus loin de la faculté appétitive intellectuelle qui est la volonté). Cependant, à cause des fonctions diverses qu’elle remplit, cette faculté unique prend différents noms. Ainsi
elle s'appelle intellect lorsqu'elle connaît les vérités indémontrables, les principes premiers : raison, quand des vérités premières, indémontrables, elle en déduit d’autres, pour cela, nommées vérités secondes ; mémore intellectuelle, en tant qu’elle conserve les connaissances acquises, les rappelle et les reconnatt comme antérieurement perçues ; conscience, en tant qu’elle se connaît elle-même, qu’elle constate ses opérations et qu’elle les rapporte à l’âme. Ces dénominations ne sont donc que les quatre appellations différentes d’une seule et même faculté.
86. L'intelligence emprunte son objet propre aux choses sensibles. — L'objet propre de l'intelligence, c’est la nature intime de la réalité sensible perçue par les sens (84). L'intelligence, en effet, connaît ce qu'est la maison, elle sait la définition de la maison. Et comment Pourrait-elle arriver à cette connaissance, si, au préalable, les sens n’avaient pas perçu cet objet sensible, avec telles ou telles dimensions, situé à un endroit, et appelé maison ? Par conséquent l’intelligence va chercher dans la chose sensible, elle emprunte à cette même chcse son objet propre.
87. L'objet propre de l'intelligence est abstrait et universel, — Bien qu’emprunté au sensible, l’objet Propre de l'intelligence en est totalement différent. En classe, le professeur de géométrie dit qu’un triangle Cest une figure à trois angles et à trois côtés». Et Pour faire mieux comprendre ses auditeurs, il leur montre un triangle formé de trois pièces de bois blanc. Ce triangle, avec telle dimension, exhibé par le professeur, tombe sous les sens des élèves, Mais la définition donnée s'adresse à leur intelligence, elle exprime ce qu’est le triangle, sa nature intime, son essence, bref,
la notion du triangle abstrait. Celui-ci est débarrassé de toutes les particularités individuelles, de toutes les qualités sensibles et s'applique à tous les triangles ; en d’autres termes, il est le triangle abstrait, universel. Et c’est sur lui que l'intelligence porte ses investigations. C’est pourquoi l'intelligence s’appelle « le pouvoir de se représenter abstraitement le sensible ». ®
88. L'intelligence et les sens sont essentiellement distincts. — Entre la faculté intellectuelle et la faculté sensible il n’y a pas seulement une distinction de degré, de plus ou moins, mais une distinction de nature, d'essence. L'objet propre de la connaissance intellectuelle a. des caractères tout opposés à ceux des connaissances sensibles. L'intelligence connaît le triangle abstrait, universel, immatériel, les sens, au contraire, voient ce triangle concret, matériel, singulier, entre les mains du maître (87). Il faut donc que les sens et l'intelligence soient complètement distincts entre eux comme l’immatériel et le matériel, l’abstrait et le concret, le sensible et le spirituel.
89. Comment l'intelligence dépend des sens.— Puisque l'intelligence emprunte au sensible son objet vropre (86), elle dépend donc d'une certaine façon des sens. Cette dépendance est appelée objective parce que les sens présentent à la faculté intellectuelle l’objet sensible d’où elle abstrait ce qui lui est propre, c’est-àdire l’essence, la nature intime, ou encore, la quiddité, exprimées par la définition. La quiddité est ce qu’est une chose. L'on dit souvent que la quiddité de la chose sensible, c’est-à-dire l'essence, est l’objet propre de l'intelligence. Cependant en tant que principe d’opé-
(1) Mercier, Psychologie, p. 20.
LES OPÉRATIONS DE L'ÂME HUMAINE 55 ration, en elle-même, l'intelligence est indé
pendante des sens. Cette indépendance est
appelée subjective, 90. L'intelligence est Une puissance passive. — Une puissance ou une faculté est passive lorsque, pour agir, elle a besoin d'être déterminée par l'action de son objet. Au contraire, elle est active lorsqu'elle produit son objet tout entier, comme l'intelligence divine, ou lorsqu'elle transforme son objet, comme Ja faculté de nutrition qui change les aliments en la propre substance du vivant. Il est évident que l'intelligence humaine ne produit Pas son objet, elle le suppose déjà existant : une chose n'est pas parce que nous la com- Prenons, mais .as la Comprenons parce qu'elle est. D'autre part, l'intelligence ne transfor Sans doute elle est capable de saisir l’ sensibles, mais elle est indifférente à telle essence. Si au lieu de l’essenc l'essence B, cela signifie que l'essence B s’est présentée à elle, a agi sur elle et l'a déterminée à poser son acte, A cause de son indifférence, il faut donc que l’intelligence, pour mettre en exercice Sa Capacité d'agir, subisse, pâtisse l’action de l'objet qu'elle est destinée à atteindre. Au reste, c'est le propre d’un être indifférent de sa nature que de recourir à une Cause en dehors de lui-même pour sortir de son indétermination. Et, dans le cas de l'intelligence, comme dans celui de (57), cette cause est l'action de leur objet. ()
91. Intellect possible et intellect agent tellect possible est l'intelligence elle-même, c’est-à-dire la faculté inorganique par laquelle nous Connaîssons la nature intime des choses sensibles (84). On l'appelle
me pas son objet.
essence des choses percevoir telle ou e À elle connaît
s sens
— L’in-
(1) Cfr. Leçons de Logique, p. 123,
possible parce qu'elle peut connaître. Étant une faculté passive (90), pour poser son acte, elle a besoin de subir l'influence d’une cause extrinsèque qui n’est ni plus ni moins l’action de son jet propre. Et tant que son objet n’a pas agi sur elle, l'intelligence ne le connaît pas, mais est en puissance à le connaître. Donc l'intelligence en puissance à connaître son objet propre se nomme întellect possible. — L'intellect agent est une faculté spéciale qui permet à l’intellect possible de connaître son objet propre, ou encore, une faculté spéciale qui fait passer l’intellect possible de la puissance à l’acte. Cet intellect est appelé agent, parce que son rôle est éminemment actif. L'objet propre de l’intellect possible (intelligence) est dans le sensible (86), et pour être perçu il faut qu'il soit présenté à la faculté intellectuelle et qu'il agisse sur elle (90). Mais, comme l’intellect possible est spirituel, immatériel, il ne peut venir en contact qu'avec un objet de même nature, c’est-à-dire, immatériel. Par conséquent, l'intelligence subit l’action de son objet seulement lorsque celui-ci est débarrassé des dimensions quantitatives qui le font sensible, et tant qu’il reste caché sous son enveloppe corporelle, elle est en puissance à le connaître. Or l’intellect agent a précisément pour fonction de dépouiller des qualités sensibles qui l’individualisent l’objet propre de l'intelligence, et, ce faisant, il la fait comprendre actuellement ce qu’elle pouvait comprendre, ou encore, il la fait passer de la puissance à l'acte.
92. L'espèce intelligible ou im ‘esse. — Puissance passive, l’intelligence a besoin de subir l'influence d’une cause distincte d’elle-même pour exercer son opération. Cette cause est son objet propre. Celui-ci — l'essence de la chose sensible — fait sortir l’intellect
Possible de sa passivité en Y imprimant sa similitude, C’est cette similitude, c'est cette resse l'on appelle espèce intelligible, l'intelligence connaît, mais ce L'espèce intelligible est connaître.
tuel.
93. L'espèce expresse ou verbe mental que l'intelligence a reçu la ressemblance de Propre, rien ne lui manque elle intellige, elle se dit à elle-même ce qu'est l’ Cette locution mentale s'appelle espèce expresse. Comme dans l’ordre sensible (57), l'espèce expresse est, au point de vue intellectuel, ce dans quoi l’objet propre est perçu, le miroir dans lequel il se reflète, sa photo- £ ‘phie. On peut la définir comme suit : la similitude
d'objet propre de l'intelligence engendrée par elle et dans ‘quelle elle connaît ce même objet. La cause de l’espèce expresse c’est l'intelligence ou l’intellect possible.
Tandis que l'espèce intelligible ou impresse est produite par l’intellect agent.
+ — Lorsson objet Pour entrer en exercice,
obje!,
9%. Comment se fait la Connaissance intellectuelle. -— 1; Connaissance intellectuelle suppose la Perception sensible externe et interne. En effet, selon le vieil adage, à! n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans le sens ; et il a déjà été prouvé que la faculté intellective emprunte son
objet propre au sensible (86). Une fois que l’image de l’objet extérieur a
l’intellect agent
été introduite dans l'imagination,
intervient. Son rôle consiste pour ainsi dire à spiritualiser, à immatérialiser cette image, c'est-à-dire, à ‘ui enlever toutes les qualités sensibles. Le résultat de ce dépouillement, c'est la nature, l'essence de la chose sensible représentée tout d'abord dans l'imagination. À son tour cette nature abstraite, spirituelle s’imprime dans l'intellect possible dont la fonction est de connaître, pourvu qu'au préalable il ait reçu l'empreinte de l'essence de la chose sensible. Cette empreinte s’appelle espèce intelligible ou impresse. Sous l'influence de cette espèce, l'intellect possible exprime l'essence dont la ressemblance a été reçue en lui, Cette expression, on la nomme /ocution mentale, espèce expresse, ou similitude dans luquelle l’intelligence perçoit son objet propre. L'oyération intellectuelle jusqu'ici est connue sou l: «om de simple appréhension. Par elle l’intellect a des idées, ou concepts. Mais revenant sur ces concepts il les compare entre eux, et de cette compa \n naissent des idées nouvelles. La comparaison est ie propre du jugement et du raisonnement. C’est par le jugement et le raisonnement que se complète la connaissance intellectuelle commencée par la simple appréhension.
95. Origine des idées : les différents systèmes. — Quelle est l’origine de nos idées ? D'où viennent ces similitudes des objets existant dans notre intelligence et nous faisant arriver à la connaissance des choses? Les solutions diverses données à ce problême peuvent se ramener à trois groupes.
A. LA SOLUTION EMPIRIQUE. D’après ce système, toutes nos idées viennent exclusivement de l’expérience sensible, elles n’ont d’autres causes que nos sens, elles sont des phénomènes de la sensation. — Disons tout de
suite que cette théorie ne peut être admise nos idées, de leur nature, sont abstraites, universelles. Et ce qui vient exe concret, matériel et singulier, 4) B. LA sozurion RATIONALISTE, Elle ect de la solution empirique. Nos idées viennent exrclusivement de l'intelligence, sans le concours de l'expérience sensible ou des sens,enseigent les partisans de ce système, Qu'il suffise de dire que semblable théorie contredit les faits quotidiennement observés. N'est-il Pas vrai que l'idée première d’une chose suppose l’image sensible de cette même chose ? L'aveugle-né n’a pas l’idée de la couleur parce qu’il n’en a jamais vu, C. LA sozurion SCOLASTIQUE, Selon Aristote et saint Thomas, les sens et l’intelligen formation de
Parce que spirituelles et lusivement des sens est
l’opposée
Celle-ci, dées primitives viennent des choses sensibles au moyen de l'abstraction de
l'intelligence. Aussi bien ceux auxquels manquent un sens quelconque, le sens de l’ouïe, par exemple, sont privés de l’idée du son parce qu'ils n’en ont pas l’image,
c’est-à-dire, la représentation singulière, matérielle dans leur imagination.
96. Le traditionalisme. — Pour les traditionalistes, l’enseignement divin où humain (tradition) est nécessaire à la production de la pensée, de l'idée. En d’autres termes, le langage (puisque l'enseignement se donne, se traduit par le langage) est Ja Cause de l’idée, —
(1) Cr. Leçons de Logique, p. 14.
Le traditionalisme, d’une certaine façon, est une forme de l’empirisme. La parole extérieure ou langage est le signe sensible, l'expression de l’idée. Et, pour exprimer l’idée, la parole doit la supposer. L'idée existe donc avant la parole : celle-ci ne peut pas produire celle-là.
97. La réminiscence de Platon. — Platon, philosophe grec (429-347 av. J.-C.), suppose que les âmes, avant d’être unies aux corps, ont vécu d’une vie purement spirituelle durant laquelle elles ont acquis des idées perdues plus tard au moment de l’union. Cependant les sensations éprouvées dans la nouvelle existence ont fait sortir de l’oubli les idées disparues lors de l'entrée de l’âme dans le corps, elles en ont réveillé le souvenir. Et ainsi l’origine de nos premières idées s’explique par la réminiscence. La théorie de Platon se rattache à la solution rationaliste (95). — L’hypothèse de Platon n’est pas acceptable parce qu’elle admet comme vérité la préexistence des âmes. Ce qui n’est ni démontré, ni démontrable. Au contraire — nous le verrons plus loin — telle âme a été créée pour tel corps, et cette création ne se fait qu’au moment de l'union.
98. L’intuition des ontologistes. — Les ontologistes affirment que le premier objet perçu par notre intelligence, c’est Dieu. Et dans ce système, nous ne percevons pas Dieu d’une façon quelconque, mais immédiatement, c'est-à-dire, que nous avons l'intuition de son essence, et que dans cette essence, nous connaissons les idées de toutes choses. Or l'intuition est une connaissance parfaite qui exclut tout soupçon d'erreur. Ce système appartient aussi à la solution rationaliste (95). — Si nous avions l'intuition de l’es-
sence divine ici-bas, nous aurions le bonheur complet, nous ne nous tromperions jamais sur la nature de Dieu. Ce n’est Pourtant pas ce que disent le témoignage de notre conscience et l'expérience de tous les jours. Au surplus, l’ontologisme confond l'intelligence humaine avec l'intelligence divine. Dieu seul a l’intuition de son essence.
99. L’innéisme de Descartes. — Descartes, philosophe français (1596-1650), croyait que l’essence de l’âme est la pensée. Et pour cette raison, il concluait logiquement que nos idées sont innées. En effet l’âme, dès son principe, possède ce qui lui est essentiel, elle ne l’acquiert pas. Si donc la pensée ou l’idée est son essence, l’idée ou la pensée n’est pas acquise, mais innée. — Ce philosophe s’est trompé sur la nature de l’âme. L’essence de l’âme humaine c’est d’être le pre- Mier principe de vie dans l’homme, la forme de son Corps. La pensée découle de la nature de l’âme. De plus, la conscience témoigne que nous acquérons nos idées. Celles-ci, si elles étaient innées, pourraient apparaître au seul commandement de la volonté. C’est ce qui n’est pas, loin de là, nous n’avons pas toujours les idées que nous voulons.
100. Raison, mémoire intellectuelle, conscience psychologique. — Nous avons vu que la faculté intellective prend différents noms suivant les rôles divers qu’elle remplit (85). Elle se nomme tour à tour raison, mémoire intellectuelle et conscience psychologique. La raison est la faculté intellective qui déduit une vérité inconnue d’une vérité connue. Si elle s’absorbe dans la contemplation de la vérité, on l’appelle spéculative, si elle en fait l’application, elle se nomme pratique. La
mémoire intellectuelle est la faculté intellective qui con- | serve les idées, les rappelle et les reconnaît comme ac- | quises. L'importance de la mémoire et son éducation, nous en avons déjà parlé (69, 72). La conscience Psychologique est la faculté intellective qui réfléchit sur elle-même et sur ses opérations. On l’appelle psychologique pour la distinguer de la conscience morale qui est le jugement porté sur la valeur de nos actes libres. L'objet direct de la conscience intellectuelle ou psychologique, ce sont toutes les opérations immatérielles. L'objet indirect, c’est le sujet intelligent, celui qui est l’auteur des opérations immatérielles. Par ma conscience psychologique je me rends compte d’abord que je pense (opération intellectuelle) et ensuite, que c’est moi qui pense (le sujet pensant ou intelligent).